INSTALLATION DU DERNIER PREVOT DES MARCHANDS
Tandis que les trois Ordres commençaient la grande opération du choix des représentants de Paris aux États généraux, et le jour même où éclatait au faubourg Saint-Antoine l'émeute Réveillon, prélude mystérieux des orages révolutionnaires, avait lieu, dans les formes les plus solennelles, mais sans public, l'élection par le Corps de Ville du dernier Prévôt des marchands ^
La démission de Le Peletier de Morfontaine, avait été refusée d'abord comme l'écrivait, le 8 avril, le ministre de Paris :
« Le Roi, Monsieur, n'a pas jugé à propos de recevoir votre
démission, et l'intention de Sa Majesté est que vous continuiez les fonctions d'une place que vous avez remplie jusqu'à présent à la satisfaction de Sa Majesté, et dans laquelle vous avez donné des preuves du zèle qui vous anime pour le bien de son service »
Le 21, Laurent de Villedeuil mandait au même Le Peletier :
« M. le comte de Puységur a bien voulu, en mon absence, mettre sous les yeux du Roi vos nouvelles instances pour supplier Sa Majesté
1. Le vide que nous signalions p. 366 de notre tome lest ici comblé. Les Archives nationales, dans la série K, intitulée, Villes et paroisses, avec le sous-titre Hôtel de Ville, du carton 983 au carton 1029, ont réuni une foule de pièces relatives aux diverses cérémonies et fêtes célébrées par la Ville de Paris durant toute la période monarchique. C'est au milieu des naissances de princes et des morts de rois, des mariages et des victoires, des deuils publics et des feux de joie populaires, et même des Assemblées du Clergé, que se trouve le compte rendu officiel de l'élection de M. de Flesselles, accompagné de quelques documents assez curieux sur les derniers échevins Vergne et Rouen, ainsi que sur le procureur du Roi et de la Ville, Éthis de Corny. D'autre part, le registre 500 de la série O*, relié aux armes royales, contient les minutes des lettres expédiées du ministère de la maison du Roi et du département de Paris; nous en avons extrait celles qui se rapportent à la démission de Le Peletier de Morfontaine et à l'installation de son successeur, f»" 235, 247, 248.
de recevoir votre démission. Sa Majesté, en se déterminant à l'accepter d'après les motifs que vous lai avez donnés de l'état de votre santé, témoigne à cette occasion des regrets infiniment honorables pour vous. Quant à moi, je regrette beaucoup les relations que nous avions ensemble et que vous avez toujours rendues extrêmement agréables. »
Le même jour, 21 avril, le ministre de la maison du Roi faisait savoir à Flesselles :
« C'est avec bien du plaisir. Monsieur, que j'ai l'honneur de vous prévenir que le Roi vous a nommé pour remplir la place de Prévôt des marchands de la Ville de Paris, vacante par la démission de M. Le
Peletier de Morfontaine Je vous prie d'être persuadé que je suis
très aise de vous voir remplir cette place et des relations qu'elle me donnera avec vous. »
Encore le 21 avril était expédiée cette lettre tout à fait officielle:
« Je VOUS envoie une lettre du Roi qui délègue M. de Flesselles, Conseiller d'État, pour remplir la place de Prévôt des marchands de la Ville de Paris vacante par la démission de M. Le Peletier de Morfontaine. Vous voudrez bien, s'il vous plaît, vous conformer aux intentions de Sa Majesté, et pour l'élection de M. de Flesselles faire le plus tôt possible ce qui est d'usage en pareille circonstance. »
Conformément aux ordres transmis par le secrétaire d'État, le 25 avril, le Bureau de la Ville adressa des « mandements » à tous les membres du Corps de Ville et fit opérer, suivant les règles anciennes, la désignation des notables de quartier, choisis pour prendre part à l'élection du Prévôt des marchands ^
PROCÈS-VERBAL DE l'Élection du prévôt des marchands
« Monsieur Le 'Peletier de Morfontaine ayant pour cause de santé donné volontairement sa démission de la charge de Prévôt des marchands, le Roi fit choix pour le remplacer de Messire de Flesselles, conseiller de Grand'chambre honoraire, maître des requêtes honoraire et conseiller d'Ét it, et, par une lettre de cachet du 21 du présent mois,
1. Les mande vents et iirocès-verbaux sont annexés à l'acte, Arcli. nat. K 997.
adressée au Corps de Ville, Sa Majesté notifia ses intentions et enjoignit de procéder incessamment à l'élection de M. de Flesselles en la manière accoutumée, et ce seulement pour le temps qui jusqu'au seize août mil sept cent quatre-vingt-dix restait à M. Le Peletier pour compléter sa troisième prévôté. Cette Lettre fut lue et registrée dans une assemblée tenue à THÔtel-de-Ville le 25 dudit mois, pour avoir égard lors de l'élection, et en conséquence MM. les échevins convoquèrent pour le vingt-huit l'assemblée générale pour ladite élection, et ce par mandements qui furent envoyés à tous les conseillers de Ville, à tous les quartiniers; au cinquantenier du Palais-Royal, M. Vergne, quartinier dudit quartier, étant lors échevin, et à celui de la place Royale, l'office de quartinier dudit quartier étant lors vacant : desquels Mandements, ainsi que de (la convocation) qui fut envoyée au colonel des gardes de la Ville ^
« Du MARDI, VINGT-HUIT AVRIL MIL SEPT CENT QUATRE-VINGT-NEUF SUl' IcS îieuf
lieures du, malin.
« Se sont, pour ladite élection, rendus à l'Hôtel-de-Ville :
« Echevins : Jean-Baptiste Buffault, chevalier de l'Ordre du Roi, son conseiller en l'Hôtel-de-Ville et trésorier honoraire d'icelle; Charles Barnabe Sageret, écuyer; Jean-Joseph Vergne, écuyer, avocat au Parlement, conseiller du Roi, quartinier de cette ville, notaire honoraire; et Denis-André Rouen, écuyer, avocat en Parlement, conseiller du Roi, notaire;
« Procureur du Roi et de la Ville : Dominique-Louis Ethis de Corny, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, de l'Ordre de Gincinnatus, procureur et avocat du Roi et de la Ville;
« Greffier EN chef : François-Joseph Vcytard, écuyer;
« Trésorier en chef : Pierre-Armand Vallet de Villeneuve, écuyer;
« Conseillers : MM. Fraguier, Velut de la Crosnière, Guyot de Ghenizot, Lourdet, Henry, Famin, Goudin, de la Mouche, Goblet, Agasse, Giroust, Santilly, Roucher, Gheret, Duparc, Vanglenne, Bernard, Pluvinet, Paulmier, de Caulx;
« Quartiniers : Guyot, Hubert, Deyeux, Darnault, Moinery, Rousseau, Bernier, Bossu, GaHet, Revil, Etienne, Honoré, Amelin, Gibert;
« Le cinquantenier du quartier de M. Vergne et le cinquantenier du quartier de la place Royale.
« MM. les échevins et greffier étaient vêtus de leurs robes mi-partie; M. le procureur du Roi et de la Ville, de sa robe écarlate; M. le trésorier était en robe noire; les sieurs conseillers et quartiniers étaient aussi vêtus de leurs robes noires, et les cinquanteniers de leurs manteaux.
1. Devait suivre la transcription des mandements qui n'est pas dans l'acte.
« Les huissiers, qui s'étaient aussi rendus aux ordres du Bureau, étaient le premier en robe noire et les autres en robes de livrée.
« Sur les sept heures, MM. les échevins, procureur du Roi, greffier et trésorier, avec les sieurs conseillers et quartiniers et les cinquanteniers, sont passés dans la chambre du conseil. MM. les échevins se sont placés sur un banc à dos, couvert de tapisserie, devant un bureau; M. le procureur du Roi et de la Ville, le greffier et le premier commis du grefi'e, lequel était en robe noire, se sont placés sur des chaises à la droite de M. le premier échevin ; M. le trésorier était placé sur une chaise après le banc de MM. les échevins; les sieurs conseillers, tous assis autour dudit bureau : et les sieurs quartiniers et les cinquanteniers ont présenté les procès-verbaux de leurs assemblées, lesquels ont été ouverts les uns après les autres, et les noms des quatre personnes portés dans chacun desdits procès-verbaux ont été, à fur et à mesure de l'ouverture de chaque procès-verbal, chacun écrit sur un bulletin par le greffier et le premier commis du grefi'e, les quatre bulletins mis dans le chapeau mi-partie et tirés par MM. les échevins et conseillers chacun leur tour, et les noms des deux personnes de chaque quartier qui par le sort sont sortis du chapeau ont été registres pour venir à l'élection, et ils ont été mandés par des huissiers de la Ville, qui ont quitté leurs robes de livrée et pris leurs robes noires, et ont été les chercher dans des carrosses de la Ville.
« Sur les huit heures, Messieurs, seulement précédés de deux huissiers en robe de livrée (les autres étant, comme dit est, allé chercher les mandés), du premier huissier et de M. le greffier, ayant à sa gauche le colonel des gardes de la Ville en habit d'ordonnance et portant son bâton de commandement, et escortés de cinquante gardes de la Ville aussi en habits d'ordonnance et armes, sont descendus de THôtel-de-Ville et se sont rendus en l'église de l'Hôpital du Saint-Esprit pour y entendre la messe. Ils se sont placés dans une enceinte formée près de l'autel : MM. les échevins, procureur du Roi, greffier et trésorier à droite en entrant, sur des chaises, celle de M. le premier échevin étant la plus près de l'autel, et avaient devant eux des prie-Dieu et des carreaux couverts de damas cramoisi ; les sieurs quartiniers à la suite du Bureau, sur des banquettes, suivant leur rang d'ancienneté. Le colonel était à la droite et un peu derrière M. le premier échevin, sur une chaise. Les huissiers se sont placés au milieu de l'enceinte, sur des banquettes, et les gardes de la Ville étaient en haie sur deux lignes, depuis ladite enceinte jusqu'à la principale porte de l'église. L'autel était paré de douze cierges aux armoiries de la Ville. M. l'abbé Tascher, aumônier de la Ville, étant arrivé à l'autel, a entonné le Veni
Creator; après quoi a été chantée une messe solennelle à laquel'e Messieurs ont été encensés et la Paix leur a été présentée à baiser ainsi qu'aux sieurs conseillers et quartiniers.
« La messe finie, Messieurs sont revenus à l'Hôtel-de-Ville dans le même ordre qu'ils en étaient partis.
u Sur les dix heures, lorsque tous les mandés se furent rendus à l'Hôtel-de-Ville et qui étaient, savoir :
« Du quartier de M. Guyot (Luxembourg) : MM. Laurent de Mézières et Bellot;
« Du quartier de M. Hubert (Saint-Germain-des-Prés) : MM, Mole et Leclerc;
« Du quartier de M. Deyeux (Ile-Notre-Dame) : MM. Caron et Josse;
« Du quartier de M. Darnault (Le Marais) : MM. Pelé etPluvinet;
« Du quartier de M. Moinery (Sainte-Geneviève) : M. Gozette;
(( Du quartier de M. Rousseau (Saint-Denis) : MM. Dulion de Givernay et Ghaves;
« Du quartier de M. Bernier (La Cité) : MM. Delafrenayc et Magimel;
« Du quartier de M. Bossu (Le Louvre) : MM. Gorre et Thiou de la Charinie ;
« Du quartier de M. Revil (La Sorbonne) : MM. Brocard et Bougie;
« Du quartier de M. Etienne (Saints-Innocents) : MM. Incelin et Delafrenaye;
« Du quartier de M. Honoré (Hôtel-de-Ville) : MM. Moreau et Nollet;
(< Du quartier de M. Amelin (Saint-Martin) : MM. Lopin et d'Ailly;
« Du quartier de M. Gibert (Les Halles) : M. le Goulteux de la Noraye;
« Du quartier de M. Vergne (Le Palais-Royal) : MM. Savalette de Lange et Delavoyepierre ;
« Du quartier de la Place-Royale : M. Tourteau d'Orvilliers;
« L'Assemblée générale s'est formée dans la grande salle qui était ainsi disposée :
« Au fond de cette salle, en face de la cheminée adossée à la salle delà Reine, était un banc à dos couvert de tapisserie et sur les deux côtés partant dudit banc à dos étaient d'autres bancs qui formaient un double carré long fermé aussi par des bancs, lequel carré s'étendait jusque près la principale porte de la salle, et, au milieu de ce carré, un peu dans le haut, était un bureau devant lequel était, du côté d'en bas, un fauteuil galonné d'or, et, du côté d'en haut, vis-à-vis ledit fau-
teuil, le siège ordinaire du greffier, recouvert de velours cramoisi galonné d'or, et, à la gauche du siège du greffier et un peu plus éloigné du bureau, était un tabouret.
« Messieurs les Échevins se sont placés sur le banc à dos au haut dudit carré, MM. les procureur du Roi et de la Ville et greffier audit bureau, étant, au milieu, M. le procureur du Roi dans le fauteuil, et M. le greffier dans son siège, M. le trésorier sur une chaise, à la suite du banc de Messieurs. Les sieurs conseillers de Ville des Cours souveraines ayant pris les premières places, qui sont celles les plus proches de MM. du Bureau, suivant leur rang de réception ; après eux, les autres conseillers de Ville, et ensuite les sieurs quartiniers et les cinquanteniers, tant sur le même banc que sur celui en retour, faisant face à celui de MM. les échevins, et sur un autre banc, derrière celui à droite ci-dessus, les mandés se sont placés tant sur le banc intérieur à gauche, pareil à celui des sieurs conseillers et quartiniers, que sur un autre banc derrière. Le premier commis du greffe s'est mis sur une chaise et un peu hors rang dans l'angle entre le banc de MM. les échevins et celui de MM. les conseillers, pour administrer le tableau juratoire, le chapeau mi-partie et la formule du serment dans les temps nécessaires. Le premier huissier s'est placé sur le tabouret étant près ledit bureau et les autres huissiers, qui avaient repris leurs robes de livrée, sur un banc en biais dudit carré du côté de la porte de la grande salle; et des gardes de la Ville, sous les armes, bordaient ledit carré.
« Après quoi, M. le premier échevin a fait un discours, dans lequel il a exprimé les regrets de la Ville sur la retraite de M. le Peletier de Mortefontaine et les motifs de consolation qu'on trouvait dans la personne de M. de Flesselles que le Roi avait désigné pour lui succéder. Ensuite, M. le procureur du Roi en a aussi fait un, traitant les mêmes objets, et a fini en requérant la lecture des Ordonnances pour la forme de l'élection d'un Prévôt des marchands et de la Lettre de cachet du vingt et un du présent mois, dont l'enregistrement avait été ordonné dans l'assemblée du Conseil de Ville du vingt-cinq du présent mois.
« Alors M. le greffier, debout et découvert, a fait la lecture desdites Ordonnances et Lettre de cachet.
« Ce fait, M. le premier échevin s'est levé, ainsi que toute la compagnie, et a dit à l'assemblée :
« Vous jurez et promettez de bien et fidèlement procéder à l'élec- « tion des quatre scrutateurs ^ »