LA GRANDE DÉPUTATION DK L'ASSEMBLÉE. NATIONALE
électeurs arrêtaient de faire dépaver toutes les rues; leur président en signait l'ordre.
Un particulier, « haletant, couvert de sueur, près de tomber en défaillance, se présente et dit qu'il venait de faire la course de Versailles à Paris en une heure et demie, « bien content d'apporter le premier à la Ville de Paris la nouvelle que tous les malheurs étaient finis. » 11 était dans la salle de l'Assemblée nationale, lorsque le Roi y est venu, le matin, sans gardes, accompagné seulement des deux princes ses frères. Le Roi a prononcé un discours, souvent interrompu par des cris d'attendrissement et de joie :
« Je viens avec confiance au milieu des représentants de la Nation, leur témoigner ma douleur, et les inviter à prendre tous les moyens de finir les maux de l'Etat. Je ne suis qu'un avec ma Nation. J'ai donné des ordres pour que les troupes s'éloignent à l'instant de Paris et de Versailles ; je désire que vous réunissiez vos efforts aux miens pour rétablir le calme dans la capitale. »
Aussitôt après avoir entendu Sa Majesté, il s'était précipité dans un cabriolet. Les suisses l'avaient empêché de passer à Sèvres. Il s'était jeté dans un batelet, et, la rivière traversée, avait couru à pied jusqu'à l'Hôtel de Ville.
Il déclare se nommer Charles-Joseph Piquais, négociant, rue de la Sourdière, n» 10. Il se constitue « en otage à l'Hôtel de Ville, jusqu'à ce qu'on ait acquis l'exactitude de ce qu'il vient d'annoncer ».
Un électeur du district des Feuillants, l'avocat Rigot de Préameneu ', est expédié en toute hâte à Versailles, avec un passeport.
A peine est-il parti, que le marquis de Villette amène un autre particulier qui, accouru à cheval de Versailles, confirme la nouvelle.
Lavenue, député de Razas, annonce qu'une députation de l'Assemblée nationale est en route, arrivera dans une heure à peu près.
L'Assemblée des électeurs était bien peu nombreuse; le temps ne permettait pas de grands préparatifs.
« Il est arrêté que Duveyrier, secrétaire de l'Assemblée et membre du Comité permanent, De Leutre, l'abbé Fauchet et Legrand de Saint- René, électeurs et membres du Comilé permanent, précédés de douze cavaliers du guet et suivis d'un détachement de gardes suisses et de deux tambours, se transporteraient au-devant des députés de l'Assemblée nationale, pour les recevoir à l'entrée de Paris et les conduire jusqu'à l'Hôtel de Ville. »
En attendant, des citoyens armés et des gardes françaises ayant saisi à la barrière de la Conférence un courrier porteur d'une lettre pour la duchesse d'Orléans, les électeurs décident de la faire porter, sans l'ouvrir, par l'un d'eux, Mitouflet de Reauvais, au Raincy, avec une
1. Le futur membre de la Législative, l'un des conseillers d'État qui travaillèrent au Code civil, et le ministre des cultes de l'Empire de 1808 à 1814.
escorte armée, la route étant occupée par les hussards. Cette mission fut remplie dans la soirée et on ne peut mieux accueillie K
Le commandant La Salle avait désigné pour le gouvernement de la Bastille un député suppléant de Bretagne, Le Déist de Botidoux. Sur la réclamation du gouverneur précédemment nommé, l'électeur Soulès, celui-ci est confirmé, mais on lui donne pour adjoint l'officier au régiment de la reine Élie, « en excluant de la garde de ce poste tous les officiers et soldats qui n'auraient pas un mandement particulier du marquis de La Salle ».
Triomphalement sont amenés sur la place de l'Hôtel de Ville, par plus de 2,000 citoyens armés et gardes françaises, de nombreux cavaliers et fantassins de l'armée du maréchal de Broglie. L'Assemblée des électeurs arrête qu'ils seront répartis entre les districts; les canons,rartillerie et les bagages mis en lieu de sûreté.
Une autre escorte rend à l'Assemblée Garrande Coulon, Patris, de La Feuterie et Brillantais-Marion, qui, envoyés le matin à Versailles, ont été arrêtés par le district des Jacobins Saint-Honoré, « considérés, malgré leurs pouvoirs, comme des transfuges voulant s'échapper, menacés d'être pendus ou décapités ».
Delavigne, président en premier de l'Assemblée générale, qu'une indisposition - a empêché d'occuper le fauteuil depuis le 13, accourt pour assister à la réception de la grande députation de l'Assemblée nationale et partager « l'allégresse de tous les bons citoyens ».