TRÈS HUMBLE ADRESSE DE REMERCIEMENT
que présentent très respectueusement
AU ROI
les Six Corps de la Ville de Paris
« Sire,
a Un seul mot de Votre Majesté a dissipé les ténèbres et les inquiétudes où nous étions plongés.
« Par une décision émanée du trône, vous venez, sire, de vous rendre à nos respectueuses pétitions et de couronner le vœu général des Français. Enfin le Tiers-État sera convenablement représenté aux États généraux.
« Quel plus digne ministre pouvait nous préparer et nous annoncer cette nouvelle loi de justice et de bienfaisance !
« Philippe le Rel appela aux États généraux ses fidèles communes : il fut notre premier bienfaiteur.
« Avec quelles tendres émotions de reconnaissance ne retentissent pas au fond de nos cœurs les noms chéris de Louis XII et de Henri IV, qui si souvent s'occupèrent de notre bonheur !
« Vous seul, Sire, vous seul savez affermir ce bonheur sur une base inébranlable ; c'est à vous seul que vos fidèles communes en auront l'éternelle obligation ; et pour vous seul se perpétueront d'âge en âge, comme vos bienfaits, ces transports d'amour, de reconnaissance et d'admiration que vous nous inspirez, et qu'heureuse par vous, partagera notre postérité la plus reculée.
« Nous connaissions les besoins de l'État. Dans sa détresse, nous
i. Luxueux in-i° de quatre pages, le seul document parisien de l'introduction à la Révolution qui soit donné, sans explication d'ailleurs, dans les Archives parlementaires, t. I", p. 498.
ne demandions pas à payer moins d'impôts ; mais, pour mieux payer, pour pouvoir payer plus longtemps, pour parvenir enfin à l'équilibre des finances, à la libération de la dette publique, et rendre à notre patrie et sa gloire et sa prospérité, nous demandions de n'avoir plus à gémir sur l'inégalité des répartitions ; nous demandions d'être aidés par nos concitoyens des deux Ordres privilégiés. Déjà une grande partie de ces deux Ordres respectables a noblement souscrit à la justice de nos réclamations; mais vous seul, Sire, pouviez en assurer le succès inébranlable contre les erreurs toujours possibles des intérêts particuliers.
« Que les deux premiers Ordresjouissent donc des honneurs ecclésiastiques et militaires, au moins partagerons-nous avec eux le plus beau de leurs privilèges, celui d'être également aimés et protégés par Votre Majesté, par le père des Français et le restaurateur de la monarchie. Si nous cherchons, Sire, à les égaler, c'est en patriotisme, c'est en amour pour votre personne sacrée, et en reconnaissance pour vos bienfaits.
« Ah! Sire, avec quelle impatience votre bonne ville de Paris n'attendra-t-elle pas le jour heureux où ses murs pourront retentir encore de cris d'allégresse en revoyant ses libérateurs! car nous savons, Sire, avec quelle généreuse sollicitude votre auguste compagne a bien voulu partager vos soins paternels pour le peuple français. Puisse-t-elle ne pas ignorer notre respectueuse reconnaissance !
« Tels sont, Sire, les sentiments tendres et respectueux que viennent avec confiance déposer dans votre sein paternel et au pied du trône vos fidèles sujets composant les Six Corps :
Ont signe :
Pour le Corps de la draperie-mercerie : De la Frenaye et Moinf.ry.
Pour le Corps de l'épicerie : Debourge et Boulanger.
Pour le Corps de la pelleterie, bonneterie et chapellerie : Rigonot
et Richard l'aîné.
Pour le Corps des orfèvres : ChÏret et Bailleul. Pour le Corps des fabricants d'étoffes et de gazes : Testard et Hardy. Pour le Corps des marchands de vin : Fossart et Marchais.
Le jour même où était signée cette Adresse des Six Corps — 2 janvier 1789 — le Corps de Ville s'assemblait et décidait l'envoi à Versailles d'une grande députation qui, malgré l'intervention du duc de Brissac, gouverneur de Paris, n'obtint pas l'audience royale1:
1. Nous copions cette délibération sur la minute, conservée aux Archives Nationales BA, carton 63.