‹ Les elégies et les sonnets de Lovïze Labé, lionnoizeChapitre 6 sur 8 · FIN DES ELEGIES · texte numérisé non relu

FIN DES ELEGIES

Non haiiria Ulysse o qualunqualîro niai P'm accorto fù, da quel diuino aspetto Pien di gratie, d'honor et di rispetto Sperato quai i sento affanni e guai.

Pur, Amor, co i begli ochi tu fait' hai Tal piaga dentro al niio innocente petto, Di cibo et di cal or gia tuo ricetto, Che rimedio non ve si tu nol' dai.

O forte dura, che mi fa esser qtiak Punta d'un Scorpio, et domandar riparo Contr el velen d'aW istesso animale.

Chieggio li fol' ancida questa noia, Non estingua el désir a me si caro, Che niancar non potra ch' i non mi muoia.

O heaus ycus bruns, ô regards destournez, O chaus soupirs, ô larmes espandms, O noires nuits vainement s attendues, O jours luisans vainement retourne:^ :

O tristes pleins, ô désirs obstine:^, O tems perdu, ô peines despendues, 0 mile morts en mile rets tendues, O pires maus contre moi destine:^.

O ris, ô front, cheueus, bras, mains et doits O lut pleintif, viole, archet et vois : Tant de flambeaus pour ardre une femelle !

De toy me plein, que tant de feus portant. En tant d'endrois d'iceus mon cœur tatant, J^'çn est sur toy volé qucï(jue estiuçfJk,

0 longs désirs, ô espérances vaines, Tristes soupirs et larmes coutumieres A engendrer de nwy maintes riuieres, Dont mes deiis yens sont sources et fontaines :

0 cruauté:^ ô durte:^^ inhumaines, Piteus regars des célestes lumières :

Du cœur transi ô passions premières.

Estimez-vous croître encore mes peines ?

Quencor Amour sur moy son arc essaie.

Que nouueaus feus me gette et nouueaus dars ;

Qu'il se despite, et pis qu'il pourra face :

Car ie suis tant nauree en toutes part. Que plus en moy une nouuelle plaie.

Pour m'enipirer ne pourroit trou uer place,

mi

Depuis qu'Amour cruel empoisonna Premieretnent de son feu ma poitrine, Tousiours bruJay de sa fureur diuine, Qui un seul tour mon cœur n'abandonna.

Quelque trauail, dont asse:^ me donna, Quelque menasse et procheine ruine:

Quelque penser de mort qui tout termine, De rien mon cœur ardent ne s'estonna.

Tant plus qu'Amour nous vient fort assaillir.

Plus il nous fait iws forces recueillir.

Et tousiours frais en ses conéats fait estre :

Mais ce n'est pas qu'en rien nous fauorise, Cil qui les Dieus et les hommes mesprise : Mais pour plus fort contre les fors paroitre.

Clere Venus, qui erres par les Cieus, Entens ma voix qui en pleins chantera, Tant que ta face au haut du Ciel luira. Son long trauail et souci ennuieus.

Mon œil veillant satendrira bien miens, Et plus de pleurs te voyant gettera.

Mieus mon lit mol de larmes baignera, De ses trauaus voyant témoins tes yeus.

Donq des humains sont les lasse:^ esprits De dous repos et de somrneil espris.

l'endure mal tant que le Soleil luit :

Et quand ie suis quasi toute cassée.

Et que me fuis mise en mon lit lassée. Crier me faut mon mal toute la nuit.

Dens ou trois fois bienhcurcus le retour De ce cler Astre, et plus heureus encore Ce que son œil de regarder honore.

Que celle là reccuroit un bon iour,

Quelle pourrait se vanter d'un bon tour Qui baiseroit le plus beau don de Flore, Le mieus sentant que ianiais vid Aurore, Et y fcroit sur ses leures seiour !

C'est à moi seule à qui ce bien est du. Pour tant de pleurs et tant de tems perdu Mais le voyant, tant luy feray de feste.

Tant emploiray de nies yeus le poumir.

Pour dessus lui plus de crédit auoir.

Qu'en peu de tems feroy grande conqueste.

On voit mourir toute chose animée, Lors que du corps l'ame sutilepart :

le suis le corps, toy la meilleure part : Ou es tu donq, ô ame bien aymee ?

Ne me laisse:;^ pas si long tcms pamec, Pour me sauner après viendrois trop tard. Las, ne mets point ton corps en ce ha:(art Rens lui sa part et moitié estimée.

O^aisfais, Ami, que ne soit dangereuse Cette rencontre et reuuë amoureuse, L'acompagnant, non de seuerite.

Non de rigueur : mais de grâce amiable. Qui doucement me rende ta beauté, ladis cruelle, à présent favorable.

le vis, ie meurs : ie me brûle et me noyé, l'ay chaut estreme en endurant froidure : La vie m'est et trop molle et trop dure, l'ay grans ennuis entrejmski de ioye :

Tout à un coup ie ris et ie larmoyé, Et en plaisir maint grief tourment i' endure Mon bien s'en va, et à iamais il dure : Tout en un coup ie seiche et ie verdoyé.

Ainsi Amour inconstamment me mdne :

Et quand ie pense avoir plus de douleur, Sans y penser ie me trcuuc hors de peine.

Puis quand ie croy ma ioye cslrc ccrteine, Et estre au haut de mo?i désiré heur.

Il me remet en mon premier malheur.

SOX'NETS

Tout aussi toi que ie coimnence à prendre Dens le tnol Ut le repos désiré, Mon triste esprit hors de nioy retiré S'en va vers toy incontinent se rendre.

Lors tnest auis que dedens imn sein tendre le tiens le bien, ou i'ay tant aspiré. Et pour lequel i'ay si haut souspiré; Que de sanglots ay sonnent cuidé fendre.

0 dous sommeil, ô nuit à moy heureuse ! Plaisant repos, plein de tranquilitc.

Continue'^ toutes les nui:(^ mon songe :

Et si iamais ma poure ame amoureuse

Ne doit auoir de bien en vérité.

Faites au moins qu'elie en ait en mensonge.

LOUISE LABE

Quand i'aperçoy ton blond chef couronné Uiin laurier verd, faire un Lut si bien pleindre, Que tu ponrrois à te suiure contreindre Arbres et rocs : quand ie te vois orné,

Et de vertus dix mile enuirofiné, Au chef d'honneur plus haut que nul atteindre : Et des plus hauts les louenges estcindre : Lors dit nwn cœur en soy passiœiné :

Tant de vertus qui le fojit estre aynié,

Qui de chacun te font estre estimé,

Ne te pourroient aussi bien faire aymer ?

Et aioutant à ta vertu louable Ce nom encor de m' estre pitoyable.

De mon amour doucement t'enfiamer ?

O dons regars, â yens pleins de beau te, Petis iardins, pleins de fleurs amoureuses Ou sont d'Amour les flesches dangereuses, Tant à vous voir mon œil s'est arresté !

0 cœur félon, ô rude cruauté.

Tant tu me tiens de façons rigoureuses, Tant i'ay coulé de larmes langoureuses.

Sentant l'ardeur de mon cœur tourmenté I

Donques, mes yeus, tant de plaisir auei. Tant de bons tours par ses yeux receue^ : Mais toy, mon cœur, plus les vois s'y complaire,

Plus tu langui^, plus en as d-e souci,

Or deuine:^ si ie suis aise aussi.

Sentant mon œil estre à mon cœur contraire.

7^ LOUISE LAsé

xn

Liif, compagnon de ma calamité, De mes soupirs témoin irréprochable, De mes ennuis controlleur véritable, Tu as sonnent aiiec moy lamenté :

Et tant le pleur piteus t'a molesté, Que commençant quelque son délectable.

Tu le rendais tout soudein lamentable, Feingnant le ton que plein auoit chanté.

Et si tu veux efforcer au contraire.

Tu te dtstens et si nu contreins taire : ïKais me voyant tendrement soupirer,

Donnant fauueur à ma tant triste pleinte. En nu's ennuis me plaire suis contreinte, Et dons mal douce fin espérer.

Oh si i'estois en ce beau sein rauie

De celui là pour lequel vois mourant :

Si auec lui viure le demeurant

De mes cours iours ne m'empeschoil enuie,

Sf m'acollant me disoit, chère Amie, Contentons nous l'un l'autre, s'asseurant Que ta tempeste, Euripe, ne Courant 'Nje nous pourra desioindre en notre vie :

Si de mes bras le tenant acollé.

Comme du Lierre est l'arbre encercelé, La mort venait, de mon aise enuieuse :

Lors que souef il me baiseroit.

Et mon esprit sur ses leures fuiroit,

Bien ie mourrais, plus que viuante, heureuse.

Tant que mes yens pourront larmes espandre, A leur passé aiicc toy regretter ; Et qu'ans sanglots et soupirs résister Pourra ma voix, et un peu faire entendre :

Tant que ma main pourra les cordes tendre Du fnignart Lut, pour ces grâces chanter : Tant que l'esprit se voudra contenter De ne vouloir rien fors que toy comprendre :

le ne souhaitte encore point mourir.

Mais quand mes yens ie sentiray tarir.

Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel seiour

Ne ponuant plus montrer signe d'amante :

Priray la mort fwircir mon pins ckr iour.

Pour le retour du Soleil honorer,

Le Zéphir, l'air serein lui apareille :

Et du sommeil l'eau l'eau et la terre esueille,

Qui les gardoit l'une de murmurer

En dous coulant, l'autre de se parer De mainte fleur de couleur nompareille.

la les oiseaus es arbres font Jiicrueillc, Et ans passans font l'ennui iiwderer :

Les Nymfes ia en mille ieus s'eshatent

Au cler de Lune, et dansans l'herbe abate?it :

Feus tu Zéphir de ton heur me donner.

Et que par toy toute me renouuelle ?

Fay mon Soleil deuers nioy retourner, Et tu verras s'il ne me rend plus belle.

Apres qu'un tems la gresk et le tonnerre Ont le haut mont de Caucase batu.

Le beau iotir vient, de lueur reiiétu.

Qiia7id Phebus ha son cerne fait en terre,

Et l'Océan il regaigne à grand erre Sa seur se montre avec son chef pointu. Quand quelque tems le Parthe ha combatu, Il prent la fuite et son arc il desserre.

Un tems t'ay vu et consolé pleintif, Et dcfiant de mon feu peu hatif :

Mais maintenant pue tu m'as embrassée.

Et fuis au point auquel tu nu voulois. Tu as ta jlame en quelque eau arrosée, Et es plus fr oit questre ie ne soulois.

le fuis la vile, et temples et tous liens, Esquels prenant plaisir à fouir pldndre, Tupeus, et non sans force, me contreindre De te donner ce questitnois le mieus.

Masques, tournois, ieus me sont ennuieus, Et rien sans toy de beau ne me puis peindre Tant que tachant à u désir esteindre.

Et un nouuel obget faire à mes yeus,

Et des pensers amoureus me distraire, Des bois espais sui le plus solitaire : Mais i'aperçoy, ayant erré maint tour.

Que si ie veus de toy estre deliure,

Il me conuient hors de moymesme viure.

Ou fais encor que loin sois en stiour.

Baise m'encor, rehaisc moy et baise :

Donne m'en un de tes plus sauoureus, Donne m'en un de tes plus amourcus :

le t'en rendray quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu? ça que ce mal t apaise. En t'en donnant dix autres doucereus.

Ainsi meslans nos baisers tant heureus louissons nous l'un de l'antre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suiura.

Chacun en soy et son ami viura.

Permets m' Amour penser quelque folie :

Tousiours suis mal, viuant discrettetnent Et ne me puis donner contentement.

Si hors de moy ne fay quelque saillie.

Diane estaîit en l'cspesseur d'un bois, Apres avoir mainte beste assenée.

Prenait le frais, de Nynfes couronnée:

Fallois resuant comme fay maintefois,

Sans y penser : quand i'ouy une vois.

Qui m'apela, disant, Nymfe estonnee.

Que ne t'es tu vers Diane tournée ? Et me voyant sans arc et sans carquois.

Qu'as tu troiiué, ô campagne, en ta voye. Qui de ton arc et flesche ait fait proye ? le m'animay, respons ie, à un passant,

Et lui getay en vain toutes mes flesches Et l'arc après : mais lui les ramassant Et les tirant me fit cent et cent bresches.

Prédit me fut, que démit fermement Un iour aymer celui dont la figure Me fut descrite : et sans autre peinture Le reconnu quand vy premièrement :

Puis le voyant aymer fatalement, Pitié ie pris de sa triste auenture :

Et tellenunt ieforçay ma nature.

Qu'autant que lui aymay ardentemcnt.

Qui nust pensé qu'en famur deuoit croitre Ce que le Ciel et destins firent naitre ? Mais quand ie voy si nubileus aprets.

Vents si cruels et tant horrible orage : le croy qu'estaient les infernaus arrêts, Qui de si loin m' ourdissaient ce naufrage.

Quelle grandeur rend l'homme vénérable ? Quelle grosseur? quel poil ? quelle couleur ? Qui est des yeux le plus emmieleur ? Qui fait plus tôt une playe incurable ?

Quel chant est plus à l'homme conuenable ? Qui plus pénètre en chantant sa douleur ? Qui un dous lut fait encore meilleur ? Quel naturel est le plus amiable ?

le ne voudrais le dire assurément, Ayant Amour forcé mon ingénient :

V\iCais iefay bien et de tant ie m'assure,

Que tout le beau que Ion pour r oit choisir. Et que tout l'art qui ayde la Nature, Ne me sauraient acroitre mon désir.

Luisant Soleil, que tu es bien heureus. De voir tousiours de t'Amie la face : ' Et toy, sa seur, qii'Endimion embrasse, Tant te repais de miel amoureus.

Mars voit Venus : Mercure auentureus De Ciel en Ciel, de lieu en lieu se glasse : Et Jupiter remarque en mainte place Ses premiers ans plus gays et chaleureus.

Voilà du Ciel la puissante harmonie.

Qui les esprits diuins ensemble lie :

Mais s'ils auoient ce qu'ils ayment lointein.

Leur harmonie et ordre irreuocable

Se tourneroit en erreur variable.

Et comme vwy travailkroient en vain..

Las ! que me sert, que si parfaitement Louas iadis et ma tresse daree, Et de mes yeux la beauté comparée A deus Soleils, dont Amour finement

Tira les trets cause^ de ton tourment ? Ou estes vous, pleurs de peu de durée? Et Mort par qui deuoit estre honorée Ta ferme amour et itéré serinent ?

Donques cestoit le but de ta malice De m'asseruir sous ombre de seruice ?

Pardonne moy Ami, à cette fois.

Estant outrée et de despit et d\ire :

Mais ie m'assure, quelque part que tu sois,

Qu'autant que moy tu soufres de martire.

xxiin

Ne reprenez, Dames, si i'ay aymé :

Si i'ay senti mile torches ardantes, Mile tratiaus, mile douleurs nwdantes :

Si en pleurant i'ay mon temps consumé,

Las que mon nom n'en soit par vous blâmé. Si i'ai failli, les peines sont présentes. N'aigrisse^ point leurs pointes viokntes : Mais estime^ qu'Amour, à point nommé.

Sans votre ardeur d'un Vulcan excuser,

Sans la beauté d'Adonis acuser,

Pourra, s'il veut, plus vous rendre amoureuses.

En ayant moins que moy d'ocasion,

Et plus d'estrange et forte passion.

Et gardes^ vous d'estre plus malheureuses.

FIN DES EVVRES DE LOVÏZE LABE I.IONNOIZl

ESCRIZ DE mVBJiS POETES

A LA LOVENGE DE LOVIZE LABÉ LIONNOIZE

A LA LOVENGE DE LOVIZE LABE LIONNOIZE

EN GRACE DV DIALOGVE D AMOVR ET DE FOLIE, EVVRE DE D. LOVÏSE LABE LIONNOIZE (l)

Amour est donq pure incUnacion Du Ciel en nous, mais non nécessitante : Ou bien vertu, qui nos cœurs impuissante A résister contre son accion ?

(i) Ode attribuée à Maurice Shie dont la devise mystiriewse non si non \t, se relroiivç dans k MicioçosiRÇ,

C'est dotiq de famé une alieracion De vain désir légèrement naissante, A tout obiet de V espoir périssante, Comme muahle à toute passion ?

la ne soit crû, que la douce folie

D'un libre Amant d'ardeur libre amollie

Perde son miel en si amer Absynthe,

Puis que Ion voit un esprit si gentil Se recmiurer de ce Chaos sutil, Ou de Raison la Loy se laberynte.

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