Fr. Paulhan, Les Caractères, 1894 ; Introd., p. xi
Malapert. 13
dance) comprendra les types déterminés par : les tendances VITALES (les gloutons, les sobres, les sexuelsy les peintresy les sculpteurs, les musiciens, les gourmands, les intellectuels , les affectifs, etc.); les tendances socixm^ [égoïstes, altruistes, ceux chez qui domine Y amour, Y amitié, les affections de famille, les humanitaires, les mondains, les professionnels , les aifàreSy les économes, les orgueilleux, les vaniteux, les humbles, les ambitieux, les autoritaires, les soumis^ les heureux, les Jouisseurs, les pessimistes, etc., etc.) ; — enfin les tendances supra-sociales (les formalistes, ceux qui ont Y amour des principes abstraits, les mystiques, les amoureux du çrai, etc.)
Il y a là une tentative dont nous ne méconnaissons certes pas la force et l'originalité. M. Paulhan a voulu déduire, en somme, des lois générales de la psychologie* une détermination des divers types humains. Il ne saurait entrer dans nos intentions de discuter ici et en passant le système philosophique de cet auteur et nous devons nous borner à sa théorie des caractères. Une première remarque s'impose : entre ces trois grandes catégories qu'on a distinguées, il est bien difficile d'apercevoir des relations nettes et bien définies. Une des formes générales de l'association entraîne-t-elle nécessairement ou préférablement telle ou telle qualité des tendances et lesquelles ? Et aussi telle forme d'association, telle qualité des tendances, sont-elles aussi facilement compatibles avec telles tendances concrètes qu'avec telles autres ? Je vois bien par exemple qu'il doit y avoir des rapports étroits entre certaines qualités de la pre-
1. Ou du moins de sa psychologie, fondée sur la théorie de ï association systématique, et qu'il a exposée dans un remarquable ouvrage : 1/ Activité mentale et les éléments de L*esprit.
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mière catégorie (inquiets, nerveux, composés, incohérents) et certaines qualités de la deuxième catégorie (troublés, changeants, émotifs); mais c'est peut-être qu'en dernière analyse on nous présente la même chose à peu près, sous des noms différents et dans des classes différentes. Je ne vois plus aussi bien si la gourmandise, l'amour de l'humanité, le mysticisme, ou l'orgueil, le pessimisme, s'accordent mieux l'un que l'autre avec les qualités distinguées dans les deux groupes précédents. Je suis même tenté de croire qu'on peut être peintre ou sculpteur et rentrer indifféremment dans n'importe lequel des types constitués par les formes de l'association ou les qualités des tendances. Et puis on peut être peintre et sobre ou gourmand, avare ou prodigue, jouisseur ou ascète. Ce qui tient sans doute à ce que les aptitudes esthétiques de tel ou tel ordre ne constituent ni des caractères, ni peut-être même de véritables traits de caractère. En tous cas, il y a, au point de vue que nous venons d'envisager, une indétermination manifeste et qui, à notre avis, est particulièrement grave.
C'est qu'aussi bien il est assez peu légitime de partir des formes de l'activité mentale considérées in abstracto. On se heurtera a des difficultés inextricables quand il s'agira d'y faire entrer ensuite les éléments concrets eux-mêmes ; et ce qu'il y a d'arbitraire et d'artificiel en somme dans cette méthode aprioristique éclatera au moment où il faudra passer de la théorie h la détermination du caractère d'un individu donné. — Le mode d'organisation des tendances ne dépendil donc pas de leur nature même ? Ne s'ordonnent-elles pas entre elles suivant ce qu'elles sont en elles-mêmes et par elles-mêmes ? Les éléments concrets du caractère réagissent sans doute les uns sur les autres, s'opposent aussi les uns
1Ô6 LES LOrS DE COMPOSITION DES ÉLÉMENTS DU CARACTÈRE.
aux autres^ se coordonnent et se subordonnent; mais c'est précisément de la nature propre et de la prépondérance relative de ces éléments que résulte la forme particulière de leur combinaison. C'est donc d'eux qu'il faut partir et non pas de la loi abstraite qui exprime simplement des rapports, indépendamment des termes. Un caractère n'est pas un mode de relations entre des tendances psychiques, il est ces tendances mêmes en relation les unes avec les autres. 11 ne faut pas aller pour ainsi dire du dehors vers le dedans, mais au contraire du dedans vers le dehors.
C'est un défaut de même nature qui se remarque encore dans la détermination des différentes tendances concrètes et dans leur classification par M. Paulhan. Il définit chaque tendance, comme l'observe justement M. Fouillée, par son objet, par la fin extérieure vers laquelle elle nous entraîne, et le fond même de la vie intérieure n'est pas abordé. Et l'éminent psychologue ajoute : « Entre les formes générales de l'association systématique et les objets particuliers des tendances ou des passions, il nous semble qu'il doit exister un intermédiaire ; et cet intermédiaire, c'est précisément le caractère même, c'est-k-dire la nature propre de la sensibilité, de la volonté, de l'intelligence... Ce qui est primordial, c'est le mode individuel de développement et de fonctionnement du processus psychique, sentir, penser, vouloir*. »
Les classifications de MM. Ribot et Fouillée se distinguent
précisément des deux précédentes en ce qu'elles portent
« non sur la forme, mais sur le fond. » En cela consiste à
nos yeux leur supériorité, et nos réserves seront d'une tout
, autre nature. « Pour constituer un caractère, écrit M. Ribot,
deux conditions sont nécessaires et suffisantes : l'unité, la stabilité ^ » Cette définition permet d'éliminer de suite les innombrables individus humains qui n'ont ni unité, ni stabilité, ni marque qui leur soit propre. Ces « cas frustes » ce sont les amorphes et les instables. Cette exclusion opérçe, la classification parcourra quatre degrés ; au premier degré on notera les conditions les plus générales, ce seront desimpies cadres, correspondant aux genres en zoologie ou en botanique. — Au deuxième degré on rencontrera les types fondamentaux, les formes pures, correspondant aux espèces. « Ici entre en scène un nouveau facteur : les dispositions intellectuelles. » — Au troisième degré les formes mixtes ou composites, — analogues aux variétés. — Enfin les substituts ou caractères partiels dont la formule est celle-ci : « un amorphe /?/w5 une disposition intellectuelle ou une tendance affective très prédominante... Le caractère partiel n'agit que sur un point, ... pour tout le reste, il sent, pense et agit comme tout le monde. »
Le point de départ de la classification, son principe même, sera dès lors la détermination des fonctions essentielles de la vie mentale capables de donner naissance par ellesmêmes aux genres^, par leur union avec les dispositions intellectuelles aux espèces, par leurs combinaisons entre elles aux variétés. — Or pour M. Ribot, « le fond de tout animal, c'est le sentir et Vagir. » D'où deux grandes classes : les sensitifs et les actifs, auxquelles il en faut joindre une troisième caractérisée par l'atrophie de la sensibilité et de l'activité, les apathiques.
1. Ribot, Sur les diverses formes du caractère; Rev^ Philos. ^ novembre 1892, p. 483 et suiv.
Sensitifs : 3 groupes.
Actifs : 2 groupes.
Chacun de ces genres se subdivise en espèces, de la manière suivante :
1. Les A {/m 6/^5. Sensibilité excessive, intelligence médiocre, activité nulle.
2. Les contemplatifs. Sensibilité vive, intelligence aiguisée, activité nulle.
3. Les émotionnels. Impressionnabilité extrême, intelligence subtile, activité spasmodique et intermittente.
1. Les médiocres. Machines solides, fonds riche d'énergie et besoin de le dépenser, sans autre but que d'agir.
2. Les grands-actifs. Fonds robuste d'activité, intelligence puissante, pénétrante, raffinée.
1 . Les apathiques- purs . Peu de sensibilité, peu d'activité, peu d'intelligence.
Apathiques : 2 groupes. . • { 2. Les c*a/c'i//a^eur5. Intelligence puissante,
absence de spontanéité ; ils obéissent à des idées.
Les formes mixtes résultent enfin de la rencontre dans un même individu et avec une intensité à peu près égale de deux des tendances fondamentales déjà distinguées. Nous obtenons quatre nouveaux types :
A. — Sensitifs-actifs. Sensibilité vive, tempérament actif, héros fougueux.
B. — Apathiques-actifs. Tempérament moral, se rapprochant des calculateurs, héros passifs.
C. — Apathiques-sen^itifs. Atonie et instabilité, se jetant dans Faction avec violence, mais par épisodes.
D. — Tempérés (mais M. Ribot ne pense pas que ce soient des caractères.)
Telle est cette classification, la plus pénétrante et la plus vraie, à un très grand nombre d'égards, que je connaisse.
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Elle ne me semble pécher, si je puis dire, que par défaut; elle exclut trop, elle simplifie peut-être trop aussi.
Est-il bien légitime d'abord d'éliminer les amorphes et les instables, sous prétexte que les uns se prêtent à subir toutes les influences et que les autres sont changeants d'un instant à l'autre ? Ni chez les uns ni chez les autres ne se rencontre, dira-t-on,une singularité caractéristique, quelque chose de notable, un cachet original. Faut-il en conclure qu'ils n'ont pas un certain caractère ? — D'abord il n'y a pas de purs amorphes et cette plasticité est chose variable d'un individu à l'autre ; ensuite elle est par elle-même un signe distinctif ; enfin l'amorphe se rapproche fort de l'apathiquepur dont M. Ribot fait une espèce et qui n'est pas beaucoup plus intéressant, puisque son originalité c'est d'être une borne, ce qui est assez maigre après tout. De la même manière nul n'est absolument instable, ni instable au même titre, capable d'oscillations également fréquentes, d'égale amplitude, entre les mêmes pôles ; ce fait, d'autre part, de se montrer « capricieux, changeant d'un instant à l'autre, tour à tour inerte et explosif, incertain et disproportionné dans ses réactions », voilà qui n'est pas sans constituer une certaine originalité et qui (si nous n'entrons pas complètement dans le domaine de la pathologie) fait singulièrement ressembler « l'instable » au « sensitif-émotionnel » qu'on nous dépeint « n'agissant que sous l'influence momentanée de motifs puissants, puis retombant dans l'inaction..., capable d'activité fiévreuse, puis traversant des périodes d'épuisement et de marasme. »
Passons maintenant aux types de caractères que retient M. Ribot, et voyons si le principe sur lequel il s'appuie pour classer tous ceux qui ne sont ni amorphes ni instables est
suffisamment large. Ici encore je note trois exclusions principales qui ne me semblent pas entièrement justifiées. — D'abord, et ceci est le point le moins important d'ailleurs, on refuse de faire des Tempérés ou Equilibrés un genre et même une espèce. Sans doute ils sont nommés dans le groupe des types mixtes, mais en quelque sorte à contre-cœur, et à propos de Goethe qu'on considère d'ordinaire comme un exemplaire presque parfait du type (ce qui au reste est fort contestable) M. Ribot va jusqu'à douter qu'il soit un caractère ou même un génie. Que les tempérés constituent une « espèce » distincte et nettement caractérisée, c'est ce qui nous paraît certain. Qu'on lise par exemple le très întéressaot portrait que M. Pérez a tracé de M"® Roland [op, cit., pp. 181-187) et l'on s'apercevra qu'un caractère de cette sorte appartient bien à un type défini et qu'il n'entre néanmoins d'une façon nette dans aucune autre catégorie. Il y a plus; nous voyons là non pas seulement une espèce, mais un genre. U harmonie^ Véquilibre, nous apparaissent comme quelque chose d'aussi important, d'aussi fondamental que Vexcès ou le défaut; la pondération est aussi caractéristique que la disproportion et peut par conséquent donner naissance à un type aussi « pur », à un genre aussi caractéristique.
Poussons plus loin. Parmi les fonctions essentielles de la vie psychique, M. Ribot refuse de compter l'intelligence et ne parle pas de la volonté. Sur le premier point nous avons précédemment insisté. (Cf. V^ partie, ch. iv.) Nous n'y reviendrons pas ici : la fonction de penser nous a paru aussi « innée » que l'activité, aussi caractéristique que « le goût des voyages sans raison et sans but » par exemple, et capable dès lors par sa prépondérance de constituer aussi un genre, au même titre que la prépondérance de la sensiblilité. —
II en est de même de la volonté. Elle n'est pas, cela va de soi, aussi primitive, aussi simple que le sentir et l'agir; elle est une manifestation supérieure, partant complexe et ultérieure : on ne l'aperçoit pas a la base de la vie psychique, ou mieux de la vie animale*. Est-ce un motif suffisant pour ne pas la compter quand il s'agit de la vie humaine, et doit-on se refuser à explorer les sommets? Pour déterminer le supérieur faut-il s'en tenir exclusivement à la considération de l'inférieur ? Outre que le développement plus ou moins remarquable de la volonté, chez un individu donné, trouve peut-être ses conditions et en quelque sorte sa base dans une certaine constitution particulière de la sensibilité, de l'activité, de l'intelligence, — nous croyons qu'en fait cette faculté proprement humaine, très inégalement répartie au demeurant parmi les hommes, quand elle devient prédominante, suffit à donner à une certaine catégorie d'individus une nature propre et franchement différenciée. — Nous estimons donc qu'il y a une classe de Volontaires y comme aussi une classe à^ Intellectuels : les supprimer, c'est simplifier à l'excès.
Cet abus de la simplification que nous avons essayé de mettre en lumière vient, au fond, de la conception même que M. Ribot se fait du caractère. Le caractère, pour lui, « ce sont les instincts, tendances, impulsions, désirs, sentiments : tout cela et rien que cela. » C'est pourquoi tout vrai caractère est « un », « stable », « inné »; c'est pourquoi (c la marque propre d'un vrai caractère est d'apparaître dès l'enfance » ; c'est pourquoi aussi « les vrais caractères sont
1. « Le fond de tout animal, écrit M. Ribot, c'est le sentir et Tagir. » Soit ; mais la question est précisément de savoir si c'est tout le fond de V homme, si c'est Vhomme tout entier.
rares ». C'est qu'en effet, en dernière analyse, M. Rlbot semble entendre par caractère une sorte de vocation tranchée, irrésistible et native, d'un mot la fatalité d^un instinct puissant. Et ainsi les amorphes et les instables seront justetement exclus ; et aussi les Volontaires et les Intellectuels, car la volonté ni Tintelligence ne sont des instincts ou du moins de purs instincts. Et si les apathiques trouvent grâce, c'est qu'ils portent en eux une espèce d'irrésistible instinct de résistance ou d'inertie. Mais cette acception du mot caractère n'est-elle pas arbitrairement restreinte ? le caractère n'est-il pas toute la « physionomie morale » d'un individu ? Ne faudrait-il pas réintégrer dans la compréhension du ternie un grand nombre des éléments ainsi éliminés? Si la théorie de M. Ribot est d'un bout à l'autre si solidement construite, si vigoureusement conséquente, c'est peut-être qu'elle s'éloigne trop de la réalité concrète et complexe, et que pour vouloir la ramener à un petit nombre d'éléments simples, elle la mutile. — L'amour de la clarté peut avoir ses inconvénients.
La classification de M. Fouillée n'a pas, à nos yeux, les mêmes défauts ; elle en a de plus graves, à la vérité. — Cette classification est, comme celle de M. Ribot, tripartite*. « Puisque nous avons rétabli la présence de l'intelligence dans les éléments primordiaux de l'évolution mentale, nous arrivons logiquement à distinguer trois grands genres de caractères : le sensitif, l'intellectuel et le volontaire. Chacun de nous, dit Platon, est composé d'une hydre, d'un lion et d'un homme : l'hydre aux cent têtes, c'est la passion;
1. Remarquons toutefois que M. Fouillée semble considérer les « Equilibrés » comme formant un genre à part, bien qu'il ne les décrive ni ne les subdivise.
le lion, c'est la volonté; l'homme, c'est Fintelligence ; on peut ajouter que notre forme morale change selon que l'un de ces trois éléments prédomine* ».
1. — Voilà les genres; passons aux espèces. — Parmi les sensitifs, trois espèces sont à distinguer :
1** Les sensitifs ayant peu d'intelligence et peu de volonté;
2° Les sensitifs ayant de l'énergie volontaire, mais peu d'intelligence ;
3** Les sensitifs ayant peu de volonté, mais beaucoup dUntelligence.
IL — Les divisions du genre des Intellectuels sont moins nettement marquées dans l'ouvrage que nous analysons. Si nous avons bien compris, toutefois, voici quelles elles
seraient:
!*• Les intellectuels exclusifs; — avec des subdivisions
possibles en concrets (imaginatifs) et abstraits, en intuitifs
et déductifs ;
2° Les intellectuels ayant de la sensibilité et peu de volonté ; — on y pourrait ranger les méditatifs et contemplatifs, et les analystes ;
3° Les intellectuels ayant beaucoup de volonté.
in. — Les Volontaires se diviseraient tout naturellement aussi en* trois catégories :
1° Volontaires ayant peu de sensibilité et peu d'intelligence ;
2** Volontaires ayant beaucoup de sensibilité et peu d'intelligence ;
1. Fouillée, Tempérament et Caractère, selon les individus, les sexes et les races, 1895, p. 135 ; — articles parus dans la Revue des Deux-Mondes en 1894.
3° Volontaires ayant beaucoup d'intelligence et peu de sensibilité*.
Nos critiques, au sujet de cette classification, seront très brèves. Nous ne nous attarderons pas à des observations de détail comme celle-ci par exemple : quelle différence y a-t-il au juste entre un individu doué de beaucoup de sensibilité, beaucoup de volonté et peu d'intelligence, et un individu doué de beaucoup de çfolonté, beaucoup de sensibilité et peu d'intelligence ? En somme l'obscurité vient ici de la très grande indécision des termes qu'emploie M. Fouillée: beaucoup o\x peu de sensibilité, de volonté, d'intelligence. Ne pourrait-on retourner contre lui cette objection qu'il adresse, si je ne me trompe, à M. B. Pérez : il s'agit d'une
question, non de quantité, mais de qualité. Ce qui m'inté-
resse surtout, c'est de savoir quelle nature, quelle forme de sensibilité ou d'intelligence ou de volonté se rencontre dans un individu donné, suivant que chez lui domine tel mode ou tel autre de volonté, d'intelligence ou de sensibilité.
Autre diflSculté, que nous avons signalée ailleurs : cette classification des caractères n'est pas rattachée à celle des tempéraments que l'auteur avait proposée cependant parce que la connaissance du caractère doit avoir pour base la détermination des tempéraments, et qu'une théorie des caractères doit être fondée à la fois sur la biologie et sur la psychologie. Or parmi les tempéraments décrits par M. Fouillée, voici le sensitif à réaction prompte: sensibilité vive, émotions fugitives et peu profondes, mobilité des sen-
1. Op. cit,, p. 178. — M. Fouillée semble aussi établir une division en « volontés d'impulsion » et « volontés d'inhibition », et encore en « volontés égoïstes » et « volontés altruistes » ; mais ces nouvelles classes ne correspondent pas bien nettement à celles que nous venons d'indiquer.
CLASSIFICATlOiN DBS CARACTÈRES. 2a5
timents, disposition à roptimisme, humeur enjouée, légèreté, insouciance, aptitude à vivre dans le présent, activité mobile et superficielle, pas de persévérance, mais de l'exubérance, de l'entrain. Cela, c'est bien la description d'un caractère; — on ne la retrouve plus dans la classification des caractères proprement dits. — De la même manière, s'il y a un tempérament actif, pourquoi ne compterait-on pas un caractère « actif » ; et les « actifs » ne sont pas nécessairement la même chose que les a volontaires » ; j'essaierai, en décrivant les uns et les autres, de montrer aussi nettement qu'il me sera possible les différences qui les séparent. — Enfin je ne vois pas de raison majeure pour refuser de faire des « apathiques » un genre à part; M. Fouillée se borne a dire : « l'apathie n'est qu'une question de degré, non de nature », ce qui ne constitue pas un argument définitif, d'autant plus que l'auteur, à propos des tempéraments, écrit fort bien : « Chez le flegmatique passif et apathique^ l'inertie est excessive et s'étend à tout, à la sensibilité comme à l'activité... Les apathiques pourraient aussi s'appeler des adynamiques ; ils ont en eux quelque chose de cette dépression de forces qui caractérise la maladie, le sommeil et la vieillesse. Leur tempérament est à la fois l'antipode des tempé^ ramenls sensitif et actifs, » En résumé, ce que nous reprochons à M. Fouillée, c'est d'avoir méconnu un certain nombre de types de caractères et d'avoir simplement repris la classification de Bain en émotionnels, intellectuels, volitionnels^, qui est vraiment un peu étroite.
1. Op, cit., pp. 75, 76. C'est moi qui souligne ce dernier membre de phrase, qui me paraît d'autant plus caractéristique que M. Fouillée fait du tempérament apathique une subdivision des « actifs ».