‹ Les éléments du caractère et leurs lois de combinaisonChapitre 17 sur 92 · Henle, Anthropologische Vortràge · texte numérisé non relu

Henle, Anthropologische Vortràge

2. Wundt, Éléments de psychologie physiologique, trad. fr., t. Il, p. 390 et sqq.

G LRS ÉLÉMENTS DU CARACTÉnE

ditt' de succession des vibrations nerveuses ; ces oppositions se combinant deux à deux, on aboutit h la classification suivante : Tempéraments forts et faibles ; tempéraments prompts et lents. [Tempérament fort et prompt: colérique; — fort et lent : mélancolique; — faible et prompt: sanguin; — faible et lent : flegmatique.]

Seulement n'est-ce pas lu. restreindre singulièrement le sens et la portée du mot tempérament? Pourquoi Wundt ne tient-il pas compte de l'opposition entre le sentir et Tagir, de la relation avec le sentiment ou Taction, comme faisait Kant ? Pourquoi ne distingue-t-il pas entre les centres sensitifs et les centres moteurs ? La tonicité des uns et celle des autres sont-elles donc nécessairement corrélatives ? Cela ne semble guère exact. Mais surtout, est-il possible de ne considérer, dans une théorie du tempérament, que le système nerveux? Sans doute, en lui retentit le mouvement de la vie totale, dont il est en un sens le régulateur; mais on ne peut le regarder comme vivant d'une vie indépendante, on ne peut faire abstraction de cette « vie totale », de cette sorte d'atmosphère vivante et vibrante au sein de laquelle if plonge, d'où il reçoit non seulement ses ébranlements, mais sa vitalité propre; c'est à l'activité de la circulation, à la qualité du sang, à l'activité générale de Torganisme qu'il doit, en partie du moins, sa tonicité, l'énergie et la rapidité de ses vibrations. Et dès lors, à s'en tenir à la théorie de Wundt, le tempérament ne sera rien autre chose que la sensibilité morale, l'aptitude variable à être ému\ De telle sorte qu'on s'est trouvé conduit à élargir le sens du mot, et

1. Cf. Wundt. Loc. cit. t. U, p. 3'.)Û-30I: « Nous indiquerons les dispositions individuelles et particuliùros de l'îlnie à la naissance des émotions ou passions. Ces dispositions ce sont les lenipéranionts. Ce qu'est Texcitabilité par rapport à la sensation sensorielle, le lenipéranient l'est par rapport à i'éinolion et à Tinslinct. » « La répartition des leiiipcrainents en quatre classes se justifie, puisque, dans la conduite individuelle des émotions et des passions, nous pouvons compter deuv sortes d'oppositions ou de contraires : une première opposition (jui a trait à l'énerj^ie et une seconde à la rapidité de la succo88ion des niouvemonls dt^ Tùmo; »

TEMPÉRAMENT KT CARACTKRE 7

à tenir compte de facteurs plus proprement organiques. Sans aller, comme M. Mario Pilo *, jusqu'à faire dépendre le tempérament uniquement de la composition chimique et de la chaleur du sang, il faut manifestement le rattacher aux phénomènes biologiques de Tordre le plus élémentaire, au métabolisme général, à la qualité, à l'énergie, à la direction du « ressort vital », à ce qu'on pourrait appeler « le ton de la vitalité générale » .

M. Fouillée^ s'est tout récemment efforcé de préciser en ce sens la théorie du tempérament et de lui trouver un principe biologique vraiment fondamental et vraiment explicatif. Ce princip#il le faut chercher dans les doctrines les plus nouvelles sur l'activité intime et primitive de la matière vivante, du protoplasma. La vie consiste essentiellement en un double mouvement de restauration et d'usure, d'assimilation et de désassimilation ; elle est, pour reprendre et compléter le mot célèbre de Bichat, l'équilibre entre les fonctions qui président à la mort et les fonctions qui résistent à la mort, elle est la combinaison, ou mieux la pondération de deux séries de processus, les uns constructifs ou anaboliques, les autres destructifs ou cataboliques. « C'est, selon nous, écrit M. Fouillée, le mode et la proportion des changements constructifs et destructifs dans le fonctionnement de l'organisme qui produit le tempérament. Le tempérament est comme une destinée interne qui impose une orientation déterminée aux fonctions d'un être vivant et il doit se formuler en termes de la constitution chimique prédominante selon qu'elle donne la prépondérance à l'épargne ou à la dépense. » Il y a deux grandes classes de tempéraments :

1. Mario Pilo. Nuovi Stuclii sul Carattere, Milan, 1892. 11 distingue de la sorte douze tempéranients-caractèreB : pléthoriques, Bêreux, bilieux, lymphatiques, puis quatre formes les exagérant (liltra-plélhoriques, ultraséreux, etc.) et quatre formes les atténuant (semi-pléthoriques, semiséreux, etc.).

2. Fouillée. Tempérament et Caractère. Paris, Félix Âlca.ïv, V^^o.

Malapert. <i

bi-j ; d'^A.

8 LES KLKMISNTS DU CARACTKRE

les uns en prédominance d'inlégration ou tempéraments d'éparf^^ne, les aulres en prédominance de désintégration ou lempéramenls de dépense. Enfin, chacune de ces classes se subdivise elle-même en deux groupes si Ton considère particulièrement dans le système nerveux, ce « balancier réglant les mouvements de l'horloge », la rapidité ou la lenteur, l'énergie ou la mollesse de ce double processus d'assimilation et de désassimilation. Seulement, tandis que dans les tempéraments d'épargne l'intensité va avec la lenteur, le peu d'intensité avec la rapidité, dans les tempéraments de dépense c'est le contraire qui a lieu. « Voici donc, en résumé, la formule scientifique que nous proposerShs pour chacun des tempéraments les plus simples, en nous fondant sur les échanges intimes du protoplasma et sur leur direction prédominante, soit dans l'organisme en général, soit dans le système nerveux. Pour le sanguin (sensitif vif et léger) : intégration prédominante par excès de nutrition, avec réaction rapide, peu intense et peu durable; pour le nerveux (sensitif profond et passionné) : intégration prédominante par besoin de nutrition, avec réaction plus lente, intense et durable ; pour le bilieux (ou actif ardent) : désintégration rapide et intense; pour le flegmatique (ou actif froid) : désintégration lente et moins intense. »

Cette théorie, très ingénieusement présentée, ne soulèvet-elle pas des difficultés nombreuses ? Et d'abord, pourquoi la rapidité et l'intensité ne s'accompagnent-elles que dans les processus destructifs et non pas dans les processus constructifs? On en cherche en vain la raison. — Puis comment se fait-il que les processus de désintégration et de réintégration ne s'accomplissent pas dans le système nerveux suivant les mêmes rapports que dans l'organisme en général ? Et quel est le caractère dominateur ? « Le rapport mutuel de Tenlretien et de la dépense dans l'organisme en général suffit, dit M. Fouillée, à fournir les deux grands types fon-

damentaux. » — Mais il écrit bientôt après : « Les changements nutritifs qui président à la reconstitution moléculaire sont sous Tempire du système nerveux, qui dirige ainsi tous les actes de Torganisme, destructifs ou réparateurs. » — Dès lors comment comprendre que dans un tempérament en prédominance générale de désintégration, il y ait dans le système nerveux réparation égale et parallèle à Tusure ? — Enfin et surtout, un organisme peut-il être considéré comme réalisant en lui-même d'une façon prépondérante soit les opérations constructives, soit les opérations destructives? Un individu peut-il être « en prépondérance constante d'intégration »,,ou de désintégration ? Que deviendrait un être vivant qui généralement acquerrait plus qu'il ne dépenserait, et surtout que deviendrait celui qui dépenserait toujours plus qu'il n'acquerrait ? Comment comprendre que, dans certains cas, la prédominance relative de la désintégration, de Tusure, se traduise par l'empâtement du corps, l'engorgement, la mollesse des tissus ; — tandis que, dans certains cas, la prédominance de l'intégration se manifeste par la maigreur, la sécheresse du corps ?

Ce qui semble beaucoup plus acceptable, c est que ce double mouvement, quoique proportionné, s'opère avec une intensité variable; que, chez certains, la dépense et la restauration sont puissantes, chez d'autres languissantes. En un mot nous en sommes réduits à la considération très générale, et du même coup très vague, de l'énergie variable de l'activité vitale. C'est en somme le point de vue auquel s'arrête M Manouvrier, dans les deux intéressants articles qu'il a consacrés à la question du tempérament \ Selon lui, les différences constitutionnelles profondes qui constituent les tempéraments doivent évidemment se rattacher à des variations d'ordre anatomique; mais, dans Tétat actuel de nos

1. Manouvrier. Le -Tempérament y Revue Mensuelle de V École ctAnthropo*logie de Paris, années 1896 et 1898. Paris, Fi3lix Alcan.

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connaissances, et piiisqu'aussi bien un grand nombre de condilions anatonii(|ues connues ou inconnues concourent à la formation d'un niôine caractère physiologique, il est nécessaire de partir de la considération des variations physiologiques les plus élémentaires et les plus générales. Le métabolisme général produit une quantité variable d'énergie potentielle dans l'organisme de chaque individu. Comme d ailleurs le système nerveux tient sous sa dépendance Téconomie tout entière, le tempérament consiste essentiellement dans les variations de la quantité d'énergie nerveuse. Les divers degrés de la potentialité nerveuse sont en nombre indéterminé ; toutefois on en peut distinguer trois principaux : tempéraments sthénique, mésosthénique et hyposthénique; les termes asthénîque et hyperslhénique étant réservés pour les cas pathologiques et exceptionnels.

Cette considération de la quantité d'énergie potentielle est à coup sûr intéressante et importante. Mais elle reste assez vague ; tantôt il s'agit de la potentialité de l'organisme, tantôt de la potentialité du système nerveux et le rapport entre ces deux termes n'est pas déterminé. M. Manouvrier semble considérer parfois l'énergie nerveuse comme l'effet, la manifestation de l'énergie de Torganisme tout entier, parfois comme sa cause ; parfois il semble reconnaître qu'il n'y a pas entre elles une corrélation constante et certaine.

Il y a des gens chez qui la vie est pleine, puissante et réglée ; chez d'autres elle est faible, molle, moins harmonieuse aussi. — Veut-on préciser? Il faut faire entrer en ligne de compte les modifications profondes qui résultent pour l'équilibre de la vie générale du développement exagéré de tel ou tel système organique. Et certes il y aurait de curieuses pages h écrire sur les rapports existant entre certains troubles fonctionnels et la vitalité générale et même l'humeur. Qui ne connaît les effets remarquables, à cet égard, des maladies d'estomac, du diabète, des affections

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cardiaques, etc. Mais quelles obscurités subsistent encore ! Et si l'on peut arriver à quelques résultats lorsqu'il s'agit de cas pathologiques, que sait-on sur « le résultat général pour l'organisme de la prédominance d'action d'un organe ou d'un système », à Tétat normal ? Au surplus, à quels systèmes organiques se borner ? Quel rôle faire jouer au système nerveux en particulier, et à telle ou telle de ses parties ?

Ainsi Tantique notion de tempérament reste d'une extraordinaire indécision. A mesure qu'on la veut préciser, on la voit fuir et s'effacer de plus en plus. Les définitions qu'on en donne sont aussi peu cohérentes que possible. Le tempérament est-il « le centre de gravité de toutes les activités organiques et fonctionnelles? » ou bien « le résultat général pour l'organisme de la prédominance d'action d'un organe ou d'un système? » ou bien « l'énergie du ressort vital? » ou bien « Ténergie du ton nerveux? » A quelles particularités physiologiques ou anatomiques rattacher les divers tempéraments? Même incertitude, ou plutôt incertitude plus grande encore. Sang, système nerveux, rapports du sang et du système nerveux, mouvements anaboliques et cataboliques, voilà qui n'est pas infiniment mieux défini et plus rigoureusement établi que les humeurs d'Hippocrate. — Au point de vue physiologique le mot de Tempérament ne signifie rien de précis, c'est un mot vague sous lequel nous cachons notre ignorance des choses, et comme dit Maudsley « un symbole représentant des quantités inconnues ».

IL — Si cela est, quelles lumières pourrait apporter à la théorie et à la classification des caractères celle des Tempéraments ? — Et pourtant une objection se présente immédiatement à l'esprit. Comment, si la théorie des tempéraments ne reposait pas sur une base sérieuse, expliquer qu'en dernière analyse on s'accorde à peu près sut ki\om\i\^ ^\.\^'à

iS LES {^.Ll^.MENTS DU CARACTÈRE

caractères essentiels des tempéraments- types? La réponse nous parait bien simple. Toutes les classifications des Tempéraments sont h base psychologique. Qu'on relise toutes les descriptions qui en ont été tant de fois données, d'Hippocrate h Cabanis, de Kant à M. Fouillée, on s'apercevra bien vite que toutes les indications essentielles en sont prises de la vie psychologique. Par caractère, on entend à peu près la môme chose que Thumeur et on divise les hommes en quatre grands groupes d'après leur humeur générale : il y a des gens gais, enjoués, d'autres tristes, renfermés, d'autres violents, colères, irritables, d'autres enfin indifférents, indolents; voilà les quatre tempéraments. Et alors, après coup, on rattache plus ou moins artificiellement ou arbitrairement ces traits psychologiques à des particularités physiologiques indéterminées et indéterminables, pour lesquelles on propose des théories explicatives aussi diverses qu indémontrées. L'accord final n'est plus bien merveilleux, et ne constitue pas une preuve en faveur de la théorie du tempérament. Il n'en faut pas conclure que la classification des caractères doit reposer sur celle des tempéraments, puisque, au contraire, on ne définit les temperaments qu'en termes psychologiques.

Certains auteurs l'ont bien vu et n'hésitent pas à le reconnaître expressément ou implicitement.

Millier qui accepte et estime « excellente » cette classification en sanguin, mélancolique (ou nerveux), flegmatique (ou lymphatique) et bilieux, déclare expressément qu'on n'y doit voir qu'une divisision « psychologique » et « non physiologique », une classification des divers « types d'humeur », qu'elle exprime simplement la façon dont se manifeste chez les différents hommes la faculté du plaisir et de la douleur ^ — Kant et Wundt, de leur côté, ne se font pas

1. Mùller. Manuel de Physiologie, trad. Jourdan, 2« édit., t. H, p. 557 : « Dans mon opinion, \es> tempéraments ne dépendent que du plus ou moins

d'illusion k cet égard. Kant ne veut parler que du « tempérament de l'âme », psychologiquement considéré, et les expressions qu'il emploie « prises de la qualité du sang, n'ont qu'un sens déterminé d'après l'analogie du jeu des sentiments et des désirs avec des causes motrices corporelles » qu'on ignore complètement. « On ne veut pas avant tout savoir quelle est la composition chimique du sang, pour ensuite dénommer d'une manière convenable la propriété d'un certain tempérament; mais il s'agit de savoir quels sentiments et quelles inclinations s'observent dans l'homme, afin de pouvoir l'appeler convenablement du nom d'une classe particulière \ » De même, nous l'avons montré, Wundt entend par tempérament la disposition de l'âme k l'égard des émotions. Les termes physiologiques sont ici des symboles, non des explications. Ainsi encore, tout récemment, M. Nicolas Seeland ^ combattant « la tendance enracinée à chercher l'essence des tempéraments dans les phénomènes de la circulation et de son satellite, l'échange matériel », croit trouver la base du tempérament dans la vie élémentaire du système nerveux, dans la façon dont il reçoit les excitations extérieures et intérieures. De telle sorte qu'en dernière analyse c'est Ykinneiir plutôt que le tempérament qu'il envisage, et ce sont des diversités d'humeur qu'il distingue sous les noms de tempérament gai, tempérament serein, tempérament mélancolique, etc. De même enfin HôfiFding ^ définit le tempérament « le niveau

de disposition aux émotions et aux passions qui naissent de l'excitation ou de la contrariété des penchants, c'est-à-dire qu'ils reconnaissent pour cause la disposition aux états de plaisir, de peine et de désir, comme aussi les aliments que ces états de l'âme trouvent dans la composition matérielle des parties organisées. »

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