‹ Les éléments du caractère et leurs lois de combinaisonChapitre 84 sur 92 · Renouvier. Psychologie Rationnelle, II, p · texte numérisé non relu

Renouvier. Psychologie Rationnelle, II, p

par la longue persistance des impressions accidentelles auxquelles ils sont exposés... — Les causes capables de changer ou de modifier le tempérament sont les maladies, le climat, le régime, les travaux habituels du corps ou de Tesprit *. >» - - Or, le régime, les habitudes du corps et de Tespril, cela déi)end de nous. Et par là nous pouvons modifier l'expression consciente la plus directe du tempérament, c'està-dire rhumeur. Une éducation bien comprise, une hygiène intelligente et méthodique peuvent combattre avec succès cliez les enfants la disposition à la tristesse. Plus tard, la tentative sera sans doute plus difficile, non pas impossible toutefois : car là nous trouvons des auxiliaires, non seulement dans la médecine, mais'dans Tintelligence et la volonté. « Rachel de Varnhagen, le D' Johnson," Henriette Martineau, nous dit M. Fouillée, étaient nés avec un tempérament mélancolique ; ils étaient de ces attristés qui voudraient fuir le battement incessant de la vie et dire à leur cœur : Endorstoi ! Mais, par leur intelligence et leur volonté, ils firent une noble tentative pour triompher de leur tendance organique au découragement, et ils arrivèrent à vaincre cet ennemi caché" de la paix intérieure. A la mélancolie de tempérament ils ont opposé la sérénité de caractère '\ »

Nous avons prise donc sur notre vie affective, et quant à sa vivacité et quant à sa nature. On ne se donne pas, bien entendu, et par un simple acte de vouloir, là sensibilité dont on a été privé par la nature ; mais on avive celle qu'on a. Il y a une culture possible de la sensibilité ; on arrive à développer des goûts et des sentiments nouveaux ; on amollît un cœur dur, on rend plus tendre une âme sèche, plus chaude une âme froide. Cela est vrai surtout de la sensibilité morale. Les émotions élevées, les sentiments généreux,

1. Cabanis. Rapports du Physique et du Moral, X1I« Mémoire ; Cf. VHI» Mémoire : Influence du régime sur les habitudes morales,

les aspirations nobles sont comme des fleurs délicates qui se flétrissent au moindre souffle et demandent à être cultivées avec des soins ingénieux et incessants ; on peut donc le& laisser périr en soi ; mais on peut aussi leur créer une atmosphère plus pure, plus lumineuse, plus douce et plus égale, oîi elles écloront pour ainsi dire d'elles-mêmes. — De la même manière et inversement, nous pouvons modérer les mouvements excessifs de notre sensibilité, atténuer la violence de nos émotions, Timpétuosité de nos désirs et de nos passions : c'est une partie essentielle du gouvernement de soi-même : c'est peut-être là, comme le remarque Bain, qu'on peut le mieux découvrir et mesurer « la puissance volitionnelle du caractère individuel ». « Ce qu'on appelle force de volonté est assez bien manifesté par le plus ou moins de contrôle exercé sur les manifestations émotionnelles *. » La volonté, en opérant directement sur les muscles qui servent à traduire extérieurement nos émotions, agit sur l'émotion intérieure elle-même et l'apaise. Nous pouvons, par exemple, provoquer volontairement le relâchement des muscles de la face, du cou, des membres, et par ce moyen faire tomber presque subitement un accès de colère naissant. Arrêter l'expression d'une émotion, c'est arrêter Témbtion ; de même que nous pouvons, en en reproduisant les manifestations externes, réveiller une émotion apaisée.

Ce contrôle s'étend aussi aux actes auxquels nous pousse l'émotion; sous l'impulsion de la colère, il nous est possible, sinon d'empêcher le cœur de battre plus précipitamment et les mâchoires de se contracter, du moins de nous abstenir de frapper. Cette demi-victoire rendra plus facile une victoire moins incomplète, et nous atteindrons peu à peu jusqu'aux profondeurs les plus cachées de la sensibilité. Enfin il est en notre pouvoir d'accomplir des mouvements et des actes dia-

Page 1