SANG DE L'AMPHIOXUS
Quant aux appareils de la vie nutritive et de la reproduction, ils sont en partie fusionnés. Ainsi la cavité abdominale contient à la fois l'estomac, l'ovaire, le testicule et les branchies. L'eau introduite dans cette cavité par l'orifice buccal en sort par le pore abdominal, ainsi que les œufs et les animalcules spermatiques. Les branchies sont recouvertes de cils vibratiles. Il en est de même des parois de Tinleslin.
L'appareil de la circulation est complet ; le système lacunaire a disparu. Mais les forces qui président à la progression du sang, loin d'être centralisées, sont réparties sur un assez grand nombre de points. Il existe, d'après Muller : 4** un cœur artériel, médian, représenté par un vaisseau d'un calibre uniforme et sous-jacent à la charpente des branchies ; 2** à droite et à gauche de celui-ci, 50 petits cœurs ou bulbilles situés à l'origine de chacune des artères branchiales, lesquels entrent en contraction immédiatement après le cœur médian. On remarque en outre un cœur sur la veine cave et un autre sur la veine porte. Un appareil circulatoire ainsi constitué diffère beaucoup assurément de celui des poissons ; il diffère aussi de celui de tous les invertébrés.
Deux faits principaux ressortent des détails qui précèdent : les appareils de la vie animale se dégradent chez l'Amphioxus par suite d'un arrêt de développement ; les autres appareils se dégradent par suite d'une remarquable tendance à la fusion. Cette dégradation, si commune chez les invertébrés, est au contraire de la plus extrême rareté dans les classes plus élevées. L'Amphioxus, sous ce rapport, semble descendre du type zoologique auquel il a été rattaché. Son appareil circulatoire diffère à peine de celui des vers. Les cils qui recouvrent les parois de son intestin et qui jouent ici le rôle des fibres musculaires absentes le rapprochent des annélides. La présence de ces cils sur les branchies le rapprochent des mollusques acéphales. La préhension des aliments, qui s'opère chez lui à l'aide de ces mêmes organes, le rapproche des derniers annelés, ainsi que le fait remarquer M. de Quatrefages. Par ses appareils de la vie animale, il appartient aux vertébrés; mais ce n'est qu'un vertébré dégradé. Par ses autres appareils, il se range dans la classe des animaux sans vertèbres. En réalité, il occupe dans le règne animal une place intermédiaire aux deux grands embranchements qui le composent.
Sang deVamphioxm. — Le sang de l'amphioxus ne contient pas de globules rouges. Sur ce point, Retzius, Muller et M. de Quatrefages sont d'accord. De
mon côté, j'ai pu constater le même fait. Quand aux leucocytes, ce dernier auteur s'exprime ainsi : c J'ai coupé plusieurs individus par morceaux, tantôt en » les laissant tremper dans un peu d'eau de mer, tantôt en les plaçant sur des » verres parfaitement secs; je n'ai pas trouvé de globules. J'ai bien vu flotter » dans le liquide ainsi obtenu des corpuscules irréguliers, diaphanes, homo- » gènes, analogues à ceux que charrie le sang chez les Mollusques, ou qu'on » rencontre dans la cavité abdominale de certaines Annélides. Mais rien ne » rappelait les globules des mammifères , des oiseaux , des reptiles et des » poissons. Aussi je regarde comme pleinement constaté ce fait, si excep- » tionnel parmi les vertébrés , que chez Tamphioxus le sang est blanc et sans » globules > (4).
On voit que M. de Quatrefages n'hésite pas à nier l'existence des globules rouges et qu'il admet celle des globules blancs. Remarquons cependant qu'il parle de ces derniers en termes un peu vagues.
C'est vaguement aussi que je les ai entrevus, et je n'oserai pas affirmer, avec cet auteur, qu'ils sont réellement analogues à ceux que charrie le sang des Mollusques ; car ceux des Mollusques sont très bien caractérisés. Mais il n'en est pas ainsi de l'amphioxus. Lorsqu'on coupe son corps transversalement, même au niveau des branchies, c'est à peine si la surface de section mouille la lame de verre; et lorsqu'on soumet à l'examen microscopique cette très mince couche de liquide, que voit-on? des corpuscules rares, irréguliers, diaphanes, qui m'ont paru n'avoir qu'une lointaine analogie avec les globules blancs des invertébrés. On serait presque tenté de croire que l'amphioxus par des globules blancs comme par ses globules rouges, fait exception à la loi générale.
Cette exception, cependant, est en contradiction si formelle avec tout ce que j'avais vu, qu'il me semblait bien difficile de l'admettre. Mon savant collègue et ami M. Ch. Robin étant alors à Concarneau et pouvant avoir desamphioxus à sa disposition, je lui écrivis pour le prier de se livrer aussi à quelques recherches de son côté et de vouloir bien me communiquer son opinion, à laquelle sa haute compétence me faisait attacher un grand prix. Je transcris textuellement sa réponse : « Mon préparateur M. Ilermann et moi, nous venons » de constater plusieurs jours de suite les faits suivants : La section de la
(I) De Quatrefages, opère citato, p. 237..
3> queue laisse écouler une très petite gouttelette de sang incolore. Chaque y> préparation contient de 3 à 10 globules blancs sphériques ou légèrement » ovoïdes, larges de 5 à 8 millièmes de millimètres. Ils sont incolores, transpa- » rents, sans noyau, parsemés de quelques fines granulations brillantes; ce » sont, en un mot, des leucocytes de petites dimensions, non accompagnés » d'hématies. »
Il suit de cette description très explicite, et concordante d'ailleurs avec celle de M. de Quatrefages, qu'il n'y a pas lieu d'admettre l'exception vers laquelle j'inclinais, moins, du reste, par conviction, que pour provoquer des recherches nouvelles et plus concluantes. J'insiste toutefois sur deux points, d'une part sur la quantité infiniment petite du sang chez l'amphioxus, de l'autre sur l'absence de noyau dans ses leucocytes. Après avoir reçu la lettre de M. Ch. Robin, j'ai vérifié ces deux faits sur quelques-uns de ces étranges vertébrés que j'avais encore à ma disposition. Chez d'infimes araignées et d3 très petits insectes dont j'ai observé les leucocytes, il y avait plus de sang que chez un amphioxus de 7 centimètres. Dans ses globules blancs, j'ai vainement cherché aussi le noyau. Or, en explorant toute la série zoologique, c'est le seul animal chez lequel je ne les ai pas rencontrés; et cependant j'ai mis en usage les réactifs qui me les avaient si bien montrés chez tous les autres. Par les éléments figurés de son sang, comme par l'ensemble de son organisation, l'amphioxus reste donc un être à la fois très dégradé et très exceptionnel.
§ 2. — Sang des poissons
En passant des Céphalopodes aux poissons, l'appareil de la circulation se complète. Mais une modification que les faits observés chez les Mollusques ne semblaient pas annoncer se produit brusquement. Chez les invertébrés , le cœur est situé sur le trajet du sang qui sort de l'appareil respiratoire. Chez les poissons, il est situé sur le trajet du sang qui se rend à cet appareil; ce n'est pas un cœur artériel, c'est un cœur veineux. Il reçoit le sang venu de toutes les parties du corps et le projette dans les branchies. Le sang qui vient de ces organes, ou sang artériel, chemine d'abord dans des canaux convergents qui se continuent bientôt avec un tronc dont les divisions affectent une direction divergente. Dans les vertébrés supérieurs, au point de continuité des
Canaux convergents et divergents, il existe un cœur préposé à l'impulsion du sang rouge; mais ce second cœur, ou cœur artériel, cœur aortique, fait défaut chez les poissons.
L'organe central de la circulation, en se portant du canal à sang rouge sur le canal à sang noir, a évidemment pour but d'accélérer la marche de ce liquide dans les organes de l'hématose et de l'étaler plus largement au contact de l'air. 11 permet à l'appareil de la respiration de prendre un plus grand développement, d'où il suit que les deux fluides, mis en présence, réagissent l'un sur l'autre avec plus d'énergie. On comprend donc que les éléments figurés du sang, rencontrant sur leur route des conditions mécaniques plus favorables à la circulation et un appareil d'oxygénation plus puissant, se modifient plus profondément et passent ainsi de la première à la seconde période de leur évolution.
Cependant, ces conditions plus avantageuses, inhérentes aux appareils de la circulation et de la respiration, ne semblent pas suffire encore pour opérer la transformationdes globules blancsenglobules rouges. Lesreins, extrêmement développés, sont traversés par la presque totalité du sang noir, qui est recueilli ensuite par les veines rénales efférentes, puis, versé par celles-ci dans les sinus de Cuvier au voisinage du cœur. Ces glandes paraissent jouer, à l'égard du liquide nourricier, le rôle d'organes dépurateurs; elles dépouillent le sang d'une partie des principes qui le rendaient impropre à la nutrition, et les branchies complètent ensuite ce travail d'épuration en lui restituant la plénitude de ses propriétés assimilatrices (4).
Dans l'appareil de la circulation des poissons on retrouve encore quelques traces des lacunes. Le lac sanguin qu'on observe, chez les Raies, au niveau des veines provenant des organes de la génération, lac qui établit une large communication entre les deux veines rénales efférentes, celui beaucoup plus considérable et véritablement énorme qui correspond à l'œsophage, chez les Squales, sont bien manifestement les derniers vestiges d'un système qui disparaît (2). Dans tous les poissons cartilagineux les veines jugulaires internes offrent une disposition analogue.
(1) Voy. mes Rech. sur l'appareil mucipare et le syst. lymph, des poissons, p. 16 el 37, pi. IX, . 1,3,0. 7, 9 et 10.
(2) Opère citato, p. 16, el 37, pi. IX, fig. 4, 2, 3, 5, 8.
Pour l'étude du sang des poissons, j'ai choisi dans les divei^ ordres de cette classe un certain nombre de principaux types que j'ai successivement soumis à l'examen microscopique. Ainsi, parmi les poissons cartilagineux, j'ai pris les Raies, les Squales et les Lamproies ; parmi les poissons osseux, la Tanche, l'Anguille, la Carpe et la Perche. Dans chacun de ces types, mes observations ont porté à la fois sur les globules rouges et sur les globules blancs.
A. — Sang des poissons carlilagineux.
i^ Sang de la Raie. — Toutes les raies qui sont apportées sur les marchés de Paris ont été prises à la ligne. Avant d'être déposées dans le bateau des pêcheurs, elles restent très longtemps suspendues au crochet qui les retient prisonnières, se débattent énergiquement, et perdent, pendant cette longue lutte, une notable quantité de sang, d'où il suit que, malgré leur volume, elles ne contiennent plus, au moment où l'anatomiste en dispose, qu'une assez minime quantité de ce liquide. Pour le recueillir, on met le cœur à nu; on lie ensuite les deux grosses veines qui viennent s'ouvrir dans sa cavité, puis on les divise au delà de la ligature, à leur entrée dans le péricarde, et l'on enlève l'organe dont elles dépendent. L'oreillette ouverte, le sang s'écoule dans un verre conique, et, à l'aide d'une baguette en verre, on en dépose une goutte sur le porte-objet du microscope.
Le sang de la Raie est extrêmement séreux; le plasma, en d'autres termes, est très abondant. C'est dans ce plasma qu'il convient d'abord de l'examiner à un grossissement de 400 diamètres. On prendra ainsi connaissance de la forme, des dimensions, de la couleur des globules rouges, et on verra flotter, au milieu de ceux-ci, les globules blancs dans toutes leurs variétés. Ce premier examen permettra de constater qu'ils sont régulièrement elliptiques, aplatis, et munis d'un noyau. On juge de leur forme aplatie lorsqu'ils se présentent par leurs bords, ou lorsqu'ils tournent autour de leur grand axe. Le noyau est très pâle, à peine apparent, de forme elliptique aussi.
Les ti'ois parties constituantes des globules rouges ne peuvent être bien mises en évidence qu'à l'aide des réactifs. Le sérum iodé fait apparaître presque aussitôt les granulations du protoplasma et celles du noyau. Cependant, pour l'étude de ces granulations, qui rappellent celles des globules blancs, le bichromate de potasse, uni au sulfate de soude et à l'acide acétique, est préférable ;
c'est le réactif par excellence des globules rouges; c'est celui qui montre le mieux leurs trois éléments; et il a, en outre, l'avantage de les montrer immédiatement de la manière la plus nette. Mais les proportions de ce réactif varient non seulement selon les classes, les tribus, les ordres, les familles et les genres, mais souvent même selon les espèces. Je me suis attaché particulier rement à les déterminer pour chacun des principaux types de vertébrés.
Pour mettre en pleine lumière les granulations des globules rouges de la raie on composera d'abord le réactif suivant :
Bichromate de potasse 2 graounes.
Sulfate de soude 10 —
Eau distillée 500 —
Sous l'influence de la chaleur ces deux sels se dissolvent rapidement; après leur complète dissolution, on conserve le liquide dans un flacon ; puis on verse dans une éprouvelte graduée de la contenance de 50 grammes :
i^ 30 grammes de la solution qui précède; 2^ 15 grammes d*acide acétique à 90 degrés.
L'acide acétique purifié ordinaire est à 40 degrés, et l'acide cristallisable à 98 degrés. Mais ce dernier a l'inconvénient de cristalliser dans le bocal qui le contient, surtout sous l'influence des basses et moyennes températures. Afin d'éviter cet inconvénient, j'y ajoute un dixième d'eau distillée, et je le ramène ainsi à 90 degrés environ. Il reste alors indéfiniment à l'état liquide et peut être facilement utilisé.
Les 45 grammes du réactif précédent sont versés dans un flacon fermé avec un bouchon en verre se prolongeant en pointe conique jusqu'à son extrémité inférieure. Ces dispositions prises, on dépose une goutte de sang sur le porte-objet, puis une goutte du réactif; on mélange les deux liquides à l'aide du bouchon conique, et la réaction a lieu sous les yeux de l'opérateur. Le novau offie alors un contour circulaire bien accusé; il est granuleux. Le protoplasraa prend également un aspect granuleux. Ses granulations, de volume égal, sont assez régulières et très rapprochées (1).
Quelques anatomistes seront peut-être disposés à penser que les granulations du protoplasma et du noyau, ainsi obtenues, sont un produit artificiel dû
kS) pi. 111, fig. 2.
à Taclion du bichromate de potasse. Pour répondre à cette objection, j'ai supprimé ce sel, et j'ai fait usage d'un autre réactif ainsi composé :
Sulfate de soude au maximum de saturation 1 partie.
Acide acétique ordinaire 1 —
Ce second réactif montre bien aussi les granulations du protoplasma. On peut, du reste, en varier les proportions de la manière suivante :
Sulfate de soude 1 partie .
Acide acétique étendu d'un égal volume d'eau distillée 1 --
On pourra aussi étendre le sulfate de soude, ou étendre davantage l'acide acétique; les résultats seront les mêmes, mais plus ou moins nets et plus ou moins rapides (4). Ce n'est pas seulement ce second réactif qu'on peut modifier; le premier peut l'être aussi. Une foule de réactifs composés des mêmes éléments que celui-ci, et différemment combinés, démontrent bien également l'existence des granulations du protaplasma et du noyau.
Mais ces réactifs ne détachent pas l'enveloppe des globules, qui reste confondue avec le protoplasma. On l'isolera à l'aide du réactif suivant :
i^ Solution de bichromate de potasse et de sulfate de soude, précédemment formulée. . 30 gr. 2« Acide acétique à 90 degrés 20 —
En ajoutant à une goutte de sang une goutte de ce réactif, on voit, au bout d'une minute, le protoplasma se rétracter, et un intervalle blanc le séparer de l'enveloppe, qui devient alors des plus évidentes (2). Le réactif montre aussi les granulations de la petite masse protoplasmique et celles du noyau, en sorte que les trois éléments du globule sont également manifestes.
En variant l'emploi des réactifs qui précèdent et multipliant les observations, on arrivera à constater aussi que le noyau des globules rouges se continue avec l'enveloppe.
Les globules blancs du sang des Raies sont volumineux, mais cependant de volume assez inégal. Ils affectent une forme sphériquc. Leur protoplasma se compose, pour les uns, de grosses granulations vésiculeuses qui leur donnent un aspect mûriforme et une couleur sombre, et, pour les autres, de granula-
(1) PI. UI, fig. 3.
(2) Pi ni, fig. L
lions fines et plus clairs-semes. L'acide acétique ordinaire au 75*^ en montre bien la constitution. Le noyau est étroitement uni à l'enveloppe, de forme arrondie, à contour sombre bien accusé, et granuleux. On reconnaît sa situation périphérique en examinant un globule qui tourne lentement autour d'un axe parallèle au plan de sustentation (1). Mais, comme ils sont relativement peu nombreux dans le sang, on prendra de préférence, pour cette étude, les globules blancs des ganglions œsophagiens, qui sont multipliés à l'infini, assez gi'os pour la plupart, et qu'on fera macérer préalablement dans l'acide acétique ordinaire au lO'^ (2).
2' Sang des Squales. — Les détails dans lesquels je viens d'entrer sur le sang des Raies me permettront d'être plus bref sur celui des Squales, qui n'en diffère pas, et dont l'étude est plus facile encore ; car presque tous les réactifs font réapparaître presque aussitôt les granulations du protoplasma et du noyau. Leurs globules rouges ne diffèrent pas de ceux de la Raie.
Les globules blancs de ces deux ordres de poissons cartilagineux sont semblables aussi par leurs dimensions, leur forme et leur composition. Entre les globules blancs et les globules rouges, on retrouve tous les états transitoires par lesquels passent les premiers pendant leur période de coloration.
3' Sang de la Lamproie. — Ce poisson a, pour attribut distinctif, la forme très régulièrement sphérique de ses globules rouges. En les observant dans le plasma sanguin ou dans l'acide osmique , on reconnaît leur mode de configuration, et on entrevoit leur noyau qui souvent, cependant, n'est pas visible (3). Mais leurs trois éléments se manifestent aussitôt sous l'influence d'une foule de réactifs. On composera d'abord la solution suivante :
Bichromate de potasse 2 grammes.
Sulfate de soude 2
Eau distillée 500
La dissolution du bichromate est accélérée en plaçant le liquide au-dessus .d'un bec de gaz ou d'une lampe à alcool; on le conserve dans un flacon recou-
(1) Voy. mes Rech. sur le syst. lymph. des poissons. In-fol., 1880, pag. iO. PI. VU, fig. 8.
(2) PI. HI, fig. L
(3) P. IV, fig. i.
vert d'une étiquette qui rappelle sa composition, puis on verse dans une petite éprouvette :
i^ 45 grammes du liquide précédent;
^^ 5 grammes d'acide acétique à 90 degrés.
Ce dernier réactif met immédiatement en pleine lumière les granulations du protoplasma, celles du noyau et le contour de celui-ci (i).
Les globules rouges, par suite de leur forme sphérique tournant facilement autour de leurs divers axes, on peut très bien voir, pendant leur rotation, que le noyau se continue avec l'enveloppe et occupe toujours une situation périphérique (2). Entre tous les poissons, la Lamproie est donc celui qui mérite la préférence pour cette étude.
Les globules blancs ne diflfôrent pas de ceux des autres poissons. Dans quelques-uns, le noyau est divisé en un ou plusieurs globulins (3).
En comparant les globules blancs et rouges, on reste frappé de leur extrême analogie de constitution; entre les uns et les autres il n'y a qu'une simple différence décoloration (4).
B. — Sang des poissons osseux.
Par leur configuration et leur composition, les globules rouges et blancs des poissons osseux rappellent ceux des poissons cartilagineux. Je me bornerai donc, pour éviter des répétitions fastidieuses, à faire connaître les réactifs qui sont applicables à l'étude du sang dans quelques types.
1** Sang delà Tanche. — Les globules rouges sont elliptiques, aplatis, un peu plus petits que ceux des poissons cartilagineux (5). Leur noyau se montre lorsqu'on les traite par le réactif suivant :
Bichromate de potasse au 500'' 2 grammes.
Sulfate de soude au 100* 47
Acide acétique ordinaire 1 —
Sous l'influence de ce réactif, les globules rouges prennent une forme sphérique. Ils tournent très facilement, tantôt autour d'un axe perpendiculaire
(1) l>l. IV, Og. 3.
(2) Pi. IV, fig. 4.
(3) PI. IV, Og. 5.
(4) PI. IV, Og. 6.
(5) PI. IIÎ, Og. 9.
au plan de sustentation tantôt, autour d'un axe parallèle à ce plan, et on peut reconnaître que leur noyau, arrondi aussi, est périphériquement situé (1).
Pour faire apparaître les granulations du protoplasma, on composera d'abord ce réactif :
Bichromate de potasse 1 gramme.
Sulfate de soude 6 —
Eau distillée 500 —
Puis on versera, dans une petite éprouvctte graduée :
i" iO grammes de la solution précédente; t" 8 grammes d'acide acétique ordinaire.
Une goutte de ce dernier liquide met aussitôt les granulations du protoplasma en évidence (2).
Si, au lieu d'ajouter à la solution de bichromate de potasse et de sulfate de soude, un sixième seulement d'acide acétique, on lui ajoute un tiers de cet acide , le noyau et toutes les granulations deviennent immédiatement très manifestes (3). On obtiendra le même résultat, et d'une manière plus satisfaisante encore, avec le sulfate de soude au maximum de saturation et l'acide acétique ordinaire étendu d'un égal volume d'eau distillée et ainsi combinés :
Sulfate de soude i partie.
Acide acétique 2 —
Les globules blancs seront traités par l'acide acétique au 150*. Parmi ces globules on en rencontre qui sont en voie de prolifération (4).
2" Sang de r Anguille. — Le 7 avril 1880 j'excise la queue d'une anguille, et j'obtiens une notable quantité de sang que j'examine d'abord sans recourir à aucun réactif. Les globules rouges sont moins gros que ceux des poissons cartilagineux, elliptiques et aplatis aussi; leur noyau n'est pas apparent. Sur le bord de la lamelle qui recouvre ces globules, je dépose une goutte d'acide acétique au 100' afin de rendre plus distincts les globules blancs. Ils sont peu nombreux et leur noyau ne présente aucune trace de segmentations.
(I) Pi.lii, fig. 11.
(^) PI. 111, fi^. 10.
(3) PI. m, fig. 12.
(i) PI. ni, fig. 13 et u.
Je traite ensuite une autre goutte de sang par le sulfate de soude au maximum de saturation et l'acide acétique étendu d'un égal volume d'eau :
Sulfdte de soude 1 partie.
Acide acétique 3 —
Le noyau des globules rouges apparaît aussitôt avec ses granulations. Celles du protoplasma se montrent avec la même netteté (1).
Le 10 avril, nouvelle excision de la queue, suivie d'hémorrhagie. Les globules blancs sont plus nombreux; cependant je remarque à peine quelques traces de segmentation dans les noyaux.
Le 12 avril, troisième section. Le nombre des globules blancs est plus considérable; quelques-uns sont manifestement en voie de prolifération (2). Mais la segmentation des noyaux, sous l'influence des hémorrhagies, est cependant moins accusée dans les poissons osseux que chez les Batraciens, ainsi que nous le verrons plus loin. Cette différence me parait due à deux causes : d'une part la transformation des globules blancs en globules rouges est plus rapide; de l'autre les hémorrhagies abondantes sont plus difficiles à produire chez les poissons.
3^ Sang de la Carpe. — Par tous leurs caractères extérieurs, les globules rouges du sang de la Carpe ressemblent à ceux de la Tanche et de l'Anguille. Par leur composition ils ne s'en rapprochent pas moins. Mais ils semblent cependant posséder quelques attributs qui leur sont propres ; car les réactifs qui dévoilent leurs parties constituantes et qui conviennent pour les uns ne conviennent pas pour les autres, ou du moins leur action n'est pas tout à fait identique. Cette remarque s'applique, du reste, à tous les vertébrés. Pour chaque animal, les globules rouges ont quelque chose de spécial dans leur nature intime (3). Plusieurs réactifs en démontrent la composition. Je mentionnerai d'abord le suivant, qui sera ainsi composé :
1*" Ajouter à 500 grammes d'eau distillée 1 gramme de bichromate de potasse et 6 à 10 grammes de sulfate de soude, puis faire chauffer le liquide
(1) PI. ni, fig. 16.
(2) PI. III, fig. 17.
(3)P1. IV, flg. 7.
pour faciliter la dissolution des sels; 2* Verser, dans une petite éprouvette graduée :
30 grammes de cette solution et 15 d'acide acétique ordinaire (1).
On pourra aussi faire usage d'un réactif composé d'une partie de sulfate de soude au maximum de saturation et de deux parties d'acide acétique ordinaire étendu d'un égal volume d'eau distillée.
L'acide acétique au 60* permettra d'étudier les globules blancs dans leur composition et toutes leurs variétés (2). Ces globules ne se voient qu'entrés petit nombre chez la Carpe, phénomène qui semble reconnaître pour cause leur rapide transformation. Dans la pensée d'en augmenter la quantité, j'excise, le 13 juillet 1880, la queue d'une carpe; hémorrhagie abondante. Le 14 juillet, nouvelle section; les globules blancs sont moins rares. Le 15, ma carpe est morte; je constate de nouveau un accroissement dans le nombre de ces globules, mais je ne trouve que quelques noyaux très clair-semés en voie de segmentation, ce qui tient, en partie au moins, k la rapidité de la mort.
Dans le cours de mes recherches, j'ai pu observer tous les états intermédiaires aux globules blancs et rouges (3).
4. Sang de la Perche, — Pour l'étude des caractères extérieurs des globules rouges, on aura le choix entre le sérum iodé et l'acide osmique. On peut les voir assez bien aussi dans le plasma, sans l'emploi d'aucun réactif (4).
A l'aide du réactif suivant, on rendra le noyau très manifeste (5) :
Bichromate de potasse au 500'' 1 gramme.
Sulfate de soude au 100* 48 —
Acide acétique ordinaire 1
Ce réactif fait immédiatement passer les globules rouges de la figure elliptique à la forme sphérique, en sorte qu'ils ressemblent à ceux de la Lamproie, ce qui permet de reconnaître la situation périphérique de leur noyau.
(1) PI. IV, flg. 8.
(2) PI. IV, fig. 9.
(3) PI. IV. fig. 10.
(4) PI. IV, lig. 11.
(5) PI. IV, fig. 12.
Le môme réactif fera reparaître aussi les granulations du protoplasma , mais il faut en modifier ainsi la composition :
Bichromate de potasse au 500* 4 grammes.
Sulfate de soude au lOO* 42 —
Acide acétique ordinaire i —
A ce réactif on pourra substituer le suivant, qui donne avec plus de netteté encore les mêmes résultats :
Sulfate de soude au maximum de saturation 1 partie.
Acide acétique étendu d*un égal volume d'eau i —
Ces deux réactifs montrent, l'un et l'autre, les trois éléments des globules rouges (1).
J'ai pu observer plusieurs fois sur les globules rouges de très jeunes Perches un singulier phénomène que nous allons retrouver bientôt chez les têtards des Batraciens : c'est la diapèdèse du noyau de ces globules. Sur une goutte de sang je dépose une goutte de curare au 400*'; après une attente d'une minute ou d'une demi-minute on voit, çà et là, les noyaux sortir lentement de leur globule. Ils font d'abord une légère saillie à la périphérie de ceux-ci, puis sortent à moitié, puis presque totalement, et bientôt se détachent tout à fait de l'enveloppe qu'ils ont traversée sans se déformer, et sans que celle-ci présente la moindre solution de continuité (2). On rend la diapèdèse plus prompte et plus facile à observer, en ajoutant sur le bord de la lamelle qui recouvre les globules une goutte d'acide acétique au 50*.
Pour l'étude des globules blancs on fera usage de l'acide acétique au GO*" ou au 100*, dont on pourra porter la dilution jusqu'au 600® (3).
En résumé, l'observation attentive du sang des poissons démontre très clairement que les deux ordres de globules présentent la même constitution; ils sont formés des trois mêmes éléments, semblablement disposés.
L'étude de ces globules permet, en outre, de les suivre dans toutes les phases de leur évolution, et de reconnaître que, si les granulations du noyau et du proloplasma semblent disparaître dans la seconde période de leur déve-
(1) PI. IV, fig. 13.
(2) PL IV, lig. 14.
(3) PI. IV, fig. 15.
loppement, c'est-à-dire sous l'influence de leur coloration, cette disposition n'est qu'apparente; elles persistant dans toute leur intégralité, mais à l'état Jatent, et réapparaissent presque aussitôt sous l'influence des réactifs (1).
§ 3. — Sang des Batraciens
L'appareil circulatoire des Batraciens diffère très notablement de celui des Poissons. Dans cette dernière classe de vertébrés il est représenté par un cercle unique comprenant une moitié artérielle et une moitié veineuse; et c'est sur Ja portion veineuse qu'est situé le cœur, non loin des branchies dans lesquelles il projette le sang noir. Chez les Batraciens, il se compose de deux cercles reliés .l'un à l'autre par cet orçane. Celui-ci est formé de trois loges : d'un ventricule qui fait progresser le sang vers les capillaires généraux et les organes de l'hétnatose; d'une oreillette droite qui reçoit le sang parti des capillaires généraux ; •et d'une oreillette gauche dans laquelle se rend le sang émané des capillaires pulmonaires ou branchiaux. Des valvules, situées à la base du ventricule et aux orifices auriculo-ventriculaires imposent au liquide nourricier une direction <5onstante.
Les deux cercles sont très inégaux et remplissent des attributions bien différentes. Le petit cercle est le siège des phénomènes de l'hématose. Il part du •ventricule, passe par les organes de la respiration en se divisant en ramifications déliées, et revient de ces organes par un ensemble de vaisseaux convergents qui s'ouvrent dans l'oreillette gauche, laquelle transmet le sang oxygéné ^u ventricule. Le grand cercle préside aux phénomènes de la nutrition et des décrétions. Il part du ventricule, se répand, par ses divisions, dans toutes les parties du corps, et revient de celles-ci également par des canaux convergents <|ui s'ouvrent dans l'oreillette droite. Cette oreillette transmet le sang veineux au ventricule.
Le sang oxygéné, ou sang artériel, se mêle donc, dans la cavité ventriculaire, au sang veineux. C'est le mélange des deux sangs que le ventricule transmet, <l'une part, aux organes de la respiration pour le soumettre de nouveau à leur influence, de l'autre, aux diverses parties de l'économie pour lui fournir les
<1) Pl.IV, fig. 6et10.