‹ Les éléments figurés du sang dans la série animale: constitution, origineChapitre 4 sur 78 · ORIGINE DES ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG · texte numérisé non relu

ORIGINE DES ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG

Les éléments figurés du sang ont pour commune origine des corpuscules d'une extrême petitesse, que Donné l'un des premiers a signalés, et que je désignerai avec cet auteur sous le nom de globulins.

Comment sont constitués les globulins et dans quels organes prennent-ils naissance? Telles sont les deux principales questions qui se rattachent à leur étude.

§ I. — Nature des globulins.

La définition que donnent les auteurs de ces globulins et de leur nature est extrêmement vague. N'ayant des globules blancs qu'une notion incomplète, ils ont parlé en termes plus obscurs encore des globulins. Mes recherches me permettront d'être plus explicite. Les globulins sont de simples globules blancs embryonnaires, dont le diamètre varie de 1 à4|x. Ils sont essentiellement constitués par le noyau des globules blancs. Des trois éléments qui composent ceux-ci, le noyau est toujours le premier qui se montre. Lorsqu'on les examine à un fort grossissement, on n'aperçoit qu'un petit globule arrondi et granuleux. Cependant ce petit globule ou globulin n'est pas formé exclusivement par le noyau. En réalité, il représente déjà une sphère creuse, et les parois de celle-ci comprennent aussi deux parties : l'une, principale, qui est le noyau, l'autre, accessoire, qui est l'enveloppe. Seulement le noyau, dans la période embryonnaire des globules, circonscrit la presque totalité de leur cavité ; l'enveloppe ou partie hyaline n'en représente que le quart ou le cinquième et n'est pas encore apparente ; qu'on observe le globulin par tel ou tel point de sa périphérie, c'est toujours sa partie granuleuse seule qu'on aperçoit.

Mais à mesure que le globulin s'accroît, sa partie hyaline ou membraneuse

se développe, tandis que le noyau conserve à peu près son volume primitif. Plus ses dimensions augmentent, et plus aussi Tenveloppe s'étend en surface. Elle ne tarde donc pas à se montrer à son tour. Au début de son apparition elle fait saillie sur un point de la circonférence du noyau, comme un arc qui le déborde. Cet arc, qui ne répond d'abord qu'à une minime partie de son contour, ne tarde pas à former le tiers de la périphérie du globulin, puis la moitié de celle-ci, puis les trois quarts; et enfin le noyau finit, en apparence, par en occuper le centre. Le globulin passe alors à l'état de globule, et son diamètre atteint de 4 à 5 |x. Parvenu à ce degré de développement, on peut remarquer dans sa cavité les premières traces du protoplasma qui forme son troisième élément.

Telle est la constitution des globulins. On voit qu'elle diffère à peine de celle des globules qui ont acquis leurs dimensions définitives. Dans ceux-ci, le noyau est un élément accessoire; dans les globulins, c'est l'élément principal. Dans les globules adultes, Tenveloppe et le protoplasma atteignent des dimensions prédominantes; dans les globulins, l'un et l'autre sont si minimes, qu'ils restent au début tout à fait invisibles.

L'ordre dans lequel naissent les trois éléments des globulins n'est pas un fait isolé que nous puissions regarder comme exceptionnel. Il se relie à un fait général bien connu. Parmi les parties constituantes de nos divers organes, c'est toujours la plus essentielle qui apparaît la première. Dans les testicules, ce sont les tubes sécréteurs qui se montrent d'abord; dans l'ovaire ce sont les vésicules qui contiennent l'ovule ; dans le système nerveux, ce sont les cellules et les tubes ; dans les glandes vasculaires sanguines, ce sont les follicules clos que remplissent des globules blancs embryonnaires. Or, le noyau est la partie la plus importante des globules blancs ; car nous verrons plus loin qu'il a pour attribution principale de se segmenter pour donner naissance aux globulins; il joue donc le rôle d'organe générateur; il préside à la multiplication des éléments figurés. Sa précoce évolution dès lors ne saurait nous surprendre; elle est conforme à la loi que s'impose la nature dans toutes ses créations, puisqu'elle débute constamment par l'ébauche des parties fondamentales.

Mais il ne suffit pas d'avancer que telle est bien réellement la constitution des globulins, et que telle est aussi leur évolution. Il importe de mettre ces deux faits hors de doute. Or, les preuves abondent. Nous les demanderons à l'anatomie pathologique. Une foule d'organes, en effet, contiennent des

globules blancs embryonnaires ; ces organes deviennent assez souvent le siège d'hypertrophie, laquelle porte plus spécialement sur leurs globulins. Ceux-ci passent alors de la période embryonnaire à la période adulte, et en les suivant dans les diverses phases de leur accroissement on peut constater toute la série des faits précédemment exposés. Rien de plus fréquent, par exemple, que l'hypertrophie simple des amygdales et des ganglions lymphatiques. Comparez leurs globules à l'état normal et à l'état morbide. A l'état normal ces organes ne contiennent que des globules blancs à l'état d'ébauche, lesquels se présentent en quantité innombrable et couvrent tout le champ du microscope; dans cette masse de globulins, c'est à peine si on aperçoit çà et là quelques globules blancs parvenus à l'état adulte. Mais sous l'influence de l'hypertrophie ils s'accroissent rapidement, et arrivent bientôt à leurs dimensions définitives. Cependant ils ne marchent pas avec une égale vitesse vers le terme de leur complet développement ; de là il suit : 1^ que la plupart des globulins sont déjà des globules blancs pourvusde leurs trois éléments; 2"* que toutes les phases par lesquelles passent ceux-ci pendant leur évolution se trouvent représentées sur le champ de la préparation. L'observateur voit en quelque sorte les globules embryonnaires se transformer sous ses yeux, et la démonstration est complète (1).

§ 2. — Organes dans lesquels les globulins prennent naissance.

Les organes dans lesquels naissent les globulins sont très nombreux. C'est dans les vertébrés supérieurs qu'ils acquièrent leur plus grande importance. A mesure qu'on descend la série animale , ils diminuent de nombre et de volume. Nous nous attacherons doiîc à les considérer surtout chez les mammifères.

Dans cette classe, il faut ranger parmi les organes qui ont pour attribution de produire les globulins : 1* les vaisseaux et les ganglions lymphatiques; 2' les follicules clos de l'intestin et ceux qui reposent sur la base de la langue; 3"* toutes les glandes vasculaires sanguines : la rate, le thymus, la glande thyroïde, les amygdales et plusieurs autres de moindres dimensions.

Quelques auteurs seront surpris peut-être de me voir placer les vaisseaux

(i) Voy. la pL XV, fig. 1 et 3.

lymphatiques au nombre des orçanes qui renferment de simples globulins. Pour eux, ce sont de véritables globules blancs, des globules adultes qu'on trouve dans ces vaisseaux. Ils en contiennent en effet; mais ils contiennent aussi des globules embryonnaires; et ceux-ci, sur certains points, se montrent en plus grande abondance que les précédents; quelquefois ce sont les seuls qu'on rencontre. Il m'a été donné bien souvent de mettre en évidence les vaisseaux lymphatiques du tube intestinal, soit dans les villosités, soit dans l'épaisseur de la tunique celluleuse, soit à leur entrée dans le mésentère. J'ai vu très clairement les globules qui remplissaient leur cavité : ils appartenaient tous à Tordre des globulins, et ne différaient pas de ceux qu'on observe dans les réseaux d'origine. En se rapprochant du canal thoracique, ils augmentent de volume, de telle sorte qu'ils prennent graduellement les attributs des globules adultes ; j'ai pu le constater en examinant ceux qui cheminent dans les vaisseaux afférents et efférents des ganglions inguinaux; je l'ai constaté aussi en examinant la lymphe d'un jeune cheval sur lequel M. Colin, à ma demande, avait bien voulu ouvrir l'un des gros troncs de la région cervicale. Mais avant d'atteindre les principaux troncs dans lesquels ils vont s'ouvrir, les vaisseaux lymphatiques contiennent des globules moins développés. Le fait général est donc celui-ci : dans tous les réseaux d'origine et dans les troncules qui en partent, on ne rencontre que des globulins ; dans les troncs de second ordre, on trouve un mélange de jeunes globules et de globules adultes; dans les troncs de premier ordre, ce sont ces derniers qu'on observe; mais ils sont loin cependant d'offrir un égal développement et quelques-uns très probablement n'ont pas encore acquis les dimensions qu'ils auront dans les vaisseaux sanguins.

Quant aux éléments figurés des ganglions lymphatiques, ils appartiennent bien manifestement au groupe des globulins. Ceux qui remplissent les follicules clos des glandes vasculaires sanguines sont du même ordre. Les histologistes allemands, qui ne connaissaient qu'incomplètement leur mode de constitution, les ont désignés sous le nom de cellules lymphoïdeSy dénommation vague, en rapport avec les notions vagues aussi qu'ils en avaient. D'autres anatomistes les ont considérés comme des noyaux ou comme im mélange de noyaux et de cellules. Ces différentes opinions caractérisent assez bien les divers aspects sous lesquels ils se présentent au microscope. Les plus petits simulent, en effet, de simples noyaux; ceux qui sont plus développés laissent

entrevoir leur cavité et simulent des cellules. Mais, je ne puis trop le répéter, ces différences d'aspect ne correspondent pas à des différences de nature. Dans l'un et l'autre cas leur composition intime reste la même; dans l'un et l'autre l'observateur a sous les yeux un globule creux, composé d'une partie granuleuse et d'une partie membraneuse; si le globule est très petit, il ne voit que la première; mais s'il est plus gros, il les voit toutes les deux et distingue aussi la cavité qu'elles circonscrivent.

Tant qu'ils séjournent dans les organes au sein desquels ils ont pris naissance, les globulins conservent leurs dimensions embryonnaires. Cependant l'inffammation, l'hypertrophie, le cancer, la leucocythémie, etc., peuvent leur imprimer un accroissement rapide et parfois considérable. Mais ils ne passent, dans ces divers organes, de la première à la seconde période de leur développement que sous l'influence d'une cause morbide. Sur le terrain où ils ont pris naissance, ils ne trouvent pas les conditions favorables à leur complète évolution; c'est pourquoi leur séjour dans ces organes n'est que temporaire; ils conservent indéfiniment les mêmes dimensions aussi longtemps qu'ils les habitent. Aussi ne tardent-ils pas à les abandonner pour aller se déverser dans le torrent de la circulation; c'est là seulement qu'ils arrivent au terme de leur accroissement; c'est là qu'ils entrent en pleine possession de leur vitalité; c'est dans le plasma sanguin qu'ils vont se reproduire, se multiplier, se transformer.

Dès que les globules blancs arrivent dans le plasma du sang, on voit, en effet, leur noyau se diviser en deux ou plusieurs segments, qui représentent autant de globulins, et qui en sortent pour grandir à leur tour et devenir le point de départ d'une seconde génération qui se comportera comme la première.

Les globulins pris à leur origine se partagent en deux classes : les uns se forment de toutes pièces dans les organes qui les produisent; ils naissent par voie de genèse, ainsi que l'a très bien dit M. Ch. Robin (1). Les autres se forment aux dépens du noyau des globules blancs parvenus au terme de leur accroissement: ils naissent par voie de prolifération.

A ces deux modes de formation il convient d'en ajouter un troisième. Dès que le cœur commence à battre, il existe dans le sang des globules rouges

(1) Ch. Robin, Leucocytes, Dict encyclopédique des se. tnéd, 2» série, t. II, p. 255.

et des globules blancs. Ces derniers se forment aux dépens des cellules primitives. Mais ils deviennent bientôt insuflisants pour mettre le nombre des éléments figurés en rapport avec les exigences d'un rapide accroissement; c'est alors qu'on voit leur noyau se segmenter. Ainsi, au début de la vie, ce sont les cellules primordiales, cellules embryoplastiques de M. Ch. Robiif, qui se transforment les unes, incomparablement plus nombreuses, en globules rouges, les autres en globules blancs; et presque aussitôt ces premiers globules blancs entrent en prolifération. Un peu plus tard, d'autres globules blancs naissent par voie de genèse sur divers points de l'organisme; ensuite, et pendant toute la durée de l'existence, les globules se renouvellent par l'un et l'autre de ces deux modes.

ARTICLE III

Nous avons vu que les éléments figurés du sang sont réductibles en trois parties très différentes. Ils ne méritent donc pas le nom d'éléments sous lequel on les désigne. Leur structure, plus compliquée qu'on ne l'avait pensé, permet de les considérer comme de véritables organes. Comme tous les organes ils naissent, s'accroissent, puis s'atrophient et dépérissent; après avoir ainsi vécu et circulé pendant un laps de temps encore indéterminé, ils finissent par disparaître, et sont alors remplacés par d'autres globules, en sorte qu'ils se renouvellent incessamment. Leur développement comprend par conséquent quatre périodes.

Dans la première, ou période embryonnaire, ils se présentent sous la forme de globules rudiment aires ou globulins.

Dans la seconde, ou période d'accroissement, ils arrivent à l'âge adulte et prennent alors le nom de globules blancs.

Dans la troisième, ou période de coloration, période de transformation, ils revêtent tous les attributs des globules rouges.

Enfin, dans la quatrième, ou période de sénilité, ils s'atrophient de plus en plus, puis subissent une dissolution complète.

Chacune de ces phases se distingue par un ensemble de phénomènes qui lui sont propres. Cependant pour en abréger et en simplifier l'étude, on

peut les ramener à deux principales : Tune pendant laquelle se développent les globules blancs; l'autre caractérisée par la transformation des globules blancs en globules rouges.

§ I. — Évolution des globules blancs.

Nous savons déjà que les globules blancs prennent naissance selon deux modes très distincts, par voie de genèse et par voie de prolifération. Leur développement présente quelques différences, selon qu'ils naissent par l'un ou l'autre mode.

A. Développement des globules blancs qui naissent par genèse.

A l'état de simple ébauche, les globules blancs qui naissent par genèse sont constitués par un globule creux ; et si petit que soit ce globule ou globulin,il se compose déjà cependant d'une partie granuleuse, le noyau, qui en forme la presque totalité, et d'une partie membraneuse, l'enveloppe, qui n'est pas alors apparente.

Mais bientôt ces deux parties se modifient dans leurs dimensions relatives et entraînent des modiûcations correspondantes dans l'aspect du globulin. Le noyau dont l'évolution est précoce et rapide reste stationnaire ou ne prend qu'une part très faible à l'accroissement du globule. La partie membraneuse, extrêmement rudimentaire et invisible au début, s'étend et acquiert une surface de plus en plus grande. Débordée d'abord par le noyau, elle ne tarde pas à le déborder à son tour en se dessinant sous la figure d'un arc qui s'allonge graduellement et qui finit par embrasser toute sa périphérie. Le globulin, qui offrait à son apparition toutes les apparences d'un simple noyau, c'est-à-dire d'une sphère pleine, se présente, lorsque l'enveloppe se montre, sous l'aspect d'une sphère creuse, très manifestement formée de deux parties. Aussi longtemps que le noyau l'emporte sur l'enveloppe, on ne voit aucune trace du protoplasma. Lorsque leurs dimensions sont égales, et alors même que l'enveloppe est déjà apparente, rien ne révèle encore son existence; on l'entrevoit seulement lorsque celle-ci déborde le noyau sur une notable partie de son contour ; des granulations d'une extrême pâleur et peu nombreuses dénotent alors son apparition.

Les trois parties constituantes du globulin ne naissent donc pas simultanément. Le noyau et l'enveloppe paraissent d'abord; peut-être mêmeya-t-il un moment pendant lequel le noyau existe seul. La formation du protoplasma est toujours plus tardive. Lorsque les trois éléments ont paru, le globulin a déjà atteint le diamètre de 4 à 5 |x.

Parvenus à ce degré d'accroissement, les globules blancs conservent indéfiniment les mêmes dimensions s'ils restent dans l'organe où ils ont pris naissance. S'ils en sortent et s'ils ont déjà pénétré dans le plasma de la lymphe, ils augmentent de volume. Mais c'est surtout dans le plasma sanguin qu'ils trouvent un milieu favorable à leur développement; on les voit alore parvenir rapidement au terme de leur complète évolution. Dans cette dernière phase, le noyau s'accroît encore un peu. L'enveloppe acquiert son diamètre définitif. Le protoplasma, qui n'était représenté jusque-là que par de pâles et transparentes granulations, prend une teinte plus foncée. Celles-ci deviennent plus grosses et vésiculeuses ; elles augmentent aussi de nombre au point de remplir, en grande partie ou en totalité, la cavité des globules auxquels elles donnent l'aspect mûriforme ou framboise.

Cependant les granulations du protoplasma ne sont pas toujours aussi nombreuses et aussi volumineuses. Dans un très grand nombre de globules blancs parvenus à l'état adulte, elles restent pâles, fines et clairsemées ; ces globules ne diffèrent des précédents ni par leurs dimensions, ni par leur composition; mais ils en diffèrent par leur aspect et par leur transparence, qui permet de distinguer très nettement leurs trois parties constituantes.

B. Développement des globules blancs qui naissent par voie de prolifération.

Parmi les phénomènes qui se rattachent à l'étude de la prolifération des globules blancs, il en est qui la précèdent et la préparent, d'autres qui l'accompagnent, et d'autres par lesquels elle s'achève. Nous aurons aussi à déterminer les divers points de l'économie où elle s'accomplit et les conditions physiologiques qui la favorisent. Une foule de maladies peuvent l'influencer et en modifier, en dénaturer même les caractères. Mais les considérations qu'elle appelle sous ce dernier point de vue trouveront plus naturellement leur place dans le dernier chapitre de ce travail consacré à la pathologie.

I . Phénomènes qui précèdent la prolifération. — Lorsqu'un globule blanc,

parvenu à Tâge adulte, est sur le point d'entrer en prolifération, on voit le protoplasma se modifier très notablement. S'il est composé de petites granulations transparentes, celles-ci se retirent vers le noyau et semblent l'entourer d'une écorce d'autant plus mince que la prolifération est plus prochaine. La plus grande partie de la cavité du globule reste alors vide, et l'enveloppe isolée, réduite à elle-même, se dessine sous la figure d'une ligne courbe, représentant une sorte d'anse à laquelle les deux autres éléments sont comme suspendus,

Si les granulations du protoplasma sont grosses et vésiculeuses, elles pâlissent, diminuent de volume, semblent ainsi s'écarter les unes des autres, prennent l'aspect d'une fine poussière, puis se portent également vers le noyau, en laissant la cavité qu'elles remplissaient presque vide.

Trois principaux phénomènes annoncent donc la prochaine segmentation du globulogène : l'atténuation du protoplasma, dont la plus grande partie disparaît, son application au globulogène, et le vide très considérable qui se produit dans la cavité des globules.

2. Phénomènes qui accompagnent la prolifération.— Parmi ces phénomènes, il en est un qui domine tous les autres : c'est la segmentation du noyau, lequel se partage en deux, trois, ou plus grand nombre de globulins, d'où le nom de globulogène^ sous lequel je le désigne. Mais la segmentation ne s'opère pas toujours par le môme procédé. Quelquefois on peut distinguer un trait qui annonce sa division en deux moitiés. Plus rarement on en remarque deux réciproquement perpendiculaires ; il ne tarde pas aloi^ à se diviser en quatre noyaux secondaires. Mais, en général, ce n'est pas ainsi que débute la segmentation. Le plus habituellement un angle rentrant se dessine sur un point du contour du globulogène; puis la pointe de l'angle se prolonge dans son épaisseur et les deux segments qu'elle sépare deviennent indépendants. Ou bien le globulogène s'allonge en cylindre, s'incurve, se renfle à ses extrémités, et cet allongement est suivi de la division du globulogène en deux ou trois globulins. Tels sont les premiers phénomènes qui se produisent. D'autres leurs succèdent.

Lorsque le noyau s'est partagé en deux moitiés, celles-ci se subdivisent assez fréquemment. Elles peuvent aussi se diviser l'une en deux globulins, et l'autre en trois, ou donner naissance chacune à trois noyaux secondaires. Le nombre des globulins s'élève bien rarement au delà de cinq à six. Cependant

j'ai pu en compter, dans certains globules, jusqu'à sept et huit. Leur volume varie un peu selon les espèces animales. Mais il est en général remarquable par ses très minimes dimensions, qui ne dépassent pas l|x. Tous sont granuleux et semblent constitués par un petit noyau. Tant qu'ils occupent le globule en voie de prolifération, on n'aperçoit sur leur contour nul vestige d'enveloppe. Des granulations très fines les entourent de toutes parts et leur forment une sorte de nid dans lequel ils sont rangés les uns à côté des autres.

3. Phénomènes qui suivent la prolifération. — Après la complète segmentation du noyau, le petit groupe des globulins fait saillie sur la phériphérie du globule, dont il tend bien manifestement à sortir; la saillie qu'ils forment se prononce de plus en plus; bientôt ils s'en échappent un à un ou en masse, avec les fines granulations qui les entourent, et tombent alors dans le plasma sanguin où ils deviennent indépendants.

Comment s'opère la sortie des globulins? Elle est assez difficile à comprendre; car l'enveloppe des globules demeure absolument intacte; on n'y remarque jamais ni le plus petit orifice, ni la moindre solution de continuité ; extrêmement pâle, elle se montre sous la figure d'une simple ligne circulaire. Les globulins entraînant avec eux tout le protoplasma, la cavité qu'elle circonscrit reste vide. Son état de parfaite intégrité m'avait beaucoup frappé au début de mes recherches sur la segmentation des noyaux. Ce phénomène m'étonne moins aujourd'hui, parce qu'il m'a été donné d'en observer d'autres très analogues et plus surprenants encore. Sous l'influence de certains poisons, dont je parlerai plus loin, l'enveloppe des globules rouges est traversée par le noyau, qui ne laisse aucune trace de son passage. Le protoplasma de ces mêmes globules, après s'être rétracté, peut sortir également en masse; on les voit passer l'un et l'autre au travers de l'enveloppe; et celle-ci ne se modifie pas; elle ne s'altère pas; elle reste ce qu'elle était. Or, si le noyau et si le protoplasma très volumineux des globules rouges peuvent traverser leur enveloppe sans compromettre en rien son intégrité, on comprend que de simples globulins puissent jouir du même privilège. Plus loin aussi, nous verrons que les globules rouges et les globules blancs, dans certaines conditions, passent à travers les parois des capillaires sanguins sans laisser également aucun indice de leur passage: c'est hdiapédèse des éléments figurés. En regard, ou à côté de cette diapédèse principale, il faut placer la diapédèse des noyaux eil^diapédèse du

ÉVOLUTIOiN DES ÉLÉMENTS FIGURÉS. 35

protoplasma. Lorsque le noyau des globules blancs s'est divisé en plusieurs noyaux secondaires, ceux-ci passent à travers leur enveloppe par un procédé semblable; aux diapédèses qui précèdent, il faut donc ajouter encore la diapédèse des globiilins.

Après leur sortie, les globulins qui sont le produit de la prolifération se séparent les uns des autres et des granulations ambiantes, flottent indépendants dans le plasma du sang et s'y comportent comme ceux qui naissent par genèse. Ils passent rapidement par toute la série des transformations que nous avons mentionnées en parlant de ceux-ci ; et comme la prolifération est un phénomène continu, comme d'autres globulins, nés par voix de genèse, sont incessamment déversés dans le torrent de la circulation, en soumettant une goutte de sang à l'examen microscopique, on aura sous les yeux un tableau qui représentera les globules blancs dans toutes les phases de leur évolution.

4. Ou s'opère la prolifération des globules blancs? — Nous avons vu déjà qu'elle ne s'opère pas au sein des organes dans lesquels un si grand nombre de globulins prennent naissance. J'en ai trouvé cependant quelques exemples dans les glandes vasculaires sanguines. Mais ils s'y montrent en si petit nombre qu'il faut les regarder comme exceptionnels. Il est assez rare aussi de rencontrer des globules blancs en voie de prolifération dans les vaisseaux lymphatiques de second ordre. En voyant ces globules se multiplier avec une prodigieuse abondance dans les ganglions lymphatiques, j'inclinais à penser que cette multiplicité était probablement le résultat de la segmentation de leur noyau. Mais des observations répétées sont venues me démontrer que dans ces organes, comme dans tous ceux qui précèdent, ils conservent leurs dimensions primitives ou embryonnaires. La loi qui préside à leur évolution peut donc être formulée en ces termes : Tout globule blanc qui a pris naissance en dehors des vaisseaux sanguins reste à l'état de globulin, ou ne prend qu'un faible accroissement, tant qu'il ne s'est pas mêlé aux globules rouges. Cependant cette loi ne s'applique pas à ceux qui cheminent dans les gros troncs lymphatiques ; car parmi ces derniers la plupart ont déjà acquis un remarquable développement; ils semblent s'accroître à mesure qu'ils se rapprochent du milieu dans lequel ils vont se reproduire. Mais c'est dans ce milieu seulement que la prolifération devenait vraiment utile, puisque là se trouvent les globules qui s'usent au semce de la nutrition et qu'ils sont appelés à remplacer.

Chez les invertébrés, les globules blancs se. développent dans le plasma de la lymphe. Ils se renouvellent par le processus qui a présidé à leur formation, c'est-à-dire par genèse, et non par voie de prolifération. Si quelquefois les noyaux se divisent dans cette classe, c'est aussi à titre exceptionnel, et comme pour attester leur tendance générale à la segmentation.

5"* Conditions qui favorisent la prolifération. — Ces conditions sont multiples. J'en mentionnerai seulement trois dont l'influence est remarquable et constante : le jeune âge, la grossesse et les hémorrhagies abondantes.

Chez le fœtus et l'enfant, le nombre des globules blancs en voie de prolifération est toujours considérable; il l'emporte notablement sur celui des globules uninucléés. Si dans une goutte de sang du nouveau-né il existe vingt globules, on en trouve au moins quinze et souvent seize, dix-sept et dix-huit, dont le noyau s'est divisé en plusieurs globulins. Quelquefois on ne voit même que des globules à noyau segmenté. Cette excessive prolifération n'est pas un fait propre à l'espèce humaine ; j'ai pu l'observer aussi chez le fœtus des mammifères, le chien, le chat, le rat, et parmi les reptiles, sur la couleuvre et tous les jeunes batraciens. Le but que se propose la nature en multipliant les globulins au début de la vie est facile à saisir; l'organisme à cet âge est en plein développement; il est doué d'une vitalité extrême; les globules rouges s'usent vite; ils deviennent rapidement insuffisants; et les globules blancs prolifèrent pour satisfaire à cette dévorante activité.

La grossesse exerce sur la segmentation de ces globules une influence égale à celle d'un rapide accroissement. On m'avait apporté le même jour deux flacons qui contenaient, l'un du sang provenant du cordon ombilical d'un nous veau-né, l'autre des voies génitales de la femme qui venait de le mettre au monde. Je ne fus pas surpris de trouver un grand nombre de globules proliférants dans le sang de l'enfant. Mais je pensais en rencontrer beaucoup moins dans celui de la mère. Je me trompais; ils étaient chez elle presque aussi nombreux. Leur prédominance de nombre sur les globules uninucléés est si frappante et si constante, qu'elle peut être considérée comme l'un des signes importants de la grossesse. Étant donnée une goutte de sang d'une femme grosse, et une autre goutte d'une femme non en état de grossesse et bien portante, le microscope permettra de reconnaître quelle est celle dont l'utérus est gravide et celle dont l'utérus est dans son état le plus habituel. Très probablement il en

est de môme chez tous les mammifères et même chez tous les vertébrés ; mais je n'ai pu recueillir que deux faits confirmatifs : le premier observé chez une rate, le second sur une couleuvre qui contenait quatorze œufs dans son abdomen.

La multiplication des globules blancs à la suite des hémorrhagies abon* dantes est un fait aujourd'hui bien établi. Il a été constaté par M. Yulpian sur la grenouille (1), par M. Pouchetsur le triton (2), par M. Kirmisson (3) et beaucoup d'autres auteurs sur le chien, par M. Hayem sur la femme (4), etc. J'ai pu, de mon côté, obtenir des résultats analogues en incisant tantôt les vaisseaux poplilés et tantôt les vaisseaux axillaires chez des crapauds et des grenouilles, ou bien en excisant la queue chez des tritons. Je déterminais ainsi d'abondantes saignées, parfois répétées, et dans le court espace de quelques jours je voyais les globules blancs se multiplier et leurs noyaux se segmenter. Le but de cette segmentation est le même que se propose l'organisation dans un accroissement rapide et dans la grossesse : dans les trois cas, il y a insuffisance de globules rouges, et les globules blancs précipitent leur évolution afin de répondre aux exigences de l'économie

Dans plusieurs maladies l'augmentation du nombre des globules blancs, qui est la première conséquence de cette abondante prolifération, n'est pas moins remarquable. M.Ch. Robin, l'un des premiers, l'a signalée en ces termes : « On en rencontre alors de dix à quinze dans le champ du microscope, tandis qu'à l'état normal il en existe tout au plus un ou deux (5). i Dans son article Leucocytes du Dictionnaire des sciences médicales^ cet auteur est plus explicite encore : « Il est d'autres circonstances morbides où le nombre des leucocytes devient le vingtième, le dixième, le cinquième et même le tiers ou le quart de celui des

hématies Dans un cas de ce genre, observé chez un enfant, le nombre des

leucocytes était, à celui des hématies, comme 2:1. Lesglobulins l'emportaient de beaucoup en quantité sur les leucocytes complètement développés (6). »

(i) Valpian, De la régénération des globules ronges du sang chez les grenouilles, à la suite d' hémorrhagies considérables {Comptes rendus de VAcad, des se, t. LXXXIV, i juin i877).

(2) Pouchet {Comptes rendus de la Société de biologie, année, 1878, p. 38).

(3) Kirmisson, De l'anémie consécutive aux hémorrhagies (ihèse d'agrégation, 1880, p. 2i). (i) Voy. la thèse d'agrégation de M. Kirmisson, déjà citée, p. 49.

(5) Gh. Robin {Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1855, p. 48).

(6) Ch. Robin {Dict. encycl. des se. méd.,i^ série, 1869, t. H, p. 228).

A l'état normal, le nombre des globules blancs chez les mammifères est à celui des globules blancs, comme! : 250 ou 300. Pour qu'il augmente si considérablement sous Tinfluence de certaines conditions physiologiques ou morbides, on voit donc quelle prodigieuse activité ces globules déploient dans leur prolifération. Un calcul très simple nous rend compte des résultats de cette activité. Admettons que chaque globule produit en moyenne quatre globulins, et que ceux-ci se comporteront de môme : le nombre des globules blancs croissant en progression géométrique, un seul globule à la cinquième génération en aura produit plus de iOOO et près de 450000 à la dixième génération. La multiplication sera donc en raison directe de la rapidité avec laquelle se succéderont ces générations. L'organisme possède ainsi dans les globules blancs un procédé très simple et très expéditif pour combattre toutes les causes qui peuvent affaiblir ou altérer les sources de son alimentation.

§ 2. — Transformation des globules blancs en globules rouges.

La transformation des globules blancs en globules rouges est un phénomène qui, de tout temps, a vivement attiré l'attention des hématologistes. Aujourd'hui, c'est avec plus d'ardeur encore qu'on l'étudié et la discute. Presque tous les observateui^ inclinent à la considérer comme réelle; beaucoup- même n'hésitent pas à l'admettre. Cependant, lorsqu'on cherche sur quelle base repose leur opinion, on reconnaît qu'ils n'allèguent aucune l)onne raison pour la justifier. Les faits que nous allons exposer nous semblent lever tous les doutes. Cette transformation diffère un peu, du reste, pour les deux ordres de vertèbres.

A. Transformation des globules blancs en globules rouges chez les ovipares.

Chez les ovipares, comme chez les vivipares, cette transformation ne s'accomplit jamais brusquement; certaines modifications l'annoncent; d'autres se passent pendant la coloration des globules, et d'autres encore se produisent lorsqu'ils se sont usés au service de la nutrition.

1"* Modifications qui précèdent et annoncent leur coloration. — Si le protoplasma se compose de grosses granulations vésiculeuses, celles-ci pâlissent et diminuent graduellement de volume; bientôt tout le contenu des globules

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