RECHERCHES RELATIVES AU SANG DES VIVIPARES
Parmi les opinions émises sur le mode d'évolution des hématies chez les Mammifères, les unes leur assignent pour point de départ les globules blancs. Pour M. Ch. Robin, ils naissent par genèse aux dépens du plasma sanguin; pour M. Hayem, ils proviennent de corpuscules d'une nature particulière.
§1. — Opinions qui font dériver les hématies discoïdes des leucocytes.
Ces opinions peuvent être ramenées à trois principales, portant chacune un nom propre. Selon la première, développée par Wharton Jones, les hématies sont constituées parle noyau des globules blancs ; d'après la seconde, adoptée par H. Mûller, elles sont formées à la fois par le noyau et l'enveloppe ; et d'après la troisième, que défend Kôlliker, par l'enveloppe et un contenu résultant d'une modification du noyau.
A. Les globules rouges des Mammifères sont constitués par le noyau des glo^ bides blancs. — Wharton Jones, en formulant cette opinion, s'appuie surtout sur l'observation. Ses recherches sur la formation du sang chez les ovipares l'avaient conduit à reconnaître que les globules blancs, plus petits chez les Invertébrés que les globules rouges, présentent dans le cours de leur transfor-
mation trois périodes : la période granuleuse, la période nucléée ou période des cellules incolores de M. Vulpian, et la période de coloration. Ces trois périodes, l'auteur anglais les retrouve également chez les Mammifères. Les deux premières ne sont pas contestables; elles établissent entre les Vertébrés supérieurs et inférieui^ une très remarquable analogie au point de vue de rhématogénèse. Une seule différence les distingue, et Wharton Jones l'a très bien saisie : Chez les ovipares, les leucocytes s'accroissent en passant à l'état de cellules incolores elliptiques, et aussi en se colorant; chez les vivipares, c'est une modification inverse qui se produit; les leucocytes, chez eux, étant plus considérables, ils diminuent de volume ; mais la réduction s'opère aux dépens de l'enveloppe et non aux dépens du noyau, qui offre des dimensions égales à celles des hématies pendant toute la durée de leur évolution.
Les modifications successives qui se produisent pendant ces deux premières périodes ont donc élé parfaitement observées, bien exposées et bien représentées par cet auleur. Jusque-là son opinion reste inattaquable. Tous les faits que j'ai exposés de mon côté la confirment pleinement. Reste la troisième phase. Elle serait essentiellement constituée pour lui par la disparition apparente de l'enveloppe et la coloration du noyau. Ici l'observation l'abandonne et rintuition seule le dirige; la structure des globules rouges lui étant inconnue, et ces globules, selon toute apparence, se trouvant réduits alors à une petite masse homogène, il admet que ceux-ci sont formés par le noyau des leucocytes, sans se prononcer cependant d'une manière tout à fait explicite sur la présence ou l'absence d'une enveloppe; car il les désigne sous le nom de noyaux en forme de cellules, cellulœform nuclem (1).
Cette opinion de Wharton Jones est donc fondée sur de sérieuses études, elle est presque entièrement puisée dans l'observation ; et lorsque les faits se dérobent à sa pénétrante sagacité, lorsqu'il arrive aux limites de l'inconnu, c'est encore un reflet de ses investigations qu'on retrouve dans sa conclusion. Car cette enveloppe qu'il a vue se rapprocher peu à peu du noyau et se réduire progressivement, ne semble-t-elle pas, en effet, avoir disparu ou s'être confondue avec lui? En considérant les hématies des Mammifères comme des noyaux en forme de cellules, il parle encore en observateur, mais en observateur qui voit la réalité à travers un nuage et qui l'exprime comme il la voit,
(1) Wharton Jones, Opère citato, p. 75 et suiv.