‹ Les éléments figurés du sang dans la série animale: constitution, origineChapitre 60 sur 78 · formule j Acétique au · texte numérisé non relu

formule j Acétique au

En parlant du pus j'ai prononcé le nom de variété. Il en existe en effet plusieurs. Il y a un pus blanc et crémeux, un pus jaunâtre, qu'on rencontre plus rarement que le précédent, un pus lymphatico-sanguin de couleur grisâtre, et enfin un pus séreux de teinte opaline.

Le pus blanc et crémeux est celui qui provient d'une inflammation aiguë, sans complications, parcourant rapidement toutes ses périodes; le sérum est peu abondant, d'où sa consistance plus grande. Les globules qui nagent dans ce sérum sont tous en voie de segmentation; pour quelques-uns la segmentation commencej dans presque tous elle est complète; dans d'autres, les globulins commencent à s'engager dans les parois de leur enveloppe, ou l'ont déjà en grande partie traversée.

Lepus jaunâtre est redevable de sa coloration à la présence de granulations graisseuses disséminées dans le protoplasma et mêlées aussi aux globulins. J'en ai reçu un très bel échantillon dont je suis redevable à l'obligeance de mon savant collègue M. L. Le Fort. Quelques leucocytes ne contenaient qu'un très petit nombre de ces granulations. Mais elles se montraient en grande abondance dans la plupart; certains globules en étaient presque remplis. Lés pus de couleur jaunâtre peuvent être considérés comme étant de mauvaise nature ; car dans le pus provenant d'une lésion franchement inflammatoire on ne rencontre jamais de semblables granulations.

Le pus grisâtre ou lymphatico-sanguin est moins connu que les précédents.

(1) Gosselio et Albert Bergeron, Deuxième noie sur les effets et le mode d'action des antiseptiques; effets sur le pus {G. R. Acad. des se, t. LXXXIX, J7).

Il est aussi plus rare. Je n'ai eu qu'une seule fois Toccasion de le soumettre à l'examen microscopique. Ce pus, qu'avait bien voulu me remettre M. P. Segond, provenait de la surface d'un moignon d'amputation en voie de cicatrisation. Il contenait des globules blancs à noyau segmenté, et des globules rouges, en proportion à peu près égale. Les hématies étaient décolorées pour la plupart et granuleuses, d'autant plus granuleuses que la décoloration était plus complète. L'inflammation avait agi sur elles comme les réactifs qui ont la propriété de les faire reparaître. Ces globules rouges décolorés étaient encore très reconnaissables à leur contour circulaire et à leur forme aplatie; ils avaient seulement perdu leur biconcavité. Quelle était leur origine? Très probablement ils sortaient aussi des capillaires sanguins, dont ils avaient traversé par diapédèse les parois en même temps que les leucocytes. Une cause inconnue avait provoqué cette double émigration. Indépendamment de ces hématies décolorées et granuleuses, on observe assez souvent d'autres hématies qui n'ont rien perdu de leur couleur normale. Mais ces dernières proviennent des incisions faites pour donner issue au pus des abcès. Leur présence est duc à une cause toute traumatique; et il est digne de remarque qu'elles peuvent séjourner assez longtemps dans les collections purulentes, en conservant leur complète intégrité.

Le pus séreux a pour attribut distinctif la prédominance de sa partie liquide sur ses particules solides. Après leur ouverture et leur mise en contact avec l'air atmosphérique, les abcès ossifluents prennent assez souvent ce caractère; et ils ne tardent pas, dans ces conditions/à présenter les phénomènes qui accompagnent la putridité. C'est alors le sérum qui s'altère, et non les leucocytes. Ceux-ci sont beaucoup moins putrescibles. Immergés dans un liquide sanieux, qui répand une odeur fétide, ils résistent assez longtemps à son action ; et si leur nombre diminue de plus en plus, c'est moins parce qu'ils disparaissent que parce qu'ils cessent de ?e produire. La cause morbide qui provoque l'exhalation du plasma sanguin en le dénaturant, rend la diapédèse des globules blancs plus difficile et tend même à la supprimer.

A toutes les variétés précédentes vient s'ajouter encore le pus mixte, dans lequel on rencontre à la fois des leucocytes à noyau segmenté, des leucocytes sans aucune trace de segmentation et assez nombreux, des globules blancs contenant des granulations graisseuses, et enfin des globules rouges décolorés et granuleux, ou off'rant leur coloration normale.

G©ogIe

§ 3. — Affections qui produisent la prolifération des globules blancs

SANS déterminer LEUR DIAPÉDÉSE.

Un très grand nombre d'affections ont pour résultat de produire un accroissement plus ou moins notable dans le nombre des globules blancs sans en provoquer l'émigration. A cette classe de lésions appartiennent toutes les hémorrhagies, quels qu'en soient la cause et le siège, les maladies septicémiques, la fièvre puerpérale, les affections typhoïdes, etc. A cette classe aussi se rattachent toutes les phlégmasies qui peuvent atteindre nos divers organes sans être suivies de suppuration. Mais au premier rang, parmi elles, nous devons placer la leucocythémie, qui mérite de fixer plus spécialement notre attention.

La leucocythémie est une affection générale essentiellement caractérisée par l'accroissement très considérable du nombre des globules blancs. Cette augmentation dans le nombre des leucocytes est telle, qu'au lieu de la proportion ordinaire de 1 : 300, on observe alors les proportions de 1 : 40, 1 : 20, 1 : 10, I : 5, 1 : 2, 1 : 1. Ainsi, dans certains cas d'une gravité exceptionnelle, les deux ordres de globules se présentent en nombre égal.

A ce premier caractère vient s'en joindre un autre, qui n'est pas moins remarquable : ce qui domine dans le sang, ce ne sont pas en général les leucocytes de grandes dimensions, mais les petits leucocytes ou globulins. Un fait fort intéressant, observé par M. Ch. Robin et Isambert, nous montre que le nombre de ces globulins peut s'élever à un chiffre bien inattendu (1). « Les

> globules blancs étaient aux globules rouges : : 2 : 1. Ces éléments offraient

> cela de remarquable que les globulins l'emportaient de beaucoup en quan-

> tité sur les globules blancs... Ces derniers n'étaient réellement pas plus y> nombreux qu'à l'état normal; les globulins étaient, au contraire, à ces ders> niers : : 80 : 4. y>

D'où viennent ces leucocytes qui sont encore, pour la plupart, dans la première période de leur évolution ? Les auteurs qui se sont livrés à des études spéciales sur la leucocythémie sont d'accord pour en placer le point de départ

(i) Ch. Robin et Isambert, Note sur un cas de leucocythémie (C. fl. et Mém, de la Société de biologie, année 1856, p. 73 et suiv.).

LEUCOCYTHÉMIE. 173

dans les glandes vasculaires sanguines et les ganglions lymphatiques. Leur opinion est fondée sur l'hypertrophie dont ces organes deviennent alors le siège. Mais tous ne participent pas à cette hypertrophie chez le même malade. Le plus habituellement elle porte sur la rate; très souvent aussi sur les ganglions lymphatiques. De là, pour Virchow, deux variétés principales : la leucocythémie splénique et la leucocythémie lymphatique ou ganglionnaire. A ces deux variétés, Béhier a cru pouvoir en ajouter une troisième : chez un malade, il a constaté un très notable développement des follicules clos des intestins; et il a été ainsi conduit à admettre une leucocythémie intestinale, qui a pour conséquence, comme les précédentes, une affection générale.

Ces faits connus et brièvement rappelés, abordons la théorie de la leucocythémie. Pour les observateurs, déjà très nombreux, qui ont cherché à l'exposer, les globules blancs augmenteraient de nombre parce que les organes qui président à leur formation en produisent davantage, et en déversent dans le torrent de la circulation des quantités de plus en plus grandes à mesure que progresse leur hypertrophie. Ainsi s'expliquerait, et leur accroissement de nombre et la prédominance des globulins; car nous avons vu que dans ces organes les leucocytes restent à l'état de globulins.

Cette théorie, assez généralement admise, semble reposer sur une base rationnelle et positive. Elle n'est pas cependant en complète harmonie avec les faits nouveaux que j'ai fait connaître sur le mode d'évolution et sur le mode de multiplication des globules blancs. Nous avons vu que ces globules ne s'accroissent pas et ne se multiplient pas dans les organes qui président à leur formation. Il résulte de ce fait que leur production, si abondante qu'elle soit, ne saurait nous expliquer comment le nombre des leucocytes peut s'élever au point d'égaler parfois celui des hématies. Il faudrait qu'alors le chiffre des globules déversés dans l'appareil de la circulation fût 100, 200 et 300 fois aussi considérable que dans l'état normal, ce qui n'est pas admissible. La prolifération de ces globules dans le plasma sanguin est encore ici la véritable et la principale cause de leur multiplication. Les globulins se développent en se mêlant aux hématies; leur développement sous l'influence de la cause, encore inconnue, qui détermine la leucocythémie, devient beaucoup plus rapide. Chacun d'eux, par la segmentation de son noyau, est l'origine d'une première génération, puis celle-ci d'une seconde, et la seconde d'une troisième, etc., et les

générations, en se succédant ainsi, ont pour conséquence fatale une surabondance excessive de globules blancs.

L'augmentation du nombre des globulins veinés dans les vaisseaux sanguins à la suite de l'hyperlrophie des organes qui les produisent n'est donc pas la cause première et principale de la leucocythémie. Cette cause première et principale réside dans la prolifération des globules blancs; mais il est bien évident que le nombre des globulins provenant des divers organes producteui-s augmentant, la prolifération acquiert par ce fait même une plus grande importance.

Ainsi l'énorme accroissement du nombre des globules blancs, qui constitue le caractère anatomique de la leucocythémie, est dû à deux causes : d'abord à une cause principale, la prolifération de ces globules ; puis k une cause accessoire, la production plus abondante des globulins. Telle serait, d'après mes recherches, la vraie théorie de cette redoutable affection. Elle trouve sa justification dans l'ensemble des faits observés par les divei^s auteurs. Parmi ces faits je mentionnerai : 1" la multiplicité relative des globulins, dont les uns viennent des organes producteurs et les autres des globules proliférants; 2* la présence constante dans le sang de globules en voie de prolifération, globules que tous les observateurs ont vus sans saisir les conséquences si importantes qui découlent de la segmentation de leur noyau ; S"* et enfin la présence, non moins constante, de globules très jeunes, représentant par leur évolution progressive, comme autant d'échelons, toutes les phases intermédiaires à l'âge fœtal et à l'âge adulte.

La leucocythémie est une affection diamétralement opposée sous tous les rapports à la suppuration. Celle-ci est une affection locale ; la leucocythémie est une affection générale. Dans l'une et l'autre il y a prolifération et surabondance excessive de globules blancs. Mais dans la suppuration, ces globules émigrent en verlu de leur diapédèse. Dans la leucocythémie, il n'y a pas émigration; en se multipliant, ils se répandent dans toutes les voies de la circulation; c'est pour ainsi dire une suppuration à l'intérieur. Le traitement de la suppuration consiste à ouvrir une issue aux globules purulents et à en faciliter le libre écoulement au dehors. Le traitement rationnel de la leucocythémie consisterait surtout à ranimer par tous les moyens possibles la puissance de l'oxygénation, qui semble s'être affaiblie, et qui peut-être en s'abaissant devient l'une des causes de la multiplication des globules blancs; peut-être même dans quelques

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cas cette cause inhérente aux fonctions de la respiration acquiert-elle une importance qui ne semble pas avoir suffisamment fixé l'attention des pathologistes.

§ 4. — Altératio.ns cancéreuses des globules blancs.

J'ai longtemps cherché à reconnaître la part que le système lymphatique et les globules blancs pouvaient prendre dans les dégénérescences cancéreuses. Pendant près de deux années, j'ai soumis dans ce but à l'examen microscopique un très grand nombre de tumeurs encéphaloïdes, sarcomateuses, S(juirrheuses et mélaniques. J'ai examiné aussi des tumeurs épithéliales. Je voyais bien les cellules cancéreuses; mais d'où venaient ces cellules? Étaientelles une simple altération de cellules préexistantes, ou des cellules de formation nouvelle? Revêtent-elles un caractère spécifique et viennent-elles d'une source unique, toujours la même? Ou bien offrent-elles des formes multiples et proviennent-elles d'origines diverses? Toutes ces questions que je me posais sans cesse étaient restées pour moi à l'état de problème; et désespérant d'en trouver la solution devant laquelle tant d'observateurs éminents avaient déjà échoué, je renonçais à poursuivre ces recherches, fort intéressantes sans doute, mais toujours sans résultat.

Depuis plus de trois ans, elles avaient cessé de me préoccuper, et je persistais dans ma résolution de ne plus jamais aborder un sujet d'études qui avait été pour moi si fécond en déceptions, lorsque, le 23 mai 1880, deux hommes employés dans un abattoir vinrent me présenter une énorme tumeur provenant d'une jument et considérée par eux comme la matrice de cet animal distendue par le produit de l'accouplement. Je ne partageais pas leur opinion; car la tumeur, assez régulièrement arrondie et un peu bosselée, ressemblait plutôt à une hydropisie enkystée de l'ovaire ou à une tumeur encéphaloïde; et comme j'étais alors fort occupé de mes recherches sur le sang dont je tenais à ne pas me laisser détourner, j'engageais les deux porteurs de cette tumeur à la présenter à M. Ch. Robin. Il était alors près de quatre heures. A six heures et demie du soir, je reviens à l'École pratique et je retrouve mes deux hommes toujours en possession de leur tumeur que M. Ch. Robin avait également refusée. Anîve alors mon savant collègue M. Mathias Duval. Nous convînmes qu'on allait ouvrir la tumeur et qu'elle serait remportée si c'était une tumeur ovarique ou encéphaloïde, comme nous le pensions.

La lumeur présentait à sa surface des veines volumineuses, dont plusieurs étaient de la grosseur du doigt. Avant l'incision je voulus recueillir le sang de l'une de ces veines afin de l'utiliser pour les recherches que je poursuivais alors. Cette opération préalable terminée on incise la tumeur : c'était un type de tumeur encéphaloïde. L'occasion était belle pour moi de reprendre mes études anciennes; mais je restai fidèle à ma résolution et je me rendis dans mon laboratoire pour examiner le sang pris dans une veine périphérique. J'en dépose une gouttelette sur une lame de verre, elge la recouvre d'une grosse goutte d'acide acétique au 50*. Au premier coup d'œil j'aperçois de nombreux globules blancs présentant tous l'aspect des ceHules cancéreuses que j'avais autrefois si souvent observées. Quelques leucocytes étaient encore peu altérés et se présentaient avec tous leurs attributs cai-actéristiques ; les autres offraient une altération plus avancée ; et beaucoup étaient le siège d'une dégénérescence cancéreuse des plus manifestes. J'examine une seconde gouttelette, puis une troisième : même résultat. Je me redresse alors plein d'une vive émotion. Ce problème devant lequel j'avais pâli pendant deux ans et que j'avais renoncé îi poursuivre, ce problème était enfin résolu; et c'est une circonstance toute fortuite qui m'en apportait la solution ! Il y avait une cellule cancéreuse! et cette cellule était un globule blanc!

Cette tumeur que j'avais repoussée, dédaignée, devenait ainsi à mes yeux un trésor inespéré. Je descends précipitamment ; j'accours vei-s le laboratoire de mon savant collègue, M. Gh. Robin. Mais la nuit arrivait à grands pas ; chacun était parti, je trouve la porte close. Mes regrets étaient -grands,^ lorsque mes regards tombent sur un ruisseau dans lequel flottaient çà et là des débris informes : c'étaient les débris de ma tumeur qu'un heureux hasard venait m' offrir pour la seconde fois. Je m'empressai de les recueillir et de les transporter dans mon laboratoire. Le lendemain j'arrive à une heure plus matinale que de coutume, attiré par le vif désir de confirmer une découverte qui me semblait appelée à éclairer d'un jour tout nouveau l'origine et l'histoire de l'une des plus redoutables maladies qui puisse affliger l'humanité.

Je soumis d'abord à l'examen microscopique le sang contenu dans les veines, très nombreuses et très volumineuses, qui rampaient à la surface de la tumeur et qui provenaient de son épaisseur. J'examinai ensuite la tumeur elle-même, en passant en revue toutes ses parties constituantes.

ALTÉRATIONS CANCÉREUSES DES GLOBULES BLANCS- 177 i"* Sang contenu dans les veines. — Ce sang était au sang ordinaire ce qu'est le vin trouble au vin clair; en d'autres termes, c'était un sang sanieux. Par conséquent ce n'étaient pas seulement les particules solides qui étaient altérées; c'était aussi le plasma. A cette double altération je donnerais volontiers le nom de virus cancéreux^ dénomination autrefois extrêmement vague, mais qui prend ici une acception très nette. Ainsi défini, le virus cancéreux est un liquide composé d'un plasma dégénéré, et de particules solides dégénérées aussi, qui se mêle à la masse sanguine, qui lui communique le principe morbide dont il est imprégné, et qui infecte toute l'économie, en prédisposant chacun de nos organes à une dégénérescence cancéreuse secondaire.

Les globules blancs répandus en très grand nombre dans ce liquide vsanieux avaient très notablement augmenté de volume. Les plus petits offraient un diamètre qui variait de 9/x à 12/x. Celui des plus gros atteignait jusqu'à 25/x et 30/x. Tous étaient infiltrés de granulations graissensses, peu nombreuses encore dans quelques-uns, très abondantes dans la plupart d'entre eux. Dans les leucocytes les moins altérés et les moins volumineux le noyau avait conservé sa forme régulièrement arrondie; ses dimensions étaient seulement un peu plus considérables; il était infiltré de granulations graisseuses comme le protoplasma. Dans d'autres, ce noyau se trouvait représenté par deux gros globulins; dans d'autres, par trois, quatre, cinq globulins un peu plus petits; dans les leucocytes les plus gros, le nombre des globulins s'élevait jusqu'à huit ou neuf. Tous ces globulins contenaient également des granulations graisseuses (i).

Mais un fait bien digne de remarque et que je n'avais pas encore observé vint frapper mon attention. Les globulins qui, dans l'état le plus ordinaire, ont une très grande tendance à émigrer pour se répandre dans le plasma, obéissaient ici à deux tendances contraires; ceux de certains globules sortaient par voie de diapédèse et devenaient le point de départ de générations nouvelles; dans d'autres globules, ils tombaient dans la cavité de l'enveloppe, se réunissaient à son centre et formaient alors ces groupes de 6 à 9 globulins qu'on rencontre dans les plus gros.

Quand aux globules rouges, ils avaient conservé leurs dimensions, leur forme, leur couleur normales. Ils étaient intacts et contrastaient singulièrement par leur intégrité avec l'altération profonde des globules blancs.

(i) PI. XV, fig. 4 el 5.

2"* Parlies constituantes de la lumetir. — Mes obsenations ont porté tour à tour sur le slroma, les vaisseaux sanguins, les globules rouges et les globules blancs. Du stroma et des vaisseaux sanguins, je ne dirai rien ici ; car leur disposition et leurs principales variétés ont été bien décrites par la plupart des auteurs; les faits que j'ai pu constater n'ajouteraient rien aux faits déjà connus. Les globules rouges disséminés en très grand nombre dans les parties ramollies et diflluentes de la tumeur se distinguaient aussi par l'état d'intégrité qu'ils conservaient au sein des parties les plus altérées. Çà et là cependant, je rencontrais des hématies en partie décolorées; mais aucune ne l'était complètement; aucune n'offi*ait fa disposition granuleuse qu'elles prennent quelquefois lorsqu'elles se mêlent aux globules purulents en grande abon* dance. Je les retrouvais en un mot dans toutes les parties de l'encéphaloïde, sur les points les plus ramollis, comme sur les parties les plus compactes, telles que je les avais vues dans le sang veineux, nullement altérées ou seulement un peu décolorées, et celles-ci toujours assez rares.

Les cellules cancéreuses étaient de volume inégal, et affectaient aussi des formes très différentes. Mais les plus nombreuses rappelaient le volume de celles qui flottaient dans le sang des veines, ainsi que leur configuration sphérique et leur structure. Toutes étaient infiltrées de granulations graisseuses, disséminées à la fois dans leur protoplasma et dans leur noyau.

C'étaient bien les mêmes cellules qui se montraient dans le sang veineux et dans la tumeur encéphaloïde ; et comme celles du sang veineux étaient de toute évidence des globules blancs qui avaient subi la dégénérescence cancéreuse, il ne m'était plus possible de mettre en doute la commune origine des unes et des autres. Toutes avaient pour point de départ un leucocyte qui, en arrivant dans le foyer cancéreux, augmentait de volume, s'infiltrait de granu* lations graisseuses, proliférait sur place comme au sein d'un foyer inflammatoire, puis sortait des vaisseaux par voie de diapédèse, et le plus souvent par^ voie de simple épanchement, les parois vasculaires s'ulcérant, se détruisant en partie ou en totalité sur les points ramollis.

Un fait important attira aussi mon attention. En comparant les cellules cancéreuses de la tumeur aux cellules cancéreuses du sang, je remarquais qu'elles n'étaient pas tout à fait identiques. Les premières offraient assurément tous les attributs du cancer; mais ces mômes attributs étaient plus accusés encore, et en quelque sorte plus caractéristiques sur les secondes. Je m'atten-

daisà rencontrer une disposition inverse. Mes premières impressions m'avaient porté k penser que les cellules cancéreuses du sang, étant pour ainsi dire au début de leur dégénérescence, devaient être moins altérées que les cellules des parties ramollies de Tencéphaloïde, qui étaient évidemment plus anciennes. Mais l'observation nous montre que, par cela même qu'elles sont plus profondément altérées, elles sont moins bien caractérisées et moins faciles à reconnaître. Dans le sang veineux, les leucocytes cancéreux sont d'un aspect saisissant; la maladie, bien qu'à son début, se montre là en traits éclatants et dans toute sa pureté; à mesure qu'elles vieillissent, les cellules du cancer perdent €et aspect primitif si remarquable, en sorte que les plus anciennes sont les moins utiles pour le diagnostic. Ajoutons qu'elles se trouvent mêlées à d'autres cellules qui deviennent cancéreuses secondairement, comme les cellules des euls-de-sac glandulaires, comme celles du tissu conjonctif. Pour prendre une notion complète de la cellule cancéreuse, ce n'est donc pas dans les tumeurs ■encéphaloïdes qu'il faut aller les chercher, mais dans le sang des veines qui sortent de ces tumeurs.

Malheureusement, bien peu de tumeurs se prêtent à une semblable étude. Plusieurs médecins et chirui^ens des hôpitaux ont eu l'obligeance de m'adresser des tumeurs cancéreuses provenant du sein et de quelques autres parties du corps. Mais elles étaient d'un assez petit volume; et il ne m'a pas été possible de me procurer du sang pris dans les veines qui en dépendaient, ces veines n'ayant qu'un très minime calibre et, d'ailleurs, se trouvant presque toujours vides.

Cependant j'ai reçu, de M. Bochefontaine, un sarcome du sein offrant le volume d'une petite tête de fœtus. Sur la périphérie de la tumeur, j'ai trouvé deux veinules du calibre d'une plume de corbeau. J'incise l'une de ces veines transversalement; deux petites gouttes de sang sanieux s'en écoulent. Je les soumets successivement à l'examen microscopique. Tous les globules blancs présentent les altérations caractéristiques du cancer. Mais ces altérations diffèrent sous un rapport important de celles que nous avons constatées dans l'encéphaloïde. Ici, c'est l'envahissement des granulations graisseuses qui repré-' sente le caractère dominant de la dégénérescence. Elles sont si multipliées, qu'elles remplissent la cavité des leucocytes et masquent en partie ou même entièrement leur noyau. Dans quelques globules, leur nombre est cependant encore peu considérable et le noyau reste distinct. Mais dans la très grande

majorité, elles se sont substituées aux granulations du protoplasma qui a disparu, et dilatent Tenveloppe des cellules. Ces granulations, en outre, se distinguent par leur volume énorme, rappelant celui des grosses granulations vésiculeuses des globules blancs framboises. Les premières sont bien manifestement une transformation des secondes.

Quant au noyau, il était resté simple et avait seulement augmenté de volume. Dans cette variété de cancer, il n'y avait donc pas prolifération des globules blancs. Sous ce point de vue, elle diffère très notablement de l'encéphaloïde.

Sur le sang provenant d'une autre veinule, je constatais dans les globules blancs les mêmes altérations. Mais la transformation des grosses granulations vésiculeuses des globulesframboisés en grosses granulations graisseuses, étai t plus évidente encore; et les globules dégénérés étaient aussi remarquables par leur énorme volume, qui s'élevait jusqu'à 30 /x et 40jul. En examinant le sang de cette seconde veinule, je fixais en outre toute mon attention sur les globules rouges. Les uns n'avaient pas subi de modifications appréciables ; d'autres étaient entièrement décolorés, et présentaient très nettement l'aspect granuleux. Leurs granulations, qui passent à l'état latent sous l'influence de l'action chimique de l'oxygénation, avaient reparu sous l'influence de la dégénérescence cancéreuse.

Tels étaient les éléments figurés du sang dans les veines provenant de cette tumeur sarcomateuse de la mammelle. J'examinais ensuite les cellules cancéreuses de la tumeur elle-même. Comme les leucocytes du sang des veines, elles avaient pour attribut essentiel des granulations graisseuses infiltrées dans leur proloplasma et dans leur noyau. Celui-ci était simple aussi et plus volumineux également. 11 n'off^rait nulle trace de segmentation. Les altérations étaient donc les mêmes pour les globules blancs du sang des veines, et pour les cellules de la tumeur sarcomateuse. Mais, ici encore, elles étaient beaucoup plus accusées dans le sang que dans la tumeur. Au début de l'affection, les granulations graisseuses offrent exactement le volume des granulations du protoplasma qu'elles remplacent. A une époque plus avancée leur volume diminue, en sorte que, plus elles sont anciennes, et plus aussi elles s'éloignent de leur physionomie primitive. Il se passe dans les cellules cancéreuses un phénomène analogue et même semblable à celui qui se pro-

duit dans les globules blancs à mesure qu'ils vieillissent; leucs granulations, d'abord très grosses, diminuent de plus en plus.

A la tumeur sarcomateuse, M. Bochefontaine avait eu l'heureuse pensée de joindre les ganglions du creux de l'aisselle qui participaient à la dégénérescence. Je trouvais dans ces ganglions, un peu plus volumineux qu'à l'état normal, les mêmes altérations que dans la tumeur. Les cellules cancéreuses qu'ils contenaient en grand nombre étaient beaucoup moins caractéristiques aussi que celles du sang, ce qui rentrait dans la loi générale rappelée précédemment; presque aussi atténuées que celles de la tumeur, leurs granulations graisseuses avaient subi le même phénomène de réduction progressive. Toutes les cellules étaient bien manifestement des globuHns qui, en s'hypertrophiant, avaient subi la même dégénérescence que les globules parvenus à l'âge adulte (1).

Voici donc deux faits qui, l'un et l'autre, sont entourés de toutes les garanties que nous pouvons demander à l'observation. Sur ces deux faits pouvons-nous fonder la théorie du développement des affections cancéreuses? On me répondra sans doute, non; deux faits seulement pour édifier une tliéorie de cette importance sont absolument insuffisants. Je réplique qu'en pareille occurence ce n'est pas le nombre de faits qu'il faut invoquer, mais leur valeur intrinsèque. Or, la valeur de ces deux faits ne peut être contestée; d'autres faits non moins concluants ne larderont pas à s'ajouter à ceux que je viens d'exposer. Je vais donc essayer d'asseoir cette théorie sur sa véritable base en tirant les conséquences qui en découlent.

Théorie des affections cancéreuses. — Ces affections ont pour cause et pour point de départ une altération spécifique et profonde des globules blancs du sang, altération qui prend naissance sur certains points de l'économie et qui, d'abord toute locale, se généralise ensuite, tantôt très lentement, et tantôt avec une rapidité plus ou moins grande.

Cette dégénérescence cancéreuse des leucocytes a pour effet d'en accroître le volume et de substituer aux granulations du protoplasma et du noyau des granulations graisseuses. Souvent aussi elle a pour résultat d'en provoquer la prolifération. Si elle s'accompagne seulement des deux premiers phé-

0)PJ-XV,fig. 6el7.

nomènes, la tumeur s'accroît lentement, et les ganglions lympathiques s'associent tardivement à la dégénérescence cancéreuse. Si à ces deux phénomènes constants vient se joindre la prolifération, la tumeur prend dans le même laps de temps de plus grandes dimensions; sa marche est plus rapide; les ganglions s'engorgent plus rapidement aussi.

Comment se développé la tumeur? — Les leucocytes, sous l'influence de la cause encore inconnue qui détermine leur dégénérescence, s'accumulent d'abord dans les capillaires et les traversent par diapédèse. Ces globules, qui viennent d'émigrer, se disséminent autour des vaisseaux, se répandent dans les mailles du tissu conjonctif, formant des traînées, des amas qui s'étendent peu à peu par l'adjonction continue de nouveaux leucocytes dégénérés; bientôt ces traînées se réunissent et forment, dans un laps de temps indéterminé et très variable, un foyer cancéreux, tantôt sans limites bien arrêtées, tantôt assez nettement circonscrit. A ce centre se rendent des vaisseaux qui lui apportent sans cesse de nouveaux globules. Ceux-ci, en pénétrant dans son épaisseur, s'altèrent à leur tour, puis émigrent aussi en partie ; et comme cet afflux est un phénomène permanent, l'altération des globules blancs et leur émigration deviennent permanentes également. Ainsi commencent et s'accroissent les tumeurs cancéreuses qui trouvent dans la masse sanguine des matériaux en nombre infini.

Comment se produisent les tumeurs secondaires; et comment aussi se rendre compte de la cachexie cancéreuse? — Les fumeurs secondaires et la cachexie cancéreuses dérivent de la môme cause. Nous avons vu que les veines émanées des tumeurs contiennent des leucocytes cancéreux. Ceux-ci pénètrent donc dans le système veineux général, passent dans les poumons, et se répandent ensuite par les artères dans toutes les parties de l'organisme, comme autant de germes dont rien d'abord ne dénote la présence, et qui sont cependant le précurseur d'une ruine fatale et prochaine ; car chacun d'eux est un cancer ramené à sa plus simple expression, un cancer en miniature qui circule en toute liberté au sein de l'économie. Ces germes ou cancers ambulants, continuellement versés dans le torrent dé la circulation, deviennent de plus en plus nombreux. Qu'ils se déposent sur tel ou tel point : un nouveau foyer va se produire, puis se développera et s'accroîtra comme le foyer primitif. Que ces dépôts aient lieu sur plusieurs points rapprochés ou éloignés, et bientôt appa-

raitront des tumeurs secondaires multiples, en apparence indépendantes, mais reliées entre elles par une cause commune.

Ces tumeurs nouvelles verseront de leur côté dans la masse sanguine de nouveaux germes destructeurs; et alors même qu'elles n'existeront pas, les globules blancs dégénérés, et provenant d'une source unique, se multiplieront de plus en plus. 11 arrive donc un moment où ces leucocytes dégénérés se mêlent en si grand nombre aux leucocytes encore sains que les téguments et la face surtout prennent une teinte d'un blanc jaunâtre. Ce moment est celui où la cachexie se révèle. Elle annonce un empoisonnement total, une infection générale, une désorganisation imminente. Ce n'est plus alors une ou plusieui's tumeurs cancéreuses qui existent; ce sont des cancers qui circulent par centaines de mille et de millions peut-être, et qui infestent le liquide nourricier. A dater de ce moment, l'œuvre de la décomposition commence, ou plutôt elle s'accélère avec une rapidité croissante. Les tumeurs secondaires et la cachexie se développent donc sous l'empire d'une cause commune. La cachexie est le résultat d'une altération générale du sang, et les tumeurs secondaires ne sont que des manifestations de cette altération. Quelquefois elles semblent la précéder et l'annoncer; car la cachexie peut exister et existe, même longtemps avant d'être apparente; les tumeurs secondaires en sont toujours la conséquence.

J'appelle l'attention des médecins et des chirurgiens sur ces considérations . Les occasions ne leur manqueront pas de contrôler la théorie que je viens d'exposer. Je crois fermement que l'observation clinique viendra la confirmer. Je répète que la condition première pour arriver à des résultats concluants, c'est la présence de veines sortant de la tumeur. J'ajoute qu'il faut prendre le sang au point d'émergence de celle-ci; car, si on le prend à une distance plus ou moins grande, les leucocytes dégénérés se disséminent rapidement, et on peut ne plus en rencontrer. Jusqu'ici, c'est dans la tumeur et dans les ganglions correspondants qu'on a cherché l'élément caractéristique du cancer. Désormais c'est dans le sang émané de celle-ci qu'il faudra prendre les cellulçs cancéreuses pour les examiner dans la première période de leur existence morbide; car c'est dans cette première période seulement qu'elles se montrent revêtues de tous les attributs inhérents à leur dégénérescence.

Dans les considérations que je viens de présenter sur l'origine et l'évolution des affections cancéreuses, je n'ai pas dit aussi complètement que je

Taurais désiré, le fond de ma pensée. En attendant d*au 1res faits, qui me font actuellement défaut et qui se produiront dans un avenir prochain, une certaine réserve m'est imposée. Mais je me propose, aussitôt que l'obsei-vation me le permettra, d'entrer sur ce sujet dans de plus longs développements. Si les médecins et les chirurgiens, avec toutes les ressources dont ils disposent, veulent, bien de leur côté, poursuivre des études analogues, ils ne tarderont pas à reconnaître que la pathologie humorale offre encore une ample moisson aux explorateui-s.

ARTICLE II

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