SANG DU TRITON
s'accroit ensuite graduellement. Cet arc, c'est Tenveloppe du leucocyte dont le noyau remplissait, à son apparition, toute la cavité. Mais à mesure que l'enveloppe s'étend, son diamètre l'emportant sur celui du noyau, elle le déborde, perd ainsi l'aspect arciforme qui caractérise son apparition, et l'entoure bientôt complètement. Leglobulin, bien que toujours périphériquement situé, semble alors occuper le centre de sa cavité.
A une période plus avancée de son évolution paraît le troisième élément du leucocyte, c'est-à-dire son protoplasma, tellement homogène et transparent au début, qu'on le distingue à peine. Mais, en devenant plus abondant, il se charge de granulations de plus en plus accusées qui lui donnent, au terme du complet développement des globules, l'aspect mûriforme. Parvenu alors à l'état adulte, le globule blanc circule quelque temps sous cette forme et poursuit ensuite le cours de ses transformations. Les grosses granulations vésiculeuses diminuent de volume, et bientôt ne représentent plus que des granulations ordinaires; le globule devient alors transparent, et le noyau, très évident. Ensuite le leucocyte s'allonge, s'aplatit un peu, prend un aspect homogène et ressemble à une hématie décolorée. Il en diffère encore cependant par la forme sphérique de son noyau et les granulations de celui-ci.
Mais le noyau à son tour s'allonge, devient elliptique et homogène aussi. Le globule blanc, parvenu à cette phase très avancée de son évolution, ne diffère plus du globule rouge que par son défaut de coloration. Cette différence n'a qu'une courte durée, car il ne tarde pas à se teinter d'une couleur d'ambre, à laquelle succéda assez rapidement une couleur jaune mieux caractérisée. Le leucocyte ainsi coloré se présente avec tous les caractères propres aux hématies. Sous cette forme, il est utilisé pour la nutrition, et s'use peu à peu; son noyau se rapetisse; les réactifs n'ont plus le pouvoir de faire réapparaître ses granulations ; et, après avoir vécu un certain temps, il subit une sorte de dissolution ou de dissociation totale de ses éléments, qui disparaissent dans le plasma sanguin ; il meurt, en un mot, cédant la place à des globules plus jeunes et plus utiles.
Pour bien observer toute cette longue série de phénomènes successifs, il convient d'accélérer la prolifération des globules blancs. Les pertes sanguines possèdent ce privilège à un très haut degré. Elles déterminent très rapidement la segmentation du noyau des globules, puis l'éruption des globulins qui traversent leur enveloppe par voie de diapédèse, et enfin le développement de
ceux-ci, qu'on peut voir à l'état de globules naissants, de globules blancs jeunes, de globules blancs adultes, d'hématies incolores, d'hématies plus ou moins teintées de jaune et d'hématies séniles.
Première expérience. — Le 16 avril, j'excise la queue d'un triton : hémorrhagie abondante; le noyau, dans un grand nombre de globules, est en voie de segmentation. Vingt-six heures après cette première perte sanguine, nouvelle excision; presque tous les globules blancs sont segmentés. Ce résultat, je le reconnais, est peu concluant; et il en est toujours ainsi lorsque le sang du batracien sur lequel on opère contient déjà beaucoup de globules segmentés.
Deuxième expérience. — Le 18 avril, j'excise, à sa partie moyenne, l'appendice caudal d'un autre triton. Dans le sang, quej'examine aussitôt, je ne trouve qu'un très petit nombre de globules blancs dont le noyau est segmenté. Quarante-six heures après cette hémorrhagie, seconde excision. Les globules blancs sont, pour la plupart, en voie de prolifération.
Troisième expérience. — Le 25 avril, je coupe, près de sa base, la queue d'un troisième triton. Fort peu de globules présentent un noyau segmenté. Le 28 avril, nouvelle excision; les globules blancs sont beaucoup plus abondants et presque tous contiennent des globulins dont le nombre varie de 2 à 5 ou 6. Dans quelques-uns, le groupe des globulins commence à traverser l'enveloppe ou a déjà l'ait éruption sur sa périphérie. Dans d'autres, le noyîiu s'est allongé en cylindre curviligne, renflé à ses extrémités. Sur plusieurs, le cylindre présente des étranglements qui annoncent sa prochaine division en trois globulins. Certains globules ne sont plus représentés que par leur enveloppe. L'acide acétique au 500' ou 600'' permet assez facilement de reconnaître ces globules vides malgré leur extrême pâleur.
Quatrième expérience. — Le 30 avril, afin de déterminer une perte de sang plus grande, j'excise, sur un triton, l'appendice caudal et l'un des membres postérieurs; hémorrhagie abondante; pas de globulins. Le troisième jour qui suit cette double excision, mon triton existe encore; j'excise un second membre. Le quatrième jour, je le trouve mort. Le nombre des globules blancs est plus considérable que celui des globules rouges : tous sont en voie de prolifération.
A ces expériences je pourrais en joindre d'autres; car je les ai multipliées