C. Sang des Chèloniens
Les réactifs qui permettent d'observer les globules rouges chez les lézards, dans leurs caractères extérieurs, permettront aussi d'étudier au même point de vue ceux de la tortue.
Pour l'étude de leur composition, un grand nombre de solutions peuvent être utilisées. Je me bornerai à recommander les suivantes :
1^ Faites dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 1 gramme de bichromate de potasse, et 6 grammes de sulfate de soude, puis mêlez à 30 grammes de cette solution 15 grammes d'acide acétique ordinaire;
(1) PI. Vni, fig. 10, H, 1-2, 13.
(-2) PI, VIII, lig. U et 15.
2° Ajoutez à une partie de sulfate de soude au maximum de saturation deux parties d'acide acétique ordinaire préalablement étendu d'un égal volume d'eau. Ce dernier réactif surtout est excellent. Pendant son action, on voit apparaître les granulations du noyau et toutes celles du protoplasma. La préparation est belle et surtout d'une grande netteté.
Les globules blancs, assez rares, sont arrondis, de volume un peu inégal et d'aspect mûri forme pour la plupart. L'acide acétique à des degrés très différents de dilution, permet de les distinguer au milieu des globules rouges, et de reconnaître les granulations de leur protoplasma et celles de leur noyau. Celui-ci est rarement segmenté (1). Pour le voir en état de segmentation, il faut produire des hémoiThagies répétées. Sur une tortue j'excise, le 2 avril 1880, l'un des membres postérieurs; l'écoulement de sang est assez considérable. Le lendemain 3, excision du second membre postérieur; je ne trouve pas encore de noyaux en voie de segmentation. Le 4 avril, je coupe l'un des membres déjà amputés un peu plus haut; le nombre des globules blancs a augmenté, mais je ne constate pas de prolifération évidente. Cette première expérience ne m'a donc donné que des résultats à peu près nuls.
Le 12 avril, j'ampute l'un des membres postérieurs sur une autre tortue ; j'aperçois des globules blancs, mais peu nombreux : leur noyau n'est pas segmenté. Le 13, je provoque une nouvelle hémorrhagie : les leucocytes se montrent en plus grand nombre; quelques-uns présentent un noyau divisé en deux ou trois globulins. Le 15, troisième hémorrhagie; très nombreux globules blancs; dans quelques-uns, le noyau s'est divisé; mais ces leucocytes en voie de prolifération sont en minorité. Dans cette seconde expérience, j'ai donc obtenu des résultats analogues à ceux qu'on obtient dans les mêmes conditions chez les Batraciens. Je m'empresse de reconnaître qu'ils sont moins satisfaisants. Chez les Reptiles, la segmentation provoquée des globules blancs est toujours beaucoup plus difficile à déterminer que chez les tritons, les grenouilles et les crapauds. Mais enfin on peut la déterminer et elle confirme les faits généraux précédemment exposés.
En multipliant les observations et les expériences, on réussit donc à constater chez les Reptiles, comme dans les deux classes plus inférieures des
(1) PI. vni, fig. i8.
SANG DES OISEAUX. 111
Vertébrés, que les leucocytes prolifèrent et que, sous l'influence de l'oxygénation, ils se modifient graduellement et fmissent aussi par se transformer en hématies (1).
§ 4, — Sang des oiseaux.
L'appareil de la circulation chez les Oiseaux acquiert de nouveaux perfectionnements qui le distinguent de celui des Vertébrés à sang froid, et qui le rapprochent beaucoup de celui des Mammifères. La cloison ventriculaire est aussi complète que celle des Grocodiliens. Mais chez ces reptiles, les deux sangs se mêlaient encore à leur sortie du cœur et dans le tronc aortique. Chez les Oiseaux, le canal que parcourt le sang rouge, et celui qui contient le sang noir restent indépendants sur toute l'étendue de leur trajet. Le premier est pourvu d'un cœur à parois épaisses qui reçoit le sang venu des poumons et qui le projette vers les capillaires généraux. Le second est muni d'un cœur à parois minces qui est l'aboutissant du système veineux général et le point de départ de l'artère pulmonaire. Les deux cœurs se juxtaposent en s'unissant étroitement. Des valvules très complètes occupent les orifices situés à la base des ventricules et à l'origine des troncs qui en partent. Les forces qui président à la progression du liquide nourricier sont donc ici parfaitement centralisées, et la totalité de ce liquide passe par les poumons. La respiration s'opère ainsi dans les meilleures conditions. L'oxygénation du sang est d'autant plus active que les contractions du cœur et les mouvements respiratoires s'accélèrent simultanément. Cette oxygénation plus parfaite a pour effet de diminuer encore le nombre des globules blancs, ceux-ci parcourant toutes les périodes de leur évolution et de leur transformation avec plus de rapidité.
On pourrait s'étonner que des conditions si favorables ne modifient pas plus profondément les éléments figurés du sang. Parvenus au terme de leur développement, les globules rouges conservent leur forme elliptique et leurs grandes dimensions; ils ressemblent par conséquent à ceux de tous les animaux à sang froid et diffèrent au contraire beaucoup de ceux des Mammifères. Pourquoi cette différence? C'est dans les organes de l'hématose qu'il faut en chercher la raison. Les poumons des oiseaux sont
(1) PI. VIII, fig. 19.
très petits, se dilatent peu, et ne reçoivent dans leur trame aérifère qu'une minime quantité d'air. Chez les Mammifères, ces organes, loin de rester concentrés sur les côtés du rachis se prolongent jusqu'au sternum ; ils entourent le cœur de tous côtés, se dilatent largement et contiennent une masse d'air, toute proportion gardée, beaucoup plus considérable.
L'action de l'hématose n'est donc pas égale dans les deux classes; elle est, comparativement, beaucoup plus grande chez les Mammifères. De là le volume énorme des globules rouges chez les Oiseaux, le protoplasma conservant chez eux les dimensions prédominantes qu'il nous offre chez les Reptiles, les Batraciens et les Poissons; de là aussi leur petitesse si remarquable chez les vivipares, ce protoplasma disparaissant en grande partie, et la prédominance passant du côté du noyau.
De ces considérations, comme de toutes celles qui précèdent, il résulte donc que l'appareil de la circulation est sans action sur les éléments figurés du sang; c'est l'appareil de la respiration qui les tient sous son influence; c'est par l'oxygénation, en un mot, qu'ils se modifient : si celle-ci est faible, ils restent à l'état de globules blancs; plus active, ils passent à l'état de globules rouges, mais le protoplasma conserve encore ses grandes dimensions ; énergique, ils passent non seulement à l'état d'hématies mais le protoplasma s'efface pour laisser le premier rôle au noyau :
Hématies essentiellement constituées par le protoplasma, tel est le trait caractéristique du sang chez les ovipares;
Hématies essentiellement représentées par le noyau, tel est celui qui caractérise ce liquide chez les Mammifères et chez l'Homme.
Les réactifs utiles pour l'étude du sang des oiseaux diffèrent selon les tribus, les familles et les genres. Je ferai connaître ceux qui s'appliquent aux Gallinacés, aux Palmipèdes et aux Passereaux.
A. Sang des Gallinacés {poule).
Le sérum iodé et l'acide osmique permettront de reconnaître la forme aplatie des globulins rouges, leur contour elliptique et leurs dimensions. On peut même, pour l'étude de tout ce qui se rattache à leur nombre et à leur mode de conformation, les observer simplement dans le plasma (1).
(1) PI. IX, fig. 1.