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ALTÉRATIONS DU SANG DANS LA CHLOROSE

Le maximum d'absorption du sang pour l'oxygène à l'état physiologique est de 240 centimètres cubes pour 1000 grammes. La moyenne de cette absorption chez les chlorotiques est de 80 centimètres cubes seulement (1).

Ainsi, en nous plaçant au point de vue des altérations du sang, nous constatons que l'observation nous a surtout révélé trois principaux faits. Parmi les globules rouges, les uns sont plus volumineux qu'à l'état normal, et d'autres plus petits. Mais tous contiennent moins d'hémoglobine que dans l'état habituel, et pour tous aussi l'aptitude qu'ils possèdent d'absorber l'oxygène a notablement diminué. Ces deux derniers faits sont corrélatifs: car si les hématies contiennent moins de matière colorante, c'est évidemment parce que leur pouvoir d'absorption pour l'oxygène a diminué.

Pouvons-nous édifier sur ces données une théorie de la chlorose ? En invoquant les faits que nous possédons présentement sur le mode d'évolution des éléments figurés du sang, cette théorie me paraît aussi facile à définir que celles de la suppuration, de la leucocythémie et du cancer. Remarquons d'abord que ces trois théories s'appliquent à des altérations qui toutes portent sur les premières périodes de l'évolution des éléments ligures, et que les altérations essentielles de la chlorose portent, au contraire, sur les dernières phases de leur développement, c'est-à-dire sur leur transformation en globules rouges. Ces globules rouges sont moins riches en hémoglobine qu'ils ne devraient l'être ; pourquoi ? parce qu'ils se sont arrêtés dans cette période ultime de leur évolution avant qu'elle fût aussi complète qu'elle devait l'être. Beaucoup d'entre eux sont plus volumineux que dans l'état habituel; pourquoi? parce que c'est dans cette dernière période que les globules blancs subissent une réduction de leur volume; cette dernière période ne s'étant accomplie qu'à moitié, leur réduction du volume ne s'est opérée aussi qu'en partie. Tous ces phénomènes se trouvent donc en étroite corrélation avec leur mode d'évolution; ils dérivent de la même cause.

Il est vrai que, si on rencontre dans le sang des globules rouges plus gros, on en rencontre aussi de plus petits; et M. Hayem s'empresse de voir, dans ces globules de moindres dimensions, autant d'hématoblastes qui viennent donner à sa doctrine une complète confirmation. Telle est son interprétation. Nous allons exposer la nôtre. Mais rappelons d'abord que, d'après les recherches

(1) Moriez, Th. d'agrégation, 1880, p. 23.

fort importantes et très étendues de M. Malassez, les gros globules sont notablement plus nombreux que les petits, en sorte que, dans la chlorose, les hématies d'un volume supérieur aux dimensions ordinaires seraient le fait général; les petits globules ou microcytes de MM. Masius et Vaneair, sont autant d'exceptions à la loi qui précède. Mais enfin, ils existent. Qu'elle est leur signification? Ce ne sont pas de jeunes hématies ou des hématies naissantes, mais des hématies en voie de dépérissement ou des hématies séniles. Nous avons vu, en effet, que les hématies sont presque exclusivement constituées par le noyau des leucocytes, au moment de leur dernière métamorphose; et nous avons vu aussi que la sénilité a pour effet constant d'en produire Tatro-? phie. Précédemment, en outre, j'ai fait remarquer que les éléments figurés du sang débutent par leur noyau, et que leur mort prochaine s'annonce également par l'amoindrissement et un changement de nature de celui-ci.

En résumé, la chlorose a pour attribut caractéristique une transformation incomplète des globules blancs en globules rouges : d'où le volume en général plus considérable des hématies, d'où la moindre quantité d'hémoglobine qu'elles présentent, d'où aussi le nombre relativement plus grand des petits globules ou globules séniles; car les globules rouges n'étant qu'incomplètement formés, ces globules, en d'autres termes, ne possédant qu'une partie de la matière colorante qui leur est nécessaire pour la nutrition et l'accomplissement régulier de toutes les autres fonctions, ils sont pour ainsi dire condamnés à s'user plus vite et à vieillir plus tôt.

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