‹ Les élèves du conservatoire;Chapitre 10 sur 23 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les mêmes t hors Madame LEFEBVRE.

(zoé, guilleri et louise ? après la sortie de madame LEfebvre , quittent leur ouvrage et viennent sur le devant delà scène ; guilleri à droite , zoÉ dans le milieu ? louise à gauche .)

zoi (à guilleri).

Eh bien ; cette proposition qu'on te faisait... dis-nous vite

GUILLERI

Vous n'en parlerez pas... uu engagement superbe pou£

jouer le mélodrame.

ZOÉ

Y penses-tu , toi... un des meilleurs sujets du conservatoire.

Toi , qui es la plus forte de la classe de M. Baptiste.

GUILLERI

C'est égal ; j'ai envie de laisser-là le Classique pour le Romantique... songez donc qu'à l'Ambigu je serai tout de suite sociétaire.

ZOE.

Est-ce qu'on le souffrira L.. est-ce que les petits théâtres

ont le droit d'enlever comme ça ? ^

GUILLERI

Et pourquoi pas?

Air de Turenne.

Vois aux Français , les ouvrages qu'on donne , N*y voit-on pas geôlier et souterrain ? Tyran qui s'iache , et roi qu'on emprisonne ? L/e Mélodrame y règne eu souverain. . .

Et dans ses fureurs vengeresses ,

L'Ambigu peut bien , Dieu merci , Prendre aux Français ses acteurs , quand ceux-ci

Tous les jours , lui prennent ses pièces.

Et je dois, demain, pour m essayer, jouer dans une représentation à bénéfice, à la barrière Rochechouart... et tu verras si je ne dis pas aussi bien qu'une autre [imitant Us acteurs du boulevart)]: <c Nous sommes officiers dans l'armée « française... nous combattrons... nous mourrons..

ZOÉ

Je sais bien que ça n'est pas difficile... et moi, qui par état ne doit jouer que la pantomime, je dirai bien aussi, sans n.e gêner. ( Imitant une actrice des boulevarU )\. « Tu ne le confie nais pas , ma bonne • et les qualités de son cœur dédom- <c magent bien u ue femme sensible et aimante des légères imperfections de son physique ». (A Guilleri. ) Mais est-ce que ce sont-là des succès auxquels tu dois aspirer ; et pour l'honneur des arts...

1HJ CONSERVATOIRE. 17

GUILLERI

Je conviens que c'est déroger } mais il faut vivre... el nous n'avons rien... et je te dois déjà tant d'argent... car c'est toujours toi qui nous en prête... or, songe donc que six mille francs d'appoiutemens... nous pourrions partager... ça vous donnerait le temps d'attendre, et quand vous serez, uw jour dans les théâtres royaux, promettez -moi seulementde ne pas être fières • et rappelez-vous que vous avez des amis dans le mélodrame on dit qu'il faut en avoir partout.

ZOÉ

Guilleri, je n'oublierai jamais ce trait-là.

LOUISE

Ni moi non plus.

ZOÉ

Mais si ce n'est que cela, soyez tranquilles; car d'ici à quelques jours, je dois débuter.

air : Les postillons sont d'une maladresse. Si le succès comble mon espérance.

GUILLERI et LOUISE.

Moi , des succès , je n'ai jamais douté.

ZOÉ

Richesse , honneur. . . quel plaisir, quand j'y pense / De pouvoir tout mettre en communauté.

GUILLERI et LOUISE.

Surtout, pour nous point de rivalité.

ZOÉ

A l'amitié que mon cœur aime à croire ! Aussi , par elle , abrégeant le chemin , Marchons gaîment toutes trois à la gloire, En nous donnant la main.

toutes trois ( se donnant la main ).

Marchons gaîment toutes trois à la gloire , En nous donnant la main.

LOUISE

Elle a raison... rester toujours artistes.

GUILLERI

Ne jamais nous séparer.

Page 1