‹ Les élèves du conservatoire;Chapitre 4 sur 23 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Madame LEFEBVRE {assise dans un grand fauteuil auprès de la petite table à gauche , occupée à tricoter ). PEÏTf- PAS ( en dehors , sonne ) .

madame lefebvre ( allant ouvrir la porte ).

On y va, on y va... ( Elle ouvre ). Comment c'est vous, monsieur Petit-Pas , qui me faites l'honneur de venir chez moi et de monter six étages au-dessus de l'entresol ?

PETIT-PAS

Oui , madame Lefebvre , j'ai cet honneur-là; mais, nous autres danseurs et maîtres de ballets, ça ne nous coule rien de nous élever... sic ilur ad as ira.

MADAME LEFEBVRE

Qu'est-ce que vous me dites-là ?

PETIT-PAS

Ne failes pas attention... c'est du laliu... dans notre état on est obligé de tout savoir... dans ce moment-ci, j'apprends le grec, pour mon ballet de Léonidas... mais, ditea-moi, où est la petite ?

MADAME LEFEBVRE

Est-ce que vous venez pourlui donner leçon ?

PETIT-PAS

Eh I sans doute : cette scène de Clary que nous avons commencée hier... et je suis arrivé si vite, que Psyché ma petite Les Elèves du Conservatoire. 1

fument est en nage ... mais aujourd'hui je n'ai pas un moment à moi... à onze heures nous avons conseil d'administration ) car je suis maintenant du conseil... ils y ont été obligés, attendu que, sans les ballets, l'Opéra ne peut pas marcher... il a bien fallu que la pantomime eût voix au chapitre.

Aik du Vaudeville de Partie et Revanche.

A midi , ma classe de danse ;

A deux heures , Léonidas ; A trois , leçon au fils d'une excellence ,

A cinq heures , un grand repas ; Ce soir, deux bals , qui sans moi n'iraient pas.

Passant ainsi toute ma vie •Dans des plaisirs, des travaux assidus , Pour composer , pour avoir du ge'nie, i 7.

Je n'ai que mes momens perdus , / D'honneur , je n'ai que mes momens perdus.

MADAME LEFEBVRE

Je suisalors bien fâchée... Zoé, ma petite-fille quiestsorlie.

PETIT-P4S

Déjà !

MADAME LEFEBVRE

Elle est allée vendre quatre paires de bas de liloselle que j'ai tricotés la semaine dernière; car je fais ce que je peux pour l'éducation de cette chère enfant... mais les talens coulent cher; et sans vous, M. Petit-Pas, qui avez la bonté de lui donner des leçons pour rien...

PETIT -PAS

Ne parlons donc pas de cela.

MADAME LEFEBVRE

Si vraiment ; j'en parlerai à tout le monde. .. c'est à vous , si elle réussit, qu'elle devra sa fortune... elle ne l'oubliera j-amais.

PETIT- PAS

Eh! mon dieu! ma chère madame Lefebvre, elle sera peut- être ingrate, comme tant d'autres que j'ai lancées.

Air : J soixante ans.

Lorsque l'on a , dans une douce ivresse ,

Respiré l'encens théâtral ; Quand chaque soir on se trouve déesse,. Ou méconnaît l'ami tendre et loyal

Qui vous mit sur le piédestal.

Que d'èlre ingrat un mortel fasse gloire ! Je Je veux bien , el n'en sui* pas surpris ; Mais dans les dieux lorsque l'on est admis». . . . Ah ! devrait il , au temple ôè mémoire, , Etre permis d'oublier ses amis.

Je me rappelle encore le premier jour où le hasard offrit la petite Zoé à ma vue.... elle dansait en rond ? à la Place- Royale, avec des bonnes et des enfans... et dans ses pas-, formés au hasard... il y avait un moelleux .. un lais ez aller... que nous appelons... la danse elle-même... je crus voir madame Montessu.

MADAME LEFEBVRE

Vous croyez donc qu'elle ira.

PETIT-PAS

Elle ira haut...

MADAME LEFEBVRE

Et pourquoi ne pas la faire débuter, puisque ça dépend de vous ?... pourquoi ne vous dépèchez-vous pas ?

PETIT-PAS

D'abord , parce qu'à l'Opéra on ne se dépêche jamais-., et puis j'avais auparavant certaines idées. .sur lesquelles, madame Lefebvre, j'ai parbleu envie de vous consulter.

MADAME LEFEBVRE-

Moi , monsieur Petit-Pas ?

PETIT -PAS

Oui... vous savez quelle est ma position... je ne suis pas encore premier maître de ballet, parce que mes anciens sont-là, Gardel , Aumer , B lac fie et Mïlon.,.. des hommes de mérite que je révère... mais j'arriverai, parce que je me sens dans les jambes ce que Voiture avait dans la tête, et avec ça l'on fait toujours son chemin. Une seule chose pourrait me nuire... c'est la classe de cînnse que je fais aux Menus- Plaisirs... vingt-cinq ou trente petites filles plus jolies les unes que les autres... c'est un poste bien dangereux et bien glissant pour un célibataire... et j'ai idée de me marier pour conserver mes principes et mes places.

MVDAM!' LEFEBVBB.

Fh! mais, monsieur Pelit-Pas... je trouve cela une spéculation très-morale.

TETIT-PAS.

N'est-il pas vrai? .. et cVst parmi nos jeunes élèves que je voudrais faire un choix.

madame lefebvre.

Il se pourrait ! vous en aimez une I

PETIT-rAS.

Mieux que cela... je crois que j'en aime deux et j'hésite encore... parce qu'avec mes talens et mes places, dix-huit à vingt mille francs de traitement on tient à être aimé pour soi-même... et je voulais vous demander là-dessus bien franchement... ( on sonne ).

madame lefebvre ( allant ouvrir la porte à gauche ).

C'est cette petite fille qui revient .. je vous demande si on peut rentrer plus mal-à-propos.

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