‹ Les élèves du conservatoire;Chapitre 8 sur 23 · ZOÉ, LOUISE, GUILLERI · texte numérisé non relu

ZOÉ, LOUISE, GUILLERI

( A peine madame lefêbvre est-elle sortie , qu'elles abandonnent leur ouvrag;0, et viennent toutps trois au bord du théâtre > guilleri est à droite , louise dans le milieu , zoÉ à gauche. )

guilleri.

Enfin , nous voilà seules , et nous en avons à te raconter ; car , sans qu'il y paraisse , nous avons bien du chagrin.

ZOÉ

Qu'est-ce donc ?

LOUISE

Tu sais que toute ma famille , que mes frères et soeurs n'ont d'espoir qu'en moi , et dans ce que je gagnerai : c'est tout naturel... c'est mon devoir... mais voilà mon père qui , à cause de cela , ne veut pas que je me marie jamais , à moins de dix mille livres de rentes.

Quelle tyrannie !

LOUISE

Tout ce que j'ai pu obtenir , en le priant bien , c'est qu'il se contenterait pour moi de six mille francs.

ZOÉ

Et c'est ça qui te désole. A ta place, je me résignerais , je prendrais ma fortune en patience.

GUILLERI

Mon Dieu ! que tu as peu d'imagination ! tu ne devines pas qu'elle aime quelqu'un qui n'a rien... rien que son coeur... ça ne fait pas six mille livres de rente.

ZOE.

Pauvre Louise !.. je comprends alors ton chagrin.

GUILLERI

Eh bien, ce n'est rien encore; car enfin elle est aimée... mais moi !.. si tu savais...

ZOE.

Qu'est-ce donc ?

LOUISE

Elle a vu tout-à-Pheure M. Petit-Pas , qui sortait de la maison , et ça lui a fait un effet...

zoé {avec douceur).

Tu l'aimes donc toujours ?

Eh bien ; oui... c'est plus fort que moi !.. à cause de mon caractère; comme ça... je n'ai pas l'air... mais aussi , une fois que je m attache... Dieu !.. airje aimé cet être-là !

zoé.

C'est vrai qu'il est aimable !

LOUISE ( à ZOÉ).

Et puis, tu ne sais pas .. il a cabriolet depuis quelque temps.

guilleri (pleurant).

Un, cabriolet charmant où je l'ai rencontré avec

Rosalie.

LOUISE

Quelle indignité !

GUILLERI

Et c'est d'autant plus mal , que ce jour-là même il m'avait fait une promesse de mariage.

ZOÉ

Tu as une promesse de mariage !

guilleri ( la lui donnant ).

Eh ! oui sans doute, !a voilà... regarde plu lot.

zoé ( la parcourant ).

C'est que c'est bien différent.

GUILLERI

Eh! non... c'est la même chose... j'ai consulté là-drs-sus un clerc de notaire qui me fait la cour ; il m'a dit

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que ça nëtait plus valable j et qu'il m'en ferait tant que je voudrais.

ZOÉ

Dieu î que les hommes sont perfides !... Il doit revenir ici dans la journée, et c'est moi qui me charge de lui rendre sa promesse. ( Elle la met toute déployée sur la table à droite, puis elle vient entre guilleri et louise ). Nous sommes bien bonnes de nous occuper de ces misère3-là , au lieu de penser à nos éludes , au lieu de penser à la carrière qui nous est ouverte, et où nous pouvons trouver l'indépendance , la fortune et peut-êlre la gloire.

GUILLERI

La gloire!... lagloire !... je n'en sais rien... mais sans parler de ça... tiens si jamais je suis sociétaire à la Comédie-Française !

LOUISE

Et moi à Feydeau !

ZOE.

Et pourquoi pas ?... toutes ces grandes dames-là ont commencé comme nous, par èlre des petites filles... il y a longtemps, c'est vrai... raison de plus... nous avons devant nous le temps qu'elles ont derrière elles... et songez donc , quand on esta un théâtre royal, avec du talent... ou enfin, quand on y est... combien l'on a de privilèges !... les journaux vous font des complimens , les auteurs vous font la cour, les semainiers ou les directeurs sont à vos genoux... et puis on dit qu'on est malade... « Oh! j'ai la migraine !... je ne peux j>as jouer. » —Et puis, après tout, comme on se (onduit bien, et qu'on est bien sage, on n'a rien à dire sur votre compte.

Oui, joliment... ça n'y fait rien... c'est pour cela que, la moitié du temps*., mais enfin quand çaarrivera-t-il?.. Moi , d'abord , je n'ai pas de patience... je veux faire fortune tout de suite, et je suis décidée à accepter une proposition qu'on me fait.

ZOÉ

Et laquelle. ( On entend madame lt.febvre qui rentre'). Dieu ! c'est ma grand'mère ! ( Elles retournent toutes à leurs places- guilleri reprend sa brochure; louise, son papier de musique , et zoÉ fait des battemens. )

DU CONSERVATOIRE. i«

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