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TROISIÈME PARTIE

ANNEXES DE LA COLLECTION ELZEVIRIENNE

Rien ne montre mieux la vogue obtenue par les éditions en petit format des Elzevier que la quantité d'imitations dont elles ont été l'objet. Dix ans ne s'étaient pas écoulés depuis que la maison de Leyde avait mis au jour ses premiers chefsd'œuvre, que les principales officines des Pays-Bas se mettaient en devoir de publier à leur tour des éditions imprimées avec des caractères et des ornements analogues, dans ce format pet. in-12 qui depuis lors est demeuré typique.

A deux ou trois exceptions près, tous les fleurons et culsde-lampe des Elzevier, tête de buffle, sirène, tête grotesque, roses trémières, sceptres croisés, sphère, etc., servirent de modèle à des contrefaçons plus ou moins heureuses, parfois tellement serviles qu'elles déroutent l'œil le plus exercé. La plupart des imprimeurs y ajoutèrent, il est vrai, certains ornements de leur invention (d'ordinaire ce ne sont pas les mieux réussis) ; mais le fond de l'ornementation est invariablement emprunté aux Elzevier. Si c'est là un hommage rendu à leur goût, il est impossible de l'imaginer plus complet et plus unanime.

Cette similitude est cause que pendant longtemps on a attribué aux Elzevier jusqu'aux moindres productions de

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leurs émules. Le temps n'est pas si éloigné de nous, où il suffisait qu'un volume se présentât sous la recommandation d'une sphère ou d'une tête de buffle pour qu'on le^ classât d'emblée parmi les elzeviers véritables. D'habiles bibliographes ont fait justice de ce préjugé. Les plus insignifiants et les plus médiocres d'entre ces pseudo-elzeviers ont été définitivement écartés. Quant à ceux que distingue leur mérite typographique ou littéraire, ils ont continué, sans perdre de leur prix, à faire partie de la collection ; seulement la bibliographie a été forcée pour les admettre d'instituer une subdivision spéciale. C'est à cette catégorie d'ouvrages qu'est consacré ce supplément.

L'ordre chronologique que nous avons adopté nous obligeait de fixer une limite précise à ce catalogue. Après d'assez longues hésitations, nous avons pris le parti, à l'exemple de M. Pieters, de ne pas dépasser la date du décès de Daniel Elzevier. On pourra nous objecter que nous nous privons par là d'un contingent notable de volumes très dignes de figurer dans la collection. En effet la mort de Daniel n'a pas modifié d'un jour à l'autre les conditions de la typographie néerlandaise : les publications de Wolfgang, pour nous borner à ce seul exemple, ont le même mérite, qu'elles aient paru avant ou après cet événement. Si spécieuse que soit cette objection, nous ne pouvons nous y arrêter. Supposé que nous adoptions comme terme extrême l'année 1693, où Schelte succède à Wolfgang, on ne manquera pas de réclamer en faveur de Moetjens, et du joli Marot de 1700, qui rivalise d'élégance avec les plus beaux elzeviers. Après le Marot, on nous opposera le Regnard de 1729, si bien qu'à nous obstiner sur cette piste nous risquerions de nous égarer en plein dix-huitième siècle, sans échapper davantage au reproche d'inconséquence.

Puisque de toute manière il fallait se déterminer pour une date arbitraire, nous avons donné la préférence à celle qui l'était le moins. Au surplus, l'objet principal de notre livre étant de fournir la liste complète des éditions données par les Elzevier, ce supplément n'a de raison d'être que parce que

ron a confondu à tort les productions de ces imprimeurs avec celles de leurs rivaux. A partir de 1681 la confusion devient impossible. Ce qui est postérieur à cette date n'a donc pour nous, au point de vue spécial où nous nous plaçons, qu'un intérêt fort secondaire.

Ce n'est pas que nous nous proposions de décrire tout ce qui, avant 1681, rentre de près ou de loin dans notre cadre. A la rigueur tout volume pet. in-12 imprimé dans les Pays-Bas durant les trois derniers quarts du dix-septième siècle, peut s'annexer à la collection elzevirienne. Il n'y a de règle à cet égard que le caprice du collectionneur : tel livre, apprécié par l'un, sera relégué par l'autre parmi les bouquins. Une des difficultés de notre travail a été précisément de le restreindre à de justes proportions. S'il eût dépendu de nous, notre choix eût été beaucoup plus sévère. Mais nous avions à compter avec les errements de nos devanciers. Sous peine de passer pour moins complet ou moins bien informé, il nous a fallu accueillir bien des articles qui à notre sens ne méritaient pas cet honneur. Bien plus, nous n'avons pas hésité en certains cas à paraître moins restrictif encore que Bérard, Brunet ou M. Pieters. Du moment, par exemple, que l'on passe condamnation sur des volumes si mal imprimés que les Mémoires de VHospital et autres productions du typographe bruxellois Ph. Vleugart, il n'y avait pas de raison, suivant nous, pour donner l'exclusion aux Fantaisies de Bruscambille^ au Désert des MuseSy à VHistoire lamentable du Z)' Fatcsty pareils d'exécution, mais très supérieurs au point de vue littéraire.

Est-ce à dire que nous nous soyons accommodé dç tous les articles admis par nos devanciers? En aucune manière. Notre déférence pour l'avis de Motteley et M. Pieters ne va pas jusqu'à admettre une traduction latine de Strabon, assez pauvrement exécutée par Jansson à Amsterdam, 1652, 2 vol. pet. in-12, sous le prétexte que « les Elzevier n'ayant point imprimé Strabon, ces deux volumes peuvent se joindre à leur collection. » D'abord les Elzevier n'ont point imprimé les classiques grecs. L'eussent-ils fait, la raison qu'on invoque n'en serait pas moins insuffisante. Pour nous en tenir aux

auteurs latins, les Elzevier n'ont donné ni Cornélius Nepos, ni Végèce, ni Ammien Marcellin, ni Valerius Flaccus,m Minucius Félix; est-ce un motif pour décrire les éditions pet. in-i2 de ces auteurs, parues à Leyde et à Amsterdam? Peutêtre : aux yeux de quelques bibliophiles qui tiennent surtout à compléter cette série. Mais, les goûts étant très divers, nous aurions dû, pour contenter tout le monde, modifier Téconomie de notre plan, faire de l'appendice la partie principale, noyer les éditions authentiques des Elzevier dans ue fatras de productions assez peu recommandables sous le rapport typographique et sans intérêt aucun pour l'immense majorité des amateurs.

On a signalé avec raison comme une des causes de la faveur qui s'est attachée de tout temps à la collection elzevirienne la latitude qu'elle laisse à chacun de l'étendre ou de la restreindre à son gré. Nous n'envions à personne le plaisir de faire des découvertes, et nous nous résignons sans peine i rencontrer dans les moindres catalogues des articles « inconnus à l'auteur des Annales. » Nous tenons cependant à prévenir les bibliophiles, plus nombreux qu'on ne pense, qui apprécient surtout un livre à proportion du peu de cas qu'on en faisait avant eux, que nous tenons à leur disposition les titres et descriptions de plusieurs centaines de curiosités de ce genre.

Il ne sera pas hors de propos de donner ici quelques renseignements sur les imprimeurs dont les productions nou^ ont fourni principalement la matière de cet appendice.

Les typographes hollandais n'étaient pas dans l'usage d: mettre leur nom aux livres sortis de leurs presses, sans que la bibliographie elzevirienne ne serait qu'un jeu. Le pi-î souvent le nom de l'éditeur figure seul sur le titre, et conin:e ce nom n'est suivi d'aucune qualification, il est difficile de se rendre compte si celui qui le portait était imprimeur ou simplement libraire; distinction très secondaire dans les c:^ ordinaires, mais qui devient essentielle dès qu'il s'agit (1^ livres dont l'exécution fait le principal, parfois même l'uniçmérite.

Nous avions donc à déterminer quels sont les imprimeurs qui se sont appliqués avec le plus de succès à imiter les éditions elzeviriennes, et subsidiairement à essayer de reconstituer, comme pour les Elzevier, le matériel usité dans chaque officine.

Pour se faire une idée des difficultés de ce travail, il faut avoir égard aux considérations suivantes :

i"" Il n'existe point de liste, officielle ou autre, des imprimeurs hollandais du temps; 2° certains typographes sont connus comme tels, mais aucune donnée biographique ne nous permet de reconnaître, s'il y a lieu, leur parenté mutuelle, ni de circonscrire entre des dates précises la période de leur activité; 3° plusieurs d'entre eux n'étaient point éditeurs et travaillaient pour différents libraires, de sorte qu'on est en peine de rencontrer des impressions qui puissent leur être attribuées avec une entière certitude; 4° d'autres, ainsi que les Elzevier, tout en se chargeant à l'occasion d'imprimer pour le compte d'autrui, ne faisaient pas difficulté de confier à des confrères l'exécution d'ouvrages dont ils étaient eux-mêmes éditeurs; 5° bon nombre de fleurons et culs-de-lampe étaient communs à plusieurs officines et présentent entre eux une telle conformité qu'on ne peut se fonder sur leur témoignage pour déterminer la provenance du livre où on les rencontre.

Ce n'est qu'au prix de longues recherches et de comparaisons minutieuses que l'on peut espérer débrouiller quelque peu ce chaos. Si nous ne nous flattons pas d'y avoir réussi, du moins n'avons-nous rien épargné pour frayer la voie à ceux qui après nous seraient tentés de poursuivre ces recherches.

Les officines typographiques que nous allons passer en revue étaient réparties presqu'exclusivement entre les quatre principales villes des Pays-Bas : Leyde, Amsterdam, La Haye et Bruxelles.

LEYDE. Pour ce qui est des typographes de Leyde, qui, pris en masse, étaient incontestablement les plus habiles, nous avons tiré un grand parti de deux documents inédits

qui nous ont été communiqués par M. Rammelman Elsevier. Le premier comprend une liste officielle des imprimeurs et libraires de Leyde en 1626, dressée par la régence à l'occasion d'un libelle séditieux, den Hollandsche Apocalypsis^ dont on recherchait le véritable imprimeur :

Le 19 janvier 1626 ont comparu devant le magistrat :

1 Andries Cloucq.

2 David Janss. van Ilpendam.

3 Jan le Maire.

4 Abraham et Isaac Commelijn.

5 Abraham Elsevier.

6 Adriaan vande Velde.

7 Thomas Horn.

8 Jan de la QueuUeire.

9 Asing Ellerts.

xo Jan Diephorst.

1 1 Harmen van Westerhuyscn.

12 Cornelis Janss. van Buyten.

13 François de Hegere.

14 Pieter Hercules.

15 Jacob et Daniel Roets.

16 Hendrik Cloucq.

17 Claes Claess.

18 La v^ de Jacob Arentss.

19 La v« de Jan Paets.

Govert Basson a présenté X2 exemplaires qu'il avait reçus d*un batelier d* Amsterdam. Bon aventure Elsevier déclare avoir reçu un exemplaire de Hondius, sur le Dam y à Amsterdam. Le D' Colonius [beau-père de Bonaventure] déclare qu*il a reçu un exemplaire du fils de Casparus vander Heyde.

La seconde pièce , postérieure de vingt-cinq ans, est par là même beaucoup plus importante; mais elle est surtout précieuse en ce qu'elle distingue expressément les imprimeurs des libraires, et qu'elle nous renseigne sur le nombre de presses que possédait chaque officine :

Le 27 janvier 1651, en vertu du placard des États-Généraux en date du 4 janvier 1651, ont comparu à Thôtel de ville :

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