CHARLES X
A la mort de Louis XVIII, son frère, le comte d'Artois, monta sur le trône sous le nom de Charles X.
Pendant son régne, bien court, le coq ne se voit guère: d'ailleurs les gravures et antres documents allégoriques sont rares à cette époque.
Nous détachons, cependant, d'une grande composition formant le frontispice d'une histoire de France, le buste ci-après surmonté d'un coq.
Le frontispice est une des premières lithographies qui sortirent de la célèbre maison Engelman. La composition est
de Fragonard fils, peintre et sculpteur de grand talenl à qui
l'on doit, entre autres œuvres, des décorations du musée «lu Louvre et l'ancien fronton de la Chambre des Députés.
Le physicien Robertson, qui se rendit célèbre par ses représentations de fantasmagorie et par ses ascensions aérosta tiques, Ht exécuter, en 1828, une gravure qui montre ud ballon au sommet duquel un grand coq tient un drapeau ayant l'inscription : Scientiarum favore.
REVOLUTION DE JUILLET i\
(27, 28, 29 Juillet)
Quelques mesures Libérales prises par Charles X. au début, avaienl tait bien augurer de son règne, mais il s'aliéna bientôt l'opinion par la concession d'un milliard d'indemnité aux émigrés dont il avait été un des chefs ardents, par le rétablis semenl de la censure des journaux, le licenciement de la garde nationale, etc.
LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE
Malgré l'avertissement respectueux de 221 députés il lit paraître, le 2.'i juillel Is.'JO, les fameuses Ordonnances qui dissolvaient les Chambres, changeaient le mode d'élection et suspendaient la liberté de la presse. Ces mesures inconstitutionnelles, censurées même par des juges, soulevèrent le peuple et la bourgeoisie.
Durant les trois célèbres journées des 27, 28 et 29 juillel 1830 on se battit dans Paris, six mille tués ou blessa joncbaient les rues. Finalement l'insurrection triompha et Charles X prit la fuite. Des ce moment, le drapeau tricolore
Hotte sur Paris et le coq reprend son rôle d'emblème de la Nation. Le voici sur une caricature où l'on aperçoit le buste brisé de Charles X ; des affiches, signées Polignac, soûl apposées sur un mur où, de plus, est écrit à la main « li<t<iitsc est mort. « On sait que le Maréchal de Marmont, duc de Kaguse, major général de la Garde royale, fut chargé de réprimer dans l'a ris le soulèvement provoque par les Ordonnances de Charles X.
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il i OQ G M LOIS
Une aquarelle du temps, signée Demoraine, montre le coq gaulois triomphant sur .1rs drapeaux tricolores, tandis que
l'écusson aux trois fleurs de Lis, le trône, le sceptre et le manteau royal gisent à terre avec les pavés des barricades et les fameuses ordonnances lacérées.
LE COQ A TIIAVERS L HISTOIRE
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Une estampe de la collection Hennin représente la France tenant d'une main un glaive et, de l'autre, un drapeau surmonté d'un coq. On y lit cette légende : Révolution de 4S30, la Liberté sous les traits de la France foule aux pieds les factions ministérielles et somme Charles A à déposer soit sceptre et sa couronne.
Une gravure allégorique en couleur montre quatre drapeaux désignés chacun par un quantième de juillet 1830 :
26 Juillet : drapeau blanc surmonté d'une Heur de lis. 21 Juillet : le même déchiré, sans la Heur de lis.
28 Juillet : le même teinté de rouge à droite et surmonté d'une pique avec couronne de laurier.
29 Juillet : drapeau tricolore flottant, la hampe surmontée du coq.
Au-dessous de ces drapeaux, on lit les vers suivants :
Aux ténèbres enfin succède la clarté Et des pilles lambeaux du drapeau des esclaves Et de l'azur du ciel et du sang de nos braves Nait l'étendard brillant de notre liberté.
Pour honorer la mémoire des Parisiens qui tombèrent les 27, 28 et 29 juillet en combattant pour la Liberté, il fut frappé
une médaille de bronze dont voici la reproduction. De plus, il
fut décidé que, dans la même intention, il sérail élevé une colonne sur remplacciiiciii de La Bastille. Ce monument, qui a
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été exécuté plus tard d'après les plans des architectes Alavoine el Duc, porte aux quatre angles du piédestal de très beaux coqs.
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Une gravure imprimée sur soie représente un tombeau élevé aux victimes des « trois glorieuses ». On y distingue un drapeau avec un grand coq au milieu.
LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE
Enfin, sur une estampe de la collection Hennin on voit une déesse tenant un drapeau surmonté du coq et qui a trait à la « victoire du 30 juillet 1830 ».
Applique en cuivre provenant sans doute il'un effet d'équipement militaire
LOUIS-PHILIPPK Ier (1830 1848)
Le 30 Juillel un pouvoir nouveau s'établit à l'Hôtel de-Ville , sous la présidence de La Fayette cl nomma le duc d'Orléans Lieutenant Général du royaume.
Celui-ci pour reconnaître la bravoure de la Garde nationale, lit publier l'ordonnance suivante :
.... Les drapeaux ci les boutons d'habit de la < ■ ; 1 1 • « I < * nationale porteront pour inscription le- mots Liberté, Ordae public, et le cimier des drapeaux sera le coq ga.ul.ois.
Signé : Louis-Philippe d'Orléans
Et plus bas : Le Commissaire provisoire au Département
de l'Intérieur :
Signé : GUIZOI
Plus tard, seulement, les drapeaux <b'^ autres régiments eurenl également le coq en haut de la hampe.
' .',<■ papier à lettres ;\ Iministratif du début ■!
de Louis-Philippe
Le !) Août, les Chambres Législatives proclamèrent Louis Philippe roi des Français : ainsi, la branche ainée de- Bourbons était remplacée par la branche cadette; ce l'ut vile fait. Faut-il l'appeler qu'à l'époque où les Bourbons et leurs courtisans
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couraient l'Europe, sollicitant l'intervention des puissances étrangères contre la France, le duc d'Orléans se distinguait au milieu des Armées de la République. Toutes les classes de la société avaient, du reste, été soigneusement tenues au courant de ses qualités civiques.
La Fayette le présenta au peuple, affirmant que la nouvelle monarchie serait « la meilleure des Républiques ».
Nous avons reproduit (page .208! l'aquarelle de M. Demoraine relative aux « trois glorieuses » ; une composition du même genre montre le duc d'Orléans à cheval, se rendant à l'Hôtel-de-Yille ; le peuple armé l'acclame. Cette pièce a été gravée en taille-douce par Delaunoy.
Une autre gravure représente également « l'entrée triomphale du roi (sic) Louis-Philippe dans Paris le 29 Juillet 1830 ». On distingue un drapeau tricolore surmonté d'un coq (collection Hennin).
Victor-Hugo écrivait, en août 1830, dans « Littérature et Philosophie mêlées » page 2.'i9 :
« Tnui ce (|uc nous voyons maintenant c'est une aurore. Rien n'y manque, pas même le coq. »
Puis encore, page 267 :
« Napoléon disail : Je ne veux pas du coq. le renard le mange. E1 il prit l'aigle. La France a repris le coq. Or. voici tous les renards qui reviennent dans l'ombre à la file, se cachant l'un derrière l'autre : P derrière T — T derrière M. — Em, vigïla, Galle ! »
Louis-Philippe attacha une grande importance à la question des emblèmes.
Il se lit composer un blason qui imitait celui de l'antique monarchie, avec manteau d'hermine, casque héraldique, déesse rappelant les anges qui supportaient l'écu, le tout surmonté du pavillon ou dôme solennel. Les Meurs de lis réapparurent, brisées, il est vrai, d'un lambel qui désignait la branche cadette. Pour caractériser le régime nouveau, on avait ajouté une charte d'or sur fond d'azur. Dans celle composition, le
LE i OQ G i-ULOIS
coq se voil (lcii\ [ois : d'abord près de la charte, ensuite sur la couronne royale.
Mais, le roi s'aperçut vite du déplorable elïet politique produit par les fleurs de lis. même brisées d'uu lambel, le public u'étant guère héraldiste, et il s'empressa de les supprimer. Le blason fui simplifié, popularisé, peut-oo dire.
L'écu d'azur à la charte d'or subsista seul, entouré de drapeaux
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surmontés du coq. Pour supprimer tout caractère héraldique l'écu même disparut, et l'on ne conserva que la charte ; c'est cette dernière disposition qui ligure sur les affiches administratives et autres documents officiels de l'époque.
Kl l'on ne se borna pas à enlever les Heurs de lis du blason royal, on les supprima partout. Ainsi une ordonnance du 14 aoùi 1830 prescrivit le changement des insignes du Sceau de l'Etat et la suppression des Heurs de lis sur le moulage des cartes à jouer. Nous reproduisons, ci après, le filigrane au coq qui fut substitué au précédent. Cette guerre impitoyable
aux fleurs de lis et leur remplacemenl par le coq, exaspérèrent les partisans «le l'ancien régime, qui ne pardonnèrent jamais
Filigrane ù>
ii l'oiseau national, el ue manquèrenl pas une occasion de le dénigrer.
Lorsqu'on L830, l'armée française assiégea Anvers 'el consomma ainsi la séparation des peuples Belge el Hollandais,
On frappa une médaille amusante où l'on voil le lion belge el
le coq français qui se donnenl une poignée de pattes.
Voici un dessin de la monnaie coloniale frappée <■ n 1836,
elle présente, à l'avers, le coq gaulois.
LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE
Panneau décoratif de la tribuoe dn P ion (vu d'en bas).
Cette allégorie qui doit dater du règne de Louis-Philippe est encore en place en 1904
Nous n'avons pas trouvé l'ordonnance relative au coq des drapeaux de l'armée, mais nous avons vu plusieurs de ces
drapeaux dans des collections et sur des gravures. Le coq qui se voit sur le drapeau du 67e régiment d'infanterie de
uni surmonté des hampes de drapeau:
A. Mmiry )
LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE
ligne, exposé au Musée d'artillerie, est entouré d'une guirlande de feuillage que surmonte la couronne royale ; il a la patte posée sur une boule. Nous citerons également le coq en bronze
Piques de drapeaux (1830-1848) ; ( llection A. Maury)
doré, d'un modèle spécial, qui fut otïert au 46e régiment d'infanterie de ligne, en 1830, par la ville de Phalsbourg; il est conservé au musée de l'Armée (Hôtel des Invalides).
Le musée Coudé à Chantilly possède, parmi les souvenirs personnels du due d'Aumale relatifs à la campagne d'Algérie, le coq du drapeau du 8° de ligne.
D'ailleurs Victor Adam, dans sa série de dessins relatifs à la campagne d'Algérie, montre aussi le Coq gaulois, à plusieurs
reprises, sur des drapeaux tenus par des officiers. Dans le
kX
trophée ci-dessus, il est, non seulemenl sur la couronne de lauriers, mais encore sur l'un des drapeaux à gauche.
ats militain ii olll CtiOD A. Maury i
Quantité d'armes et d'équipements militaires ont le coq, entre autres : sabres, plaques de shakos, sabretaches, baudriers, éguillettes d'Etat-Major, hausse-cols, plaques de ceinturons, plaques de gibernes, cuirasses, boutons, etc.
Cet emblème ligure également sur des épées de fonction-
naires, des boutons d'uniformes, des plaques d'agents des postes, de représentants de la loi, etc.
Le voici sur les drapeaux d'une personnification du royaume de France.
Vignette d'an calendrier (1811)
2^2 LE cou GAI LOIS
L'Arc de Triomphe de l'Etoile commencé <'ii 1806 par ordre de Napoléon I", fut continué par Louis XVIII el Charles V sous le règne desquels le monumenl faillit être changé de destination ; il fut terminé en 1836. Sou-, la grande voûte, on peul voir, gravés en creux, des coqs entourés de lauriers, qui alternent avec des aigles et séparenl les séries de nom- de villes rappelanl les victoires républicaines ou Impériales. Sur les avant-corps des arcs latéraux se trouvent égalemenl des coqs et des aigles plus petits, séparant des noms de batailles et de sièges mémorables.
On voit encore un coq sur l'un des drapeaux du groupe qui représente le Départ des Volontaires en 1792. La hampe
du second drapeau esl surmontée d'une couronne sans doute avec pique) posée sur un socle où l'on peut lire : Il F. Le socle du coq a les mêmes initiales républicaines.
Le sculpteur de génie qu'était Rude, ne pouvait manquer de choisir l'emblème français par excellence pour le placer à l'avant de ce groupe, vibrant, admirable, le plus beau peutêtre de la statuaire française.
M. Barre ayant à continuer la série des médailles des divers
règnes lit. pour représenter la période conventionnelle, l'un des plus beaux coqs que nous ayons vus.
Petite décoratii n commémorative en ai
Enfin, la caricature, mettant à profit la liberté de la presse, ne fut pas tendre pour Louis-Philippe et ses hommes d'Etat. D'excellents artistes, passionnés pour le nouveau procédé de la lithographie, ne se lassèrent pas de montrer les hommes au pouvoir, sous les aspects les plus ridicules. Louis Philippe a toujours la tète en forme de poire et ne quitte guère son parapluie qui devient alors le symbole de la bourgeoisie.
Le coq, représentant le pauvre peuple traînais, ligure le plus souvent dans ces compositions satiriques. Le roi le plume, le vend, l'assomme, etc
^Lz- ,/■ a6t&t,/f™r«A"i'&»/ * «6' S"1'-/
Fragment d'une caricature d<
Nous donnons quelques exemples de ces caricatures dont il y eut des centaines :
Encore une fois Madame, voulez-vous ou ne voulez-vous pas dil
vous êtes parfaitement libre
Ce plat a une forme singulière
Naufrage.
LE < 00 G \l LOIS
sonnette attribuée nu Président
de la chambre des Députe?, M. c.irod de l'Ain.
Arrivé à La lin de ce chapitre, nous demandons La permission de nous arrêter un instanl el de faire remarquer que les documents que nous venons d'étudier sous ce titre : Le coq à travers l'histoire », montrent bien clairement que le coq n'a pas été inventé par la Monarchie de Juillet, ainsi qu'on l'a répété systématiquement, même à notre époque.
Qu'on en finisse avec cette légende mensongère.
Même l'idée de mettre le coq au faite des drapeaux u'est [ias de Louis Philippe, elle est de Béranger. Non- avons indiqué la chanson séditieuse qui l'inspira ; bien que vieille de dix ans déjà, celte chanson étail encore dans toute- les mémoires.
Le vieux drapeau avait Gréé le nouveau; l'idée en était venue spontanément aux artistes qui, les premiers, célébrèrent les « trois glorieuses ». si le coq n'était pas au cimier, il étail du moins posé victorieusement sur le trophée tricolore.
LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE 22
En réalisant cette idée, qui était désormais celle du peuple et du parti libéral, le nouveau roi n'avait qu'un but : se rendre lui-même populaire. 11 voulut, d'ailleurs, remercier, île mot est souligné dans les livres d'histoire), il voulut remercier Béranger qui avait contribué pour une si large part à la chute des Bourbons; il le demanda aux Tuileries, avec insistance, mais
Vignette des affiches administratives sous Louis-Philippe
le chansonnier, le poète des humbles qui, toute sa vie, se déroba à la fortune et aux honneurs, s'excusa et répondit malicieusement aux amis qui lui faisaient part du désir du roi « qu'il était trop vieux pour faire de nouvelles connaissances ».
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