CRAPAUDS
Il est indiscutable que ces animaux répugnants figurent comme emblèmes français sur des documents, peu nombreux, il est vrai, et datant des xiv et \v siècles.
On a voulu voir là une injure des Hollandais avec lesquels nous avons été souvent en guerre. En effet, une histoire de France, traduite autrefois dans leur langue, montre en frontispice trois crapauds au lieu de fleurs de lis dans l'écusson d'azur.
Quoique traitant de fable cette croyance, M. Rey est bien obligé d'avouer ceci :
« Il n'y a donc pas moyen d'en douter : la tradition du crapaud avait un fondement dans notre histoire, sans qu'on puisse donner l'explication de cet étrange emblème. . . Le P. Monnet, qui croit à l'origine céleste de la fleur de lis, s'emporte, à l'occasion des crapauds, contre le travers du siècle qui fait embrasser à l'envi les idées les plus extravagantes ».
M. Rey cite encore à propos du crapaud, de la Heur de lis et du coq, la singularité suivante :
« Vigenère, dans ses notes aux Commentaires de César, assure que la cervelle d'un coq représente d'un côté un crapaud et de l'autre une fleur de lis ; ce que le P. Raulin confirme en ces termes : « j'ai veu souvent par expérience récréative que la cervelle du cocq est faite en forme d'un crapau bien formé, et qu'estant renversée de l'autre costé elle ressemble à une fleur de lys, qui sont les armes des François et des Gaulois ».
De plus, Estienne-Claude Reneton, dans ses «Commentaires sur les enseignes de guerre des principales nations du monde », cite ce passage du livre de Munster sur la cosmographie :
« Marconier, Roy des Francs, ayant pénétre de la Westphalie dans la Tongrie, eut en vision une figure à trois tètes, l'une de Lion et les deux autres d'Aigle et de Crapaud, sur quoi le Prince, ayant consulté un Druide du pays, nommé Arone Abrunus, celui-ci prédit que cette figure désignait les trois puissances qui dévoient dominer successivement dans les Gaules, sçavoir les Celtes désignés par le Lyon, les Romains par l'Aigle et les François par le Crapaud.
Sainte Hildegarde, dans ses révélations, déplorant les désordres de son tems et voulant prédire les malheurs qui s'en suivroient. se
sert de ce qui étoit arrivé 6 ou 7 cens ans avant elle, lors de la
chute de l'empire de Rome, elle prédit que le Seigneur donnera aux Nations du Nord le camp des prostituées et que le Lyon et le Serpent
briseront l'Aigle : ce que élit la sainte ne peut-être fondé que sur la tradition qui congervoit le souvenir des choses qui avoieni servi à symboliser les anciens peuples; cette tradition existoit donc encore au tems que vivoit cette sainte qui étoil le douzième siècle Et c'est sans doute cette tradition poussée au-delà du douzième sièle qui a servi de fondemeni à quelques-uns de nos historiens pour avancer que les premières armoiries du Royaume de France avoient été des Croissans selon les uns et des Crapauds ou des Serpcns selon les autres ».
Ajoutons encore que Nostradamus, dans ses Centuries, désigne souvenl les « princes mérovingiens o sous ce nom de crapauds, et Claude Fanchet dit que les Flamands el ceux des Pays lias ne nomment pas autrement les Français eux-mêmes, quand ils veulent s'en moquer.
C'est ainsi que nous avons trouvé une caricature hollan daise du temps de Louis XIV : Les crapauds sont embrochés
sur une Lige sortant de la voiturette qui portait le maréchal Vendôme sur le champ de bataille.
Le document capital a été donne sur ce sujet à L'article
ABEILLES 331
« Drapeaux ». Nous avons reproduit ceux que l'on voit sur les tapisseries de la cathédrale de Reims et qui représentent le baptême de Clovis (page 267).
Notons encore que sur l'une de ces tapisseries, qu'il nous a été donné de voir à Paris où elle fut exposée en 1904, et qui représente Clovis à la bataille de Tolbiac, ce roi porte sur sa cuirasse une blouse jaune semée de crapauds noirs au dessin
ci-dessus. Dans l'angle droit de la tapisserie, on voit un ange portant un écusson bleu aux trois fleurs de lis, ce qui, d'après une légende, représenterait la remise de l'écusson fleurdelisé à un ermite de Joyenval, près Saint-Germain-en Laye, avec ordre de le porter à Clovis pour remplacer l'étendard aux trois crapauds.
ABEILLES
En l'année 1653, on découvrit à Tournai l'antique tombeau d'un très haut personnage. On y trouva des objets extrêmement intéressants que l'on peut voir encore aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale (cabinet des Médailles). Voici la liste des principaux :
I fer de lance; 1 boule de cristal; 1 hache en bronze: 2. bracelets et poignée de sabre or et émail ou pierre précieuse ; 1 dent humaine montée en épingle; débris de bijouterie; I -rosse bague or gravée; plus un grand nombre de petits joyaux qui avaient dû parsemer le manteau dans Lequel le mort avait été enseveli ; puis encore des médailles qui servirent à établir la date de cette sépulture? Le 1\ Ilardouin. Cbifflet, Legendre, de Saint-Aubin, Audigier et d'autres savants émirenl l'avis que ce tombeau était celui du père de Clovis, Childéric Ier, mort en 480.
Les petits joyaux, au nombre de trois cents environ, avaient nettement, quoi qu'on ait dit, La forme de mouches, ainsi que
le montre le dessin ci dessous relevé d'après aature. <>n
remarquera que la forme dos deux mouches n'est pas identique En dessous, elles ont une attache de métal qui a servi à les fixer. Ces mouches, comme la plupart des objets qui les accompagnaient, sont en or et en pierres rouges dan- le genre du grenat, peut-être avons-nous pris pour des pierres un email rouge translucide. On leur donna le nom d'abeilles.
Le contenu du tombeau de Childéric fut offert à Louis XIV par l'Évêque de Mayence et les abeilles prirent place dans les collections de la Bibliothèque Royale. Malheureusement elles furent volées en 1832, à l'exception de deux que dous avons pu photographier. Les autres n'ayant pas reparu ont certainement été démontées pour la valeur brute de l'or et des pierres précieuses.
D'après M. Rey, le médecin de l'archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Ras, nommé J. J. Chifflet, qui était sur les lieux au moment de la découverte du tombeau, fut chargé parce prince d'en écrire l'histoire. Selon lui, les insectes d'or, étaient appliqués sur le manteau du roi, parce que. dit l'abbé Dubos, partisan de ce système, la tribu des Francs sur lesquels il régnait avait pris les abeilles pour son symbole et eu parsemait ses enseignes. Où donc a-t-il vu cette assertion écrite? Il ne le dit point, et il décide seul ce qui précisément est en question.
Laureau (') ajoute :
« Juste emblème d'un peuple qui abandonne son climat pour se transporter dans d'autres, et part comme un essaim: emblème
(1) Laureau. Arunt Clovis. T. Il, page 111.
ABEILLES
d'autant plus sensible qu'il exprime le vœu et la démarche d'une
nation dont le pays abonde en abeilles, dont elle suivait l'exemple ».
On voit que l'origine de cet emblème est assez vague ; pourtant Napoléon Ier en lit un constant usage : le grand manteau de velours qu'il portait le jour de son couronnement était parsemé d'abeilles d'or et les tentures de ses palais, aussi bien que celles des tribunaux et des administrations impériales, en montrent fort souvent.
Sur une gravure du Cabinet des Estampes, représentant l'entrée de Napoléon Isr à Venise en 1808, le pavillon de la principale gondole est uni, semé d'abeilles d'or avec, au centre, les armes impériales.
Napoléon, relégué à l'île d'Elbe, semble avoir adopté le drapeau particulier à cette île, qui était blanc avec une bande rouge portant trois abeilles d'or. Cependant, lorsqu'il revint en France à bord de l'Inconstant, le pavillon arboré sur ce brick avait, d'après certains auteurs, un semé d'abeilles d'or sur fond blanc qui aurait été commandé par l'empereur.
La cocarde que portait Napoléon à l'île d'Elbe était en soie rouge et blanche avec trois abeilles en broderie.
Abeille en bronze doré
RéductioD du modèle qui parsemait les tentures
de la salle 'lu trùne au Palais des Tuileries
Drapeau du yacht
de l'empereur Napoléon IM
(Collection A. Maury)
Napoléon III employa également les abeilles, on disait alors qu'elles symbolisaient « les classes laborieuses ».