LE VAGABOND
ÉÏI^IVIVE ÉNAULT ET LOUIS JUDICIS.
Si jamais œuvre d'imagination a réuni les conditions essentielles d'un haut intérêt, c'est sans contredit le roman intitulé le Vagabond. Puissante originalité des types, variété saisissante des situations dramatiques, peintures vivement accentuées d'un repli du pays breton et d'un épisode de la chouannerie contemporaine, tout concourt à impiimer v.n caractère plein de force et de grandeur à cet ouvrage de MM. Etienne Enault et Louis Jndicis. Déjà, dans la création de l'Homme de minuit, nos deux habiles romanciers ont montré les ressources fécondes de leur collaboration. Il semble, cette fois, qu'ils se soient surpassés eux-mêmes, tant ils ont su mêler, dans le beau livre que nous annonçons, les plus merveilleux éléments de curiosité, d'attendrissement et de terreur.
A lui seul, le personnage surnommé le Vagabond est une magnifique raison de succès. C'est le dévouement fait homme, le dévouement libre et fier, qui jaillit du cœur comme une flamme, et n'aspire qu'après les joies sévères du devoir et de la vertu. Dans son âpre pèlerinage à travers la vie, il a beaucoup aimé, il a beaucoup soufl-ert. L'aiDour et Ig souffrance lui ont enseigné le sacrifice : et, fidèle à l'instinct suprême des cicurs magnanimes, son existence tout entière a pour règle invariable le mépris de l'égoïsme et le culte de l'abnégation. On comprend dès lors combien un tel homme, dominant une action où les péripéties se succèdent sans relâche, doit éveiller de généreuses émot'ons. Cette glorification des plus nobles sentiments n'est certes pas un mince mérite à une époque où tant d'ouvrages nouveaux s'efforcent de réussir par le scandale et l'immoralité. Il y a là comme une heureuse protestation contre les funestes tendances d'une littérature sans dignité. A ces causes, nous en sommes convaincu, le lecteur ne manquera pas d'accueillir le Vagabond avec une profonde sympathie.