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RÉCIT DES EXPÉRIENCES

Les expériences qui sont relatées dans cette dernière partie de notre travail constituent les éléments essentiels qui nous ont servi à édifier les propositions précédemment émises sur la méthode à suivre pour les conduire à bien, ainsi que les précautions à prendre pour solliciter d’une manière régulière les phénomènes émotifs en état d’hypnose .

Avant de faire un récit détaillé de ces expériences, il nous paraît indispensable d’insister sur deux points principaux : sur les conditions qui touchent aux substances employées et sur celles qui intéressent le sujet lui-même.

I. J’ai opéré, comme on peut le voir, sur un assez grand nombre de substances (1). Dans l’ex-

il) Ces substances sont : oxygène,, hydrogène, acide carbonique, protoxyde d’azote, hydrogène carboné, arséniure d’hydrogène, oxygène ozonisé, acide sulfurique, fleur de soufre, chlorure de sodium, sulfate de cuivre, chloroforme médicinal, éther, chloral, tribomure alcalin; essence de térébenthine, de rose, de lavande, de menthe, de fenouil, d’anis, de serpolet, de thym, de thuya, d’absinthe; liquenr

position qui suit j’ai fait une certaine sélection et n’ai rapporté que les expériences qui présentaient des caractères assez précis.

Pour avoir tout d’abord une idée nette des résultats de l’emploi des substances à distance et éliminer certaines inconnues, j’ai dû, au préalable, me rendre compte de l’action que pouvait avoir chez les sujets hypnotiques le tube de verre lui-même, en tant que silicate de potasse, et l’eau entant que protoxyde d’hydrogène et agent de dissolution des corps. Ces inconnues ayant été éliminées ainsi qu’il est dit plus loin, j’ai pu procéder avec plus de précision à l’emploi méthodique des différentes substances.

Les tubes employés étaient de petites éprouvettes ordinaires, scellées à la lampe une fois chargées des substances à essayer, et ne devant pas dépasser en général 8 à 10 centimètres pour éviter les brisements lorsque ces tubes sont appliqués dans le cou et que les sujets font des mouve-

de fleur d’oranger, de curaçao, alcoolat de menthe, eau de Cologne, eau-de-vie de lavande ambrée, alcool absolu, vin rouge, bière, ail, poivre, oignon cru, sucre, café, tabac, sulfate de spartéine, chlorhydrate de morphine, poudre de valériane, poudre d’ipéca, haschisch, laudanum, sirop de morphine, sulfate d’atropine, ergotine Yvon, pilocarpine, sulfate d’ésérine, fleur de muguet, d’héliotrope, de réséda, musc.

ments désordonnés. Les tubes munis d’un numéro d’ordre, étaient successivement placés à gauche et % à droite : d’abord au niveau de la nuque. Les réactions ayant été notées, chaque tube était présenté successivement de chaque côté devant l’oreille, devant l’œil, la narine, la commissure labiale, la région thyroïdienne, la peau de l’avant-bras et de la main et quelquefois devant la région épigastrique et abdominale. Les substances employées doivent être servies à petite dose et principalement en solution, 1 gr. au 1/10, les doses trop fortes produisent des réactions perturbatrices et des convulsions violentes qui masquent les résultats.

Ainsi au début de mes expériences j’avais imprudemment mis le sujet en présence d’un ballon de capacité d’un litre et contenant de l’oxygène *, la réaction a été des plus violentes, accompagnée de mouvements de rotation à grande amplitude de la tête sur le cou, et tellement intenses que j’ai dû arrêter l’expérience. J’ai pu la reprendre plus tard en employant seulement une éprouvette de 8 centimètres cubes.

On verra, par la comparaison des détails insérés dans le journal de ces expériences :

1° Qu’un grand nombre de substances employées déterminent chez les sujets des réactions silen-

cieuses. Le sujet étant en période de catalepsie ouvre les yeux, est pris de convulsions, fait des grimaces, sans proférer une parole — la strychnine, la morphine, le bromure de potassium, etc., sont dans ce cas. Un certain nombre d’autres substances, qui paraissent avoir une action élective sur les régions intellectuelles, déterminent une excitation plus vive et font passer le sujet en période de somnambulisme lucide. Il parle alors, fait des récits et entend les paroles qu’on lui adresse.

2° Les réactions du côté gauche ou du côté droit sont dissemblables chez certains sujets dédoublés.

3° Elles varient suivant la région d’application et par conséquent le même médicament paraît avoir des actions multiples*, ainsi l’ipéca présenté au niveau de la région thyroïdienne détermine le gonflement de cette région (pl. VI, fig. 23), tandis que présenté au niveau de la région latérale gauche du cou il sollicite le vomissement (pl. II, fig. 7). La morphine offre la même série de phénomènes *, présentée au niveau de l’oreille droite elle détermine une physionomie de béatitude; et au niveau de l’oreille gauche, une physionomie terrible (pl. III, fig. 9-10), tandis

que l’action somnifère ne se révèle que par la présentation du tube au niveau de l'a nuque en arrière et à droite, ce qui semble démontrer que l’action spécifique de certains médicaments ne se révèle que sur un territoire isolé des divers plexus sensoriels.

4° Que ces réactions expérimentales de l’organisme se décomposent en une période ascendante, qui se maintient tant que le sujet est en présence du tube-, une période d’état pendant laquelle le sujet reste chargé de l’action médicamenteuse, et une période de décours, dans laquelle le tube étant éloigné du sujet, l’action de la substance incitatrice s’use peu à peu, jusqu’au moment où le sujet entre en période de léthargie de retour. Dans la fig. 11, pl. III, le sujet qui a été soumis à la morphine est en plein sommeil morphinique, il repose doucement dans cette situation, et peu à peu, l’action de la morphine s’épuisant, il repasse dans la période de léthargie de retour (fig. [12, pl.|III). Il a alors expurgé toute sa morphine et récupéré l’ hyperexcitabilité neuro-musculaire qu’il n’avait pas dans la période précédente.

On peut donc dire que ces actions dynamiques, exercées par des substances présentées dans des

tubes, ont une durée transitoire et qu’elles disparaissent sans laisser de trace. On comprend quelle importance ces phénomènes peuvent avoir au point de vue médico-légal, au point de vue des troubles profonds que l’on peut déterminer du côté de l’innervation du cœur ou des poumons (pl. II, fig. 6 et pl. IV, fig. 13-14).

II. Relativement au sujet mis en expérience, étant donné que l’on soit suffisamment renseigné sur les conditions qui touchent à sa sincérité, il doit être placé dans les conditions de calme et de tranquillité parfaits, que j’ai précédemment indiquées, et mis en période de léthargie comme point de départ. Les caractères de l’état léthargique devenus actuellement classiques, depuis les indications si précises de M. Charcot, ayant été vérifiés, on applique le tube à expérience sans proférer un mot, au niveau de la nuque, en ayant soin au préalable de le munir d’un numéro ou d’un signe indicateur, et on attend une ou deux minutes ce qui va se passer.

Le sujet principal, Esther, qui a servi à toutes ces recherches, est d’une sensibilité exquise et d’une impressionabilité toute spéciale.

C’est une jeune femme actuellement de 20 ans, dont on peut voir (pl. I, fig. 1) la physionomie

naturelle et calme. Dès l’âge de 13 ans, elle venait à la Salpêtrière réclamer mes soins, et par conséquent il y a près de sept années que je l’ai suivie dans son existence, et que j’ai assisté à l’évolution des symptômes nerveux qu’elle a présentés.

Elle ne paraît pas avoir des antécédents héréditaires très nettement accusés ; elle appartient à une famille nombreuse, où il y a eu douze enfants, sept sont morts en bas âge de convulsions ; ceux qui restent, l’aîné a 28 ans, la plus jeune 12, paraissent bien portants au point de vue des accidents nerveux.

Quant à elle, elle n’a pas eu d’accidents dans son enfance, comme la plupart de ses sœurs*, elle a été réglée à 11 ans, et à l’âge de 13 ans, à la suite d’une peur, elle a été prise d’une première attaque d’hystéro-épilepsie; les attaques ont été très fréquentes et très intenses *, et comme elles étaient accompagnées de troubles cérébraux, on a été obligé de la placer à la Salpêtrière, dans le service de M. Legrand du Saulle ; après un séjour de quelques mois, le calme revint dans son esprit, et les convulsions étant devenues moins fréquentes, elle fut placée dans mon service à la Salpêtrière. Ace moment les attaques étaient très nettement hystéro-épileptiques, avec convulsions

intenses, cris, vociférations, etc. Elles se répétaient trois ou quatre fois par semaine. Les moyens usuels de la thérapeutique, bromure, bains, piqûres de morphine, furent employés inutilement.

Ce n’est qu’en 1884, que je me décidai à avoir ecours aux pratiques de l’hypnotisme qui, sous l’inspiration de mon éminent collègue de la Salpêtrière, M. Charcot, commençaient à se révéler par des résultats sérieux. Esther fut donc mise en traitement suivant les pratiques usitées audit hôpital, et elle devint bientôt un sujet impressionnable et très démonstratif. — L’état général s’améliora et les attaques convulsives diminuèrent d’intensité et de fréquence. — A plusieurs reprises elle quitta le service peur rejoindre sa famille et reprendre son état; elle revint à plusieurs reprises aussi soit à la Salpêtrière, soit à la Charité, chercher une amélioration sur laquelle elle comptait, et qui était toujours l’hypnotisation. Revenue à la suite de crises convulsives multiples, qui avaient notablement affaibli sa santé, je la reçus dans mon service à la Charité, il y a deux ans, et c’est en présence de ces rechutes répétées, que j’eus l’idee de faire l’essai sur elle de cette méthode nouvelle, que MM. Bourru et Burrot venaient d’indiquer.

Au point de vue de la thérapeutique, il est curieux de noter que ces expériences de l’action des médicaments à distance ont été faites sur Esther dans les premiers mois de l’année 188G, et que pendant tout ce temps elle a été soumise à une série de substances variées; je l’ai eue à cette époque dans mon service en observation, et j’ai noté alors que ses attaques convulsives avaient complètement disparu depuis plus d’une année, et qu’avant de disparaître complètement elles s’étaient transformées peu à peu. Elles avaient changé de territoire nerveux, pour ainsi dire, et le mouvement impulsif au lieu de se révéler par des secousses convulsives du côté des muscles, se manifestait .presque toutes les semaines par des lipothymies, des bâillements accompagnés de pâleur généralisée et d’écume sanguinolente à la bouche, avec hallucinations ; peu à peu ses attaques transformées s’éteignirent, et la malade put quitter l’hôpital et jouir d’un état de santé qui depuis un an ne s’est pas démenti.

Au point de vue physique, Esther est une femme de petite taille, bien prise et de figure agréable ; elle est très adroite de ses mains, et a été employée pendant un certain temps dans un atelier de typographie. La menstruation est régulière; on

constate chez elle une anesthésie au niveau de la peau de Tavant-bras gauche. Il y a des phases de son existence dans lesquelles elle perd la vision des couleurs, elle ne distingue plus ni le rouge, ni le jaune, ni le bleu, tout lui paraît noir.

Au point de vue mental, elle est douée de cette intelligence pratique que Ton trouve chez les jeunes sujets, et en particulier chez certaines organisations parisiennes, livrées dès leur enfance à elles-mêmes et cherchant à trouver çà et là des moyens de gagner leur vie. Elle est gaie, vive et très secourable pour ses compagnes. C'est ainsi que sa nature essentiellement nerveuse l’a amenée à acquérir une expérience précoce des choses de la vie. Elle a été successivement : employée dans un atelier de typographie, danseuse dans un théâtre, puis chanteuse. Très curieuse par instinct, elle recherche avec grand intérêt les représentations théâtrales, et à ses moments perdus les séances des cours d’assises et toutes les choses d’actualité. — Ces détails ne sont pas sans importance au point de vue de sa manière d’être dans l’expression des diverses scènes que son imagination, richement meublée, déroule d’elle-même sous l’action stimulatrice de certaines substances.

11 s’en faut de beaucoup que les autres sujets

que j’ai mis en présence des substances médicamenteuses à distance, aient présenté les mêmes aptitudes réactionnaires qu’Esther. — Chez la plupart d’entre eux, je n’ai pu obtenir que des réactions purement somatiques, des mouvements associés, des contractures partielles, des émotions imparfaitement significatives, et très rarement j’ai pu arriver à faire parler ces sujets, et à leur faire développer une de ces petites scènes qu’Esther a créées spontanément et qui dérivent d’une richesse spéciale de son imagination. Chaque sujet a donc son coefficient personnel et ses aptitudes natives, et il faut bien être persuadé que dans la plupart des phénomènes expressifs on ne rencontrera que des dissemblances de sujet à sujet; c’est donc dans l’expression somatique que la concordance peut se rencontrer an point de vue de l’action à distance des médicaments.

Ainsi j’ai eu à ma disposition un autre sujet, la nommée Gabrielle (pl. VIII, fig. 25), qui, alors qu’elle était dans mon service à la Charité, a présenté au point de vue somatique des réactions absolument concordantes avec celles qui viennent d’être exposées.

Cette jeune femme, qui était sujette à des attaques hystéro-épileptiques, a passé pareillement

par la Salpêtrière, et elle était aussi hémianesthésique, dédoublée et très régulière au point de Ame de l’expression des différentes phases somatiques de l’hypnotisme.

Ainsi, mise en présence d’un tube contenant de l’eau, elle présenta des phénomènes de contracture de la face, de la bouche et du bras, seulement ses yeux restaient fermés (pl. VII, fig. 26). Mise en présence d’un tube contenant du cognac, les symptômes d’une ivresse profonde se révélèrent rapidement (pl. VII, fig. 28), je pus ainsi déA^elopper le gonflement thyroïdien d’une manière très rapide (fig. 27). Mais les choses en restaient là, et je ne pus arriver à provoquer chez elle la période de somnambulisme lucide avec loquacité. — Peut-être n’est-ce là qu’un effet de développement incomplet, et il est permis de supposer qu’avec un entraînement prolongé, on pourrait obtenir, chez ce sujet en particulier, des manifestations plus fines et plus délicates. Il faut se rappeler encore que la plupart des sujets au point de vue de l’innervation varient d’une façon incessante et qu’ils ont en quelque sorte chacun leur spécialité, et que tel par exemple qui réussira très bien une expérience, sera imparfait sur une autre et réciproquement, et que ces aptitudes diverses

sont un élément fondamental avec lequel il faut compter dans les expériences que l’on entreprend.

Sulfate de Strychnine

(Solution au dixième. 10gr de la solution)

On constate, avant de commencer l’expérience, qu’Esther, quoique bien portante, présente de l’hémianesthésie cutanée à gauche et de la cécité des couleurs.

Tube présenté à gauche, au niveau de la nuque, au niveau du cou: malaise, grimace, souffrance, crispation des bras, poignets contracturés, les yeux s’ouvrent, regard sinistre dirigé à gauche, anxiété respiratoire, gonflement thyroïdien (pl. VI, fig. 21) rapide, rougeur delà face. L’action prolongée du tube amène des secousses électriques dans le bras et dans la jambe correspondants, puis les muscles du tronc se raidissent et la malade toute contracturée se renverse en arrière et sort de la position assise qu’elle avait précédemment. La physionomie offre l’expression de la terreur : (pl. VI, fig. 24).

Le tube est présenté successivement devant l’oreille, et détermine des secousses successives comme des décharges électriques dans tout le corps; devant l’œil correspondant, mêmes secousses; devant la narine correspondante, secousses saccadées de la tête.

Tube présenté k droite : expression de terreur, le sujet remue convulsivement les bras, sans contractures, tendance k déchirer ses vêtements.

Tube présenté devant l’oreille (pl. VI, fig. 22) : le sujet semble écouter agréablement, sa figure est souriante.

Devant l’œil : expression désagréable, strabisme, impatience.

Devant la narine : mouvement d’aspiration comme pour renifler une substance agréable. Devant la commissure labiale : dégoût, envie de vomir. Devant le bras et l’avant-

bras : sensation agréable, elle recherche le contact du tube, se frotte les mains avec plaisir. Devant la région thyroïdienne : pâleur de la face et atténuation des mouvements respiratoires.

Bromure de Potassium

Eau 10 gr — Kbr 5 gr

Côté gauche. — Figure fatiguée — le sujet se frotte les yeux, se plaint qu’elle ne voit pas et qu’elle perd la vue, elle tâtonne devant elle comme une personne qui n’y voit pas, les pupilles sont dilatées : 4mill.

A l’oreille : le sujet semble écouter, puis à un moment donné, cherche à entendre et paraît devenue sourde, elle fait signe qu’elle ne voit plus ni n’entend plus.

A l’œil, le tube présenté amène une expression d’hilarité, le sujet y voit; à la narine, sensation d’amertume et répulsion.

A la commissure labiale, le sujet entr’ouvre la bouche pour mordiller le tube et puis serre les dents.

Au niveau du bras et de la jambe, paralysie flasque des deux membres.

Au niveau de la région thyroïdienne, accélération des mouvements respiratoires, mais pas de gonflement. Si on présente le tube sur la ligne médiane, là turgescence thyroïdienne se montre immédiatement.

Côté droit. — Tube présenté au niveau du cou, — petites secousses dans les bras et les épaules — hémiplégie flasque à droite — affaiblissement de tout le corps, (pl. II, fig.6.)Les yeux hagards. Respiration anxieuse ; bouche entr’ouverte, comme chez une personne dans un état d’accablement profond.

Devant l’oreille : secousses successives ; regard terrifié.

Devant l’œil, occlusion des deux yeux.

Devant la narine. Répulsion ; sensation désagréable.

Devant le bras, hémiplégie flasque avec anesthésie.

Devant la région sous-hyoïdienne. Accès de terreur avec bruit de cornage et de stertor.

Sulfate d’ Atropine

(Au dixième)

Côté gauche. — Au bout de quelques minutes, le tube étant appliqué à la nuque, la main droite se ferme convulsivement et le bras devient raide.

De l’autre main le sujet défait sa chevelure, elle est agacée, ne peut rester en place, se lève et se rassied alternativement. Elle lève son poing d’un air menaçant et se recourbe ensuite en arc de cercle. Les pupilles mesurent 4 mill. Elle tombe dans un sommeil qui dure environ dix minutes .

Devant l’oreille: le sujet se parle à lui-même en disant des choses insignifiantes.

Devant l’œil, dont les paupières sont très dilatées, hallucinations terrifiantes.

Devant la narine, répulsion ; elle répond d’un ton sec et impératif : « Jamais ! jamais ! »

Devant la commissure labiale, elle répond : « Oui ! » d’une façon agréable.

Devant le bras et l’avant-bras, elle les retire avec répulsion.

Coté droit. — Gaieté expansive tout d’abord, le tube étant mis au niveau du cou, le sujet remue sur son siège élastique, en bondissant ; puis il est pris de petites secousses, tord les bras du fauteuil, il devient absorbé, prend sa tête avec ses mains, et accuse une douleur céphalique très vive, se renverse en arrière et tombe dans un état d’abandon et de prostration intenses, les yeux convulsés en haut (pl. IV, fig. 14), avec apnée.

Devant l’oreille : sensation désagréable \ agitation.

Devant l’œil : tube présenté devant l’œil, à 5 cent, ainsi qu’il est marqué sur la figure 14 ; s’ouvre spontanément. L’œil gauche s’ouvre aussi à la suite et les pupilles arrivent à avoir une dilatation de 6 mill. au lieu de 4

— qu’elles avaient auparavant, — on les voit directement se dilater.

Devant les narines : aucune réaction.

Devant la commissure labiale : la bouche reste entr’ouverte.

Région thyroïdienne : mouvements de déglutition et de vomiturition.

Envie d’uriner subite. Après ces expériences, le sujet qui était frappé de cécité des couleurs, a pu récupérer la faculté de voir le rouge, le violet, le jaune et le bleu.

Sulfate de Spartéine

(5 cg pour : Eau 10gr)

Côté gauche. — L’application du tube au niveau de la région latérale gauche du cou, produit presque instantanément des phénomènes de turgescence de la face d’une très grande intensité (pl. IV, fi g. 13). La figure est rouge violacé, les yeux brillants et saillants, largement ouverts, les conjonctives violemment hyperémiées ; un mouvement fluxionnaire au niveau de la tête se développe et se généralise rapidement, et en même temps les muscles des épaules et du cou deviennent raides et contracturés : les mouvements inspiratoires s’arrêtent et le sujet est quasisulfoqué, comme si on lui avait serré un lien autour du cou. La région thyroïdienne est considérablement augmentée, et en même temps les avant-bras sont raides et les mains fermées convulsivement. Ces phénomènes de congestion subite de toute la région céphalique, ne permettent pas de prolonger l’expérience au delà d’une minute à peine. Ou enlève immédiatement le tube, et le sujet de lui-même retombe insensiblement en période léthargique.

Côté droit. — Les phénomènes sont moins rapides et moins tumultueux, le sujet ouvre les yeux, regarde en haut, sa figure est effrayée, les pupilles sont petites, les inspirations deviennent plus fréquentes et sont en har-

monie avec l’effroi qui se peint sur la physionomie ; le pouls s’élève à 100 pulsations par minute.

Devant l’oreille : effroi.

Devant l’œil droit, le tube fait fermer cet œil et l’autre; puis les yeux s’ouvrent de nouveau et on remarque qu’il y a strabisme.

Devant la narine : sensation désagréable.

Commissure labiale : la bouche s’ouvre toute grande et détermine un hoquet.

Région thyroïdienne : pas de gonflement ; accélération des mouvements respiratoires.

Le tube présenté meme à la distance de 15 cent., au niveau de la région dorsale, détermine des contractures de l’épaule, des muscles du cou, et une inclinaison en avant.

Chlorhydrate de Morphine

(Au dixième)

Côté gauche. — Tube placé au lieu d’élection, au cou, les yeux s’ouvrent — expression du regard, terreur — le sujet regarde à gauche et en bas, et semble en proie à des hallucinations terrifiantes ; les bras sont raidis. Les yeux sont largement ouverts, et les muscles de la face convulsés (pl. II, fig. 8).

Devant l’oreille : meme état.

Devant l’œil : expression de satisfaction et de béatitude (pl. ILI, fig. 9).

Devant la narine : répulsion légère ; même chose devant la commissure labiale.

Devant la région thyroïdienne, léger gonflement.

Devant le bras gauche : secousses convulsives ; le tube étant tenu à la distance de 15 à 18 cent.

Côté droit. — Tube appliqué au niveau du cou; quelques secousses convulsives.

Au niveau de l’œil : immédiatement regard menaçant ; le bras gauche est contracturé, le bras droit se contracte

comme pour donner un vigoureux coup de poing ; la physionomie, l’attitude du sujet expriment une terreur profonde, en même temps qu’un sentiment de défense (pl. III, fig. 10).

Devant la région du bras et de l’avant-bras, le tube détermine la raideur, le sujet le retire violemment comme s’il avait une sensation de brûlure.

On enlève le tube, et on assiste alors, dans la période descendante du processus morphinique en régression, k une série d’incidents très remarquables. Le sujet passe par les phases de terreurs et de satisfactions qui l’ont successivement ébranlé, et il arrive un moment où il défait ses cheveux et se met à dormir d’un véritable sommeil morphinique. Il est pris de démengeaisons multiples sur la peau des bras, des mains et des doigts ; il s’appuie sur le fauteuil, incline légèrement la tête, se croise les mains, s’endort avec calme et un air de parfaite béatitude (pl. III, fig. 11). L’attitude est des plus naturelles et la coloration de la face tout à fait normale.

Et, chose très remarquable, qui était tout à fait imprévue, c’est que cette phase de sommeil, qui a l’air d’être une phase passive, est encore un phénomène actif qui entre comme effet de la morphine. Cela est si vrai, que si cette action sommifère du chlorhydrate de morphine qui agit sur le système nerveux vient à s’éteindre, on voit alors à ce sommeil spécial, passager, succéder le véritable sommeil de la période léthargique, qui insensiblement envahit l’individu, et sans qu’il s’en doute, sans qu’il ait prononcé une seule parole, arrive à le dominer. La figure 12, pl. III, exprime d’une façon très nette la nouvelle physionomie que prend le sujet, alors qu’il a passé de la période du sommeil morphinique à la période du sommeil léthargique.

Dans le premier cas les traits de la physionomie sont calmes, reposés, placides et l’hyperesthésie neuro-musculaire n’existe pas aux avant-bras. Dans le second cas la physionomie exprime une sorte d’état de souffrance vague,

les traits de la face sont tirés, et si on interroge la peau de l’avant-bras, on constate que l’hyperesthésie neuromusculaire caractéristique de la période léthargique est de retour.

Valériane (2gr) ( Extrait )

Côté gauche. — Le tube, appliqué à la nuque, a déterminé dans six expériences consécutives, et la dernière répétée à un an de distance, la scène intéressante suivante, par laquelle la malade commence par avoir une impulsion qui la pousse à gratter la terre. Il est curieux de noter que MM. Burot et Bourru ont enregistré les memes phénomènes chez un sujet soumis à l’action de la valériane. Il est bon d’ajouter que les chats auxquels on donne de la racine de valériane sont aussi portés à gratter la terre. Une fois en léthargie, le sujet au bout de quelques minutes, après avoir fait quelques grimaces, commence par être pris d’un accès de tristesse et il arrive ainsi en période de somnambulisme lucide. L’impulsion à gratter la terre se révèle alors, il se lève, s’agenouille avec précaution, fait plusieurs signes de croix et se trouve dans un cimetière (pl. IV, fig. 20). On le voit alors creuser la terre avec ses mains, simuler une exhumation, recueillir pieusement des ossements qu’il rencontre, en faire un monticule, y déposer les bagues qu’il porte au doigt, fixer une croix en se lamentant, puis après avoir donné un dernier coup d’œil au monticule qu’il a aggloméré, il se relève en ayant l’air d’avoir pris son parti, et en disant : « On ne peut pas toujours se lamenter. » Et alors la joie et l’expansion se font jour, et c’est toute une autre attitude dans le geste et dans la physionomie qui se révèle. L’enlèvement du tube ramène à la léthargie.

Au niveau des bras, le tube amène une contracture croisée de la jambe gauche et du bras droit, la tête est inclinée à gauche.

Devant l’oreille, à une distance de 5 cent., le sujet

ouvre les yeux; regard menaçant, la tête se retourne en sens inverse.

Devant l’œil, les paupières ouvertes se ferment.

Devant la narine : reniflement considérable.

Devant la commissure labiale : expression de dégoût.

Côté droit. — Tube présenté au niveau de la nuque, la jambe gauche contracturée devient flasque ainsi que le bras droit également en contracture. En même temps yeux ouverts ; regard mauvais ; visage triste ; tendance à pleurer, mâchonnement, menton froncé, contractures croisées du bras gauche et de la jambe droite.

Devant l’oreille : cessation des contractures ; les yeux s’ouvrent; regard fixe.

Devant l’œil à distance : les paupières se ferment.

Devant la narine : répulsion.

Devant la commissure labiale, la bouche s’ouvre pour croquer le tube.

Au niveau de la région lombaire : figure hilariante; le sujet remue ses jupes; et a de la tendance à regarder à terre avant de s’agenouiller.

Au niveau du bras gauche, le tube développe une sensation de brûlure. A droite, c’est une sensation agréable, le sujet retient le tube.

Poudre d’ipéca (lgr 50)

Côté gauche. — Tube placé devant la face, le sujet ouvre languissamment les yeux, son attitude exprime la lassitude et la prostration, il est envahi par des idées de suicide, il fait le signe de s’armer d’un revolver, de mettre le canon devant sa bouche, de faire partir le coup et de tomber mort.

Devant l’oreille, la menace des idées de suicide persiste, l’œil gauche seul est ouvert et la pupille énormément dilatée, 7 à 8 mill.; l’œil droit reste fermé.

Devant l’œil, la pupille se rétrécit à 4 mill. et l’œil se ferme. — Devant la narine rien d’appréciable. — Commis-

sure labiale : contracture grimaçante de la face d’un seul p côté, expression de tristesse, état syncopal avec abatte- ( ment, langueur qui fait craindre une lipothymie. — Le : tube placé à la nuque, au lieu d’élection détermine une

' expression de dégoût avec expuition des crachats, état nauséeux et secousses de vomissements (pl. IV, fig. 7).

Côté droit. — Le tube placé au devant du cou détermine rapidement la bouffissure de la face avec vive rougeur I comme si le sujet opérait un effort (pl. VI, fig. 23). La région sous-maxillaire est turgescente ; on détermine en même temps des bruits de cornage ; le gonflement du cou s’élève de 31 cent, à 36 cent.

' Le tube présenté devant l’oreille détermine des troubles de la respiration, le sujet devient haletant.

Devant l’œil, il se ferme, et l’autre œil s’ouvre.

Devant la commissure labiale, elle demeure entr’ouverte.

Devant la peau des bras et des avant-bras, mouvements répulsifs des deux côtés.

Au creux de l’estomac, mouvements répétés d’inspiration et d’expiration alternante. — Au niveau de la région ombilicale, des borborygmes se développent instantanément dans le tube intestinal.

L’ipéca a une action différente sur le sujet en expérience, à gauche et à droite ; il agit d’une façon profonde sur l’innervation des voies respiratoires et sur le tube gastrointestinal ; c’est une substance dangereuse. Le réveil du sujet ne se fait que très lentement.

Essence de Thym (lsr)

Côté gauche. — Tube placé au lieu d’élection, à la nuque, le sujet à l’air endormi, se réveille peu à peu et sa physionomie est calme et tranquille; ses regards sont dirigés vers la droite (pl. I, fig. 3), puis il commence à se gratter et si on enlève le tube il semble en proie à une démangeaison généralisée, il s’agite et semble poursuivi

de l’idée de chercher des puces ; à un moment donné cette

idée de puce, associée à une idée de démangeaison, l’amène à se figurer qu’il a trouvé une puce. Il tient l’insecte entre

ses doigts et cherche à l’écraser (pl. I, fig. 4). A

ce

moment le sujet devient strabique. (Comparer avec pl. I,

Le tube

présenté devant l’oreille sollicite les mêmes démangeaisons, de même devant l’œil, de même devant la narine, il se gratte le nez, y introduit son doigt; de même au niveau de la commissure labiale, il introduit ses doigts dans la bouche et se frotte les dents.

Côté droit. — Le tube présenté à la nuque, au lieu d’élection détermine immédiatement une expression d’angoisse et de terreur profonde (pl. I, fig. 2). Contrairement à ce qui existait pour le côté gauche, le sujet alors

regarde

à droite, ses yeux sont largement ouverts, la

bouche est entrebâillée comme pour proférer des cris, et en même temps les avant-bras sont contracturés. Si on

enlève le tube, cet état de frayeur cesse ; et alors si on le présente devant l’oreille, la tête est inclinée dans sa direc-

tion ; devant les yeux, les paupières

se ferment ; devant

la narine, secousses avec répulsion, de même devant la commissure labiale.

Le tube présenté à 8 ou 10 cent, devant la région thyroïdienne (pl. II, fig. 5) présente une réaction bien remarquable qui donne à la physionomie un aspect étrange.

Le sujet se tient droit sur le fauteuil, ses paupières se

dilatent largement, et les yeux présentent un exorbitisme des plus caractéristiques, avec un regard étincelant ; en même temps le bas de la figure est calme, la bouche est fermée et présente un contraste des plus significatifs avec la fig. 2 de la pl. I qui exprime d’une façon si correcte l’expression de la terreur profonde. L’on prolonge l’action du tube sur la région thyroïdienne, la face devient de plus en plus turgescente, cette région thyroïdienne se gonfle de plus en plus, et en la mesurant avec un fil à ce moment on trouve qu’elle est augmentée de volume de 6 cent, par

rapport à ce qu’elle était avant l’expérience. L’éloignement du tube amène à bref délai la déturgescence du corps thyroïde et de la face. Cette expérience doit être menée avec beaucoup de prudence, pour ne pas déterminer de rupture vasculaire, tant la pression sanguine est considérable.

Teinture de Thuya (2gr)

Le tube présenté successivement à droite et h gauche, au lieu d’élection, à la nuque, détermine des émotions dissemblables. Placé à gauche, il détermine des émotions agréables ; le sujet regarde vers la droite, dans une direction donnée, et son regard est souriant, son attitude est relâchée. Si on met le tube de l’autre côté, immédiatement il se lève en sursaut, ses regards se dirigent à droite, dans l’attitude de la menace et de la colère, les membres se mettent à l’unisson de l’émotion pour se dérober au danger qui le menace, les poings sont fermés comme pour se défendre.

Poivre (3gr)

Côté gauche. — Le tube présenté devant la joue à 5 ou 6 cent, détermine de l’hilarité (pl. Y, fig. 17.) Devant l’oreille il incline la tête en souriant. Devant l’œil, l’œil est attiré et il y a un léger strabisme. La narine et la commissure labiale ne donnent pas de manifestation.

Côté droit. — (Pl. Y, fig. 18.) Le tube présenté à quelques centimètres au devant de la joue détermine une expression d’effarement de la face, les yeux sont grandement ouverts, dans une attitude craintive, la bouche est fermée et on remarque un contraste des plus saisissants avec la figure précédente. Devant l’oreille, le tube sollicite une inclinaison de la tête de son côté. Devant l’œil, une attraction, en même temps le sujet se frotte les paupières. Devant la

narine aucune réaction. Devant la commissure labiale, salivation et crachotements.

Devant les avant-bras, le tube détermine à gauche des mouvements de suffocation et à droite des mouvements répulsifs. Le tube est enlevé et, au fur et à mesure que le sujet rentre dans la période de léthargie, on remarque qu’il se tâte le nez, qu’il se mouche comme s’il avait aspiré une substance irritante, puis il enlève sa jarretière et indique qu’en cette région il sent des picotements.

Ail (2 gousses)

Côté gauche. — Au bout de quelques minutes le sujet se détire comme en se réveillant, son regard est étonné, il fait des mouvements de dégustation, se frotte le nez, se frotte les lèvres, fait des grimaces et dit : « C’est bien mauvais. » Devant l’oreille, se gratte, se redresse et dit : « Cela me donne un mauvais goût dans la bouche »; et dit : « Cela n’est pas bon. » Devant l’œil aucune réaction. Devant la narine, il odore vaguement. Devant la commissure labiale, sensation mauvaise.

Côté droit. — Le sujet fait quelques grimaces, bâille et commence à parler; il dit qu’il a faim, qu’il va faire sa cuisine, qu’il va acheter des fournitures avec des échalotes, et une salade avec de l’ail. Devant l’oreille : « Oh ! la, la! dit-il, c’est mauvais, ça pue l’ail! » Devant l’œil rien. Devant la narine : « Ça sent fort, c’est mon goût d’ail qui me revient dans le nez. » Devant la commissure labiale, happe le tube de verre, et cherche à le sucer : « Je sens de la viande, je mange un gigot à l’ail, » dit-il. Au niveau de la région dorsale le tube provoque de l’hilarité, le sujet se met à table et ses impressions au sujet de l’ail sont renversées : « La salade n’est plus bonne, et puis maintenant ça ne me dit rien, c’est un mauvais tour qu’on me fait de me dégoûter ainsi, moi qui m’apprêtais à me régaler. » Au niveau de la région lombaire, la gaieté

augmente et le sujet se met à clianter en se plaignant à ce moment de démangeaisons très intenses qu’elle accuse au niveau de la région pubienne.

Oignon cru (1 morceau)

Côté gauche. — -Tube présenté dans le cou ; au bout de quelques minutes le sujet fait quelques sourires, se détend les membres comme s’il était fatigué, puis il fait quelques mouvements de la bouche comme pour happer, se frotte les yeux et dit : « Ça pique tout plein, on dirait du tabac. » Devant l’oreille, le tube détermine de l’hilarité, le sujet dit : « Ça ne me pique pas tant, » et s’applique le tube dans l’oreille. Devant l’œil, ferme les deux yeux en disant : « On dirait que j’ai des aiguilles. » Devant la narine, grimaces et dit : « Ça me pique le nez, » éternue et se mouche. Commissure labiale : répulsion très nette. Au niveau des avant-bras, mouvement de rotation et chatouillement agréable.

Côté droit. — Tube appliqué à la nuque, le sujet dit : « Ah! ça va un peu mieux, je n’ai plus trop chaud, j’avais des aiguilles dans les yeux, je veux me lever, mais je suis bien lourde; je ne peux lever la jambe droite; » et le bras est envahi par la contracture.

Oreille, le tube h distance détermine répulsion, mauvaise humeur, physionomie désagréable, en même temps le sujet devient sourd des deux oreilles et aphasique, il n’entend rien et ne peut parler, il fait signe qu’il veut parler avec ses mains. On enlève le tube, la parole revient et le sujet dit : « C’est comme si j’avais été évanouie ». Devant l’œil droit, il ferme les yeux et tombe dans un état de somnolence qui irait jusqu’au sommeil.

Narine : « Je ne sens rien, absolument rien. » Devant la commissure, même réaction. Le tube présenté au devait du cou, région thyroïdienne, rougeur instantanée de la face qui devient turgescente avec yeux brillants et

exorbitisme. Au devant du bras droit, sensation de picotements et de petites fourmis. Au niveau de la région lombaire, endolorissement, sensation d’aiguilles implantées dans la région fessière. Région pubienne, sensation de picotements.

Petite fleur d’ Héliotrope (dans un tube fermé)

Côté gauche. — Tube placé à la nuque, le sujet sileucieux, les yeux fermés, éprouve un état général de fatigue et de malaise. A droite , au même endroit, action terrifiante instantanée, avec crispation des mains en forme de griffes, des deux côtés ; les deux pieds sont contracturés; la physionomie exprime une terreur profonde, les yeux sont très largement ouverts.

Feuilles de Rose

(3 ou 4 pétales de rose de Bengale)

Le tube placé à gauche détermine un état général pénible avec quelques secousses dans les épaules. A droite, aucune manifestation très nette.

Essence de Térébenthine (5 gr)

Côté gauche. — Gaieté, sourire, sensation de démangeaisons, se gratte la tête ; en même temps le bras devient paralysé, la jambe est traînante, le sujet no s’en doute pas. Oreille, le sujet écoute attentivement, prend une physionomie extatique, se met à rire et dit : « Je veux bien.» Devant l’œil, sensation pénible, larmes. Narines, sensation agréable. Commissures, sensation agréable, cherche à avaler le tube.

Côté droit. — Regard sombre. Le sujet voit son bras paralysé et fait des mouvements d’impatience ; il balbutie et avec le bras gauche fait signe qu’il ne peut plus par-

1er, les pupilles sont considérablement dilatées. Devant l’oreille, le tube détermine une sensation désagréable, répulsive : il dit : « Non, non, je ne veux pas, » et montre le poing menaçant. — Devant l’œil, sensation de brûlure et répulsion, même ebose devant la narine. Devant le bras droit, sensation désagréable, et à gauche sensation agréable qui met le sujet en gaieté.

Vin rouge ordinaire (10 gr)

Côté gauche. — Aspect de souffrance qui se change bientôt en un aspect de gaieté, puis la physionomie s’anime, les paupières s’ouvrent d’une façon démesurée, et le regard devient menaçant, effaré, le sujet avec sa main gauche se touche la face, se pince la peau au niveau du corsage : « Oh, dit-il, ça brûle, oh, c’est affreux ! » et en même temps on entend des borborygmes dans l’intestin. Oreille gauche, prononce des paroles dans lesquelles elle s’accuse. Œil, aucune réaction. Narine gauche, sensation agréable.

Côté droit. — La paupière s’abaisse, le sujet pleure et se plaint d’une vive douleur de tête qui l’abrutit.

Devant l’oreille : « Oh, ça va mieux, » dit-il. Devant la narine : « Ça fait mal, je n’en veux pas. » Rien du côté des commissures. L’expérience n’est pas poussée jusqu’à l’ébriété.

Alcool absolu (10 gr)

Côté gauche. — Tube présenté au lieu d’élection, à la nuque; action rapide qui détermine l’état somnambulique avec gaieté, le sujet a des hallucinations et entend sa sœur qui chante, il demande à boire, il boit et chante, il se sent envahi par l’ivresse et dit : « Oh ! j’ai bu, » et on constate en même temps une hémiplégie du bras droit, qui est flasque et immobile. Devant l’oreille, la gaieté con-

tinue et le sujet chante encore. Devant l’œil gauche, en parlant du tube : «Cela m’attire, dit-il, c’est quelque chose de doux. » Aspect de béatitude de sa physionomie.

Côté droit. — Phénomènes inverses, le sujet paraît mécontent, fait des menaces avec le poing, le bras droit est alors paralysé, le sujet s’en chagrine en disant : « C’est avec ça que je gagne ma vie. » Devant l’œil, elle s’éloigne en disant : « Oh ! non, ça ne va plus. »

Bière (10 gr)

Côté gauche. — Tube placé à la nuque. Hallucinations visuelles, menaçantes, invectives de femmes qui la menacent. Oreille, elle pardonne à la personne qui lui a fait du mal. Devant l’œil, cécité subite : « Je ne vois plus, dit le sujet, qu’est-ce qu’il m’a mis dans l’œil? » en parlant de la personne qui la poursuit, et 11e s’en émeut pas davantage. Devant le bras gauche sensation de chaleur.

Côté droit. — Expression différente de gaieté et d’entrain; en parlant d’une de ses amies, elle dit : « Ah! je l’aime bien, elle est très bonne pour moi.» Devant l’oreille, même état de gaieté en parlant de la même personne qu’elle voit dans son hallucination : « Je lui pardonne, je ne suis pas méchante. » Devant l’œil, cécité subite, et cette fois le sujet déplore son sort et se met à pleurer en fermant les paupières. Le tube présenté devant les narines droite et gauche détermine de la répulsion. Devant la bouche, le sujet cherche à le mordiller ; devant la peau du bras gauche, sensation de chaleur, et devant la peau du bras droit, petite contraction musculaire.

Essence de Serpolet (5 gr)

Côté gauche. — Tube à la nuque, contracture tétanique des quatre membres et du cou. Devant l’œil gauche, l’œil s’ouvre avec un caractère menaçant, la pupille corres-

pondante se dilate et arrive à 6 mill. Devant la narine, sensation agréable.

Côté droit. — Tube à la nuque amène la résolution d’abord, puis des contractures bilatérales. Devant l’œil droit, il détermine l’occlusion des deux paupières. Devant la narine, répulsion. Devant les lèvres, ouverture de la bouche.

Fumée de Tabac (introduite dans un tube)

Côté gauche. — Tube à la nuque, le sujet paraît triste, ennuyé, abattu. Devant l’oreille, la tristesse est la même, la physionomie devient menaçante, il y a une hémiplégie gauche. Devant l’œil : «Oh, la la! dit-il, ça pique; c’est comme du poivre. » Devant la narine, il a envie d’éternuer. Devant les lèvres : « Ça n’est pas bon, dit-il. »

Côté droit. — Tube à la nuque détermine une expression de gaieté et d’entrain, mais à mesure que l’action s’accentue, il éprouve le besoin de se lever et se sent paralysé : « Je veux me lever et je ne puis, » dit-il. Devant l’oreille, la même gaieté continue et en même temps il y a hémiplégie du côté correspondant. Devant l’œil: «Oh! ce n’est pas la même chose, dit-il; ça, ça me fait du bien et ça m’a guérie ». Devant la narine : « Oh ! ça pique, ça dégage le cerveau », et se met à éternuer. Action spéciale caractérisée par une impotence à marcher et par de l’éternuement.

Essence de Fenouil (5 gr)

Côté gauche. — Tube placé à la nuque, figure maussade, attristée; pleurs. Devant l’oreille, sensation désagréable. Devant la narine, répulsion violente.

Côté droit. — A la nuque, gaieté, rires, satisfaction, le sujet se frotte les mains. Devant l’oreille correspondante, gaieté, écoute avec satisfaction des hallucinations agréables. Devant l’œil, satisfaction profonde, le regard est

animé et traduit une expression voluptueuse (pl. V,fig.l9), la figure est souriante, la bouclie entr’ouverte et la physionomie langoureuse. Devant la narine, le sujet cherche à introduire le tube dans la narine et son contact amène une jubilation très vive et en même temps un strabisme passager. Commissure labiale, attraction vers le tube. Devant la main droite, sensation de plaisir et de chatouillement, tandis qu’à gauche c’est une vive répulsion que le tube sollicite. Au devant du cou, le tube détermine une rougeur instantanée de la face.

Essence d’Anis (2 gr)

Côté gauche. — Tube au lieu d’élection ; le sujet ouvre les yeux, sourit, les yeux sont obliqués à gauche et en haut, le bras droit est convulsé.

Oreille : geste de dénégation, terreur, menaces avec le poing fermé.

Œil : l’œil est attiré par le tube, comme si c’était un aimant; il le suit dans tous les déplacements qu’on lui donne ; la suppression du tube détermine une secousse, un retour comme s’il s’agissait de l’interruption d’un courant. Narine gauche : indifférence, légère répulsion. Commissure : répulsion, sensation d’amertume, crachements ; le bras gauche est appliqué sur la poitrine, et la main en mouvement cherche à déchirer les vêtements sousjacents.

Côté droit. — Tube placé au lieu d’élection ; la raideur du bras droit disparaît ; le même bras décrit des mouvements associés comme pour essayer un vêtement et passer une manche et ajuster le vêtement sur la poitrine.

Oreille : geste d’affirmation fait avec la tête.

Œil : secousse répulsive électrique à plusieurs reprises.

Narine : aspiration faite avec plaisir, figure de jubilation.

Commissure. Sensation agréable. Région lombaire. Contorsion du tronc et torsion en arrière.

Essence de Curaçao (2 gr)

Côté gauche. — Tube au lieu d’élection ; grimace répulsive, comme si le sujet sentait quelque chose de mauvais tire la langue, donne de petits coups de pied, devient inquiète, se remue sur place, se frotte les yeux, veut se lever et ne le peut, et dit : « J’ai sommeil, je suis abrutie, je puis me lever si je veux, mais ne le veux pas, je suis collée à la chaise. » Le bras droit est frappé de paralysie d’abord, puis les deux extrémités. Oreille : « Ça ne va pas, je deviens folle. » Elle demande à boire, elle répond à un interlocuteur absent, et dit : « Je suis grise, c’est comme si javais pris de l’absinthe. » Œil : les paupières se ferment. Narine et commissure : pas de réaction notable.

Côté droit. — Le tube étant déplacé, instantanément le sujet dit : « Ca va mieux, mais j’ai mal au cœur. » Il commence à causer et s’arrête subitement en s’apercevant que son bras gauche se paralyse, « Comme si c’était de l’électricité, » dit-il. Oreille : il se met à pleurer et dit : « C’est pas ma faute, on m’a donné à boire, je n’en veux plus. » Etat de somnolence. Œil": gaieté : « Je suis un petit peu parti, c’est une soulographie gentille, jamais je ne me suis grisé si gentiment. » Envie de vomir, accompagnée de vomissements répétés; on lui offre un verre d’eau factice et elle se sent soulagée à la suite, les envies de vomir disparaissent. Narine, commissure : aucun effet notable.

Eau de Cologne (10 gr)

Côté gauche. — Tube au lieu d’élection : sourires; le sujet remue le bras gauche, garde les yeux fermés, se lève ; reste debout inerte ; le bras droit contracturé : « J’ai bien mal à la tête, dit-il, c’est comme si j’étais folle. » Oreille : les yeux restent fermés ; rire ; expression de béatitude : « Je perds la tête, dit-elle, je suis folle; je vois des

bêtes, tout ce que je vois est très drôle et très amusant. » (Il est curieux de noter que les excitations de l’oreille ne produisent que des excitations visuelles.) Devant l’œil, les pupilles se contractent, arrivent à 2; 3 milliin. Narine, les paupières se ferment.

Côté droit. — Tube au lieu d’élection : les yeux s’ouvrent immédiatement; regard fixe, menaçant; fixe au plafond quelque chose ; raideur du bras droit, porté en arrière ; puis du bras gauche. Oreille : même physionomie, les yeux grandement ouverts ; les pupilles considérablement dilatées, 6 mill. Narine : les paupières grandement ouvertes ; le tube présenté à la narine gauche fait fermer les paupières. Devant les lèvres, au milieu, geste de dégoût, contraction de la face, grimaces. Au devant du sternum, rougeur et turgescence de la face. En résumé, action bilatérale portant principalement sur l’appareil visuel ; hallucinations terrifiantes et céphalalgie.

Essence d’absinthe (2gr)

Côté gauche. — Tube au lieu d’élection : presque instantanément, expression de dégoût : « Oh, j’ai la tête lourde à gauche, » dit le sujet, « je suis comme quelqu’un qui s’est abruti. » La pliysipnomie est hébétée ; le sujet parle lentement comme s’il était en état d’ivresse ; ne peut se maintenir assis et glisse sur le fauteuil ; les pupilles sont très dilatées.

Côté droit. — « Je vais un peu mieux ; la lourdeur de ma tête va descendre; j’ai envie de vomir; j’ai bu quelques liqueurs auxquelles je ne suis pas habituée; j’ai la figure très chaude ; je me sens bien malade; je suis très abattue, et j’ai besoin d’entrer à l’hôpital. » On enlève le tube et les phénomènes d’accablement disparaissent insensiblement.

Quelques fleurs de Muguet

L’action perturbatrice des odeurs sur le système nerveux se révèle encore dans ce cas d’une façon très saisissante; le sujet étant en léthargie, je lui ai présenté sous les narines deux fleurs de muguet, la réaction ne sefitpas attendre ; immédiatement le sujet se lève dans un état de vive surexcitation, les yeux ouverts, la figure animée, il se met à aller et venir et à frapper les objets environnants, il parle sans aucune idée suivie, bientôt il est envahi par des hallucinations terrifiantes et dit qu’il voit des loups ; et on assiste ainsi à l’explosion d’un véritable accès d’excitation maniaque. Cette excitation se calme par la soustraction du bouquet; m iis là où l’expérience devient encore plus curieuse et démontre l’extrême impressionnabilité du sujet, c’est que les fleurs de muguet ayant été jetées dehors, les traces persistantes de l’odeur ont empêché pendant un certain temps le sujet de revenir au calme ; il a fallu que je le fass'e passer dans une chambre éloignée pour le soustraire à l’influence de ces odeurs et le faire tomber en période de léthargie de retour.

Laudanum (lgr)

Côté gauche. — Physionomie souriante tout d’abord ; puis tristesse ; la tête s’incline sur l’épaule droite, le regard est terrifié, contracture du bras droit ainsi que de la jambe; raideur du cou.

Côté droit. — Presque instantanément la contracture du cou disparaît; la figure prend une expression de gaieté, puis d’étonnement ; le bras gauche et la jambe gauche entrent en contracture ; les pupilles sont très contractées, elles mesurent 2 mill. au lieu de 4 avant l’expérience. La physionomie présente des oscillations de sourire et de terreur, avec sourcils froncés, puis l’action du médicament persistant, l’influence somnifère et dépressive s’accentue,

la figure devient hébétée, les paupières se ferment ; la tête tombe sur la poitrine, et un sommeil profond se manifeste avec accablement général et ronflement; on enlève le tube, le sommeil persiste pendant quelques minutes, et la contracture des membres disparaît ; le sujet abandonne peu à peu cette phase de torpeur et se dirige vers la période de léthargie de retour en offrant sur sa physionomie des expressions de gaieté et d’hilarité qu’il a présentées dans la période ascendante.

Haschisch (lgr)

Côté gauche. — Le tube placé au lieu d’élection agit d’une façon stimulante et développe presque subitement une expression de gaieté et une grande tendance à la loquacité. Devant l’oreille, il entend des chants, et ébauche quelques notes. Devant l’œil, rien de spécial ; narine, ne présente aucune réaction particulière.

Côté droit. — Il entend des cloches qui résonnent bruyamment à ses oreilles, puis cela le rend sourd : « Je n’ai jamais entendu de bruit pareil, » dit-il. Devant la narine, expression de gaieté voluptueuse qui développe chez le sujet un état d’érotisme qu’il manifeste par certain es phrases caractéristiques.

Le côté intéressant de l’action du haschisch, le tube étant appliqué, soit à gauche soit à droite, à la région de la nuque, c’est de solliciter chez le sujet une série d’idées associées et de souvenirs anciens qui se développent chez lui d’une façon automatique et. qui produisent ainsi, à chaque reprise, des petites scènes de comédie intime, avec chant, dont j’ai déjà indiqué les caractères. C’est dans cette circonstance, sous l’action du haschisch que l’on voit le sujet, en train de chanter un air, s’arrêter instantanément lorsqu’on enlève le tube, incapable de continuer. A ce moment, on peut le ranimer, soit en mettant le tube dans le cou, soit en le faisant tenir par une autre per-

sonne dont on tient la main, comme s’il s’agissait d’une chaîne électrique.

Ghloral (2g*)

Le tube appliqué au lieu d’élection, le sujet arrive rapidement en période de somnambulisme ; il se met à rire, sa figure est épanouie ; prend son mouchoir, se mouche, fait des grimaces dédaigneuses, tire la langue : « Comme j’ai sommeil, dit-il, — j’ai la tête lourde, je ne sens plus ma tête, je n’ai plus de tête et cependant j’ai une tête — on me donne maintenant des coups de dent, ça tourne, ça tourne. » Il se gratte la tête, se décoiffe, tire ses cheveux, puis il remue la tête en la tournant, paraît souffrir, l’incline en la laissant retomber en avant, s’accoude sur le fauteuil pour pouvoir mieux dormir et ferme les yeux — en même temps le cou est gonflé, la figure est turgescente, et on voit apparaître de la suffocation et des sanglots — ■ on enlève le tube et le sommeil chloralique se dissipe au bout de cinq minutes; et au fur et à mesure que le sujet se rapproche de la période de léthargie de retour, il répète les mêmes grimaces, les mêmes attitudes de dédain qu’il avait manifestées au début.

Infusion de Café (10gr)

Le tube placé au lieu d’élection dans le cou détermine rapidement des réactions qui sont surtout caractérisées par de l’excitation intellectuelle, et le développement spécial de scènes tirées de la vie du sujet; il devient très loquace, est excité, se met à rire et exécute une scène de vol et d’assassinat avec comparution devant la cour d’assises, qui représente évidemment un souvenir de ce qu’il a vu ; il exécute toutes les péripéties du drame avec une grande ponctualité, et c’est encore un cas dans lequel on peut interrompre l’action qui se déroule, par la suppression

instantanée du tube. A plusieurs reprises on peut ainsi laisser le sujet en place, qui demeure interdit, sans savoir s’il doit avancer ou reculer, et incertain de ce qu’il doit dire. A plusieurs mois d’intervalle chez le meme sujet, à l’aide du même tube, j’ai obtenu des résultats semblables.

L’éther a déterminé des effets caractérisés principalement par une légère excitation suivie de somnolence et de torpeur plus ou moins profondes.

Je rappellerai cependant ce fait remarquable que j’ai constaté chez Esther au sujet de l’éther. — Comme je l’ai indiqué déjà, ce sujet est fréquemment atteint d’anesthésie cutanée et de cécité des couleurs. — J’ai constaté à plusieurs reprises qu’étant dans cet état de cécité des couleurs lorsque je la mettais en présence d’un tube contenant de l’éther, presque instantanément elle récupérait la faculté de voir les couleurs, et alors c’était un spectacle très curieux que de la mettre en présence de papiers coloriés en rouge, bleu, jaune, etc., et de constater avec quel plaisir, avec quelle jubilation, les régions optiques de son sensorium percevaient les ondes colorées.

Musc (0gr,50)

Le tube placé au lieu d’élection, le sujet presque instantanément se met à parler et dit : « Que cela sent bon, que cela sent la violette, » et témoigne à plusieurs reprises sa satisfaction, remue les lèvres : « J’en mange, » dit-il, puis commence à se plaindre que cela lui fait mal aux dents : « Oh! dit-il, on m’arrache les dents, je n’ai plus de dents.» La physionomie prend une expression d’hébétude et d’immobilité complète ; et en même temps la salive s’écoule par la bouche. Le sujet continue à faire des inspirations profondes et devient immobile dans une sorte de torpeur. On enlève le tube et il retombe peu à peu en période de léthargie.

Assa fœtida

Tube placé au lieu d’élection, le sujet manifeste une expression de gaieté profonde et de satisfaction ; mais bientôt il fait des grimaces de dégoût, avec mouvements de dégustation ; état nauséeux ; il fait des signes répulsifs avec les mains pour éloigner la substance dont il subit l’influence.

Essence de Rose (lgr)

Tube au lieu d’élection : le sujet arrive rapidement à la période de somnambulisme et se met à parler, et exécute sans qu’on lui dise rien une scène avec changement de sa personnalité. «Je suis, dit-il, chef de la police et général.» Il se tient droit, campé fièrement sur ses hanches, retrousse ses moustaches avec des gestes d’un vieux militaire et, s’adressant à un coupable fictif, il lui fait subir un interrogatoire judiciaire très nettement dirigé : « Je vous accuse, au nom de la loi, vous êtes devant la justice, soyez sincère, on va vous chercher un avocat. »

L’essence de rose, comme un certain nombre de substances précédentes, paraît principalement agir sur les régions intellectuelles et réveiller d’anciens souvenirs qui surgissent à ce propos et déterminent alors des associations d’idées se déroulant d’elle3-mêmes dans l’ordre où elles ont été emmagasinées dans la mémoire.

Eau de Laurier-Cerise (59r)

Tube au lieu d’élection, à gauche : raideur du bras correspondant, contracture des muscles du cou; la tête est inclinée de ce côté et tout le corps devient raide ; les extrémités inférieures sont aussi contractées. Le sujet tombe dans un sommeil profond, avec stertor, la salive coule de la bouche. Etat de malaise général. Le sujet, ne

parle pas, on enlève le tube et il repasse en période de léthargie de retour. Le réveil ne se fait que lentement. L’emploi de cette substance ne doit être fait qu’avec une très grande prudence.

Oxygène (plein un tube à expérience)

Tube au lieu d’élection : au bout de quelques minutes le sujet se met à rire, étend les bras et déclame avec la main contre une personne imaginaire et fait des signes négatifs ; les yeux sont très largement ouverts et fixes. Le sujet cherche à se lever et semble frappé de cécité en s’appuyant sur les objets environnants. Quelques grimaces apparaissent dans la face et en même temps le bras droit est contracturé et rigide; il en est de même de la jambe droite; le sujet ne peut plus la fléchir et reste immobilisé sur place. L’enlèvement du tube amène le retour à la période léthargique.

Hydrogène (plein un tube à expérience)

Tube placé au lieu d’élection : au bout de trois minutes quelques tressaillements se font voir dans la face, puis les yeux s’ouvrent, les sourcils deviennent froncés, la physionomie prend un aspect terrifié, le sujet tire la langue et les yeux sont fortement ouverts ; puis les deux avantbras entrent en contraction, le sujet se mort la langue et devient raide partout. On enlève le tube.

Acide carbonique (plein un tube à expérience)

Tube au lieu d’élection, gauche : le sujet tire la langue et fait au début ses grimaces habituelles; il interpelle quelqu’un et son regard se porte à l’horizon avec inquiétude, il parle à voix basse.

En même temps la tête présente un mouvement de

balancement en avant et d’oscillation latérale ; les bras et les pieds accomplissent des mouvements de reptation sur place qui rappellent les mouvements de l’athétose. Rire hébété, continu. Peu à peu sous l’action de l’acide carbonique les secousses dans la face deviennent plus fréquentes, les mouvements des bras se transforment en mouvements cloniques sous forme de petites décharges successives. Les mouvements de rotation de la tête sur l’axe deviennent plus répétés et plus forts, les grimaces de la face se transforment en décharges convulsives et les yeux sont entraînés dans un mouvement de rotation. On arrête l’expérience en présence de ces perturbations inquiétantes et le sujet repasse insensiblement par les phases qu’il a précédemment parcourues.

Hydrogène carboné et Protoxyde d’azote

(plein un tube à expérience)

Tube au lieu d’élection : le sujet ouvre rapidement les yeux, regarde ça et là, cherche à se rendre compte où il est, puis il veut se lever de son siège et ne le peut, il semble collé sur son siège : « C’est épatant, dit-il, je suis clouée silice fauteuil, » et associant à ce fauteuil l'idée de Voltaire: « C’était un ébéniste, puisqu’il a fait ce fauteuil. » Après ce trait d’esprit éclos inconsciemment, le sujet se sent envahi par une série d’idées de plus en plus bizarres, se met à chanter une partie de son répertoire, en disant : « Ah! je suis en pleine joie. »

Au moment de l’expérience on remplace le tube contenant de l’hydrogène carboné par un autre tube contenant du protoxyde d’azote. Instantanément le sujet devient triste et morose, sa physionomie est renfrognée, il se lève alors de son siège, son regard est fixe, menaçant, il ne parle pas, et il a de la tendance à s’incliner en avant.

On supprime le tube et on le remplace par celui contenant de l’hydrogène carboné, et immédiatement la scène

change; les traits de la face se dérident, le regard devient gai, la physionomie souriante, le sujet remue les mains, parle et chante, et l’action continuant, on constate que les muscles du tronc deviennent raides ; on ne pousse pas l’expérience plus loin.

Cognac (10gr)

Tube placé au lieu d’élection : au bout d'une minute le sujet ouvre les yeux, fait quelques grimaces en regardant le plafond, adressées à des êtres imaginaires, puis happe avec sa langue comme s’il avait soif, il s’agite sur place et demande itérativement à boire ; il prend un bouteille imaginaire, fait le geste de boire à même, met le goulot dans sa bouche et frappe avec ses mains sur le fond de la bouteille. En même temps il se sent envahi par l’ivresse, il cause, exprime ses impressions , raconte des histoires anciennes, puis il accuse un état nauséeux, se plaint de mal de tête, s’affaisse sur le fauteuil, la parole devient traînante, éteinte, comme celle d’un individu en pleine ivresse ; il cherche h se lever, ne peut plus se tenir debout; la tenue générale du sujet est abandonnée, ses bras sont tombants, ses yeux sont vagues et hagards, sa physionomie hébétée (pl. IV, fig. 15), ses cheveux sont en désordre. Cette photographie a été faite au moment où le sujet, en pleine ivresse artificielle, ne pouvant plus se tenir debout était accolé contre les parois d’un mur; et pour arriver à ce résultat, pour passer de l’état normal exprimé par la fig. 1, pl. I, à l’état pathologique exprimé par la fig. 15, pl. IV, il a fallu seulement l’espace de dix minutes et 10 grammes de cognac pour opérer une telle transformation chez le même sujet.

Le sujet, Estlicr, est tellement impressionnable à l’action des spiritueux, que j’ai vu une bouteille de champagne placée derrière sa tête sans qu’elle s’en aperçût, à 50 cent., déterminer des effets d’ivresse complète dans le même espace de temps.

Ces expériences extraordinaires ont été répétées par moi à diverses reprises chez des sujets différents. Chez la nommée Grabrielle, que j’ai eue à plusieurs reprises dans mon service pour y être traitée d’accidents nerveux de nature hystérique, j’ai constaté des phénomènes de même ordre très nettement caractérisés, représentés pl. VII, fig. 27 et 28, sous l’influence d’un tube contenant la même quantité de cognac, Grabrielle a senti rapidement les effets de la substance, seulement elle ne parlait pas; chez elle, les réactions somatiques se développaient en silence : elle s’intoxiquait sans mot dire et on voyait insensiblement sa physionomie prendre un air hébété, son corps s’appliquer sur le fauteuil dans une résolution complète , les jambes s’allonger, les bras flasques , incapables de tout mouvement. Elle était incapable de rester assise, et si on n’y eût pris garde elle se serait roulée à terre. Avant d’arriver à cette phase extrême de l’alcoolisation, nous avons constaté que chez ce sujet (pl. VII, fig. 27) le tube contenant le cognac présenté à distance au niveau de la région thyroïdienne , était pareillement apte à déterminer comme dans la pl. VI, fig. 21 et la pl. II, fig. 5, des phénomènes de turgescence subite de cette même région, laquelle présentait à ce moment 41 cent, de pourtour au lieu de 33 qu’elle avait au début de l’expérience. La fig. 25, qui représente l’état normal, permet de comparer les transformations qui se sont opérées entre l’état normal et l’état nouveau produit par l’expérience.

Eau simple (10gr)

Désirant, dans l’intérêt des expériences ultérieures, éliminer l’action spéciale de l’eau destinée à tenir les substances en suspension, je commençai tout d’abord par me rendre compte de l’action d’une certaine quantité d’eau simple présentée à distance à un sujet hypnotisé; et cette expérience a une très haute importance, non seulement

par elle-même et pour les résultats qu’elle a fournis, mais encore pour répondre à certaines objections qui touchent à ce genre d’études et qui font supposer qu’il y a entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé un véritable état de suggestion qu’on appelle suggestion mentale. Pour certaines personnes, en effet, c’est l’état de l’esprit de l’hypnotiseur qui se transmet à l’hypnotisé et qui détermine ces réactions. Sachant, par exemple, qu’un tube contenant du cognac pourrait déterminer l’ivresse, qu’un autre contenant de la morphine va déterminer le sommeil, certaines personnes ont admis que ces idées préconçues pouvaient influencer l’état mental du sujet. Cette manière de voir est complètement erronée et tombe d’elle-même devant ce fait qu’en mettant pour la première fois devant le cou du sujet un tube contenant une certaine quantité d’eau simple, j’ignorais complètement les réactions qui allaient apparaître. Donc il n’y avait aucune suggestion mentale possible.

V oici les phénomènes curieux qui se sont déroulés (pl. IV, fig. 16): le sujet ayant été mis en léthargie par les procédés habituels, j’appliquai le tube à gauche, au lieu d’élection ; et bientôt quelle no fut pas ma surprise de le voir ouvrir les yeux silencieucement, prendre une physionomie grave et terrifiée, en même temps les muscles de la face se contracturaient, quelques mouvements de déglutition difficile s’opéraient, les muscles du cou ainsi que ceux de la région sus et sous-hyoïdienne devenaient raides et le regard prenait une expression sinistre. La bouche était hermétiquement fermée, les lèvres contracturées et en même temps la salive bavante s’écoulait d’une commissure. Les bras étaient pareillement pris de contracture; j’étais évidemment en présence de l’état symptomatique décrit sous le nom d’hydrophobie. Pendant toute cette phase, le sujet était complètement resté silencieux; il a suffi d’enlever le tube pour qu’en quelques minutes cet ensemble symptomatique disparaisse et fasse place à la période de léthargie de retour.

Chez un autre sujet, Gabrielle (pl. VII, fig. 26), les

mêmes symptômes de l’hydrophobie expérimentale se sont révélés avec les mêmes caractères, sauf que les yeux sont restés fermés, mais chez elle j’ai constaté la raideur du cou, en avant et en arrière, la contracture des muscles de la face, la gêne de la respiration, la contracture des lèvres, l’écoulement de la salive et de la contracture du bras gauche ainsi que de la jambe. Cet état disparut rapidement par la soustraction du tube contenant l’eau.

Action d’un tube de verre vide

J’ai tenu à vérifier expérimentalement si le tube de verre dans lequel j’ai présenté les différentes substances mises en expérience chez certains sujets et chez Estlier, en particulier, était susceptible d’avoir, en tant que corps chimique spécial, une action propre sur le système nerveux et à agir par lui-même. Ces recherches ont été poursuivies à plusieurs reprises, et j’ai été à même de constater l’existence de certains phénomènes constants, la contraction alternante d’un bras, entre autres, qui pourrait bien être considérée dans certains cas, comme dans la fig. 10, pl. III, comme tout particulièrement imputable à l’action du tube de verre.

Le tube appliqué à gauche, au lieu d’élection, a suscité du même côté quelques grimaces dans la face, en même temps une contraction énergique du bra3 correspondant. En même temps, le sujet, silencieusement, ouvre les yeux avec une physionomie calme, indifférente et gaie.

Devant l’oreille, la satisfaction prend une forme extatique, le sujet se met à rire. Devant l’œil, les paupières correspondantes se ferment. Devant la marine et la commissure, le sujet recherche le tube et cherche à le frapper.

A droite, la contracture du bras gauche cesse, il devient flasque et hémiplégique. Le tube présenté à l’oreille correspondante détermine une autre physionomie. Le

sujet se parle à lui-même, son regard devient menaçant, il a peur et est affecté d’une façon triste : pleurs.

Devant les yeux, les paupières s’entr’ouvrent ; devant les narines, les lèvres : manifestations répulsives.

On comprend l’importance toute spéciale de ce genre de recherches et la nécessité absolue de commencer par elles chez les sujets mis en expérience, dont il faut tâter ainsi la sensibilité spéciale. On pourra aisément neutraliser ces éléments perturbateurs, en employant les corps en expérience sous forme pulvérulente et placés dans un morceau de papier.

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