‹ Les émotionsChapitre 37 sur 87 · PHY8I0GN0MIQUE · texte numérisé non relu

PHY8I0GN0MIQUE

Les théories sur l'expression des émotions sor nées de cette conception que tous les phénomène corporels qui se produisent durant les émotions sa des effets consécutifs dérivés d'un courant nerve (îxcessif ou restreint, selon Spencer, de faits dépe dant de certains principes, selon Darwin, et qui peu vent expliquer, au moins en grande partie, les divei ses manifestations émotionnelles. Beaucoup avaiea. j)récédé ces deux colosses de la science moderne dan^ la recherche des phénomènes corporels des émotions ^ d'autres les ont suivis avec le désir ou le prétexte de faire mieux; mais il me semble que les uns et les autres sont restés superficiels. Si ma théorie émotioniH^llo était en harmonie avec les théories acceptées, j(> déviais recommencer d'après les interprétations données par les deux philosophes anglais ; mais puis- (|uo, do l'observation directe des phénomènes, j'ai lire diA erses inductions sur la nature de la base physique des émotions, il est nécessaire de trouver une interprétation en harmonie avec la théorie énoncée.

La théorie que je soutiens est que les émotions sont les sentiments des chang^ements plus ou moins

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>fonds des fonctions de la vie organique depuis les is vitaux jusqu'aux moins vitaux, du mouvement cœur et de la respiration aux sécrétions, au déséilibre sanguin par action vasomotrice, par dilatation restriction des vaisseaux en quelque lieu de la ciration que ce soit, jusqu'à Faugmentation ou à la ninution de l'énergie neuro-musculaire, au relâche- ■x\i ou à la contraction musculaire, depuis tous les énomènes de l'agonie jusqu'à l'excès d'action de nergie vitale. Si le sentiment de ces altérations des actions organiques, reporté à la conscience, est celui i constitue l'émotion, nous ne voyons plus aucun Dtif d'accepter les interprétations de Spencer et de iRwiN, au moins dans leur totalité, pas plus que Iles des autres auteurs qui en font un efifet de l'émom.

Les phénomènes dont je parle ne dérivent pas m courant nerveux, excessif ou indirect, mais d'un arant direct dès que le centre émotif commun est 3ité. Sans ce courant direct d'excitation des organes tritifs, il n'y aurait aucune émotion ; si le cœur itinuait invariablement ses pulsations, si les mou- Tients respiratoires étaient inaltérés, si aucun trouî circulatoire ne se produisait ni aucun déséquilibre iguin, si les sécrétions ne s'arrêtaient pas ou n'augîntaient pas à l'excès, nous n'aurions ni plaisirs ni uleurs, aucun sentiment de plus grand bien-être de malaise, et les idées, comme les perceptions, meureraient inefficaces à susciter une émotion quelique. Mais les faits démontrent évidemment que n'est pas par excès d'excitation ou par diffusion courant nerveux que ces perturbations se produi-

sent ; elles se produisent aussi toujours avec des excitations faibles et même très faibles. Des variations des phénomènes perceptifs font varier les phénomènes fondamentaux de la vie organique, du cœur et de la respiration ; il n'est pas jusqu'aux différentes couleurs perçues, aux différents sons musicaux, à l'intensité de la lumière qui varie successivement ou instantanément, jusqu'à toute nouvelle idée ou impression sensible, même de faible intensité, qui n'altèrent les fonctions vitales. Toute la vie du sentiment est donc exclusivement enfermée dans la vie organique comme le démontre à l'évidence son extrême sensibilité.

Les émotions doivent donc avoir ces formes physiques qui ne peuvent dériver de causes extérieures à la vie organique, mais qui sont simplement des altérations fonctionnelles partielles ou totales, étendues ou limitées, profondes ou superficielles, selon le degré d'excitation et d'excitabilité organique individuelle. Ces faits sont donc les faits primaires dans l'émotion d'où il suit qu'ils se trouvent universellement identiques chez tous les hommes et chez les animaux supérieurs. Le phénomène de la peur qui >a de la simple surprise h la terreur qui paralyse et produit le tremblement ou la mort, se manifeste sous différents degrés non par des excitations sortant de leurs propres voies pour en envahir d'autres, mais bien par une gradation réelle d'excitations directes qui vont d'un degré faible à un degré très fort de perturbation fonctionnelle et produisent des émotions de diverse intensité. Une peur assez intense pour paralyser est un sentiment très fort de la perturbation organique complète envahissant promptement toute fonc-

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tîpn vitale ; une peur légère comme une surprise est le sentiment superficiel d'une perturbation faible. La colère furieuse est le sentiment très intense d'altérations dijBférentes de celles de la peur, augmentation d'énergie et déploiement de force ; la colère légère est le sentiment d'un trouble superficiel. Le plaisir de la joie est une invasion complète de la vie organique, tandis que le plaisir léger et superficiel a une faible intensité d'excitation.

S'il en est ainsi, beaucoup de ces formes extérieures qui dévoilent l'émotion sont un résultat naturel de mutations organiques profondes, car la partie externe du corps avec ses organes et les tissus correspondants ne peut se séparer de sa partie interne. La pâleur et la flaccidité musculaire sont des effets naturels directs du déséquilibre sanguin et de l'anémie temporaire dans les muscles et dans la peau par retrait du sang dans les capillaires de ces tissus ; la rougeur est, au contraire, un fait qui suit la dilatation des vaisseaux du visage et de la tête par paralysie du sympathique cervical due, à mon avis, à la violence d'excitation dans la honte. Le gonflement du visage dans la colère, les yeux injectés, sont la conséquence de la dilatation des vaisseaux, de l'augmentation de l'énergie musculaire, et de la tendance à l'action par contraction musculaire forcée et par augmentation d'énergie.

J'ai exposé, à propos de la genèse des émotions, pourquoi et comment se produisent ces phénomènes ; je n'y reviendrai pas. 11 me faut seulement rappeler que dans la genèse et dans la variation des émotions il y a eu un changement important, c'est-à-dire que,

de la défense et de la lutte réelle chez certaines d'entre elles qui possèdent ces caractères, on est passé à la défense et à la lutte simulées comme cela se produit notamment dans les émotions de colère ; il en est de même pour d'autres où des variations analogues marquent ce passage. Par suite de cette considération qui résulte des phénomènes eux-mêmes, je distingue dans les émotions deux catégories de faits organiques :

1° Faits et phénomènes qui sont la base physique ou la forme physiologique des émotions.

2" Faits de caractère extérieur qui sont consécutifs aux faits émotionnels et qui sont par conséquent la physiognomique et la mimique émotionnelle.

Les premiers dérivent directement d'excitations du centre émotionnel et sont primaires, fondamentaux ; les seconds, au contraire, assez complexes par leur origine dérivent d'abord d'un élément volontaire, puis, par habitude d'une action nerveuse restreinte suivant Spencer et, selon moi, d'une adaptation dans les relations sociales, qu'elles leur soient favorables ou contraires. Les unes et les autres manifestations, primaires ou secondaires, se sont associées si complètement qu'elles paraissent avoir une origine unique qui, par suite, semble instinctive.

Si l'on passe de l'attaque ou de la défense comme faits réels à des simulations, une modification doit se produire dans les ap[)arcnccs extérieures pour la colère active. Dans la fureur oii se déploie le maximum d'énergie, on doit trouver aussi la plus grande tension musculaire, prête à l'action dans le premier instant^ action qui, ensuite, devient réelle ; des mouvements doivent donc nécessairement suivre qui, n'ayant pas

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ci'objet déterminé sont décomposés, sans coordinat:ion, joints à d'autres mouvements qui dérivent des cDrganes vocaux et produisent des cris, des hurlements ^t des coups reportés sur des objets inanimés sur lesquels se consume tout l'excès d'énergie musculaire jusqu'à sa complète et entière satisfaction.

Lorsque, de la fureur, nous passons à la colère moins violente, puis au dédain et au mépris, nous trouvons une série de modifications graduées qui peuvent s'expliquer par le fait de la simulation de l'émotion primaire de la colère restreinte et adaptée aux conditions sociales, de même que la fureur indique ciussipar sa violence sans attaque qu'elle est une attaque réfrénée devenue simulacre d'attaque réelle. Il est naturel de penser que l'effet de la vie sociale constitue un frein à ces violences si nous considérons que les formes primitives doivent avoir été des actions d'attaque et de défense accompagnées par des émotions de colère, de fureur, etc. ; par suite d'un frein social ou extérieur, puis cérébral ou intérieur, les actions ont cessé ou se trguvent diminuées mais les formes émotionnelles sont restées toutefois sans aucun effet actif ou amoindri envers l'adversaire. Ce phénomène acquiert le caractère simulé de la vraie et réelle action émotionnelle d'attaque et de défense. Chez les enfants comme chez les hommes irritables comme chez ceux qui sont encore à l'état primitif, la colère est le plus souvent unie à l'action offensive parce qu'elle est peu ou nullement réfrénée.

Quand un semblable caractère de forme simulée se porte dans des formes émotionnelles moins actives qui ont acquis une physionomie différente, il y a

alors une aversion plus apparente que réelle et il est facile de trouver un autre élément volontaire qui puisse expliquer la forme émotionnelle expressive. Cet élément volontaire devenu habituel persiste par hérédité en tant qu'instinct. Les apparences physiognomiques du dédain, du mépris, de la colère calme ou réfrénée, deviennent les signes expressifs des dispositions hostiles de l'âme ; de même le courroux et la mauvaise humeur sont reconnaissables. Il y a ainsi un passage graduel tant dans la série des émotions que dans leur expression, limitation graduelle, elle aussi, de l'émotion originaire par l'efTet d'un frein social et d'une inhibition cérébrale.

Si nous observons les phénomènes émotionnels de l'inertie et de l'impuissance, c'est-à-dire ceux de la peur écrasante qui amène le tremblement ou la mort ou qui permet la défense par la fuite et par d'autres moyens, ou les phénomènes de reddition, manque de réaction et de résistance, de résignation, de soumission, de dévouement, de servilité, nous trouverons des transformations analogues du caractère primitif. Dans la peur qui paralyse, toutes les formes expressives visibles sont naturellement produites par le trouble profond de toutes les fonctions organiques, trouble qui se rapproche de la mort s'il ne la produit [)as. 11 n'y a ici rien d'acquis ou de transformé; s'il y a variations, elles dérivent de conditions individuelles et d'intensité relative des excitations tandis que les phénomènes fondamentaux restent invariables dans leur nature et dans leur apparition.

Mais les émotions moins dépressives ont subi comme les cxaltatives des transformations et des

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Variations par frein ou pour des motifs sociaux et

individuels d'utilité. De même qu'il peiit y avoir un

rrxotif de cacher la peur ou de la dominer, il peut y

^ voir utilité à la manifester; il est alors facile de com-

I> Tendre comment peut y entrer un élément volon-

trcurequi devienne ensuite habituel et demeure comme

vxn signe extérieur de la peur à certain degré. La

Soumission, l'obéissance, la servilité, le dévouement,

Jîeuverit se manifester dans la forme du sentiment

cx)mme des actes qui rappellent la non résistance ou

la reddition envers le vainqueur et le puissant.

Les exemples sont ici très nombreux et très évidents ; je pourrais rappeler ceux que rapporte Spencer pour démontrer l'origine du salut, véritables exemples d'actes de reddition, de soumission, comme pour implorer la vie que l'on remet entre les mains du vainqueur ^ On voit ici la reddition complète de sa propre personne, la soumission réelle au puissant afin d'avoir la vie sauve, puis l'acte simulé de reddition et de soumission pour indiquer le sentiment d'infériorité et d'impuissance; d'où la prosternation, l'agenouillement, l'offre de la tête ou des mains, comme dans l'acte de dévotion jusqu'aux actes moins caractéristiques, transformations lentes et atténuations des plus caractéristiques et des plus réelles. Aux actes sont unis des paroles plus humiliantes et des prières qui sont aussi des expressions vives, des mêmes sentiments.

On peut faire le même raisonnement par rapport

I. Principes de sociologie^ vol. III, partie IV. Institutions cérémonielleSf cap. vr. Paris, i883.

200 LES EMOTIO>S

aux sentiments affectueux qui, naturellement, d^^*^' vent être actifs s'ils impliquent des relations entre l^J individus. Si le plaisir représente un état émo*-^ exalté des fonctions vitales, la manifestation extérieur ^ de l'état émotionnel ne peut être considérée ni com un effet secondaire, ni comme une expression acquit mais elle doit être l'expression directe des conditio vitales. Si l'on est joyeux, on le voit par l'aspect ^ dans la dilatation des vaisseaux sanguins, dans l'énerg- ^^^ plus grande, dans la promptitude des mouvement^=^ dans l'attitude des muscles du visage, des yeuji^ comme résultat de l'état général organique. Si l'étc» ^ de plaisir est dû à un sentiment affectueux, l'aniouir^ alors s'y ajoutent d'autres caractères qui peu ver» t^ être des actes, caresses, paroles affectueuses, louanges, flatteries, badinages. Le phénomène émotionnel peut devenir plus complexe par beaucoup de faits qui peuvent y entrer comme éléments composants, aussi bien de caractère sensoriel qu'actif, c'est-àdire par des mouvements volontaires ; alors suivent les variations et les formes diverses que nous trouvons dans les sentiments affectueux à caractère exalta tif.

Ces quelques considérations qui se rapportent aux expressions émotionnelles ou à la physiognomique suffisent pour démontrer que, la théorie des émotions telle que je l'ai émise, étant donnée les interprétations données par les deux grands philosophes anglais. Spencer et Darvvi?^, ne peuvent être admises, et bien moins encore celles des autres auteurs qui sont moins adaptées à la théorie. Les deux ordres de faits exposés pour interpréter ces phéno-

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xnènes peuvent servir de base à une étude complète et nouvelle.

Il me faut maintenant montrer que, indépendemrxient des hypothèses explicatives pour les expressions «^xnotionnelles, ces signes extérieurs ont une grande vji^tilité individuelle et sociale à cause de ce même j>rincipe de protection qui donne origine aux phénoxxiènes psychiques et, sous leurs formes primaires, SI.UX sentiments. J'ai montré plus haut que les senti- XTLients sympathiques naissent parce que les douleurs €?^t les plaisirs d'autrui peuvent se communiquer et ^tre sentis par résonance, comme dans la pitié et 1 a compassion ; et que ces effets sont utiles pour ceux c£ui souffrent parce qu'ils peuvent être secourus et sauvés. Il en est ainsi de tous les sentiments que l'on appelle des sentiments d'humanité, nés de la vie sociale pour l'utilité des membres de la société : s'ils ne se manifestaient pas avec les signes caractéristiques des sentiments individuels, aucun acte utile au bénéfice des souffrants ne serait possible. Le bénéfice individuel est aussi le bénéfice social, c'est pourquoi le développement des sentiments d'humanité se trouve eu harmonie avec ceux de sociabilité ; les expressions émotionnelles sont un moyen de rendre plus intimes les liens sociaux.

Rien n'est plus instable que l'état émotionnel, rien n'est plus variable que les conditions dans lesquelles se produit une émotion cl quelquefois, sous des apparences calmes, se trouve à l'état latent un motif de manifestation subite. L'organisme vital est si compliqué, les éléments nerveux dont il dépend sont si excitables, la correspondance entre les diverses fonctions est si intime (ju'une petite variation dans une partie apporte une variation totale, une influence agissant sur une fonction s'étend à toutes et au centre émotif de môme qu'une variation générale est cause d'émotions plus grandes et plus rapides. On peut admettre en principe que toute perturbation de la vie organique apporte une émotion et cpie toute variation de perturbation comporte une \ariation émotionnelle correspondante.

Ainsi toute émotion est l'expression des organes vitaux en activité, c'est l'indice des conditions de la vie ; dans le sens le plus universel, la vie nous semble désirable ou triste selon qu'elle nous ofire des émotions qui exaltent ou qui dépriment. L'esprit, malgré le développement élevé de ses pouvoirs, est,

plutôt qu'un organe indépendant de la vie psychique,

celui qui dépend le plus des émotions parce qu'il

subit toutes les violences des tempêtes émotionnelles,

qu'il en sent et en comprend la valeur lorsqu'elles

sont passées, tandis qu'il est lui-même une source

nouvelle et copieuse de perturbations de la vie qui

lui renvoient les ondes tempétueuses, quelquefois

destructives de l'existence ou de l'intelligence.

L'homme aime pourtant ces tempêtes ; si l'on devait traverser la vie dans une tranquillité sans trouble, sans lutte qui augmente la vitalité, on croirait passer une vie monotone. Dans les batailles de la vie, chez l'être vigoureux, réside le désir ardent, comme sur les champs de guerre; il semble que riiomme soit né pour elles quelle que soit la forme de la lutte et de la victoire alors qu'il ne croit pas vivre dignement s'il vil dans le repos. Souvent, les hommes les plus riches se lancent dans une lutte quelconque par désir de manifester leur vitalité et de ressentir les émotions de la lutte et de la victoire. Malgré les sentiments d'humanité et de bienveillance qui semblent aujourd'hui si étendus parmi les hommes, on va pourtant à la recherche de la lutte avec désir et satisfaction. Même le peuple pacifique qui soutient une lutte fatale pour la vie et qui a besoin de la paix générale s'enivre au cri de guerre ; le sentiment de la lutte est irrésistible, il est égal à celui de la victoire.

Si les émotions s'étudient sous l'aspect exclusivement individuel, les variations qu'on y trouve sont grandes et considérables en intensité ^t en durée : les influences qui agissent sur ces variations sont Sergi. 15

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aussi nombreuses et avec des efifets différents car il faut aussi y introduire un autre facteur qui est l'état psychologique accidentel du moment où se produit le motif déterminant d'une émotion. Pour donner une conception assez concrète du fait, il faut procéder avec ordre.

Il y a des conditions individuelles constantes et d'autres accidentelles ou transitoires qui toutes, à des degrés différents et selon la valeur du moment, varient la manifestation émotionnelle. Tout ceci correspond à ce que l'on appelle relativité des sentiments qu'ils soient considérés chez des individus différents ou chez le même individu dans les conditions diverses où on peut les trouver, mais toujours, cependant, sous l'aspect individuel. J'appellerai ces conditions influences phy siologiques ; elles peuvent naturellement avoir des correspondances moi*phologiques.

Les influences physiologiques constantes doivent se trouver dans les caractères héréditaires de chaque individu, ces caractères étant des tendances émotionnelles plus ou moins accentuées, particulières ou générale^, pour tout ou pour partie des émotions. Cela constitue ce que l'on appelle en général le tempérament émotionnel qui est, en réalité, instinctif, même dans les formes extérieures du sentiment. A ces conditions, nous pouvons joindre les anormales qui sont déjà im passage aux conditions pathologiques accentuées et manifestes. Il y a des individus de tendance colérique, d'autres orgueilleux, d'autres aimables ou *lmmbles ; la condition sociale ni l'éducation ne pourront changer ces conditions instinctives, il peut seulement se produire une modification

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plus apparente que réelle par effet de l'éducation et par frein volontaire acquis : à un moment favorable, l'instinct réapparaît avec sa vigueur. Je rapporte un exemple de timidité invincible que, dans mon expérience personnelle, je trouve le plus singulier. Un jeune professeur se présente à un autre professeur qu'il connaissait de nom et de réputation avec le seul désir de le connaître personnellement. Il était tremblant, confus, présentait alternativement de la rougeur et de la pâleur, parlait doucement et avec une voix tremblante ; bien qu'il fût reçu avec la plus grande courtoisie et qu'on voulût lui montrer des livres et des instruments, l'émotion, au lieu de diminuer, s'accrut à tel point que ce jeune homme, tremblant et incertain, avec des yeux hagards et balbutiant, voulut se retirer s'excusant d'avoir dérangé ; mais il ne comprit ni ne vit rien car son émotion paraissait joindre à la paralysie. L'impression qu'il laissa à moi et à une autre personne — nous étions deux présents — fut douloureuse, tellement ce jeune homme, qui paraissait du reste avoir plus de trente ans, semblait souffrir. C'est un cas de timidité instinctive, le frein volontaire était complètement absent et rien ne la pouvait diminuer, pas même l'accueil familier qu'il avait reçu. A côté de cet exemple, je pourrais rapporter des phénomènes d'audace étonnants.

Outre les influences héréditaires, il faut aussi admettre celles qui sont acquises dans le cours de la vie individuelle par habitude éducative ou par habitude imitative. La première est principalement l'acquisition du frein volontaire sur ses propres émotions ; les enfants ne le possèdent pas, leurs centres

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d'inhibition ne fonctionnent pas encore, d'où ce fait que l'émotion se manifeste non seulement telle qu'elle est, mais telle qu'elle augmente en intensité et en durée. Ainsi sont toutes les personnes impulsi>es à centres modérateurs faibles ou peu forts, par nature ou par habitude. L'éducation jusqu'au point où elle atteint la constitution physiologique du cerveau, a ce rôle de modérer l'expression de l'onde émotionnelle, frein intérieur naissant du frein extérieur : l'autorité paternelle ou celle de l'éducateur. Beaucoup de formes émotionnelles sont modifiées par imitation, par sympathie, par suggestion, par le contact de personnes (jui ont des manières spéciales de manifestations émotives : imitation (pii peut être utile ou dangereuse selon (prelle est ime modification utile comme de contraindre dtîs émotions excessives, ou une modification vicieuse et de simulation.

Parmi les influences primitives de caractère physiologicpie, je place celle qui dérive de l'état cérébral, rinlelligence. S'il est vrai que les caractères déterminants des émotions sont, conmie je l'ai montré, des id('*es, des pensées, des perceptions, des reproductions d'idées, le nombre, la durée, l'intensité des émotions peuvent avoir des degrés divers selon la richesse d'idées et de pensées et peuvent se multiplier et augmenter en j)roporlion. Le»s personnes à imagination NiNe ont des excitations émotionnelles plus abondantes (pie celles qui ont une imagination limitée ; la richesse et la pauvreté d'idées ou de pensées connue leur Nalein* viennent donc y contribuer. Certains sentiments peuvent avoir un grand développe- UKMit lorscpfils trouvent des intelligences supérieu-

rés; la gloire, l'ambition, le pouvoir, la domination en dépendent. Les hommes de grande énergie et d'esprit élevé comme Alexandre, César, Napoléon, sont des exemples évidents de cette relation ; Washington, Gladstone sont des exemples d'un autre type où l'esprit et le cœur se trouvent unis. Mais il ne faut pas oublier qu'à une intelligence misérable s'imit aussi Tambition et le désir du pouvoir ; en des temps trop récents il y a eu des exemples ty[)iques de ce que j'affirme. Ce sont des hommes que la servilité a porté lentement dans la voie des emplois publics ; il sont favoris parce qu'ils sont servi les, portés plus haut parce que utiles à qui commande, soutenus par ime classe d'hommes parce qu'ils leur sont nécessaires. Ces êtres sont audacieux envers les faibles, servîtes envers qui commande, menteurs pour tous, si obstinés qu'ils paraissent avoir de la persistance, toujours vils et insuffisants. Beaucoup les confondent, à cause de leurs apparences avec les grands hommes, mais ils tombent vite dans le vulgaire et l'anormal, et le succès momentané tourne bientôt en défaite.

L'influence des aptitudes mentales sur les sentiments peut se mieux voir chez ceux qui ont un caractère social et moral ; car, dans ces conditions on doit comprendre les rapports déjà établis par les lois ou les coutumes entre les hommes et les rapports dérivés des sentiments d'humanité qui devraient otrc plus étendus et plus actifs qu'ils ne le sont. Souvent les hommes égoïstes sont assez peu intelligents pour ne pas comprendre qu'un certain désintéressement est aussi utile à l'existence sociale, que la générosité est un moyen d'augmenter la valeur personnelle et que

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l'activité gratuite rend beaucoup plus que l'activité égoïste exclusive.

Mais outre les conditions intellectuelles qui se rapportent à la quantité et à la qualité des idées, il y a une variante assez notable, c'est le degré divers de la sensibilité individuelle. Ce serait une erreur de croire que tous sentent également pour des motifs égaux, car il existe une insensibilité relative. Cette insensibilité se rapporte aux diverses catégories de sentiments qu'il s'agisse de ceux provoqués par des excitations périphériques, plaisirs et douleurs physiques ou d'émotions proprement dites. J'ai déjà parlé des causes de ce phénomène en établissant la différence de la sensibilité à l'irritabilité ; je rappellerai seulement ici que l'irritabilité ne se convertit qu'en partie en sensibilité dans les cas d'insensibilité relative, l'autre partie demeurant une pure irritabilité qui apparaît ensuite sous forme de mouvements.

Parmi les causes de variations constantes des émotions comme dans les douleurs et les plaisirs dérivés d'excitations périphériques, on ne peut négliger la condition sexuelle. J'ai eu ailleurs l'occasion de m'occuper de la sensibilité féminine par rapport à la sensibilité masculine. Cette recherche m'a amené aussi à l'étude morphologique des deux sexes et j'y trouvai une correspondance entre la structure et les fonctions qui démontre à l'évidence comment la femme, morphologiquement et fonctionnel lement, n'atteint pas toujours le développement masculin normal, mais, dans la moyenne, demeure en arrière comme s'il y avait un arrêt général de développement. Chez la femme apparaît donc l'infantilisme, ce qui veut dire

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^^ arrêt de développement, et par conséquent une ^^rxsibilité moindre, une moindre intelligence, mais '^^^ irritabilité plus grande et un frein émotionnel F**^s petit*. La sexualité exerce donc une grande *^fl\iencepour faire varier d'une façon spéciale la sen- ^^«ilité en général et les émotions.

TMalgré tout, il faut noter que ceci est un résultat '^^oyen et non pas l'état individuel de chaque femme ^^^^mparée à l'homme. Individuellement, il peut y avoir ^^ il y a une supériorité chez certaines femmes et ^^no infériorité chez certains hommes. Si nous pou- ^"îons construire une échelle de gradations parmi les individus des deux sexes par rapport à l'intelligence ^t aux sentiments, nous trouverions que toutes deux Suivent deux lignes ascendantes parallèles et que celle d.e l'homme est au-dessus de celle de la femme en Son point le plus élevé, mais que celui-ci est de beaucoup au-dessus du point le plus bas de la courbe de l'homme. De sorte que, outre le caractère sexuel, il faut tenir compte du caractère de variation individuelle afin d'avoir un juste critérium de la valeur émotionnelle chez un individu.

Expérimentalement, il n'est pas difficile de connaître les conditions de sensibilité individuelle ; on peut y arriver en explorant les organes sensoriels et, surtout, la sensibilité cutanée à la douleur. Je crois qu'il doit y avoir une correspondance intime entre

I. Voirez : la sensibilità feniminile, op. cit. ; la conférence : pour l'éducation et la culture de la femme, op. cit, ; — LoMBROso et Ferrero, in La donna criminale, sont arrivés aux mêmes conclusions.

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la sensibilité physique et la sensibilité émotionnelle, et s'il n'y avait pas d'autre fait pour prouver cette affirmation, il y aurait au moins celui que j'ai souvent montré, sur lequel j'ai insisté dans ce livre : le centre commun d'émotions et d'excitations périphériques el, par conséquent, la correspondance nécessaire entre les phénomènes produits par l'excitation du centre émotif, excitation d'origine périphérique ou centrale. Il n'est pas possible d'admettre qu'à une insensibilité relative aux douleurs provoquées dans les organes et les tissus, puisse correspondre une insensibilité j)lus grande pour les excitations cérébrales; cela forait penser que les mêmes organes, troublés dans leurs fonctions, sont plus excitables à certains moments qu'a d'autres ; cette opinion est insoutenable si non absurde.

Si, des iniluences constantes nous passons aux occasionnelles et aux accidentelles, nous trouvons leur nombre et leur entité de beaucoup augmentés de telle sorte que certaines de ces dernières peuvent dépasser en effets et en énergie les influences constantes et primitives à caractère physiologique. Avant tout, considérons l'état de nutrition, soit comme condition momentanée soit comme état permanent chez les individus. 11 peut y avoir dénutrition permanente par alimentation insuffisante et travail excessif, ou nutrition normale et par conséquent état végétatif sain ou fonctions normales ; il peut y avoir dénutrition par état organi(|ue incapable crassimilation complète des aliments nulritifs, comme on le voit chez beaucoup d'individus auxquels l'aliment ne manque pas et auxquels le travail n'est pas forcé. L'une et l'autre dénu-

OFLUENCES ET VAR1ATI0>'S 26 1

trition produit ratiémie avec tous les effets correspondants à l'état anémique ; tous les organes doivent souffrir, comme souffre Torganisme dans ses fonctions totales et dans sa structure. L'oxygène pénètre peu dans le sang par suite du petit nombre des globules rouges, il pénètre donc en faible quantité dans les tissus, d'où activité faible ; le cœur n'est plus normal dans ses mouvements, la respiration suit l'état général, il s'y joint l'affaiblissement de la digestion et la dispepsie correspondante. Alors s'établit un état de grande irritabilité dans le tissu nerveux et musculaire qui est Texpression d'une énergie faible, et Témotionnalité s'accroît ; de faibles excitations produisent de grands changements dans la vie organique, spécialement dans les mouvements du cœur, dans le calibre des vaisseaux sanguins, dans les viscères abdominaux et dans les sécrétions. Mais dans beaucoup de ces phénomènes émotionnels sous l'influence d'irritabilité d'origine anémique, l'expression motrice est plus apparente et ceci, comme je l'ai démontré a lieu, aux dépens de la vraie sensibilité. Dans ce cas, les émotions peuvent aussi acquérir des caractères morbides, évidents par leur violence et leurs effets qui peuvent être fatals comme dans la mort subite. Cl. Ber- XARD et d'autres expérimentateurs ont constaté que, dans la vivisection, les animaux, les chiens, meurent vite ou subitement sous la douleur s'ils sont faibles, résistent et survivent s'ils sont forts ; cette faiblesse peut tenir seulement au manque d'alimentation pour un jour.

Le manque d'aliujentation temporaire, même pour un temps bref, lorsque le besoin existe, place l'orga-

nisme dans des conditions spéciales par rapport aux émotions, l'intensité augmente et peut devenir un danger si Fémotion résultante est violente. L'irritabilité dans ce cas est grande et peut être extraordinaire ; je sais des individus qui, contraints à la faim pendant plusieurs jours, deviennent enragés et violents jusqu'à attaquer des personnes pacifiques, rencontrées par hasard. Chacun peut expérimentalement reconnaître son état d'irritation lorsqu'on a désir de se nourrir et que l'aliment n'est pas prêt; on finit par devenir violent et hargneux, on attaque par des paroles injurieuses les personnes de la famille ou bien Ton demeure taciturne avec une mauvaise humeur si évidente qu'elle paraît plus être une colère rentrée qu'une simple mauvaise humeur. A mesure que la faim se satisfait, on retrouve la sérénité du visage et de l'âme ; à peine est-on rassasié que disparaît tout danger de colère.

Ces influences de la nutrition sur les émotions montrent une fois de plus que leur siège physiologique se trouve dans les organes de la vie nutritive ; et puisque ce qui altère le plus leur fonctionnalité est la privation d'aliment, la réparation incomplète des pertes dues au travail physiologique, la dénutrition brève ou à longue durée, jusqu'à l'anémie, il est facile de comprendre l'importance de la nutrition saine, complète et réparatrice des énergies vitales. La première hygiène mentale est donc celle qui se rapporte à la nutrition compensatrice des forces vitales ; je reviendrai sur ceci en parlant de la pathologie des émotions.

Des causes morbides transitoires, d'un caractère

^elconque, tendent à modifier Tétat émotionnel; c'est d'abord à cause de Taffaiblissement général de l'organisme, une dénutrition partielle ou limitée, puis l'état fébrile, les douleurs physiques, l'interruption des habitudes, la réparation, l'oisiveté forcée qui, selon le temps et les circonstances, peuvent être de plus ou moins grande efficacité sur des caractères individuels différents par leur nature et par -suite de circonstances extérieures.

Parmi les causes qui tendent à augmenter ou à diminuer la valeur de l'excitation émotionnelle, il faut se rappeler certains états momentanés dans lesquels peut se trouver le sujet. Un de ces états est celui que l'on peut appeler de coJ location^ V énergie {firtiielle des mécaniciens. La poudre enfermée dans une culasse de canon produit, si elle est enflammée, les efiets désastreux que chacun connaît, tandis que, lorsqu'elle est libre, elle n'a que peu ou point de forces. Une pierre sur une tour a une énergie virtuelle car, en tombant, elle peut produire de graves effets d'écrasement; la même pierre tombée d'une hauteur minime n'a pas d'effets ou en a de beaucoup moindres.

Dans la vie individuelle il est difficile qu'une émotion ne soit pas accompagnée par d'autres d'intensité et d'extension différentes, car, dans les expériences de la vie journalière, dans la sociabilité continue, dans la série des affaires, personnes et choses s'associent dans l'esprit avec les émotions qu'elles ont pu provoquer. Dans ces associations et compositions d'efiets psychiques, il y a des éléments qui seraient indifférents, néghgeables, ou de si petite intensité,

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par rapport aux émotions provoquées, qu'on peut les considérer comme nulles. Mais clans les moments émotionnels d'un degré quelconque, beaucoup d'antres états d'émotions fortes et faibles peuvent être reproduits; dans les émotions très fortes comme celles de douleur intense, des idées qui se rapportent toutes au premier mobile émotionnel se reproduisent par l'association dont je parle ; ces idées rappellent des émotions correspondantes subies autrefois et qui s'unissent à l'émotion principale ; alors, l'état émotionnel est très complexe et considérable parce qu'il est constitué par la somme de beaucoup d'émotions. La perte d'un fils est très douloureuse pour la mère; l'émotion est immense, dépressive à l'extrême et l'on peut voir les signes extérieurs de cette très grande dépression. Mais un souvenir, une série de souvenirs, s'ajoutent dans l'acte de la douleur, l'affection filiale, la bonté, l'activité, l'avenir que le fils avait devant lui, etc., jusque dans les petites choses, la mère se rappelle de la présence du fils perdu; tout ceci augmente l'émotion, déjà profonde en elle-même, et la rend plus durable et plus dépressive. Des efforts analogues se produisent dans les émotions exaltativcs où l'on voit que plus le nombre des autres émotions accessoires provoquées est considérable, plus le volume et l'intensité de l'émotion dominante grandissent.

Je passe de suite, maintenant, aux causes externes qui peuvent faire varier les émotions de plaisir et de douleur en les augmentant ou en les diminuant d'intensité et de volume; on sait que, de même que la reproduction des émotions accessoires sert à l'effet

total, de même l'addition de beaucoup d'émotions présentes, directement provoquées par des motifs associés au motif principal, joue le même rôle. Assister à une représentation théâtrale constitue une grande série de plaisirs, car, outre le plaisir de la musique et du sujet représenté dans l'œuvre musicale, plaisirs qui, par eux-mêmes, provoquent beaucoup de sentiments présents et en ressuscitent de passés, on a les plaisirs du luxe du théâtre, la vue de beaucoup de personnes bien vêtues, de femmes qui charment, et ainsi de suite. Un banquet artistique auquel assistent des artistes de tout genre, dans une salle entourée de marbres et d'esquisses d'un sculpteur célèbre est plein de plaisirs non seulement par le goût des mets et des vins, exquis et délicats, mais par le charme de la compagnie, par les discours différents et variés, par le milieu nouveau, par la cordialité et l'accueil des hôtes. Et pour ne pas m'éloigner de ces influences qui servent à augmenter l'état émotionnel, je rappelle ce qui se produit dans les réceptions de tout genre, des plus humbles aux plus aristocratiques et dans les conversations les plus familières où se trouve plus l'amitié que la convention des salons. Sans doute, tout ce qui nous entoure d'animé ou d'inanimé, tout ce qui se présente de nouveau ou d'inattendu, sert à accroître notre plaisir et, souvent, l'exagère, s'il y joint d'autres conditions. La conversation des femmes est par-dessus tout très efficace et très émotionnelle parce que, consciemment ou inconsciemment, l'influence sexuelle s'y mêle avec ses attractions et ses grâces. En effet, une conversation sans femmes est moins attrayante,

(les dîners avec \m nombre trop restreint de femmes sont trop sérieux et souvent taciturnes. La femme est un stimulus d'émotions exaltatives, où qu'elle se trouve, de même qu'elle peut être une cause de discorde et de turbulence; si elle est présente, toute émotion e\altalive est facilement produite, le désir et la vivacité naissent, il y a un frein à l'intempérance et une généreuse souplesse. Si, ensuite, on y joint la danse, qui excite démesurément, la chaleur des lumières, les liqueurs, les boissons, les émotions du moment peuvent acquérir un très grand degré d'intensité d'où il est plus facile de passer à l'action. Là nait Tamour et la déclaration facilement écoutée suit parce que le sentiment de la vie est très exalté et que l'individu s'extériorise de toute manière. Mais les fonctions de la vie organique subissent à différents degrés les influences externes à caractère physique; les états émotionnels ressentent les effets de ces influences. La lumière et les ténèbres ont des efl'ets opposés sur les organismes de tout type, y compris les végétaux; la lumière excite les fonctions, les ténèbres dépriment et la nnit, |)()ur la plus grande partie des animaux, porte normalement au repos, au sonmieil, état physiologique spécial par lequel les diflérentes fonctions de la vie prennent des formes différentes, si elles n'entrent pas dans l'inaction coujplète. /V la lumière se trouve jointe la température pins élevée qno celle qui accompagne les températures nocturnes; la chaleur est une des premières conditions de la vie, elle aussi exalte tandis que le froid déprime et, s'il s'empare des racines de la vie, produit la mort. Les phénomènes digestifs et Tassi-

INFLUENCES ET VARIATIO^iS 267

milation sont plus actifs sous rinfliience de la lumière, la circulation périphérique est plus abondante sous les rayons lumineux et caloriques, rechange matériel et la relation entre le milieu physique et les organismes dans leur ensemble est donc aussi plus considérable.

Chez l'homme qui passe une partie de la nuit en veilles et en activité, les influences de la lumière et des ténèbres, de la température diurne et nocturne, sont aussi très sensibles et variables selon les conditions individuelles. Si la lumière appelle plus facilement la vie à Textéricur, la nuit la renferme dans ses retraites intimes; chez l'homme, s'il veille, il y a concentration des excitations cérébrales qui rallument les fonctions vitales et les troublent plus profondément alors qu'elles devraient tranquillement reposer. Les images renouvelées prennent une forme et une figure réelle et, avec leur persistance et leur vivacité, agissent sur le centre émotionnel en altérant le cœur et la circulation sanguine. Un échange continuel entre idées, images, émotions provoquées et {fice çersa introduit le tumulte en toute fonction; le désir s'enflamme ou prend les formes de délibérations véritables faciles à exécuter; tout ce qui était difficile à penser devient facile à obtenir jusqu'à Tapparition d'un rayon de lumière qui met en fuite toute illusion plus vite qu'im songe.

Les émotions dépressives augmentent d'intensité dans les heures de nuit qui modifient l'organisme dans la même direction et font comme l'état morbide qui s'aggrave le soir et dans le cours de la nuit. Les périls semblent plus graves, l'anxiété et l'angoisse s'accroissent chez les personnes faibles et peureuses

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et éveillent de tristes pensées qui agitent et qui dépriment.

Pour certains, la nuit est créatrice parce que la pensée devient concentrée et isolée des excitations extérieiu'es ; Tiniagination s'anime et le sentiment la seconde avec toute son intensité : le beau, le sublime, le grandiose apparaissent dans leur plénitude ; les poètes sentent énergiqucmentceque Ton appelle Tinspiration et dans une solitude éclairée d'une lampe, ils peuvent composer un drame splendide d'afTection. La nuit est aussi créatrice de peur, inspiratrice de terreurs : les images les plus innocentes prennent des formes monstrueuses ; les bruits les plus faibles et les plus occasionnels deviennent des signes de péril. La solitude déprime, agite, inquiète, crée des périls, enflamme rimagination qui rénove des récits horrifiants et terribles, des attaques et des morts mystérieuses.

L'homme peureux ne passe pas la nuit dans une rue solitaire; s'il se trouve seul pour un instant, il chante, il crie, il parle poi^r tenter de tromper sa solitude et il trouve ime compagnie dans sa propre voix. Dans la maison, il se retire dans un coin de sa chambre, il ne peut s'en éloigner sans être accompagné, voyant des spectres |)artout; il a borrcur de l'obscurité et ne pourra se mettre au lit seul et sans lumière. La lumière du jour dissipe en grande partie ces peurs fantastiques. I^es enfants surtout subissent ces \aines lerrems, les récits de faits périlleux ou monstrueux, les êtres mvstérieux ou méchants dont on les menace y contribuent.

Mais l'état des fonctions de la vie et toutes les autres conditions externes physiques et accidentelles

dans lesquelles Thommc peut se trouver modifient les conditions organiques : tels sont le ciel splendide ou nuageux, la campagne fleurie et riante, la mer, Tair frais ou lourd, l'ctat électrique, surtout si l'état de nutrition est difiPérent par anémie ou par bien-être ou si quelque préoccupation trouble ou exalte les fonctions vitales. Le sentiment qui, d'aventure, peut être excité dans une condition d'influences si mêlées, sera comme un effet résultant et difficile à comprendre à moins que Ton ne connaisse tous les éléments, intérieurs et extérieurs, qui ont contribué à la manifestation émotionnelle spéciale. Il y a surtout certains individus délicatement irritables qui ressentent les plus petites influences et sentent selon ces influences; les nerveux faibles, les anémiques se trouvent sous l'action de ces efiets particuliers et sont, par conséquent, souffrants, alors qu'ils semblent être instables et incertains. Parmi les influences puissantes qui modifient l'état émotionnel, la plus grande est celle qui se rapporte à la lutte pour la vie dans la concurrence sociale et dans les graves difficultés que l'on rencontre à chaque pas. Les hommes qui ont la sécurité de la vie ne comprennent pas ce que doit être l'état d'âme de celui qui est incertain de l'existence. La sécurité des moyens d'existence conserve toujours un niveau élevé aux émotions, à moins que d'autres causes d'un autre genre ne l'abaissent temporairement ou pour longtemps. Mais celui qui ne sait comment vivre ou faire vivre ceux à qui il est lié par le devoir, est dans un état agité et déprimé pour de longues heures; l'angoisse se lit sur son visage et l'agitation se voit dans des mouvements irréguliers ou dans la parole quelquefois

incohérente. 11 est alors facile de concevoir qu'un motif émotionnel doit produire des effets correspondants, ou en déprimant démesurément, ou en exaltant exagérément, avec d'autres variations inattendues dérivées d'un ensemble de faits internes, étal fonctionnel ou émotif, et de faits externes qui, par eux-mêmes, seraient des motifs à provoquer des sentiments.

Les individus naturellement bien constitués, qui n'ont point de lares de dégénérescence, résistent souvent héroïquement aux luttes pour la vie, d'autres, s'ils sont faibles, s'abandonnent et peuvent manifester des symptômes pathologiques dans leurs émotions. Il en est parmi ceux-ci qui s'habituent à la lutte et se contentent du peu et de l'incertain; d'autres sont entraînés au crime ou au suicide.

Mais la lutte sociale n'est pas seulement une lutte pour l'existence, c'est aussi une lutte d'honneurs, de suprématie, de vanité, de grandeur, de domination, do lutte, c'est-à-dire une lutte multiple et complexe ; de sorte que ceux qui ont la sécurité de la vie se trouvent présenter, dans les luttes sociales, divers types et caractères. Ici entrent en ligne de nombreux sentiments, ambition et gloire, cruauté et servilité, plaisir de la victoire et douleur de la défaite ; des premières victoires on va aux secondes, de celles-ci au désir de victoires plus grandes ; l'ambition, l'amour du pouvoir, la vanité, augmentent.

Ceci sulîil. Ces brèves indications sur les influences (le toute sorte, intérieures ou extérieures, suffiront à démontrer la variabilité émotionnelle de l'homme et à démontrer comment tout ce qui contribue à perturber les organes nutritifs produit une variation émotionnelle.

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