‹ Les empiriques; comédie en trois actes et en proseChapitre 10 sur 41 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les prccédens , R O B E R T.

Michel, allant à Robert.

Eh,

mon ami , n'es-tu pas blessé ?

Robert.

Ils ont fui comme des coquins.

Michel." Qui ?

Robert.

Ceux qui attaquoient les cl- devant propriétaires de nos trois mules.

Michel.

De nos trois mules !

Robert.

Sans doute. Ce qu'on trouve en pays ennemi n'est-il pas de bonne prise ? Je suis accouru aux premiers coups , un pistolet à chaque poing ; les assaillans ont cru qu'il venoit du secours aux assaillis , les assaillis qu'il arrivoit du renfort aux assaillans : tout a disparu , et je suis resté maître du cliamp de bataille, {il Jette la valhe à terre.) Mais faisons un petit inventaire de cet échantillon de nos propriétés. Lecourt , un ccupd'œil à nos bêtes , mon garçon : s'il passoit quelque amateur....

Lecourt.

Je ne les perdrai pas de vue.

Dans tous les cas , j'ai encore mes deux coups à tirer. Ce n'est pas tout de conquérir , il faut savoir conserver ses conquêtes. Or sus instrumentons. ( il ouvre la valise , ses camarades la vuîdent avec lui.) —Un cordon rouge, un cordon verd , un cordon bigarré ; plus , un crachat d'or , et un d'argent.

Michel Peste l cela promet.

Robert.

Je le crois bien, parbleu. C'est l'équipage de quelque petit Grand d'Espagne. — Un roul?au de toile grise l Que diable y a-t-il là-dedans ? ( // le déplnc et lit. )

Carlos traite les incurnbles ,

Et guérit leurs maux divers ; De ses sv.ccès presque incroyables 11 a rempli l'univers.

Je falsois déjà un rêve agréable, le réveil n'est pas gai. Allons," c'est tout bonnement l'écriteau d'un charlatan , fait en méchans vers pour rendre la chose plus touchante. Michel.

Ce qu'il y a de remarquable , c'est la rare modestie du docteur; Robert.

Présomptueux comme un médecin. Au reste, c'est de la même famille ; on se ressemble de plus loin. — Une liasse de papiers ? il faut voir cela. Si c'étoit des billets à ordre? Michel.

Oh ! sans doute , une rame de billets à ordre î Robert, faùllctant.

« Certificat de bonne vie et mœurs du Corrégldor d'Aguilar; »> daté d'avan--hi;r. ( // li!. ) Guéri le chien de la princesse des » Asturies , d'un dépôt au scrotum. Guéri les révérends pères >> Jacobins de Scvil'.e ,* d'une fièvre chaude avec transport au » cerveau. Guéri une chanteuse de Madrid , de. . . . ».

Eh ! laisses-là ces sottises : tu n'aurois pas fini demain.

Robert.

A la bonne heure : nous verrons le reste dans un autre moment. Voici le beau , l'intéressant , le solide ; nous en sommes à la vaisselle. ■ — Un habit chamarré d'cr, un autre chargé d'argent. C'est le Pérou que cette valise. Des livrées neuves , légèrement galonnées ; mais enfin c'est du galon, {^frottant la dorure avec sa ■ jt:.iin, et U sentant.) Oh, le coquin ! oh, le voleur!

Michel.

Eh bien , qu'as-tu donc ?

Robert.

Tout cela est faux, faux comme la médecine ; ma main sent le cuivre à ple'ne bouche. En jettant cela au fcu , nous en avions chacun pour dix pistoles. Oh , le scélérat! Si du moins sa bourse étoit au fond de la valise ! — Pillulespour l'épilepsie ;

c'est bien restaurant. Fillules pour L goutte , que Encore des

pillules , et voilà tout. Que le diable t'emporte et te remporte, chien de' charlatan.

L E C O U R T , riant.

La belle capture ! Ah , ah , ah !

D u V A L , riant.

La superbe trouvaille l Ah , ah , ah !

DuBREUlL, avec ironie.

C'est le Pérou que cette valise. ( tous quatre rient aux éclats. }

Robert.

Vous avez beau rire ; )e n'ai pas perdu mes pas , et c'est ce qui me console. Les trois mules valent leur prix : grandes, bien

prises , la tête haute

Michel, souriant.

Prends garde que les mules ne soient fausses aussi,

R o B E R T , je frappant le front , et sautant. Je l'ai trouvé , je l'ai trouvé.

DUBREUIL

Le Pérou ?

Robert,

Je l'ai trouvé, vous dis-je. Vive Robert, vive les gens d'esprits

Michel.

Je crois qu'il devient fou. Qu'as-tu trouvé enfin ?

Robert.

Un moyen sûr de nous tiier d'embarras. Ah l vous rlezj ah l

TOUS faites los mai:v;i:s pUisaii-> ! Humiliez-vous devant l'Idée «ublime c^u'; j; vais communiquer.

Michel.

Quelle est-elle , voy n:^ ?

R o .' E R J, à M'chd.

Tu vas prendre ton ^land sérieux, te répinJr? en sentînces, en maximes : et n'est pas le moment. Prête -toi à b nécessité, jouons la corné lie, et sortons du mauvais pas où ncuj scraraeb, sans battre tout un régiment ; et sai.s nous laire échiner.

Michel.

Comment cela ?

Robert.

J'endosse l'habit du doctrui , vous prenez ceux de s-'s gens^ je mont^' la meilleur^ mu'e, vous chassez les autres devant vous, nous entrons tranqaditm.nt du,n- Uigel , nous nous logeons dans la meilleure auberge; bon vin, bonne chère, grand étalage, cela provoque à la ccnfiar.ce ; nous tuons les malades , nous rendons malades ceux qui se portent bien, nous empochons les plstoltb d-rs uns et des auires , et nous poussons plus loin à l'aide des ccrt fivats du docteur.

Michel.

Tu te feras médecin ?

Robert.

Comm.e un autre. C'est la plus petite chose du monde que cela !

Michel.

Je n'en reviens pas. Toi médjcin !

Robert.

Eh! sans doute. D^ i'.ft.oateile et de la vogue , voilà le fond

de la médecine.

Michel.

Tu en veux furieusement à la Facal.é. Cependant, quand tu

es malade

Robert, nant.

Je ressemble à eux qui connoissent les femmes , et qui ne savent pas s'en passer.

DUBREUIL

Laissons-là les femmes pour le moment , et revenons à nos affaires. Te voilà médecin. . , .

Michel.

Et nous nous bornons au rôle modeste de valets du docteur.'

Robert.

C'est un genre qui a son mérite. D'ailleurs , puis-je faire de vous autre chose .' Savez-vous le latin ? connoissez-vous les racines grecques ? pcuvez-vous citer à propos , déraisonner gravement pendant une heure , et renvoyer contens et émerveillés, des gens qui ne vous ont point entendus ? Oui , vous serez mes gens, et rien que mes gens. Allons faire une visite exacte de nos ballots , et prendre chacun un habit à notre taille, Michel.

Camarades, qu'en dites-vous?

Cela me paroït plus sûr que d'attendre ici les événemens."

DuvAL, Lecourt.

Et à nous aussi.

Michel.

"Voilà qui est arrangé , monsieur le médecin : nous sommes à vos ordres. ( Duval et Licowrt rémittent les effets dans la. valise. )

Robert, d'un ton tragique.

Paroîsseï ' ^'^^'varrols , Maures , et Castillans ; seul avec la médecine je vous défie au combat ; seul avec la médecine , je vaux toute une armée, et je fais marcher sur mes pas la déyastation et la mort.

Michel, souriant.

Tu ne feras pas mal de communique^ à notre Gouvernement la découvyte de cette arme si meurtrière et si sûre. Ce que nos physiciens cherchent en vain , tu l'as trouvé dans un moment d'enthousiasme.

Robert,

Ton idée est bonne , lumineuse , et nouvelle sur-tout. Oui ^

mes amis ^ qu'un bataillon de médecins français se répande chez les coalisés ; par-tout ils feront des prodiges sans frais et sans danger , et nous nous porterons mieux.

Pour mol, je vois déjà la renommée saisissant son burin immortel , et gravant mon nom en tête de ceux des vengeurs de la Liberté. Cette pensée me transporte , m'enflamme , et fait de mol un homme nouveau. Mais ne perdons pas comme les héros d'Homère , un temps précieux en discours superflus : marchons , étonnons , et frappons.

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