SCÈNE PREMIÈRE
GASPARD , ensuite ROBERT et PÉDRILLE.
gaspard , entrant le premier.
Par ici... par ici , vous autres... Voici le commencement d'un village, ou plutôt d'une ville... car j'aperçois une grande rue garnie de belles maisons... {A Robert.) Arrive donc, tu es toujours a l'arrière-garde.
rocert , entrant avec Pédrille , à qui il donne le bras.
Est-ce que je peux aller plus vite avec le camarade qui est dans les bagages... Tenez... vous serez mieux sur ce banc... <;;i vous reposera.
GASPARD , à Pédrille qui s'asseoit.
Savez-vous que c'est bien heureux que nous vous ayons rencontre... car vous eticz-la au bord de ce fosse , presque sans connaissance... D'oîi venez-vous donc ainsi ?
PÉDRILLE
De l'armée... j'étais a la bataille de Pavie , ou l'infanterie espagnole s'est bravement montrée , je m'en vante.
Air : Le Luth galant.
Je" fus blessé ; mais ô destin bien doux ! Du général qui vainquit , grâce à nous ! Le nom vivra toujours au temple de mémoire! Généraux et soldats, au champ de la victoire , N'ont pas la même part !... car pour eux est la gloire ! Et les coups sont pour nous!
Tout ce que j'ai obtenu , c'est mon congé ; et je revenais au pays , lorsque la fatigue et le besoin... Mais grâce à vous , cela va mieux.
robert , à Gaspard.
Je crois bien ! Nous avons partage avec lui nos provisions ; et pourtant, c'étaient les dernières.
Les Empiriques i.
GASPARD , de même.
Qu'importe?... nous avions fait notre repas; il fallait Lien qu'il ni fil autant..- Moi, après dîner, je suis toujours charitable... ( / Ji^tbiÛr^ti regarde an four de lui.) Kh bien, notre nouvel ami, cSumB York regarde/. Le pa?J !... est-ce que vous le connai que vous savez ou nous sommes?
PÉDMLL*.
Dans un riche village... celui del Rocco , dans la province de la Manche.
GASPARD
Ah ! le village del Rocco près le Toùoso... J'ai entendu dire que c'était de toute l'Espagne le pays le plus bête.
PÉDRILLE
Un instant , seigneur cavalier , comme vous y allez. Moi qui y snii né.
GASPARD
t diffèrent... Pardon, camarade... je voulais dire que probablement il y avait ici plus d'argent que d'esprit.
PÉDRILLE
Pour cela, vous ave/, raison... du moins depuis six ans que je l'ai quitté... je ne crois pas qu'il soit changé.
ROBERT
Vous avez sans doute ici des parens ?
PÉDRILLE
Aucun.
Des amis ?
GASPARD
PÉDRILLE
Vous êtes les seuls... et pourtant en y respirant l'air du pays, j'ai éprouvé un bonheur...
ROBERT
Eh bien , par exemple , est-il bon enfant ?
GASPARD
Est-il de son village? Pour nous, mon garçon, notre ] c'est ou Vou nous reçoit bien... Notre patrie , c'est ou nous gagnons de l'argent ; et dans ce moment, nous sommes sans patrie... 1 1 s a quelques jours cependant , nous avions une belle voilure , un bon cheval , un habit doré et une trompette.
PÉDRILLE
J'entends... vous êtes des docteurs empiriques.
GASPARD
Comme vous dites , courant le monde et les aventures... Nous avons reçu , moi du moins , quelqu'éducation. (Montrant Roùert.)
Car lui est un ignorant, qui n'est charlatan que par routine... moi eest par principes... J'ai étudie en France, dans les universités..!
écolier , j'en savais plus long que mes maîtres ; ils m'ont congédié... médecin , je me mêlais de guérir mes malades ; mes confrères mont expulse... tour-a-tour, colporteur, alchimiste, écrivain, j'ai fait tous les métiers; les exerçant en conscience, avec franchise, et dans l'intérêt du genre humain... Les hommes, me suis-je dit* ne sont pas dignes qu'on leur montre la vérité... ils n'en veulent pas pour leur faire du Lien , il faut ks tromper ; mettons-nous charlatan, et je le suis.
Air : De l'Écu de six francs.
Cherchant des dupes au passage , Tous deux nous partîmes gaiment, N'ayant, pour faire le voyage , Que de l'espoir et peu d'argent !
Nous commençâmes par la France...
PÉDRILLE
Bon pays pour les charlatans.
ROBERT
Non pas vraiment ! car en tout temps , On y voit trop de concurrence !
Mais en Espagne , c'est différent.
PÉDRILLE
Vous y avez eu du succès.
GASPARD
Je le crois Lien... Allez dans la Catalogne , dans les Asturies dans les deux Castilles... tout le monde vous parlera du docteur Gaspard, cest mon nom Les poudres, les elixirs , les anneaux constelles Dieu ! quel débit !... Enfin nous exploitons la crédulité publique... nous vivions aux dépens des sots; et comme je vous le disais , nous roulions carosse , lorsque, l'autre semaine par reconnaissance, et pour l'agrément de nos auditeurs, je m'avise de leur faire quelques expériences de physique... attendu qu on a des connaissances dans cette partie-la... j'écris donc sur la muraille en lettres de feu... honneur au docteur gaspard avec du phosphore.
PÉDRILLE
Du phos... fort... Qu'est-ce que c'est que ça , camarade ?
GASPARD
Il ne sait pas ce que c'est! Un soldat qui a couru le monde, et qui revient de la bataille de Pavie... Étonnez-vous donc , après cela, que de simples paysans... 0 siècle ignorant et barbare'.. Pour revenir a notre affaire, pendant mon illumination, mon ami Kobert, qui a eu l'honneur d'être ventriloque, leur donnait un
échantillon de ses talens... sa voix avait l'air de sortir du plafond, ei de dessous terre, ou <lu milieu de l'auditoire, (jui, au lieu de s'amuser, s*éêt avisé d'avtitt peur.* Ils sont tous enfin frappe's d'épouvanté ; d l<- lendemain , nous ('lions .signales comme des cabalistes, des illuminés et des sorciers.
DRILLE
Vous avez pris la fuite ?
ROBERT
A pied... sur-le-champ, abandonnant notre équipage , et toutes nos i n lusses si légitimement acquises.
GASPARD
Il Je fallait Lien... Le bâcher était déjà prêt, et c'étaient ceux même que j'avais guéris de la toux, et de la pituite, de la gravellc, du mal de dents... tous nos clients, enfin, qui étaient les premiers à apporter des fagots.
ROBERT
Aussi , quand nous retournerons daus ce pays , il y fera chaud.
GASPARD
En attendant, il faut vivre, et recommencer notre fortune... Croyez-vous qu'ici nous réussirons comme docteurs r.. Y a-t-il des maladies?
pédrille.
Oui... et de la crédulité encore plus... Comme je vous le disais , la ville est tonne.
GASPARD
Eh Lien! camarade, vous qui connaissez le pays, soyez notre associe, et partagez avec nous les bénéfices.
PÉDRILLE
Je vous remercie, seigneur Gaspard : je ne puis accepter vos offres ; je ne suis pas venu ici pour faire fortune, mais pour revoir encore une seule personne que j'y ai laissée, il y a six ans; et après ça, on dit que le capitaine Fcrnand Gostèz prépare une cxpëdision... je m'embarquerai avec lui, et j'irai me faire tuer dans le nouveau monde.
Gaspard, le retenant par le bras.
Un instant... ( Lui tâlant le pouls. ) Je vous ai dit que j étais médecin, et que je m'y connaissais... Pulsation fréquente , regard sombre et mélancolique... dérangement dans le cerveau ! Vous êtes amoureux.
PÉDRILLE
Moi! qui vous a dit?
GASPARD
Je ne me trompe jamais... Voilà le mal reconnu : il faut maintenant trouver un spécifique.
Air : Vaud. de la Somnambule.
Contre l'amour nous avons , camarade ,
Deux remèdes ; l'un , c'est l'oubli , Remède extrême , et qu'hélas ! le malade
Ne prend jamais que malgré lui; L'autre est , je crois , et plus doux et plus sage , Avec succès on l'employé aujourd'hui.
PÉDRILLE
Quel est-il ?
GASPARD
C'est le mariage.
Trois mois après , on est toujours guéri .
PÉDRILLE
L'épouser !.. Je ne puis... on m'a dit quelle est mariée.
GASPARD
Alors, vous avez raison... Il faut partir»
PÉDRILLE
Mais je veux au moins la revoir encore; et si j'avais seulement un habit présentable...
GASPARD
Je vous entends... Tenez , camarade , nous ne sommes pas bien riches... car cette bourse est tout ce que nous avons sauvé du naufrage., mais il ne sera pas dit que des docteurs , des savans en plein air... des philosophes ambulans, auront passé près d'un pauvre diable sans lui tendre la main... partageons.
ROBERT
Qu'est-ce que tu fais donc?
GASPARD
Laisse-moi donc tranquille.
pédrille, refusant.
Air : De la Robe et les Bottes.
Non , je ne puis.
caspard , le forçant de prendre.
Acceptez , je vous prie.
PÉDRILLE
Que vous restera-il alors ?
GASPARD
Et la science , et la philosophie.
Oh! par ma foi , deux beaux trésors.
GASPARD
Oui , deux trésors d'espèce peu commune , Les Empiriques. 2
I i mac i iMi.iis ■ m ne peut oVpetiMr :
Par l'un on sait ciubt-llir la fortune ROBERT.
II |»;i! l'autre?
GASPARD
On sait s'iii p«|
PÉDRILLE
Seigneur docteur , quoiqu'il arrive... je vous suis dévoue... je suis à vous-, et vous verrez , djuM L'occasion, ri je sais reconnu tre un service... Adieu, je cours profiter de vos bienfaits.