‹ Les empiriques d'autrefois; comédie-vaudeville en un acteChapitre 8 sur 21 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

Les Précédons, TUFFIADOR.

TUFFIADOR.

N'ai-jepas l'honneur de parler a ce laineux inidecin français, le célèbre docteur Gaspard?

GASPARD

Oui , seigneur cavalier., et voici mon collègue .

TUFFIADOR.

Je viens de lire votre petit programme... c'est toujours pour midi?

GASPARD

Midi... midi un quart... pour que tout le monde soit Lien place.

TUFFIADOR.

Une belle découverte que vous avez laite-la , messieurs !

C'est-a-dire , au premier coup d'œil, ça a quelque chose d'étonnant poUr le vulgaire., mais pour les gens instruits .-.

TUFFIADOR.

Sans doute , pour nous antres.. Mais si ça vous était égal., je vous prierais d'en ressusciter un autre que l'alcade Gonzalès.

GASPARD

Impossible., c'était un homme en place., le premier du village.. c'est plus marquant , ça fixera l'attention.

TUFFIADOR.

Du tout., c'était un personnage inconnu, ignoré... et puis , je vous le demande , a quoi bon ressusciter un alcade ?.. il n'en manquera jamais.

GASPARD

A la bonne heure... mais c'est affiché... et l'on ne peut pas changer ainsi le spectacle.

TUFFIADOR.

Eh bien, messieurs , puisqu'il faut vous parler a cœur ouvert, vous voyez en moi Jean-Inigo Tulfiador , l'alcade actuel.

gAsfArd, ôlant son chapeau.

Quoi , vraiment !.. il se pourrait !

TUFFIADOR.

Oiù, messieurs, je suis ce malheureux alcade, le successeur de Les Empiriques 3

( tonales, que du reste je n'ai jamais connu : mais chacun dit que « .1 (il un intrigant, un ambitieux , qui cherchait a supplanter tout le monde..

Air : De Prévillc et Taconnlc.

S'il revenait , vous concevez sans peine

Qu'il voudrait l'avoir son emploi ; De I.» , lr bruit , la cabale , la haine : Cela devient un abus , selon moi.

GASPARD

Vous le croyez ?

TUFFIADOR.

Vraiment oui , je le croi.

Que devenir, que voulez-vous qu'on fasse , Quand tous les rangs, tous les emplois connus Sont occupes., on bien sont obtenus..

S'il faut, bêlas 1 outre les gens en place , Placer tous ceux qui n'y sont plus?

Et puis enfin ? il y a une injustice.. Mon prédécesseur était un gaillard qui a fait son temps., qui a joui de la vie... chacun a son tour.

GASPARD

C'est fort raisonnable., mais la difficulté est d'arranger tout cela.

TUFFIADOR.

Rien de plus simple... Vous retournez en France... la route est longue... on n'a jamais trop d'argent en voyage; et si une vingtaine de ducats pouvaient vous être agréables..

( II tire tic sa poche une bourse. ) Robert , prend la bourse.

Accepté... Voilà ce qui s'appelle être rond en affaires., nous ne penserons plus a votre prédécesseur..

TUFFIADOR.

C'est cela, qu'on le laisse tranquille , ce cher homme !. c'est tout ce que je demande.

GASPARD

Oui... mais maintenant, il nous en faut un autre.

ROBERT

C'est juste... {Pesant la bourse) Ça ne suffit pas.

GASPARD

Vous ne pourriez pas nous indiquer, dans le village , quelqu'un de connu et d'opulent?

TUFFIADOR.

J'entends .. quelqu'un qui cri valut la peine... Attendez ; nous avons le seigneur Jéroniino , le plus riche laboureur de l'endroit,

qui est mort , il y a cinq ou six ans... et a qui j'ai ail prêté , sur parole, une centaine de ducats... qu'il a oublie de me payer... Voila l'homme qu'il vous faut... ça vous fera autant de profit et d'agrément.

GASPARD

A merveille... Ayez soin seulement de le publier par la ville, afin qu'on soit prévenu du changement.

TUFFIÀDOn.

Soyez tranquille... je vais le dire a tous ceux que je rencontrerai... et vous me verrez tantôt aux premières places , applaudir , et crier : bravo /... Et puis , dites-donc , messieurs , une idée qui me vient.

Air : D'Une Nuit au château.

Pour prolonger l'existence , Dans ce moment , je conçois Certain projet d'assurance Qui vous sourira , je crois.

Voyez quelle économie !

Comme monsieur tel ou tel , Sans rien faire dans sa vie , On est sûr d'être immortel.

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