‹ Les empiriquesChapitre 24 sur 55 · ROBERT, CARLOS · texte numérisé non relu

ROBERT, CARLOS

Carlos. -, ^

Est-ce au seigneur Carlos que j’ai l’honneur de tirer ma révérence ?

Robert.

^ k lui-même , Seigneur. ( à part. ) C’est une pratique. ( haut. ) Asseyez-vous , s’il vous plaît. ( ils s'asseyent. )

Carlos.

Il y a trois heures au moins que je vous cherche avec le plus vif empressement.

Robert.

Ma réputation m’a donc précédé dans cette ville , car il y a tout au plus trois heures que j’y suis arrivé. Au reste , Seigneur , le public m’a par-tout témoigné l’empressement que vous me marquez , et par-tout j’ai justifié sa confiance.

Enfin , après avoir parcouru toutes les rues d’ürgel , votre tableau m’a ‘frappé ; je vous rencontre, et j’en rends grâce à mon heureuse étoile.

Robert.

C’est trop honnête , en vérit^. ^ ^

Carlos,

J’aurois pu m’épargner bien des recherches en m’adressant d’abord à cette hôtellerie , elle est connue ; et sans doute vous descendez par-tout à la meilleure auberge ?

Robert. ^

C’est ma coutume.

Carlos.

Elle est toute naturelle. Un homme comme vous doit aimer ses aises.*

LES EMPIRIQUES, Robert. ^

Au-delà de toute expression.

Carlos.

La bonne chère ?

'Robert.

Et le bon vin. Nous autres savans, nous nous dédommageons de nos travaux par les plaisirs de la table. ...

Carlos.

Et de l’amour ? ^

' C’est cela , c’est cela.

Carlos.

Ah ! c’est trop juste. Mais revenons. Je lisois votre tableau lorsque vos quatre laquais sont sortis. Ils sont lestes et bien tournés.

Robert.

N’est-ce pas ?

Carlos.

Superbement vêtus.

Robert.

• C’est une livrée neuve que je me suis donnée à Aguilar,'

\ Carlos.

A Aguilar ?

Robert.

A Aguilar.

Carlos.

Je les soupçonne d’aimer aussi leurs aises , et c’est de droite Ils vous aident sans doute dans vos travaux ?

Robert.

Chymistes profonds.

Carlos;

Ils en ont l’air.

Tout cela c’est le mieux du monde. Mais vous me dî'rex sans doute ce qui me procure l’honneur de votre visite?

Carlos.

Un moment. Vous avez trois mules magnifiques que j’aî apperçues en traverstant la cour. Au reste , vos équipages sont considérables , à ce que m’a dit rhôtellière.

Robert.

Mais , Seigneur , seriez-vous par hazard un officier public ? il me semble que vous avez le grand usage des inventaires.

Carlos.

Pour vous , vous voilà au milieu de vos productions chymiques , mis comme le duc d’Alcudia, et on jureroit que cet habit a été fait pour vous.

Robert.

Au fait. Seigneur. Etes-vous malade, et puis-je vous être utile ?

Carlos.

Très-malade , sous un certain rapport: Mais comme je suis aussi un homme de Fart, je viens 'paisiblement consulter avec vous.

Robert.

Je ne parle que par mes cures , et depuis que j’ai quitté l’université de Salamanque, je ne m’amuse pas à raisonner métier ; c’est la ressource des commençans.

Carlos.

Ah l vous avez étudié à Salamanque ? En êtes-vous bien sûr ? n’est-ce pas plutôt sur la route d’Aguilar que vous avez pris aujourd’hui vos licences ?

R O B E R T, J part.

Voilà un drôle qui va furieusement m’embarrasser.'

Carlos.

Allons, avouez que vous êtes un peu novice en médecine^ quoique très-expert en l’art de vous approprier le bien d’autrui?

R O B E E. T , Æ part.

Où diable; en veut-il venir ?

Carlos.

Mon cher ami , mettez la main sur la conscience, et convenez tout bonnement que vous êtes un frippon.

LES EMPIRIQUES, Robert.

Faquin !

Carlos.

Des injures ne sont pas des raisons. Vous savez à merveille quS rien de tout cela n’est à vous. C’est mol qui suis le vrai Carlos. Ainsi , rendez-moi mes propriétés sans bruit et sans délai.

Chienne de rencontre l Restituer, c’est nous perdre.

Vous n’avez pas encore une grande habitude de la prospérité : exécutez-yous galamment.

J Robert.

Ecoute. On t’a attaqué aujourd’hui , la frayeur t’a saisi , tu as tout abandonné , et je veux bien convenir , puisque nous sommes seuls , que je me suis arrangé de tes équipages et de ton nom j mais je ne rends rien.

Carlos.

Comment , tu ne rends rien 1

Robert.

Rien.

Carlos. X

Par Notre-Dame du Rosaire, je te traduis devant le Corrégidor.

Robert.

Je l’ai dans ma manche. D’ailleurs , que lui diras-tu.^ Tes papiers sont en règle, et j’en suis possesseur. Tiens , voila dix pistoles , tire-toi d’affaire comme tu l’entendras , et ne m’échauffes

pas les oreilles. ^

Me voler deux mille piastres , et m’offrir dix pistoles î

Robert.

Tu n’en veux pas ?

Carlos. > ^

Non.

Robert, remettant la bourse dans sa poche.,

Je garde tout.

Carlos, s'écriant!

Ma fortune.... mon sang.... mes entrailles ! Je suis assassiné , je suis mort.

y eux-tu te taire ?

Carlos. 6

Je veux crier.

R O B E R T, /é: poussant dihors", '

Eh , vas-t-en donc , maudit bavard.

Carlos.

Je veux rester.

Robert.

Je veux que tu sortes.

Carlos:

Abandonner mes mules, mes habits, mes pillules.,'.. Tu me les rendras , ou par Saint Pancrace , je vais t’arracher les yeux.

Toi?

Carlos.

Moi.

Toi? {^Il prend un bâton et k rosse. ) Tiens, mal-adroit, tiens: ^'Apprends qu’il ne sert de rien d’avoir raison quand on a les apparences contre soi.

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