CHAPITRE II
ENCLAVES HOMŒOGÈNES
Contribution à Vétude des formes grenues et des ségrégations des roches volcaniques.
§ I. GénéraUtés.
Il est aujourd'hui admis par les pétrograpbes de toutes les écoles que les conditions qui ont présidé à la formation des roches éruptives de composition minéralogique quelconque ont eu une influence prépondérante sur la structure de ces dernières.
Les roches volcaniques, ainsi que je Tai rappelé plus haut, sont le plus généralement microlitiques, elles sont dans ce cas caractérisées, au point de vue de la structure, par Texistencede deux catégories de cristaux, les uns (grands cristaux) formés antérieurement à la venue au jour du magma (cristallisation à haute température, sous pression et souvent en présence de minéralisateurs), les autres (microlites) produits surtout pendant Fépanchement de la roche. Le refroidissement rapide joint à la mobilité du magma, peut être aussi à l'absence de pression, au départ des minéralisateurs, explique pourquoi les microlites sont généralement de petite taille et pourquoi ils sont sourent accompagnés d'un résidu non cristallisé. L'existence de ces deux temps de consolidation est donc une conséquence des conditions différentes qui ont présidé au commencement et à la fin de la cristallisation de la roche.
Si Ton suppose maintenant que celle-ci ait entièrement
cristallisé en profondear, sous l'infloence des conditions qui ont permis la formation de grands cristaux, on s^ezplique aisément que la structure reflète cette uniformité. La roche sera bolocristalline et ne présentera pas cette structure à deux temps très distincts ; elle possédera la structure granitoîde.
Cette relation entre la structure des roches éruptives et les conditions de leur cristallisation est si firappante, que depuis que le microscope est employé en pétrographie, depuis surtout que les expériences de MM. Fouqué et Michel Lévy sont venues encore la préciser et en donner une démonstration expérimentale, les pétrographes ont classé les roches diaprés leur structure (MM. Fouqué et Michel Lévy, Rosenbusch (1877), Zirkel) en roches granitoîdes et en roches microlitiques.
Plus récemment, M. Rosenbusch a voulu aller plus loin ; il a pris pour base de sa classification la nature des gisements, divisant les roches éruptives en roches de profondeur, de filon, d'épanchement, et admettant qu'à chacune de ces manières d'être correspond une structure particulière.
Les relations existant entre les diverses formes qu'est susceptible de prendre un magma de composition déterminée ont été jusqu'à présent déduites de l'analogie de composition chimique présentée par des roches de structure différente, et aussi de l'existence fréquente de ces divers types pétrographiques dans une même région.
L'étude des enclaves homœogènes des roches volcaniques permet d aborder la même question d'une autre manière. Les roches volcaniques, en eQet, rapportent fréquemment des profondeurs, des agrégats minéraux offrant les divers types de la structure granitoîde, et présentant avec la roche englobante des relations de composition
tellenient intimes qu'il n'y a pas à douter de l'identité du magma d'où ils proviennent les uns et les autres. Ces relations peuvent être de deux sortes ; ou bien Tenclave homœogènepossèdesensiblement la même composition que la roche volcanique englobante [sanidinUe à bioiite des trachytes à biotitSt syénite néphélinique des phonolUes)^ ou bien elle est formée de quelques-uns seulement de ces éléments, de ceux que Ton trouve d'ordinaire en grands cristaux intralelluriques dans la roche volcanique. Pour simplifier, j'appellerai dorénavant le premier type d'enclave la forme grenue de la roche volcanique, malgré les petites différences de composition chimique qu'elle peut présenter avec celle-ci, et je désignerai le second sous le nom d'enclave basique, parce qu'effectivement, comme on le verra plus loin, quand une cristallisation produite aux dépens d'un magma ne comprend qu'une partie des éléments qu'il est susceptible de fournir, le produit cristallin ainsi formé est constitué par les minéraux les plus basiqiies parmi ceux qui appartiennent à la roche grenue correspondante, ou qui pourraient s'y produire eu égard à la composition chimique de celui-ci ^
Dans beaucoup de régions volcaniques, des enclaves homœogènes ont été antérieurement décrites (sanidinites des Âçores, du lac de Laach, syénites néphéliniques et roches à ittnérite duKaiserstuhl, nodules à hornblende et à olivine d'un très grand nombre de gisements, nodules à grenat, pérowskite, de l'Oberwiesenthal, etc.), et interprétées par divers auteurs, comme je l'ai fait moi-même ; je renvoie pour la bibliographie aux chapitres descriptifs. J*ai coordonné ces résultats et j'ai apporté personnellement sur cette question un grand nombre de docu-
1. Cette restriction est nécessaire, car un même magma cristallisant dans des conditions diiTérentes peut donner des minéraux différents.
ments nouveaux, s appliquant indistinctement à tous les types de roches volcaniques. Les exemples nombreux présentés par chacun d'eux permettent, en outre, d'en tirer quelques conclusions générales. En s^appuyant sur les documents réunis dans ce mémoire, il est possible, a priori^ de prévoir de quelle nature seront les diverses enclaves homcBOgënes d'une roche volcanique donnée, et inversement dans certains cas, de remonter de ces enclaves à la roche volcanique englobante.
Si Tinterprétation minéralogique des enclaves homoeogènes ne laisse pas beaucoup à désirer, il n'en est plus de même pour Texplication théorique de leur mode de formation. Il ne faut point, en effet, s'attendre à ce point de vue à trouver au problème une solution unique et sché* matique. On rencontre fréquemment ici des exemples de ce fait, sur lequel j'ai insisté à plusieurs reprises dans ce mémoire, et qui frappe tous ceux qui étudient les minéraux dans leurs gisements, c'est que la nature prend souvent des chemins différents pour arriver au même but.
Afin de bien établir la limite entre les faits d'observation que je crois pouvoir considérer comme définitivement acquis, et la théorie qui, elle, est sujette à discussion, j'exposerai d'abord les résultats ayant rapport à la composition minéralogique et à la structure des enclaves homœogènes des diverses roches volcaniques, pour chercher ensuite à exposer comment je m'explique leur mode de formation.