‹ Les enclaves des roches volcaniquesChapitre 22 sur 206 · C. Rendus, CXIII · texte numérisé non relu

C. Rendus, CXIII

scopique montre que ces veinules sonl formées par de grandes plages arrondies de leucite sans contours géométriques, présentant en lumière polarisée parallèle les propriétés optiques caractéristiques de ce minéral; la biréfringence est celle de la leucite de la Somma, les bandes hémitropes sont très nettes. Ce minéral moule toutes les aspérités du basalte, s'insinue dans les moindres fissures de la paroi de la fente qu'il remplit. Par places, il est séparé du basalte par du feldspath triclinique et peutêtre aussi par un peu d'orthose. Ces feldspaths sont aplatis suivant g^y groupés en rosettes en affectant la structure des diabases; un peu de pyrozène, de biotite, de magnétite, moule ces cristaux. (PI. III, 6g. 5.) Ils se présentent aussi en rosettes au milieu de la leucite, et leur enchevêtrement avec ce minéral est tel que les deux substances ont certainement cristallisé simultanément.

La leucite et les feldspaths sont criblés de longs cristallites de pyroxëne, sans action sur la lumière polarisée; il y a lieu de signaler, en outre, de véritables microlites allongés et enfin de grands cristaux de pyroxène, un mica noir du groupe de Vanomite [plan des axes optiques perpendiculaire à (/* (010) 2 E = 40® environ], de la Iwrnblende brune, de YapatUe, des lamelles d'hématite. Ces divers minéraux sont du reste peu abondants.

De nombreux essais ont été faits pour vérifier la légitimité de la détermination de la leucite. Indépendamment des propriétés optiques, j'ai pu constater (|ue le minéral est infusible, que la chaleur ne le rend pas opaque et ne lui fait pas perdre de poids; les essais micro-chimiques montrent l'absence de la soude, la présence de la silice, de Talumine et de la potasse. Un petit fragment a été placé dans un mélange d'iodure de méthylène et d'éther tenant en suspension un cristal de leucite de Tavolato ;

il s'y lient en suspension dans les mâmcs conditions et possède donc le même poids spécifique que ce minéral. Il est attaquable par les acides sans faire gelée. Tous ces caractères sont suffisants pour permettre d'affirmer que le minéral en question est bien de la leucite et pour éliminer rhypothëse d'une zéolite (analcime).

Il est plus difficile de donner une explication satisfaisante de ce mode nouveau de gisement de la leucite dans un basalte normalement dépourvu de ce minéral. Ce basalte, qui a été étudié récemment par M. Michel Lévy, possède en effet la composition la plus habituelle des basaltes à grains fins d'Auvergne [(I) olivine^ un peu d'augite, magnétite; (II) augite, labrador ^ magnéiiie^ avec de la biotiie autour de ce dernier minéral].

Les observations de M. Fouqué et de M. Scacchi ont montré que la leucite peut se produire dans la nature par sublimation; les expériences de M. Hautefeuille et de MM. Friedel ont fait voir la possibilité de sa production par voie humide; enfin MM. Fouqué et Michel Lévy l'ont reproduite par fusion ignée et recuit, soit de ses éléments, soit d'un mélange de microcline et de biotite.

La structure de la veine leucitique et notamment la disposition des feldspaths me semblent indiquer un mode de production par voie ignée. D'autre part, l'acidité des feldspaths, plus grande dans la veine leucitique que dans le basalte, l'existence dans celle-ci de minéraux n'existant pas dans cette roche prouvent un apport de matière étrangère. Peut-être faut-il voir dans tous ces minéraux le résultat de la transformation d'une enclave acide, incomplètement résorbée et étirée par suite de la fluidalité de la roche. La disposition des feldspaths est, du reste, tout à fait celle qui s'observe dans les enclaves acides en voie de recristallisation au milieu du basalte. Une des veines

leucitiques a été brisée ; elle montre une surrace blanche scoriacée et, dans les cavités arrondies, s'observent à la loupe de petits octaèdres de spinellides et des lamelles de biotite recouvrant les minéraux blancs.

Puy de Cordeloup. — Le basalte du Puy de Cordeloup, près Ysserteaux (environs de Billom) repose sur le granité, et en englobe des fragments que m'a remis M. Gautier. Us sont très curieux au point de vue des recristallisations dont ils ont été le siège.

Le basalte de ce gisement est riche en augite, pauvre en feldspath.

Dans une des enclaves que j'ai observées, le contact avec le basalte est formé par une zone très riche en verre brun renfermant des microlites et des grands cristaux dentelliformes d'augite, rappelant ceux de la fig. 8 de la PI. II ; ils sont accompagnés d'une petite quantité de grands cristaux allongés tendant à prendre à leurs extrémités une disposition fasciculée; ils englobent une grande quantité d'inclusions noires à dispositions palmées. Plus on s'éloigne du contact, plus le feldspath augmente, plus l'augite et le verre diminuent. On est ainsi conduit à une zone représentée par la fig. 1 de la PI. III dans laquelle on ne voit plus que des feldspaths arborisés et palmés rappelant ceux de certaines variolites. Ces feldspaths très allongés ont souvent pour axe des chapelets de fins octaèdres de magnétite qui accentuent leur disposition fasciculée et qui dans d'autres cas constituent de délicats édifices, se croisant suivant leurs axes quaternaires. L'intervalle entre ces feldspaths est rempli par du verre très riche en longues lamelles de biotite. Quand on se rapproche de l'enclave, les feldspaths deviennent moins abondants; ils prennent une forme plus régulière et au contact mém& du granité, ils viennent s'orienter sur les bords crénelés du feldspath ancien.

Dans un autre échantillon, une enclave a été presque entièrement résorbée; k sa place, on voit une roche bizarre formée de grands cristaux de feldspath triclinique entourés par des mici*olites plus fins mélangés à du verre, de Filménite translucide et de labiotite. Déplus, il existe en grande abondance des grains isométriques d olivine, tous entourés d'une zone mince de biotite.

La Bastide, près Lastic. — Les basaltes de la Bastide près Lastic renferment quelques enclaves entièrement fondues; elles ont dû être constituées par une roche granitique, à en juger par leur analogie avec celles qui ont certainement cette origine.

Le feldspath est rarement maclé suivant les lois de Garlsbad et de l'albite, il semble constitué par de Toligoclase. Sa recristallisation s'est effectuée sous forme de trémies dont les contours sont jalonnés par du pyroxène; parfois il y a formation de véritable pegmatite, tout le pyroxène ainsi développé dans une grande plage feldspathique ayant une même orientation (PI. II, fig. 5). Il existe aussi dans les intervalles des trémies une substance chlorileuse verte offrant une polarisation d'agrégat et résultant sans doute de la transformation de matière vitreuse. Dans ce feldspath existent aussi des cristaux nets de pyroxène, distribués d'une façon quelconque. Ce pyroxène est, en tout ou partie, transformé en œgyrine d'un vert d'herbe foncé.

Par places, Tenclave renferme des géodes contenant de l'œgyrine noyée dans de la calcite. Les sections minces de la roche montrent très nettement les faces m A* g^ des cristaux coupés transversalement. La calcite épigénise sans doute du verre, elle est sphérolitique et montre, en lumière parallèle, les phénomènes bien connus de la croix et des anneaux colorés lorsqu'on change lentement la mise au point.

Au contact du basalte, la proportion du pyroxène augmente beaucoup; il ne se transforme plus en œgyrine et il est mélangé de lamelles extrêmement minces et transpa* rentes d'ilménite brune. Ces minéraux sont encore englobés dans de grandes plages feldspathiques, puis 1 ou 2"" plus loin, Tolivine apparaît et la roche ne diffère du basalte normal que par ce fait que le feldspath triclinique y existe en grandes plages irréguliëres au lieu de former de petits microlites. Déplus, il se développe de nombreuses lamelles de biotite, surtout autour de la magnétite plus abondante que dans le basalte franc. Dans quelques échantillons, le feldspath n'affecte pas la forme en trémies et recristallise en grandes plages allongées, englobant le pyroxène; la roche simule unediabase. En6n un dernier échantillon renferme de grandes plages d analcime, à peine biréfringente, montrant par la superposition d'une lame de quartz teinte sensible des macles poly synthétiques très fines. Le feldspath recristallisé s'y présente localement sous forme microlitique.

Puy de la Garde. — Le basalte du Puy de la Garde, au sud de Saint-Jean-des-OUières (env. de Billom) , renferme également des enclaves , rappelant beaucoup quelquesunes de celles de Montaudou et de Ghaux-Montgros. Elles sont en effet constituées par un feldspath vitreux et une roche feldspathique à gros éléments, riche en ilménite.

Les feldspaths sont de Torthose et de Toligoclase; ils présentent les mômes particularités que ceux de Montaudou, de Pardines, etc.

La roche feldspathique est constituée par ces mêmes feldspaths avec un peu d'apatite. Ces feldspaths offrent la fusion en damier. Dans l'intervalle des petits solides rectan^ gulaires ainsi formés, on observe parfois des microlites de pyroxène et des lamelles de biotite. Dans les points où la

fusion a été complète, les feldspaths recristallisent soit sous forme de petits prismes rectangulaires, soit sous celle de longues baguettes diabasiques. Dans tous les cas, il se produit en grande abondance du pyroxène incolore, se transformant sur les bords en œgyrine, biotite et ilménite.

Dans un échantillon, au contact de Tenclave et du basalte, j'ai observé un grand moule de hornblende complètement transformée en magnétite et en dentelle d'augite à orientation uniforme. Il est probable que ce cristal appartient au basalte qui en renferme d'analogues.

Le basalte du Puy de la Garde est riche en nodules et en petites géodes de mésotype.

Saint- An thème. — Les enclaves du basalte de Saint- Anthéme, que je dois à l'obligeance de M. Gonnard, sont constituées par un granité riche en mica.

Le mica est entièrement transformé en agrégats de spinellides en buisson (PI. II, fig. 9) au milieu desquels se trouvent quelques minces lamelles de biotite récente. Tout à l'entour de ces pseudomorphes, l'on observe de petit smicrolites de pyroxène rhombique qui, par places, deviennent jaune verdâtre, prenant une biréfringence beaucoup plus forte. Ce sont probablement des épigénies en bastite. La petite taille de ces microlites ne permet pas d'établir ce diagnostic sur des bases plus certaines. Ils se développent également dans toutes les fissures de la roche, ils sont accompagnés çà et là de spinelles.

Les feldspaths sont en partie fondus. Leur fusion se produit fréquemment suivant des surfaces curvilignes rappelant les solides limités par les cassures perlitiques de pechsteins. Ces parties fondues recristallisent sous forme de feldspath limpide, orienté sur le cristal ancien qui est trouble et riche en inclusions vitreuses. La struc^ture alvéolaire de la roche est alors très curieuse. Le felds-

path récent cristallise parrois aussi bous forme de grands microliles à Faciès diabasique qui se développent souvent dans les fissures en s'implantant sur les deux lèvres de celles-ci.

Chaui-Montgros. — Les basaltes de Chani-Mongros, près Billom, et les tufs basaltiques qui les accompagnent sont riches en enclaves. Celles-ci sont formées par des rocbes feldspath iques souvent dépourvues de quartz et d'éléments colorés.

Les felditpatbs sont fondus et ont recristallisé en donnant naissance à une structure diabasique k faciès variés. En général, les cristaux allongés de feldspaths de nouvelle formation sont de grande dimension, mélangés à une très grande quantité de lamelles de biotite qui, dans les sections minces, se montrent sous forme de longues aiguilles. Le pyroxène se présente soit en grands cristaux criblés de cavités comme ceux de la figure 8 de la plancbe 11 , soit en microlites moulant en général les feldspaths et souvent se transformant en oegyrine.

Tantôt la partie cristallisée est bolocrislalline, tantôt il y a deux périodes de recrisLillisation de feldspath et de mica avec un résidu vitreux.

Quand l'enclavé est de petite taille, elle est souvent entièrement transformée. On la prendrait facilement pour une diabase très feldspathique, si l'on n'avait suivi, comme je l'ai fait, les diverses étapes de sa formation.

Ces enclaves sont constituées soit par des accidents . feldspalbiques de granulites soit, quand elles ne sont pas quartzeuses, par des roches grenues en relation avec les phonolites du voisinage.

Des enclaves de feldspath adulaire comme celui de ■ Montaudou ont élé trouvées' au Puy de Corent, pi-èe de

1. Bouillet, Topographie miner, du Puy-deDÔmt, Clermont 1854.

Veyre, au Puy de Ghanat. Des enclaves de roches granitiques dans les scories du Puy de Banson près Telbëde, et de la Bannière près Volvic, du gour de Tazanat, des granulites à grenat dans le basalte du Puy de Ghanat, etc.

La cordiérite signalée par Launoy ^ dans le basalte de la côte d^Anchal, près Pontgibaud, a certainement la même origine.

Andésites augitiques. — On a vu plus haut que les andésites attgUiques et péridotiques de Volvic renferment des enclaves de quartz ; elles sont accompagnées d'enclaves de feldspath, de sanidinites et d'une roche noire très buUeuse qui possède sensiblement la même composition que l'andésite massive.

Les fragments de quartz et d'orthose proviennent, selon toute vraisemblance, des granités voisins. L'ortbose en fragments macroscopiques est en général superficiellement fondue et présente alors les particularités qui ont été décrites à Pardines. Souvent l'andésite en renferme des enclaves microscopiques qui ont été imbibées par le magma volcanique; celui-ci y a laissé sa trace sous forme de nombreuses inclusions vitreuses ou de petits grains d'augite, en général associés à des granules demagnétite. Ges feldspaths (orthose et oligoclase) ainsi criblés d'inclusions se distinguent au premier coup d'œil des grands cristaux de labrador, indigènes dans l'andésite ^.

Cantal. — a) Enclaves dans les tufs basaltiques. — Murât. — Les tufs basaltiques que l'on observe aux environs de Murât, à l'embranchement des chemins allant à Albepierre et à Empalât, sont riches en fragments de

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