IV. — Enclaves feldspathiques non quartiildres
Résumé et conclusions. — Les enclaves qui font essentiellement Tobjet de ce chapitre sont des roches anciennes feldspathiques non quartzifères. Leur origine ne sera pas toujours aussi facile à établir que celle des enclaves étudiées dans le chapitre précédent, ce qui s'explique du reste, leur composition chimique les rapprochant souvent de celle de la roche englobante.
Les basaltes d'un assez grand nombre de gisements du Plateau Central de la France renferment des enclaves de roches grenues basiques, composées le plus souvent d'hypersthène, d'augite et de feldspath triclinique (andésine, labrador ou anorthite). On peut se demander quelle est l'origine de ces roches qui ne sont pas connues en place dans la région. Sont-elles des produits de cristallisation intratellurique du magma basaltique ou bien au contraire doivent-elles être considérées comme des roches anciennes, arrachées par la roche volcanique au même titre que les granités et les gneiss qui les accompagnent en enclaves?
Bien que, dans quelques cas, il y ait une certaine analogie entre leur composition minéralogique et celle du basalte, j*ai rejeté la première hypothèse, car j'ai trouvé des passages entre ces roches et d'autres, contenant du grenat almandin, de la biotite et du quartz, et ayant une origine ancienne incontestable. Il est probable que l'étude détaillée de l'Auvergne permettra de rencontrer en place ces roches qui peuvent être, suivant les cas, soit des diabases ou
norites intrusives, soit des accidents basiques de la série gneissique. Des roches feldspatbiques à pyroxène ont été trouvées en enclaves dans d'autres régions volcaniques. Je les ai placées dans ce groupe par analogie avec celles du Plateau Central de la France. Je dois toutefois reconnaître que, pour quelques-unes de ces roches, le doute est permis au sujet de leur origine.
Tantôt ces enclaves n'offrent aucune modification, tantôt, au contraire (et il est facile de Tobserver surtout dans les enclaves des basaltes massifs), elles sont plus ou moins transformées et toujours de la même façon.
Suivant les gisements, tous les éléments ou quelques-uns d'entre eux seulement se chargent d'inclusions gazeuses vitreuses ou liquides, parfois extrêmement abondantes.
L'hypersthène, puis le pyroxène monoclinique fondent à leur périphérie ou suivant leurs cassures. Il se produit à leurs dépens de Taugite microlitique et des spinelles, généralement englobés par un résidu vitreux ; ces microlites pyroxéniques sont soit disposées d'une façon quelconque , soit groupés de façon à former des squelettes de grands cristaux (PI. III, fig. 7 et PI. VIII, fig. 9). Ils sont très souvent accompagnés ou môme remplacés par des cristaux d'olivine, offrant la particularité curieuse d'être allongés suivant Taxe vertical comme les microlites du même minéral, que l'on trouve dans les andésites augitiques d'Auvergne (PI. VIII, fig. 5 et 9). Le mica et le grenat se transforment en un mélange de spinelle, de microlites d'hypersthène et de verre brunâtre.
Quand la transformation est poussée plus loin, le feldspath fond lui-même et recristallise sous forme microlitique. Ces modifications peuvent se faire sans apport de matière basaltique; dans quelques cas (Pardines), on voit au contraire le verre basaltique pénétrer entre les éléments
en partie fondus de l'enclave et recristalliser sous une forme plus cristalline.
Il est intéressant de remarquer que les modifications subies par Thypersthène et le pyroxène monoclinique sont identiquement les mêmes que celles que Ton observe dans les enclaves des nodules à olivine, soumises aux mêmes conditions, et que, d'autre part, les transformations du mica et du grenat sont semblables à celles que nous avons décrites dans les enclaves quartzofeldspathiques.
Ces faits prouvent que ces modifications dépendent uniquement des conditions physiques auxquelles ont été soumises les enclaves, et qu'elles se sont opérées sans apport étranger.
Dans toutes les régions volcaniques, on rencontre en enclaves, dans les roches basaltoïdes, des fragments de roches provenant des éruptions volcaniques antérieures. Nous ne les étudierons ici qu'au point de vue du métamorphisme. Les enclaves de roches basiques ne sont pas modifiées en générale
Quant aux roches volcaniques acides englobées, elles sont plus ou moins fondues ; elles recristallisent ensuite par refroidissement. Il devient alors assez difficile de faire la part de la cristallisation ancienne et de la recristallisa-
i. Il faut signaler ici cependant, comme exception, les célèbres bombes de réniption du Vésuve en 1872, étudiées par A. Scacchi {Àtti d. R. Acc.^ Napoli, V. 1872) et par Vom Rath (Zeitschr. d. d. geol. Gesellsch. 221, 1873.) Elles sont constituées par des laves leucitiques anciennes, analogues à celles de la Somma, corrodées, pénétrées et parfois soudées par des minéraux de nouvelle formation, produits vraisemblablement par action de fumerolles : ces minéraux trôs nombreux sont les suivants : microsommite, leucite, sodalite, cavolinite, augite, hornblende, mica, magnétite, oligiste. Je ferai remarquer la frappante analogie de ce mode de formation de minéraux avec celle que Ton observe au Mont-Dore, dans les enclaves d'andésites, recueillies au milieu des tracbytes (voir plus loin). Elle montre comment les roches leucitiques basiques se rapprochent des roches acides au point de vue des phénomènes chimiques qui ont accompagné leur émission. J'aurai l'occasion de revenir sur ce fait.
tioQ, Tune et Tautre s'étant effectuées dans des conditions analogues et par suile ayant donné des produits semblables ou peu différents.
C'est pour cette raison que je ne fais ici figurer que pour mémoire les enclaves de roches volcaniques acides dans les roches volcaniques basiques.
A. Roches anciennes basiques.
Plateau Central de la France. — Puy-de-Dôme. — Puy de Plantât. — L'enclave étudiée est grenue, composée d'hypersthène , d'oligoclase et de quartz, c'est probablement une norite quartzifère. Il existe quelques grands cristaux polychroïques d'apatite et de zircon. Les éléments essentiels de la roche ont de 1 à 2 ™'° de plus grande dimension. L'hyperathène vert clair est très polycbroïque ; il possède les inclusions brunes de l'hypersthène des roches anciennes.
Les modifications subies par l'enclave sont localisées à la périphérie des grains de feldspath et d'hypersthène. Quand on examine la préparation en lumière naturelle, on voit sur les bords des feldspaths des parties diffusant la lumière. Les feldspaths, en effet, subissent sur leurs bords Témiettement en solides rectangulaires , représentés par la fig. 12 de la pi. III, puis fondent et recristallisent sous forme de petits microlites rectangulaires tricliniques, possédant des extinctions presque longitudinales; souvent leurs bords deviennent confus et la plage ressemble à la pâte de certains trachytes. Quand elle est au contact d'un cristal d'hypersthène, alors, de la magnétite, des cristallites ou des microlites d'augite se mêlent aux microlites feldspathiques : l'hypersthène est fondu ou corrodé à sa périphérie et couvert de grains d'augite et de magnétite de nouvelle génération. (PI. VIII, fig. 1.)
Cette enclave est fendillée et imprégnée de calcite, je Tai trouvée associée aux enclaves granitiques, décrites page 65 dans le basalte de cette localité.
Montaudou. — J'ai recueilli dans le basalte de Montaudou une enclave de diabase-norite, composée d'andésine en gros grains, moulant du pyroxène et de Thypersthène vert clair ; la roche renferme en outre de la magnétite , elle est à plus grands éléments que la précédente.
Le pyroxène est extraordinairement riche en inclusions vitreuses avec bulles de gaz et grains de magnétite. L'hypersthène offre les mêmes caractères que celui de la roche qui vient d'être décrite. Il ne renferme pas dHnclusions vitreuses. Le feldspath, au contraire, se charge d'inclusions vitreuses sur la périphérie des plages. Çà et là, et particulièrement autour du pyroxène, on observe de petits nodules de verre brun rougeàtre. Le feldspath, au contact de ce verre, présente des formes rectangulaires ou crénelées par corrosion ; par places même, il recristallise sous forme de longs microlites, toujours clairsemés. Enfin le pyroxène est souvent entouré d augite de nouvelle génération, affectant en général des formes dendri tiques.
Pardines. — J'ai déjà décrit^ une enclave de diabase recueillie par M. Michel Lévy dans le basalte de Pardines. Elle est constituée par du pyroxène et de l'anorthile grenus. Les cristaux sont fondus sur les bords et remplacés par un mélange de microlites de labrador et d'olivine (transformée en produits ferrugineux rouges), avec un peu d'augite. L'olivine est orientée de façon à affecter la forme de squelettes de grands cristaux; çà et là, on observe du verre riche en cristallites ferrugineux. Le pyroxène contient de nombreuses inclusions vitreuses à bulle.