‹ Les Enfans d' Adam et d' Éve comédievaudeville en deux actesChapitre 10 sur 42 · MARIETTE, LE COMTE · texte numérisé non relu

MARIETTE, LE COMTE

(Elle porte à son bras un panier contenant des petits fromages.)

MARIFTTB.

Le matin, du village ,

Je- pars galment Et le coeur content.

Pour vend’ mon p’tit fromage,

Et J’ chemine en chantant i Je n'ai ni pèr‘ ni mere ,

Personn’ ne me gén’ra ,

Et celui quej’ préfère.

Celui-là m'épousera.

Alt ! .

Tiens! c'est vous, M. le Comte?

LE COUTE

Bonjour, mon enfant... Toujours gaie, toujours chantant ?

MARIETTE

Dam! oui , moi je chante toujours... en travaillant, en jouant... on dit même que je chante en dormant... Que voulez-vous, quand oji est contente ! et je crois que si j'étais triste, je chanterais encore pour m'égayer.

LE COMTE

Qu'est-ce que tu portes là?

MARIETTE, retirant le panier qui est sur sa tête.

Çà, M. le Comte? ce sont des fromages que je viens de faire... Voulez- vous en goûter? Ah! dam, c'est frais, c’est appétissant... Et un parfum!.. de chèvre! sentez plutôt...

i, LES ENFANS D’ADAM ET D'ÈVE,

LE COMTE. j II me Ut des hlstoli

Merci , mon enfant! ! Il me r’g

MARIETTE. Enfin H n

Vous me refusez?., eb bien! vous avez tort, si M. Fanfan était là, il ne me refuserait pas, Sa lui! En v’Ià un gaillard qui est friand de fromages ! il les avale plus vile que je ne les fais. q u j ^ jj ^

le comte. sœurs... En v’ià i

Je te crois... Pus donc, Manette?

MARIETTE. Mais v*

M. le Comte!

le comte. C’est très biet

Je ne sais si je m’abuse , mais il me semble tout cela vous m que le filleul de la Marquise , depuis son arrivée

Il me Ut des hlstolr’s de spectre ou de r’venant. H me r'garde avec candeur Enfin il m'appelle sa sœur.

S ue le filleul ae la marquise , depuis son arrivée ans le pays , est plus souvent avec toi qu’avec les autres filles du village.

MARIETTE

Je ne sais pas comment cela sc fait , mais il me rencontre toujours... il est vrai que je vais souvent au-devant de lui... je croyais le trouver ici... vous ne l’avez pas vu, M. le Comte?

LE COMTE

Non , pas encore.

MARIETTE

Le lambin !.. je lui avais dit que je reviendrais à la ferme vers midi... c’est pour ça que je chantais tout le long du chemin... c’est un signal convenu entre nous.

LE COMTE

Ah ! vous avez un signal !.. ah ! ça tu l'aimes donc?

MARIETTE

Oh ! non... c’est-à-dire si... je ne sais pas au juste.

Au d* U FiIU( 4( • Iran Beauiai’.

Quand nous jouons dans 1’ village à quéqu’ Jeux C’est toujours lui , toujours lui que j'embrasse, S’il est près d’ mol mon cœur est plus heureux, Quand il est loin quéqu’ chose me tracasse.

J’aime mieux à m’ trouver avec monsieur Fanfan Qu’avec Jacques ou Guillaume, Petit- Pierre ou Gros-

(Jean.

Je lui donn’ des frotnag’s et pour lui quelquefois Le matin j’ vais cueillir des nolsctl’s dans le bois J’ lui flanqu’ des grand ’s tap’s dans 1’ dos,

El J’ lui dcnlclt’ des oiseaux.

LE COMTE

Ah ! c’est toi qni lui déniches...

MARIETTE, achetant Cair.

Mais v’ià tout, ça se borne là...

Croyex-vous donc qu’y ail d’ l’amour dans tout ça f Croycs-vous qu’y a D’ l'amour dans tout ça ?

LF. COMTE.

Mais... c’est possible... et lui?

MARIETTE

Oh! lui...

Méni» Air :

Près d’une fille il ne sait rien oser Il est timide jusqu’à la bêtise ,

Quand Je lui dis de m’ chipper un baiser Il devient roug’ I rouge comme un* cerise Et quand au render-vous mol J’arrive enchantant, Je le vois tout éran, tout chose et tout tremblant; Au fieu de me parler d’ tendresse et d’ sentiment .

LE COMTE

Sa sœur ?

MARIETTE

Oui , il dit que toutes les femmes sont ses sœurs... En v'ià une famille!

Fil» l'Ain

Mais v’Ià tout , ça s* borne là , etc.

LE COMTE

C’est très bien... mais dis-moi, Mariette, où . tout cela vous mènero-t-il ?

MARIETTE

Ma foi, je n’en sais rien... ça m’est bien égal... j’ vas toujours mon petit bonhomme de chemin , tant que ça m'amuse , et puis après au petit bonheur!

LF. COMTE.

Tu ne penses pas à l’épouser ?

MARIETTE

Tiens ! c’est vrai... pourquoi donc pas?

LE COMTE

Parce que... parce qu’il dépend de sa marraine, la Marquise de la Roche-Noire, et jamais elle ne consentira à donner son filleul à une fille sans fortune, sans parons...

MARIETTE

Eh bien ! et lui , M. Fanfan , est-ce qu’il en a des parons ?.. quant à la fortune, si ça vous regardait... si vous étiez sa marraine , ce n'est pas ça qui vous arrêterait, parce que vous êtes bon... vous...

LE COMTE

Non!

MARIETTE

Si, vous êtes bon...

LE COMTE

Je te répète que non.

MARIETTE

Et moi je vous dis que si... et la preuve , c’est qu’il faut que je vous embrasse...

LE COMTE

Ah! volontiers!..

(Elle se Jette au cou du Comte , l’embrasse ; Fanfan parait en ce moment.)

Page 1