ACTE I , SCÈNE X
Elisabeth.
Lui!
BUCKINGHAM, vivement.
Ce doute l'offense :
Croyez qu'il s'armera pour prendre leur défense ; Il le doit.
Elisabeth.
Le veut-il?
BUCKINGHAM
Reine... c'est son devoir.
Mais fuyez ^ hâtez-vous et je cours le revoir. Gagnez de Westminster l'asile inviolable : Jamais aucun parti^ dans sa haine implacable^ Jamais^ dans son orgueil, aucun pouvoir humain Jusqu'au fond de ses murs n'osa porter la main.
ÉLISABETH
Ils sont accoutumés à voir couler mes larmes :
Au duc d'York.
Loin de mon noble époux qu'avaient trahi ses armes ^ Ton frère, à la lueur de leurs pâles flambeaux, Poussa ses premiers cris au milieu des tombeaux. Que les mânes des rois , témoins de sa naissance , Après l'avoir sauvé, recueillent ton enfance ! Courons : pour te frapper sur mon sein maternel , On n'insultera pas nos prêtres, l'Eternel, Les ombres des héros que pleure l'Angleterre ,
La majesté des cieux et celle de la terre. Viens
Se retournant tout à coup vers Buckingham, et fondant en larmes.
Mais, mon Edouard, je l'abandonne, lui ! Qui le protégera?
BUCKINGHAM
Comptez sur mon appui.
Que tout reste secret^ gardez qu'une imprudence IN 'informe Glocester de cette confidence. Si contre vos enfans il n'a rien médité, (Et de son dévoûment vous seule avez douté) , En courant vous chercher, je reviens vous l'apprendre; Mais s'il vous a trahi, reine, il faut nous défendre. Unir nos partisans , et de sa trahison , Les armes à la main, lui demander raison.
LE DUC d'yORK.
Appelez-moi , milord ; faut-il marcher ? je Fose : Mon sang pour Edouard , et Dieu pour notre cause !
ELISABETH
Toi combattre! qui, toi, que dans mes bras je tiens! Si jeune, toi, mourir! non, viens; cher enfant, viens...
Elle fait un pas pour sortir,, s'arrête, et s'adressant à Buckingham avec désespoir.
Plaignez-moi : j'ai deux fils, deux fils que j'idolâtre; Je suis mère pour l'un et pour l'autre marâtre. Je sauve et livre un d'eux; ils ont les mêmes droits. Rester! partir! le puis-je? et comment faire un choix?