SCÈNE PREMIÈRE
GLOCESTER seul, le coude appuyé sur la table.
Quoi! de nos courtisans je fais ce que je veux ;
Nos vieux lords ^ dont l'intrigue a blanchi les cheveux^
Nos légistes profonds, à mon gré je les joue,
Et c'est contre un enfant que ma prudence échoue !
Ils sont à Westminster ! . . . mon pouvoir souverain
S'arrête intimidé devant ce mur d'airain.
Ont-ils par Buckingham pris de moi quelque ombrage ?
Le traître ! . . . Cependant il raisonnait en sage :
Pourvu qu'il reste enfant çe roi faible et borné ,
Je suis plus roi que lui, sans l'avoir détrôné.
Je lirai dans son cœur s'il doit mourir ou vivre ;
Mais réduit à frapper, d'un seul je me délivre •
Ils sont deux , et lui mort, vive Richard ! . . . lequel ?
Se levant.
Je suis Richard aussi, — Sans respect pour l'autel 3
LES ENFANS D'ÉDOUAÏID.
Courons chercher ma proie au fond du sanctuaire ; Osons l'en arracher , Dieu me laissera faire.
Retombant assis.
Mais ses prêtres ! . . . Cédons à la nécessité : Flattons en l'implorant leur sainte humilité. Pour monter jusqu'au faite il faut savoir descendre^ Et mendier bien bas ce qu'on n'ose pas prendre.
Il se lève de nouveau.
Quant à vous Buckingliam, mon bon , mon noble ami , Vous avez reculé ; c'est trahir à demi. Yous êtes grand railleur milord ; mais je parie Que vous ne rirez pas de ma plaisanterie.
Appelant. A un officier de la Tour.
Quelqu'un ! — Ce prisonnier délivré par mes soins
L'officier sort.
Qu'il vienne. — Sur son bras puis-je compter au moins?
Je l'espère, et malheur au scrupuleux complice,
Qui me donne un conseil quand je veux un service !
C'est sa faute après tout : plus infirme d'esprit ,
Plus bourgeois par le cœur que les sots dont il rit ,
A frapper terre à terre aisément on l'amène;
Mais il en reste là : pauvre nature humaine !
Pas un homme complet, pas un seul ! . . . c'est pitié :
En vertu comme en vice ils font tout à moitié.
Voyant entrer Tyrrel.
Jugeons de celui-ci.