‹ Les enfans d'EdouardChapitre 64 sur 106 · SCÈNE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SEPTIÈME

GLOCESTER, ÉDOUARD (endormi).

GLOCESTER

C'est lui ! c'est cet entant qui parle de punir, Quand ce moment, peut-être, est tout son avenir!... Non : sans cette autre vie attachée à la sienne, Je ne puis rien.

ÉDOUARi), rêvant.

Richard !

GLOCESTER

Il l'appelle : ah ! qu'il vienne ; Qu'il dorme à ses côtés, et je suis Richard trois ^ Je suis roi d'Â.ngleterre en étouffant deux rois. Nos lords, nos fiers prélats, pâlissant d'épouvante. Voudront, le crime fait, baiser ma main sanglante. Et , si je leur partage un lambeau du pouvoir. Pour ne rien refuser, n'oseront rien savoir

Marchant avec agitation.

Qu'il vienne! . .et s'il dit : Non. . . — Mot fatal! c'est la guerre: Drapeau contre drapeau, nous joiirons l'Angleterre.

Il s'élance à la fenêtre et se penche en dehors.

A qui la chance al ors ? . . Mais qu'entends-j e? — Aucun bru i t ! Mon œil au pied des murs plonge en vain dans la nuit.

Il revient sur le devant de la scène , et regardant Edouard.

Quelle angoisse! Attendons. — La frêle créature!

Belle pourtant^ bien belle. O marâtre naturel

En comblant tous les miens y tu fis de leur beauté

Un sarcasme vivant pour ma difformité.

Eh bien! marâtre, eli bien! j'ai détruit ton ouvrage:

Demande-les aux vers qui rongent leur visage.

La mort , la pâle mort décomposa ces traits

Où d'un œil complaisant jadis tu t'admirais.

Qui doit survivre à tous? Moi, l'œuvre de ta haine,

Moi, modèle achevé de la laideur humaine;

Encor deux fronts charmans à couvrir d'un linceul ,

Et tu ne pourras plus t'admirer qu'en moi seul. »

Prêtant l'oreille. Il court de nouveau à la fenêtre.

Ecoutons : ce sont eu:^!... — Cette rumeur lointaine. Ce concours, ces flambeaux ^ tout ledit : c'est la reine. C'est elle; je la vois. Qu'ils marchent lentement! D'oii vient qu'elle s'arrête? est-ce un pressentiment? Non, non : elle reçoit les suppliques d'usage. Encore une! et toujours! Faites-lui donc passage. Avec mes yeux vers moi je voudrais l'attirer. Ah! l'excellente mère ! elle vient les livrer. Elle avance , elle approche à ma voix qui l'appelle ; La voilà sur le pont !... Son fils n'est pas près d'elle,

Avec fureur.

Elle vient sans son fils ! — Tu mentais, tu mentais^ Faux espoir, sois maudit; et vous qne je sentais Vous dresser pour le meurtre en frissonnant de joie^ A bas! ongles du tigre : on m'a ravi ma proie.

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