SCENE IX
DANIEL, puis TOINETTE.
DANIEL
Allons, allons, tout va bien. A-t-on vu c’t imbécile do Crampon qui faisait de l’oppositiou... heureusement que, malgré lui, Pierre sera des nôtres aujourd'hui même.
toinette, venant ôter les assiettes, à part
11 est là... allons, U faut écouter scs reproches.
DANIEL
Ah! vous voilà,- Toinette... je vous remercie d’étro venue comme vous l’aviez promis j car, voyez-vous, j'ai besoin d’en finir avec les soupçons qui mo trouent dans la tête.
TOINETTE
Des soupçons! mais je ne comprends pas...
DANIEL
Oh! je vous en prie, pas de demi-mots, pas de faux-fuyans qui n’avancent 4 tien! il me faut de la franchisa.». tâchez donc d’en avoir avec moi, si c'est encore possible.
TOINETTE
J’cu aurai, monsieur Dauicl.
DAMIBL.
C’est bien, écoutez-raoi donc. 11 y a six mois environ , j'ai ressenti subitement que mon cœur allait parler pour vous; au bout de huit jours c’était fait, car j'avais du bonheur à voue voir, car je reveuais ici tous les malins, tous les soirs, et quelquefois encore dans la journée, aux dépens de mon travail. Alors, vous aviez l’air de me voir «usai avec plaisir, vous avioz des attentions
pour moi; quand je vous parlai» , ça vous faisait rougir, obï mais pas rougir comme aujourd’hui... si ben qu’un jour, Toinette, je m’hasardai à vous dire que je vous aimais et à vous demander si jo pouvait le faire sans vous contrarier. Ce que vous m’avez répondu ce jour-là m’a donné de l’encouragement: je vous parlai de mariage, comme un nonné te garçon devait le fairo, ce mot-lft parut vous causer de la joie. C’était donc comme une affaire convenue; mais v’ià que depuis huit jours, Toinette, vous ôtes changée avec moi du tout au tout. J’ai cru d’abord que c’était une bouderie, une bêtise de femme; mais il y a trop long-temps que ça dure. J’ suis bon enfant; mais j’ veux pas qu'on se moquode moi, voyez-vous... C’est pourquoi je vous demanderai une dernière fois : Toinette, m’aimez-vous? voulez-vous de moi pour mari?
TOINETTE
Monsieur Daniel, je ne sais... j’ai besoin de réfléchir.
DANIEL
Ahl c’est mon frère... cachons-lui ça... ça ne regarde que moi.
TlLi'iiiQDi, avançant.
Ahl quel plaisir (ter.)
Da n' plua êtr’ soldat !
Mo voilà l me voilà!... tout est fixé, arrêté, terminé... dès que t’auras apposé au bas de ce papier la griffe ornée de sa pataraphe... l’affaire sera coulée à fond... Demain tu porteras l’argent au marchand de caporaux, maréchaux, et citera... et un charmant Alsacien de cinq pieds sept pouces se chargera d’étriller ma grise et de se couvrir de gloire à ma place...
DANIEL
C’est bien... ce soir môme il aura son argent ; garde soigneusement le papier... quant à présent, il faut songer à ta réception... j’ai vu les amis, et c’est une affaire convenue.
damiel, avec force.
Oh! n’y a pas à réfléchir... il faut parler franchement et tout de suito. Je vous l’ai dit, c’est un oui ou un non que je vous demando.
TOINETTE
Mais... vous êtes bien pressé...
DANIEL
Je suis comme ça... Oui ou non...?
TOINETTE
Eh bien! monsieur... puisqu’il en est ainsi... puisque vous ne voulez pas me laisser le temps de respirer... car vous ne me laissez pas le temps de respirer...
Daniel, impatienté.
Je vous lo répète, je suis bon enfant; mais j* veux pas qu’on se moque de moi...
TOINETTE
Encore!...
DANIEL
Oui ou non! Toinette !
Eh bien ! monsieur... non !
Elle rentre vivement dans le cabaret.