LA^NTSRIIB MAGIQUE
! »X WmKVACK,
EFUis huit jours, les vacances étaient
termioées, et, le« uns après les autres,
les Élèves rentraient à l'Institution ; le
jour arriva enfin où leur nombre se
trouva complet. Je Toalais signaler leur
retour parune petite fête, et leur promis
la lanterne magique. Grande fiit leur
joie; cependant quelques-uns, déjà plus
raisonnables, eussent préféré peut-être
unplaisirmoinspuéril;decenombreétaientJuLBsMoiiKiEB,àqui
la publication des Enfans peints par eux-înêmes doit le Mouste,
le Gromn, le Petit Acteta; le S<woyard et le Marchand des Rmi j
Arthur de Filières, auteur de f Apprenti, du Diable de Vlmpri^ merie, du Fils du Cidlivaleur^ du Moniteur y àw Petit Clerc; Adolphe Lesèble qui a écrit le Sollimbanque y et, en général tous les jeunes auteurs de notre livre, dont les dernières feuilles étaient alors sous presse; aucun d'eux cependant n'en témoigna sa pensée; les autres, plus jeunes, attendaient avec impatience la soirée que j'avais annoncée; elle arriva enfin. Une des classes, disposée à cet effet, devait servir de salle de théâtre, et les personnages de la lanterne magique devaient apparaître sur un drap tendu sur le mur. Les Elèves entrent dans la salle; chacun prend place au milieu du léger tumulte excité par l'attente du plaisir ; enfin, les causeries écolières, les chuchotemens s'apaisent; le silence règne dans la salle ; je frappe trois coups, signal convenu, toutes les lumières s'éteignent, et le Directeur du Spectacle commence :
« Mes petits messieurs , je vais avoir l'honneur de vous faire » voir une lanterne magique comme vous n'en avez jamais vu ; » il ne s'agit point ici de monsieur le soleil, de madame la lune, » et de mesdemoiselles les étoiles; non certes , je ferai passer » devant vos yeux des personnages bien plus intéressans ; et » ceux-ci je n'aurai pas besoin de vous en dire le nom , vous M les connaissez mieux que moi , car c'est à vous que je les ai » empruntés. »
Jules Mounikr, tout bas d Arthur de Filières. — C'est alors un emprunt forcé ; car il ne nous en a pas demandé la per- ^mission, à coup sûr, puisque nous ignorons même de quoi il s'agit.
Le Directeur. — Eh! d'abord, voici un personnage de votre connaissance.
^Tous les Elèves. — C'est le Collégien !
Le Directeur. — Je suis bien aise que vous l'ayez reconnu ; niais je crois qu'il se prépare à parler; écoutez un peu ce qu'il va vous dire.
Le Collégien. — Messieurs, nous nous connaissons très-bien ; aussi m'avez- vous assez exactement dépeint. Pourtant, vous m'avez un peu ménagé; vous m'avez montré, par exemple,
beaucoup plus sensible, beaucoup plus tendre, et surtout moins distrait, moins joueur et moins paresseux que je ne le suis généralement; c'était bien naturel, et vous ne pouviez pas rne maltraiter sans vous nuire à vous-mêmes. Vous m'avez dépeint plutôt comme je devrais être que comme je suis en effet. Je puise cependant une leçon dans votre partialité même, et, pour ne pas vous feire accuser d'inexactitude, je vais tâcher de ressembler au portrait que vous avez tracé de moi. Quoi qu'il en soit, j'ai obtenu la permission de vous rendre visité ce soir ; j'ai voulu vous remercier et retourner au collège où Ton m'attend.
(Il disparaît).
Les Elèves. — A la bonne heure, voilà un garçon bien élevé.
Edgard Badia. — Je suis sw qu'ildoit être bon camarade.
ARTiïua DE Filières. — 'Sans doute, puisqu'il fait notre éloge.
Le DiRj^cTEUR. — ' Patience!.... Voyez-vous la mer en fureur, et qui semble jouer avec ce gros vaisseau comme deuxeafans avec un volant?...
Adolphe Lesèble. — Ceci s'adresse à toi, Jules.
JutES Mounier. — «Je CQiniixence à prendre plaisii: à ceUe lanterne magique-là.
Edgard Badia. — En effet, une vue de mer! Tu n'es pas neveu d'un marin pour rien.
Le Directeur^ — liéjà le vaisseau, est désemparé dans toute son étendue; la tempête augm^ente de fureur; il n'y peut plus; résister, le naufrage est imminent ; hélas! il sombre et disparaît dans l'abîme entr'ouvert.
JuLE$ Mounier. — Je crois qu'il fait du style, vraiment!
Le Directeur. — -Pourquoi pas; ce n'est pas difficile une description de tempête; il ne faut, pour s'en biea acquitter, qu'un peu de mémoire; on en trouve partout.
Juives Mounier. — Est*-ce«que cela t'amuse, toi^ Adolphe, cette lanterne magique-là ; elle commence à m'être fort ennuyeuse.
Adolphe Lesèble. — Tu as tes raisons pour cela.
Le Directeur. — L'équipage aura sans doute été submergé; mais non, je crois voir quelqu'un à la nage; oui, c'est bien cel?
il 8'avance, il grandit; le voilà, le reconnaissez -vous à son costume 7
Tous LES Elèves. — Le Mousse !
Le Mousse. — Eh bien! oui, c'est moi ! Qu'est-ce qu'il y a là de surprenant ? ... Où donc est ce malin de Jules Mounier qui se mêle de parler de la mer et de faire mon portrait 7 J'ai deux mots à lui communiquer.
Jules Mounier. — Me voilà.
Le Mousse. *— Où donc que tu as appris la mer et les manœuvres/ marin d'eau douce? Où donc que t'as vu des cordes à bord d'un navire ?
Jules Mounier. -^ J'ai pu me tromper sur la valeur d'un terme ; il n'y a pas grand mal à ça.
Lé Mousse. — On se tait , quand on ne sait pas bien une chose , ou l'on s'en instruit. Et puis ce monsieur qui me foit trembler et pleurer et qui me donne le vertige sur les manœuvres. Le Mousse, vois-tu, mou jeune monsieur, le vrai mousse^ est marin en naissant ; il aime la mer, et rien ne lui feit peur. . • Pourquoi que tu ne m'as pas &it pleurer pour avoir du sucre d'orge ou des gâteaux pendant qiie tu y étais7 Ça ne t'aurait pas plus coûté.
Jules Mounier , d^un ton piqué. -*- Parmi tous les reproches d^inexactitude que tu m^adresses , il y en a un que tu oublies. — C'est que je n'ai pas dit que tu étais d'une franchise qui frisait l'insolence et la grossièreté.
Les Elèves. — Bravo ! Bien répondu !
(Deax nouYeauz personnages paraissent; ils viennent chacun d'un côté différent» Celui de
gauche chante ) :
Filii et Fili»,
Rex celestis , rex gloriae !
Les Elèves. — Oh ! l'Enfant de Chœur !
Le personnage de droite s'avance également en chantant :
Allons ! eofans de la patrie !
Le jour de gloire est arrivé !....
— Tiens ! c'est le Tapin !
— Tiens ! c'est un petit Séminariste !
— Séminariste? Du tout. Enfant de Cbœur.
Le Tapin. — Eh! bien, qu'est-ce que tu dis de ton portrait?
L'Enfant de Choeur. — Et toi , que dis-tu du tien?
Le Tapin. — Mais, j'en suis assez content. C'est bien çal
L'Enfant de Chœur. — Tu es content, parce qu'on t'a flatté. Â entendre l'auteur, vous êtes tous des héros.
Le Tapin. — Tu en veux à nos jeunes auteurs, parce qu'ils t'ont représenté avec trop de vérité; et, comme tu n'es pas beau , tu n'aimes pas à te voir.
L'Enfant de Chœur. — Qu'est-ce à dire? Et Léonard Ducoudray n'est-il pas là pour prouver que nous ne sommes pas si laids que tu le prétends? Voilà un brave garçon !
Le Tapin. — Certes! c'est un caractère d'autant plus beau qu'il est plus rare parmi vous.
L'Enfant de Chœur. — Tiens 1 je vois ce que c'est; tu veux me vexer;.... mais moi , je te montrerai que j'ai su profiter de l'exemple de Léonard, et, pour éviter une querelle, je m'en vais.
Le Tapin. — Vous pouvez vous vanter , M. Edouard Jarry, d'avoir opéré une fameuse cure I . . . . car je connais le garçon, et je puis vous assurer qu'il n'est pas naturellement amateur de la paix. Quant à M. Edgard Badia, mon historien, je le remercie ; et quand il voudra me venir visiter au quartier , je tiens à sa disposition mes ra et mes fia les plus soignés.
Edgard Badia. — Je prends note de la proposition, et j'en profiterai au premier jour.
Le Directeur. — Voyez ce jeune garçon, si vigoureusement développé pour son âge. La vigueur semble animer tous ses mouvemens, et la santé brille sur son visage. Son costume, le bâton ferré qu'il porte à la main, le chien de montagne couché à ses pieds et les brebis qui l'entourent, tout en lui et autour de lui annonce son état.
Estevan de Perroz. — C'est lo Pastour ; je le reconnais bien. . . Et Manoël, et Andrez, que deviennent-ils?
Le Païre. — Ils ont été bien étonnés de voir louer 81 vivement une conduite qui leur paraît toute simple et toute naturelle; ils trouvent aussi que l'auteur a beaucoup exagéré les peines et les plaisirs de l'état^ qui est, en général, plus ennuyeux que fatigant, plus monotone que poétique. L'amour du pays natal a souvent conduit la plume du jeune écrivain ; il s'est trop laissé aller au plaisir de parler avantageusement de son pays et de ses compatriotes. Du reste^ nous lui devons la justice d'avouer qu'il a peint exactement le caractère fier, généreux, et presque indomptable des montagnards.
(Nouveaux personnages.)
Pbemier Personnage. — Je te dis que tu n'es qu'un mauvais flâneur, un paresseux; demande plutôt à M. Jules Mounier.
Deuxième Personnage. — Et toi, demande à M. Arthur de Filières ce qu'il pense de ton activité?
Arthur de Filières. — Je pense que l'Apprenti n'est généralement pas la perle des travailleurs.
Jules Mounier. — Je crois pourtant qu'il est encore plus laborieux que le Groom.
Arthur de Filières. — Vraiment : c'est alors de si peu, que la différence est imperceptible.
L'Apprenti. — On ne dira pas de vous , messieurs^ voilà des auteurs engoués de leurs héros.
Le Groom. — Non, certes; car d'habitude, ces messieurs se disputent bien plutôt sur la supériorité de leurs personnages que sur leur infériorité.
Jules Mounier. — La vérité avant tout.
Arthur de Filières. — Honni soit qui mal y pense !
Le Directeur. — Maintenant, voici une vieille et ombreuse forêt, peuplée d'arbres gigantesques , dont le feuillage offre une voûte impénétrable au soleil. Les sentiers foulés à peine s'y croisent en tout sens ; il faut bien connaître sa route polir ne pas s'y perdre j .. . puis, l'hiver, la nuit tombe vite dans les forêts,.... et c'est le temps où les loups sortent de leurs repaires
— vu
pour chercher leur proie.... Malheur au bûcherou attardé I ... . Et justement, voici venir deux enfans;.... ce sont de nos con* naissances.... Seraient-ils égarés dans les vastes détours de la forêt? Non, ils s'avancent vers vous, mes petits messieurs.
Le Petit Bûcheron. — Au nom de tous les bûcherons de la forêt du Morvan , je viens remercier Jf. Adrien Delaunay. Il a bien connu nos misères et nos souffrances; il a bien décrit notre caractère et nos travaux. Peut-être cependant nous a-t-il un peu flattés?
Adrien Delaunay. — Vous êtes le premier qui se plaigne de ce défaut.
Le Petit Bûcheron. — Nous sommes de braves gens , c'est vrai, monsieur, et nous osons le dire; mais nous n'avons pas les belles manières, et nous ne saurions pas tenir les beaux discours que vous nous prêtez.
Adrien Delaunay. — Je le pense bien; mais, comme nous écrivions pour les enfans des villes , nous avons cru devoir traduire vos sentimens dans le langage qui leur est le plus habituel , afin de ne pas laisser dans leur esprit le souvenir d'expressions qui, excusables et naturelles chez vous, ne le seraient pas chez eux. Or , nous savons par expérience que les enfans retiennent et s'approprient bien plus aisément ce qui leur est inconnu , ou leur parait bizarre et singulier , lors même que cela leur pourrait être nuisible, que les meilleures choses lorsqu'elles rentrent dans les habitudes ou dans les idées qu'on s'efforce de leur donner.
Le Directeur. — Comme il a l'air triste et souffrant, l'Enfant qui paraît maintenant à vos yeux.
L'Enfant Trouvé. — C'est que je suis seul sur la terre. Dieum'a privé de mon père et de ma mère presque à l'instant de ma naissance, et la vie est une route bien triste, bien longue et bien épineuse, quand il faut la parcourir seul.
Eugène Dalloz. — Pourquoi vous décourager?
L'Enfant Trouvé. — Je fiiais quels sont vos sentimens à mon égard et l'intérêt que vous ave;t cherché à répandre sur mon
triste sort. MaiS; avec la meilleure conduite et la plus belle intelligence, on ne trouve pas tous les jours un monsieur Riverd.
Eugène Dalloz. — Cela est vrai;mais^ si l'on ne parvient pas à la fortune, on parvient toujours à Taisance; on s'attire l'estime, la considération, la bienveillance des honnêtes gens; n'est-ce pas déjà quelque chose pour embellir la vie ?
Le Directeur. — Le personnage qui suit n'a pas du tout l'air satisfait.
L'Élève Pâtissier. — Comment le serais-je en effet? L'article où il est question de moi n'est qu'un persifflage continuel. Bien que je ne sois pas un savant, croyez-vous que je ne m'en sois pas aperçu? L'importance exagérée que vous semblez attacher à mon état....
Théodore Dermont. —Mais nous attachons, mes camarades et moi, une très grande importance aux gâteaux de toute espèce.
Tous LES Élèves. — Certes, et les nougats donc ?. . . Et les babas ?. . . Et les brioches ?. . .
L'Élève Pâtissier. — Oui, je sais bien que vous êtes tous des petits friands....
Tous LES Elèves. ■— Oh !•.. oh !...
L'Élève Pâtissier . — Mais vous n'en respectez pas plus ceux qui vous font toutes ces bonnes choses. Pourquoi ce soin excessif de décrire dans leurs plus menus détails toutes les parties de mon ajustement?
Théodore Dermont. — Pour mieux en foire ressortir la raison*
L'Elève Pâtissier, — Oui : et les difficultés exagérées que vous prêtez à mon état?...
Théodore Dermont. — Les choses n'ont de prix que celui qu'on y attache.
L'Élève Pâtissier. — Et la manière dont vous entrez en matière ?
Théodore Dermont. — Il fallait bien égayer un peu le sujet.
L'Elève Pâtissier. — Et votre prince Menzicoff ?
Théodore Dermont. — C'est de l'histoire.
L'Elève Pâtissier. — Est-ce de l'histoire aussi, l'accident ridi-
cule par lequel vous uie faites l'honneur d'entrer en connaissance avec vous?
Thiêodobe Dbrmont. — C'est encore pour égayer le récit.
L'Élève Pâtissier. — Et l'orgueil que vous me faites montrer en parlant de mon état et de l'estime qu'en font les étrangers 7 et les pompeux éloges du goût culinaire de l'Anglais, que vous me prêtez si complaisammept?
Théodore Debmont. — Toujours pour égayer le sujet.
L'Élève Pâtissier. -^ J'en suis très persuadé; mais je me plains seulement que vous le fassiez à mes dépens.
Théodore D^rmomt. — Vous n'avez pas l'esprit biea fait; il faut savoir entendre la plaisanterie.
Le Directeur. — Écoutez le nouveau personnage qui parait.
Le Petit Mendiant. — Un petit sou , monsieur, s'il vous plaît.
Les Élèves. — C'est le Petit Mendiant!
Le Directeur. — Pourquoi demandes-tu l'aumône, petit drôle?... Pourquoi ne vas-tu pas travailler?
Ls Petit Mendiant. — C'est que cela m'enauie bien de travailler... J'aime mieux courir à ma liberté dans les rues, et jouer, avec les autres enfans, les sous que j'obtiens de la faiblesse des passans.
Théodore Begnau. — Et tu n'as pas honte de piarler ainsi 7. . . En vérité , je me repeins presque d'avoir essayé d'attirer tant d'intérêt sur toi.
Le Djr:ecteuil. — Vous n'av^ peut-être pas as^ez signalé et assez blâmé la paressie et le vagabondage naturel à la plupart de ces malheureux-là... Ci^Bdaiit, 9/e vous^ repentez pas de votre bonté d'âme : U vaut mieux excuser dix coupable^ <|ue de condamner un sei3il innocent.
Une Yoix* — N'est-il pias vrai, jeune Jarobate ?
Le Petit Saltimbanqux. — A coup sw^ voua avez pajrlé comme un livre, et c'est sans doute d'après le principe que vous venez d'énoncer, que M. Adolpbe Le^èble m'a prêté uiji esprit de saîl- Ke et d'à-propos que je n^ me connaissais pas encore.
Adolphe Leseble, -r- Trouwe^-vous, du reftte, que j'aie bien
vrai ; et insolens y et a var icieux , avec encore d'autres bonnes qualités comme ça?. . . .
ÂftTHUR DE Filières. — Il y a de braves gens partout, et je ne doute pas q%i« vous ne soyez du nombre des gens de la campagne , qui n'ont aucun des défeuts que j'ai signalés comme leur étant les plus habituels.
Lt: DiBECTEUfi. — Voilà de pauvres enfons, bien dignes de compassion: un Sourd-Muet et un Jeune Aveugle. Le premier, monsieur Henri Radel , vom regarde en souriant et en mettant la main sur son cœur ; il veut vous dire sans doute que sa re«« connaissance vous y conserve une place; l'autre va vous exprimer sa pensée qui, sans doute , sara aussi celle de son infortuné compagnon.
Le Jeune Aveugle. — On m'a lu, monsieur^ l'article où vous faites si chaleureusement le tableau de notre infortune et de nos douleurs. Que ne puis-je vous voir ? vous liriez sans doute dans mes regards les sentimens de gratitude qu« vous nous avez inspirés; mais, hélas ! je suis privé de ce bonheur. Persévérez dans la route que vous avez prise ; soyez toujours ce que vous avez été cette fois, l'ami de tous les êtres qui souffrent; soyez toujours le partisan du malheur : tant d'écrivains imprudens ou corrompus semblent prendre à tâche de dessécher le cœur de l'homme , de le rendre insensible aux souffrances de son frère, qu'il faut remercier et bénir celui qui sait encore trouver des paroles dç consolation pour le malheureux , et un témoignage d'admiration pour les bienfaiteurs de l'humanité. II est beau d'aimer ses semblables et de chercher à les faire aimer !
Le Directeur. — Il est bien beau aussi d'être modeste, et monsieur Henri Radel ne trouvera , j'en suis sûr, qu'un motif d'encouragement sans orgueil dans les paroles reconnaissantes de son héros. — Mais , qu'est-ce que ce petit g^on qui , vêtu d'une blouse , tient à la main une baguette avec laquelle il montre les lettres de l'alphabet tracées à la craie sur un tableau noir?... C'est le Moniteur.
Lé Moniteur, — C'est aussi le Petit Clerc y car je réunis les
JLIII
deux types dans ma personne. Gomnie Moniteur, je n'ai qu'âne petite observation à faire : c'est qu'en vérité^ je «uis joueur, distrait, et peut-être aussi étourdi que tous mes camarades.
Arthur de Filières. — Vous ne devriez pas vous en vanter ; pour avoir le plaisir de dire que je me suis trompé uù peu sur votre compte , vous consentez à dire du mal de vous-même. C'est ce qui s'appeile se brûler pour échaoder les autres.
Le Moniteur. — Je ne me vante pas de mes défauts^ seule* ment; je ne crois pas pouvoir accepter des éloges que je ^sens ne pas mériter tout-à-fait.
Arthur i>e Filïèubs. — Voto av«E une conscience -Scrupa* leuse, c'est très-Wen : et comme PeM Clerc y quelles aont vos observations ?
Le Petit Gierc. ■— D'abord , un trait caractéristique que vous avez oublié : c'est que leP^fYC/ercestdattsune Étude ce qu'est le Rapvn dans un atelier ; je veux dire le jouet, le bar-deau et le domestique de ceux qui sont supposés ses camarades.
Arthur de Filières. — J'acceple votre critique; je la reconnais juste , et je vous promets d'en faire usage dans l'occasion.
Le Directeur. — Voilà qui est répondu modestement, et comme un jeune homine sincère et bien 'élevé ; mais voici encore deux enfans vêtus d'un costume bieïi différent, et qui viennent de deux côtés opposés. ËccHièez : Mlvmeltes chimiques allemandes! — Hoc^tO'boï Faites ranimer vos cheminées!
Le Savoyard. — Pour vous avouer la chose, messieurs, je ne suis pas autant battu qu'on a pu vous le dire , et quelquefois, si je le suis, c'est de ma faute, parce que je passe ma journée à jouer au s^oleil, quand il y en a encore un l'ayoa, au lieu de tra^ vailler po\iT gagner ma vie.
Le Petit Marchand des Rues. -* Quant à moi, messieurs, je ne puis que me reconnaître dans le portrait que vous avez tracé de moi. Cependant, je ne suis pas aussi diable que j'en ai la mine, et si un jour vous avez besoin de mes services, ils vous sont tous acquis. Parlez, faites-vous servir.... Allumettes oéêîfWques allemandes ! Un sou le paquet y deux sous la boite !
Les Elèves. — Voilà tout. Quel dommage! c'est fini.
Lb Directeur de la Lanterne magique. — Pas encore, voyez plutôt..., connai$8ez«yous l'enFant qui «e présente?
Les Élèves. — Quel est-il donc? Nous ne le connaissons pas.
Le Petit Filateur. — Je suis le Petit Filateur que vous
avez oublié, et cependant, j'étais digne, je crois, d'entrer dans
Les Elèves. — Tiens, il a raison ; nous l'avons ouUié injustement.
Le Petit Filateur. — Toutefois, je ne m'en plains pas. Mon sort est devenu si afiFreux que tous les hommes d'esprit et de cœur, les représentans même de la nation, ont enfin entendu nos gémissemens, et bientôt, je l'espère, notre malheur va être adouci; alors les journaux parleront assez de moi pour me tenir Heu de votre oubli. Au revoir donc, je retourne au travail; mais nous nous retrouverons cet hiver à la Chambra des Députés ; demandez alors à vos pères de vous prêter le journal; il vous tiendra lieu du numéro qui vous manque, et que j'aurais dû remplir. Au revoir!... au revoir!...
Le Directeur. — Maintenant , mes petits messieurs, voyez ce dernier personnage; il porte des ailes aux épaules, une flamme sur la lête, et des fleurs dans ses mains : c'est le Génie de r Enfance. Ecoutez-le.
Le Génie de l'Enfance. — Votre œuvre est bien imparfaite , bons petits amis; elle donne lieu sans doute à bien de justes critiques; mais, au moins, elle est pure et chaste; elle n'offre partout que de bons sentimens. Vous marchiez dans une route si nouvelle, qu'il vous était impossible de ne pas errer quelquefois. Mais partout vous témoignez un bon cœur, un esprit juste et bienveillant, et, de cela, je vous loue, et crois que vous avez fait un choix utile, et donné un bon exemple à tous les enfans. Reprenez donc des forces et du courage pour continuer la carrière dans laquelle vous venez d'entrer, et que le second volume des Enfans peints par eux-mêmes ^ soit moral et pur comme le premier, et mieux écrit que le premier. Dans celui^i, vous n'avez pensé qu'à vous ; dans le second , pensez aussi à vos sœurs j elles doivent y trouver leur place, et leur présence
ne peut qu'apporter à votre travail un nouvel ornement et un nouvel attrait.
Tous LES Auteurs des Empans peints par eux-mêmes. — Bon Génie , avec votre secours et vos inspirations , nous nous sentons pleins de courage et de bonne volonté.
Le Génie de l'Enfance. — Pour obtenir mon secours, il faut le mériter. Travaillez donc !...