‹ Les enfantines du "Bon pays de France"Chapitre 84 sur 157 · LES CHANTS DES BRANDONS · texte numérisé non relu

LES CHANTS DES BRANDONS

l'oraison du loup.

— Où vas-tu, loup?

— Je vais, je ne sais où, Chercher bête égarée, Ou bête mal gardée.

— Loup, je te défends, Par le grand Dieu puissant, De plus de mal leur faire, Que la Vierge, bonne mère,

N'en fit à son enfant.

On dit que, lorsque l'abbé de Luxeuil séjournait dans son château, les manants battaient l'eau des fossés pour faire taire les grenouilles qui, par leurs coassements, pouvaient troubler son sommeil. Tout en la battant, ils devaient chanter :

Pâ, pâ, rénotte, pâ ; Veci Monsieur l'abbé, que Dieu ga.

(Paix, paix, rainette [petite grenouille], paix, voici M. l'abbé, que Dieu garde.)

Le fait est-il vrai? Nous ne saurions l'affirmer, nous rappellerons seulement que ces deux vers ont une lointaine analogie avec les exorcismes et les brandons. De toute manière, ils caractérisent fort bien un état de choses abusif que la Révolution française a heureusement supprimé : cette richesse fastueuse, cette mollesse des gens d'église, qui, loin de se faire f les serviteurs de la chrétienté * et du pauvre monde, exerçaient tous les droits seigneuriaux sur leurs vassaux, leurs « fidèles », tenus de peiner pour eux.

Légendes, Chansons de Filasse et de Filerie, Noëls, Ballades.

Il n'y a qu'un seul Dieu, II n'y a qu'an seul Dieu.

Dis-moi pourquoi deux, Dis-moi pourquoi deux?

— Il y a deux Testaments.

Il n'y a qu'un seul Dieu.

Il n'y a qu'un seul Dieu.

Dis-moi pourquoi trois, Dis-moi pourquoi trois?

[1 y a trois grands patriarches, a deux Testaments,

l'y a qu'un seul Dieu,

l'y a qu'un seul Dieu.

Dis-moi pourquoi quatre, Dis-moi pourquoi quatre?

— Il y a quatre évangélistes, Il y a trois grands patriarches, Il y a deux Testaments,

Il n'y a qu'un seul Dieu, Il n'y a qu'un seul Dieu.

Dis-moi pourquoi cinq, Dis-moi pourquoi cinq?

— Il y a cinq livres de Moïse, Il y a quatre évangélistes,

Il y a trois grands patriarches, Il y a deux Testaments, Il n'y a qu'un seul Dieu, Il n'y a qu'un seul Dieu.

Dis-moi pourquoi six, Dis-moi pourquoi six?

— Six urn's de vin remplies A Cana, en Galilée,

Il y a cinq livres de Moïse, Il y a quatre évangélistes,

Il y a trois grands patriarches, Il y a deux Testaments, Il n'y a qu'un seul Dieu, Il n'y a qu'un seul Dieu.

Dis-moi pourquoi sept, Dis-moi pourquoi sept?

— Il y a sept sacrements, Six urn's de vin remplies

'A Cana, en Galilée, Il y a cinq livres de Moïse, Il y a quatre évangélistes, Il y a trois grands patriarches, Il y a deux Testaments, Il n'y a qu'un seul Dieu, H n'y a qu'un seul Dieu.

Dis -moi pourquoi huit, Dis-moi pourquoi huit?

— Il y a huit béatitudes, Il y a sept sacrements, Six urn's de vin remplies  Cana, en Galilée,

Ilya cinq livres de Moïse, Il y a quatre évangélistes, Il y a trois grands patriarches, Il y a deux Testaments, Il n'y a qu'un seul Dieu, Il n'y a qu'un seul Dieu.

Dis-moi pourquoi neuf,

Dis-moi pourquoi neuf?

— Il y a neuf chœurs des anges,

Il y a huit béatitudes,

Il y a sept sacrements,

Six urn's de vin remplies

A Cana, en Galilée,

Il y a cinq livres de Moïse,

Il y a quatre évangélistes,

Il y a trois grands patriarches,

Il y a deux Testaments,

Il n'y a qu'un seul Dieu,

Il n'y a qu'un seul Dieu.

Dis-moi pourquoi dix, Dis-moi pourquoi dix?

— Il 7 a dix commandements, II y a neuf chœurs des anges, Il y a huit béatitudes,

Il y a sept sacrements, Six urn's de vin remplies À Cana, en Galilée, H y a cinq livres de Moïse, Il y a quatre évangélistes, H y a trois grands patriarches, Il y a deux Testaments, Il n'y a qu'un seul Dieu, Il n'y a qu'un Beul Dieu.

Dis-moi pourquoi onze, Dis-moi pourquoi onze?

— Il y a onze cent mill' vierges, Il y a dix commandements,

Il y a neuf chœurs des anges,

Il y a huit béatitudes,

Il y a sept sacrements,

Six urn's de vin remplies

A Cana, en Galilée,

Il y a cinq livres de Moïse,

y a quatre évangélistes, y a trois patriarches, y a deux Testaments, n'y a qu'un seul Dieu, n'y a qu'un seul Dieu.

Dis-moi pourquoi douze, Dis-moi pourquoi douze?

— Il y a douze apôtres, Il y a onze cent mill' vierges, Il y a dix commandements, Il y a neuf chœurs des anges, Il y a huit béatitudes, Il y a sept sacrements, Six urn's de vin remplies A Cana, en Galilée, Il y a cinq livres de Moïse, Il y a quatre évangélistes, Il y a trois patriarches, Il y a deux Testaments, Il n'y a qu'un seul Dieu, Il n'y a qu'un seul Dieu.

NOËL

D'où viens-tu bergère, D'où viens-tu?

— Je viens de l'étable, De m'y promener :

J'ai vu un miracle

Le soir arrivé.

Qu'as-tu vu bergère, Qu'as-tu vu?

— J'ai vu dans la crèche, Un petit enfant,

Sur la paille fraîche, Mis bien tendrement

Rien de plus bergère, Rien de plus?

— Saint' Marie, sa mère, Qui lui fait boir' du lait, Saint Joseph, son père, Qui tremble de froid.

Rien de plus bergère Rien de plus ?

— Y a le bœuf et l'âne Qui sont par-devant, Avec leur haleine, Réchauffent l'enfant.

Rien de plus bergère, Rien de plus?

— Y a trois petits anges Descendus du ciel, Chantant les louanges Du Père éternel.

E. Gàgnon. (Chansons populaires du Canada.

Québec. Desbarats, édit., 1865.)

NOËL

Entre le bœuf et l'âne gris, Dors, dors, dors le petit fils :

Mille anges divins,

Mille séraphins,

Volent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

Entre les deux bras de Marie, Dors, dors, dors le fruit de la vie

Mille anges divins,

Mille séraphins,

Volent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

Entre les roses et les lis, Dors, dors, dors le petit fils :

Mille anges divins, Mille séraphins, Volent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

Entre les pastoureaux jolis, Dors, dors, dors le petit fils i

Mille anges divins,

Mille séraphins,

Volent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

En ce beau jour si solennel, Dors, dors, dors l'Emmanuel :

Mille anges divins,

Mille séraphins,

Volent à l'entour '

De ce grand Dieu d'amour.

Entre les larmes sur la croix, Dors, dors, dors le Roi des rois : .

Mille Juifs mutins,

Cruels assassins,

Crachent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

(Vieux NoëU. Nantes. Libaros, 1876.)

Ce Noël a des qualités bien tranchées. On ne peut l'oublier, l'ayant une fois entendu. Le lecteur n'en sera que plus frappé de l'injustice des sentiments qui se sont perpétués trop longtemps contre une race cruellement persécutée par les chrétiens On reste quelque peu saisi en rencontrant, sous le couvert de l'amour séraphique, l'explosion, à la fois violente et habilement ménagée, de ce cri de haine.

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