‹ Les enfants anormauxChapitre 22 sur 36 · Parce que la colère est moins grave (Absurde · texte numérisé non relu

Parce que la colère est moins grave (Absurde

12. pas dire de mauvaises choses sur lui, parce qu’on le connaît pas bien (Bien).

13 . — Parce que les paroles ne sont pas justes. Ce n’est par sûr qu’on pourra le faire (Passable).

Ces réponses ne sont évidemment pas très brillantes, mais elles sont tellement supérieures au niveau d’un arriéré que nous avons renvoyé cet enfant à l’école ordinaire. Nous avons appris, depuis, ce fait qu’on ne nous avait pas communiqué d’abord : cèt enfant arrive de la campagne, et il n’a commencé à aller à l’école qu’à l’âge de dix ans.

En résumé, nous offrons l’examen psychologique comme un moyen de réhabiliter l’enfant qui présente un retard scolaire accentué. C’est là sa seule utilité. Jamais, dans aucun cas, cet examen ne peut servir à déclarer arriéré un enfant régulier dans ses études.

Un dernier mot sur la nécessité de ces examens.

Nous savons qu’après avoir lu les pages précédentes, plus d’un inspecteur primaire, plus d’un instituteur

s’écriera : « Que tout cela est donc inutile! J’ai l’habitude d’interroger les enfants, et je n’ai pas besoin de tant de précautions pour reconnaître celui qui est intelligent et celui qui ne l’est pas ; avec deux ou trois questions qui me sont familières, je juge un degré d’instruction. » Nous avons rendu assez souvent hommage à l’habileté des instituteurs et des inspecteurs primaires pour qu’on nous permette ici de soutenir contre ceux qui nous contrediraient la nécessité de nos méthodes ou d’autres méthodes analogues. Pour déterminer le degré d’intelligence ou d’instruction d’un enfant, il faut avoir présents à l’esprit les niveaux normaux. Franchement, qui est-ce qui lés connaît? Qu’un inspecteur, qu’un instituteur parcourent nos questions d’intelligence ; ils seraient fort en peine de savoir si c’ëst à neuf ans ou à sept qu’on répond convenablement à telle question. Nous irons même plus loin; un inspecteur pourrait-il se passer de notre barême , et dire à quel âge la lecture est courante, à quel âge on écrit la 3 e phrase avec moins de dix fautes? Qu’on essaie un peu, et on verra les résultats. Ajoutons que les personnes qui ne sont pas des inspecteurs et des instituteurs seraient encore plus embarrassées. Nous nous rappelons qu’à l’inauguration récente d’une classe de perfectionnement* des personnes éminentes paraissaient étonnées de 1 intelligence des élèves ; elles admiraient presque des enfants de douze ans, qui faisaient des réponses dont en réalité des normaux de huit ans auraient été capables. Impossible de porter un jugement sûr en

l’examen pédagogique des ANORMAUX D’ÉCOLE iOo des affaires aussi délicates, si on ne peut pas se servir de repères précis. Nous insistons là-dessus parce que nous prévoyons que tous ceux qui visiteront les classes d’anormaux seront soumis à cette illusion; d’autant plus qu’on a une tendance optimiste à surestimer l’intelligence et l’instruction des enfants lorsqu’on sait d’avance qu’on va voir des arriérés; et qu’on a l’idée préconçue de rencontrer des idiots dégradés aux traits bestiaux, à la tête déprimée; on est tout surpris de constater que la grande majorité des arriérés ne répond pas à ce programme ; et voyant qu’on est tombé dans une erreur, on s’en corrige, comme c’est l’habitude, en tombant dans l’erreur opposée.

Appréciation de l’instabilité. — S’il est facile d’établir par un examen d’instruction l’état d’arriération d’un enfant, la difficulté est au contraire très grande d’établir son état d’instabilité. Cette instabilité se manifeste par les actions d’indiscipline, l’absence d’attention, le mensonge, la méchanceté, la violence, la brutalité, etc. Il faudrait qu’un enfant fût bien turbulent pour ne pas paraître calme quand l’inspecteur le prend à part; isolé dans la salle d’examen, entouré d’inconnus graves, sérieux, sa personnalité s’amoindrit ; il n’a guère l’occasion ni même l’envie de montrer de la rébellion ou de la méchanceté, quand ses camarades ne sont pas là, public prêt à l’admirer. Peut-être un examen physiologique très précis de ses réactions, de sa mobilité,

de son pouvoir d’attention pourrait-il déceler en lui quelques anomalies; c’est possible, mais ce n’est pas certain, et, pour le moment, on ne peut guère s’y fier : ce n’est là qu’un espoir pour la pédagogie de demain, ce n’est pas de la science dès à présent utilisable. Bref, l’instabilité mentale ne peut pas être, dans la plupart des cas, l’objet d’un examen direct.

Comment donc l’apprécier? Indirectement, par le témoignage d’autrui.

L’inspecteur devra donc se contenter de prendre connaissance des faits qui lui sont apportés par l’instituteur ; mais il n’est pas tout à fait désarmé. Ces faits sont-ils exacts? Sont-ils probables? Ont-ils laissé des traces? Ont-ils été dénaturés par le récit qu’on en fait? Voilà tout d’abord des points qui appellent l’esprit critique de l’inspecteur. Il ne faut pas oublier non plus que les parents sont là, qu’on peut les interroger, provoquer leurs récits avant de leur avoir fait connaître l’opinion de l’instituteur, et que tout ce qu ils disent permet souvent de juger non seulement 1 enfant, mais par voie de conséquence le milieu familial dans lequel il vit. Les instables sont souvent des enfants gâtés, des enfants uniques, ou des enfants non surveillés, ou des enfants dont le père fait défaut; les fils de veuves fournissent un gros contingent. Donc, l’inspecteur primaire trouve toute une source de renseignements dans la vie scolaire de 1 enfant. L’instable est un nomade, il fait plusieurs écoles. Il importe de savoir les souvenirs qu’il a laissés dans ses écoles sucessives. Le vrai signe de l’insla-

l’examen pédagogique des anormaux d’école 107 bilité est de ne s’entendre avec aucun maître. Si trois maîtres, au moins, qui ont une bonne réputation pédagogique, sont d’accord pour juger de la même manière le même enfant, il y a beaucoup de chances pour que leur appréciation soit juste. L inspecteur provoquera donc ces* contrôles; et s’il n’est pas édifié, si les faits ne sont pas graves, il changera l’enfant de maître ou d’école, plutôt que de 1 admettre dans la classe d’anormaux.

Élimination, des anormaux d’hospice. — Il est nécessaire de ne recevoir dans les écoles spéciales que des anormaux perfectibles. C’est là un principe de bon sens. Tout le monde sait, et nous l’avons déjà rappelé, que cette épithète d’enfant anormal ne répond pas à un type unique II en existe de diverses catégories, qui s’échelonnent entre deux extrêmes : l’idiot dit végétatif , qui ne possède pour ainsi dire aucune fonction de relation, qui ne peut ni parler, ni marcher, ni même se nourrir seul, — et le débile supérieur qui tend à se confondre avec le normal. Malgré toute la sympathie que nous éprouvons pour ces pauvres êtres envers qui la nature a été si cruelle, nous ne pouvons songer à leur accorder indistinctement à tous les bienfaits de l’instruction; il est certain que les plus atteints d’entre eux n’en profiteraient pas beaucoup. C’est pure folie d’apprendre, pendant six et huit années d’efforts, les lettres à un enfant qui n’arrivera jamais à lire complètement, et qui, quand même il saurait lire, ne pourrait rien comprendre à ce qu il lit. A ce malheureux, fi suffira, certainement, de donner

des leçons pour lui apprendre à manger, à se vêtir, à marcher, à faire de petits travaux simples comme du balayage et du nettoyage. Il s’agira moins d’écoles que de garderies. Elles coûteront moins cher à établir, surtout si on les place à la campagne. On concentrera les efforts de l’éducateur sur des anormaux qui sont moins profondément atteints, et ce sont ceuxlà seulement qu’on cherchera à instruire. C’est la pratique suivie, et avec raison, dans les pays étrangers. Le langage administratif distingue ces degrés divers d’arriération par les expressions suivantes : anormaux médicaux ; anormaux pédagogiques. Il serait préférable d’éviter l’équivoque du terme médical, et de dire tout simplement : anormaux d’hospice et anormaux d’école , pour bien montrer la différence de leur destination. Quels que soient d’ailleurs les termes employés, peu importe; l’essentiel est de s’entendre sur le sens des mots.

Nous venons de montrer qu’il est d’une utilité capitale de réserver les écoles d’anormaux aux anor¬

maux perfectibles. Nous avons employé cette expression de perfectible, il faut la corriger, car tous les anormaux le sont plus ou moins; leur prétendu arrêt de développement n’est pas complet, et l’expression est équivoque; il vaudrait mieux remplacer le terme de perfectible par la phrase suivante, plus précise : capables d arriver à gagner partiellement leur vie. Lesquels SO nt dans ce cas? Malheureusement on

nST T ° eS qUeslions devraient être solutionnées depuis longtemps, puisque des milliers d’anor-

l’examen pédagogique dès anormaux d’école 109 maux ont passé dans les hospices. Il aurait suffi de les suivre, de savoir ce qu’ils devenaient, et de conclure. Mais on ne l’a fait nulle part avec méthode, et à l'heure actuelle nous en sommes réduits aux conjectures. La plus vraisemblable qu’on puisse former est que l’utilisation sociale d’un sujet quelconque, quand il n’est pas épileptique, est en rapport inverse avec le degré d’arriération; l'imbécile paraît plus perfectible que l’idiot, et le débile le serait plus que l’imbécile. Hypothèse, sans doute; et nous ne l’accepterons qu’à titre tout provisoire, jusqu’à ce que des travaux précis soient intervenus, et permettent de remplacer une conjecture par une vérité démontrée. Consé^ quemment, on ouvrira toutes grandes les portes de l’école aux débiles, et au contraire on les fermera aux idiots ; on recherchera en fait, pour les imbéciles, si leur place est à l’école, ou à l’asile. Pour cela, il faudra déterminer dans quelle mesure et au prix de quels efforts un imbécile peut être instruit au point d’apprendre par exemple à lire. Ajoutons deux autres indications : les arriérés acquis, c’est-à-dire les sujets qui sont devenus arriérés par suite d’un événement postérieur à la naissance, sont d’ordinaire moins perfectibles que les congénitaux, ou sujets qui doivent leur arriération à une influence ayant agi avant la naissance; en outre, les arriérés atteints d’épilepsie a crises ou vertiges fréquents sont le plus souvent condamnés à une déchéance progressive.

Comment pouvons-nous distinguer les degrés inégaux d’arriération intellectuelle ? La question se pose.

croyons-nous, à la fois pour les instables et pour les arriérés. En ce qui concerne les instables, nous n’avons jusqu’ici aucun critérium. Il suffira d’éliminer et d’envoyer aux hospices les plus instables , ceux dont la présence parmi d’autres enfants constituerait un danger pour ces derniers par la perversion de leurs tendances ou la brutalité de leurs impulsions. En ce qui concerne l’arriération, nous croyons possible d’en préciser les degrés, de manière que toutes les personnes compétentes s’entendent sur le diagnostic d’un idiot, d’un imbécile, et d’un débile. Nous savons bien qu’en émettant une pareille affirmation, nous allons à l’encontre de la pratique habituelle des médecins aliénistes. Quand ceux-ci donnent à un enfant, dans un certificat d’entrée, la qualification d idiot, de débile, ou d’imbécile, ils ne sont pour ainsi dire jamais d’accord avec le confrère qui, quelques jours après, examinant le même enfant, devra faire un nouveau diagnostic. Nous avons eu, il y a un an à peine, 1 occasion d’établir une comparaison méthodique entre les certificats d’entrée formulés à quelques jours d intervalle sur les mêmes enfants par les médecins de Sainte-Anne, Bicêtre, la Salpêtrière et Vaucluse. Nous avons comparé plusieurs centaines de ces diagnostics : et, sans être taxés d’exagération, nous croyons pouvoir dire qu’ils se ressemblent autant que si on les avait tirés au hasard d’un sac. C’est du reste un fait dont maint aliéniste avait déjà le soupçon, et le Blin s’est exprimé franchement à cet égard 1 .

1. Blm, Les débilités mentales, Revue de Psychiatrie, août 1902.

l’examen pédagogique des anormaux d’école H1 D’où viennent ces contradictions? Elles viennent en partie de ce qu’on se sert de termes mal définis. Pour la grande majorité des aliénistes, l’idiot est l’anormal qui est profondément atteint dans ses facultés intellectuelles; l’imbécile l’est un peu moins; le débile, moins encore. Que signifient les mots : profondément, un peu moins, moins encore? Personne ne les définit; cela passe pour être chose indéfinissable; et par conséquent il n’y a pas lieu de s’étonner qu’on s’entende si mal.

Tout ce flou peut être dissipé facilement si on accepte les conventions suivantes que nous proposons :

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