‹ Les enfants assistés de la SeineChapitre 36 sur 116 · INSPECTION ET SURVEILLANCE · texte numérisé non relu

INSPECTION ET SURVEILLANCE

11 y a lieu d’inscrire de ce chef au budget de 1878 :

Frais d’inspection . 45,000 »

Frais de surveillance . 213,000 »

Frais d’inspection

Ces frais comprennent :

1 Inspecteur principal . 5,000 »

4 Inspecteurs à 5,000 francs . 20,000 »

2 Sous-Inspecteurs à 3,000 francs . 6,000 »

Frais de tournées des Inspecteurs et des sous-Iiispec-

teurs . 14,000 »

Ce n’est qu’une dépense d’ordre, elle est remboursée par l’État.

Inspection

L’inspection des enfants est une des parties les plus importantes du service, et nous devons constater, avec regret, que MM. les Inspecteurs n’ont pas compris leur mission.

Le bruit a couru que sur divers points de nos services, nos agents avaient été mêlés à la politique active; votre Commission n’avait pas qualité pour faire une enquête; elle n’a donc pas été faite. Mais une pareille tentative serait bien coupable, la pression politique désorganise les services et il est difficile de remplacer nos agents de surveillance dont les fonctions délicates demandent un long apprentissage.

M. l’Inspecteur nous dit, dans son rapport, que les enfants sont rassemblés sur un point commun et visités ainsi en bloc. Nos renseignements particuliers nous permettent d’affirmer qu’on a visité ainsi, non-seulement les enfants de toute une commune, mais encore, quelquefois, les enfants de deux communes réunis sur un même point.

Cette inspection est illusoire et nous pouvons dire sans risque d’être démenti par les hommes compétents, que cette année, l’inspection n’a pas été faite. Il ne suffit pas de passer les enfants en revue, il ne suffit pas de voir nos pupilles préparés pour la visite solennelle de l’Inspecteur en présence des autorités, il faut voir les enfants chez leurs nourriciers, voir le domicile, les objets mobiliers, la nourriture, et tout cela se voit rapidement quand on sait voir.

« Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, lit-on dans le « rapport de M. rin.specteur, devoir à domicile 4,000 enfants. »

« Il faudrait pour cela que l’inspection dans chaque circonscriqtion « durât une année entière, et trente Inspecteurs n’y suffiraient pas. »

]\Iais M. l’Inspecteur oublie ce que font les employés du service. Chaque circonscription qu’il demande une année pour inspecter, doit être visitée minutieusement par les agents de surveillance quatre fois par an, et ces agents ont en plus des écritures nombreuses à tenir.

M. l’Inspecteur s’est laissé entraîner par les besoins de sa cause quand il dit : « la moyenne des enfants rencontrés à domicile ne peut excéder 10 par jour. »

Mais alors que feraient nos médecins de campagne, car la visite du médecin demande une attention, une étude du petit malade autrement longue et délicate que l’examen d’un Inspecteur qui sait son métier?

On peut facilement voir 40 de nos élèves par jour. Les 27,291 élèves, y compris les légitimes, les secourus et les infirmes, ne demanderaient pour être tous visités que 682 jours. Or, le nombre des Inspecteurs s’élevant à 7, chacun d’eux n’aurait que 97 jours de tournée.

J’ai fait, je le répète, une tournée en 1873 dans les circonscriptions de l’Yonne, et je sais ce que j’ai vu d’élèves, et bien vu.

Mais, non-seulement MM. les Inspecteurs n’ont pas compris ce qu’est le Service d’inspection des Enfants Assistés, mais encore ils ont négligé les recommandations expresses de la lettre du Ministre de l’Intérieur adressée à M. le Préfet et'relative à l’organisation de l’Inspection départementale de la Seine. Voici ce que je lis dans ce d ocument : « Ce n’est pas « une REVUE des enfants que devrapasser l’Inspecteur; vous recomman- « derez expressément à chacun d'eux de se rendre au domicile de tous « les nourriciers, gardiens ou patrons. Au vu de l’habitation, à la « tenue du ménage, ils jugeront d’ailleurs du caractère^ des habitudes « des gardiens et de la situation générale de l'élève. »

« Ils devront se faire représenter le trousseau, afin de voir s’il « contient toutes les fournitures réglementaires et si chaque objet (c est en bon état. »

« Ils devront de même visiter les fournitures du coucher, leur « examen ne saurait être trop minutieux, puisque de cet examen peut « dépendre la santé et quelquefois la vie de l'enfant. »

« L'Inspecteur ne se préoccupera pas moins de la santé morale que de la santé physique de l'enfant. »

Ces instructions, comme on le voit, sont faussées par la pratique actuelle.

L’Inspection n’a donc pas compris son rôle dans une des parties les plus importantes de son service. Toute son attention s’est portée, et avec excès de zèle, on peut le dire, sur le côté financier de imtre. service. Elle s’est même emparée de son administration, mais elle a négligé, ce qui nous tient le plus à cœur, de s’occuper suffisamment de la santé des nourrissons.

caisse d’épargne

Les patrons de nos élèves versent, à des époques convenues, dans les mains de nos agents de surveillance, les sommes prélevées sur les gages de nos élèves et les placent à la Caisse d’épargne ; ils y placent aussi les économies faites par nos élèves eux-mêmes.

Les livrets de caisse d’épargne sont confiés à ces mômes agents, qui

délivrent quittance des sommes reçues par eux et font seuls toutes les opérations.

M. l’Inspecteur propose de remettre les livrets entre les mains des nourriciers ou des patrons et s’appuie pour demander ce changement sur ce qu’il est impossible, au moment de l’inspection, de contrôler tous les livrets en présence des élèves et des nourriciers ; sur ce qu’il est difficile déjuger sûrement de leur régularité, qui peut n’ôtre qu’apparente; sur ce que les sommes qui devraient être inscrites sur le livret matricule, ne le sont pas toujours; les quittances se perdent, et les élèves ignorent le chiffre de leurs épargnes. Il est aisé, par suite, à un agent infidèle de recevoir d’assez fortes sommes et de se les approprier, « nous en avons fait, ajoute le rapport, la douloureuse expérience. »

Mais les fraudes commises par les agents peuvent être commises par les nourriciers ou les patrons, les quittances se perdront aussi facilement, et les fonds des enfants n’auront que moins de garantie.

On doit faire punir les agents infidèles et l’Inspection est faite pour contrôler leurs agissements; c’est à elle de découvrir les fraudes et de les faire réprimer, et nous sommes convaincus qu’elles seraient bien plus difficilement découvertes si les livrets étaient disséminés dans les mains des nourriciers et des patrons. Il est certain que la fraude signalée par l’Inspecteur durait depuis longtemps quand l’Inspection l’a reconnue, mais le contrôle était-il exercé assez minutieusement? et sera-t-il mieux fait quand les livrets auront changé de mains?

Votre Coimnission vous propose de refuser cette réforme.

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