SCÈNE IV
Les MÊMES, WiLsON, THALCAVE, ROBERT.
GLENARVAN —Eh bien ! mes amis ?
Wizson.--Rien, milord, aucun indice!
ALFRED.—Rien !
WiLsoN.—-J'ai feuilleté, avec le plus grand soin, æous les registres de la marine !…
ROBERT.-—J’ai interrogé tous les employés, tous des matelots !.…
THALCAVE.--j'ai vu tous ceux de mes frères qu ont quitté nos forêts et nos pampas pour venir trafiquer dans ce pays !.…
ROBERT —Et personne n’a pu nous donner un seul mot d'espérance !.…
ALFRED.—Mon père ! mon pauvre frère !.…
FoRSTER (à part)- — Le fils du capitaine Grant !..
ALFRED.— Hélas ! tout est fini !.…
GLENARVAN. — Ne désespérez pas, Alfred, je fouillerai tous les bords de l’océan australien, je visiterai chaque île, chaque îlot, je vous rendraiï votre père, ou je mourrai à la tâche !
Dick (bas).—Il ne fait pas bon ici pour nous |... Partons.
AYRTON.—Restez | |
PAGANEL (/isant à part). — Bal... que signiñe ce mot . ball... Kt gonie..gonie !... si ce n’est
pas Patagonie, qu'est-ce que c’est donc ?
= ROBERT. - Eh bien, milord, puisque nous n'avons plus d'espoir de trouver ici nos chers nau-
tragés, ne restons pas plus longtemps !.… Je vous en conjure |
PAGANEL.—(Gonie |... gonie |.
RogErT.— Songez à leurs souffrances, à leur désespoir, à cette longue et cruelle agonie qui les tue [...
PAGANEL (bondissant et. frappant le document). — Agonie |. oui, c’est cela |... Gonie, c’est la terminaison du mot agome, et le pays, le rivage, l'îlot où ils se trouvent, ce doit être le mot qui ‘commence par cette syllabe, Bal. bal 1...
Dicx.—Balker !... Il va trouver !..
ForSTER.—Tout est perdu | . AYrTON.—Sïlence. (Æaut, se levant ét s'avansant). Milerd, louez et remerciez Dieu qui m'a conduit ici, et qui m'a fait vous entendre! Si le capitaine Harry Grant est encore vivant, il est vivant sur la terre australienne ! (Mouvement général. Thalcave s'est relevé et s'est avancé.)
PAGANEL.—Austral... Australie |
GLENARVAN.—Qui êtes-vous, pour parler ainsi?
AYRTON.—Qui je suis? Ayrton, second du ‘ Britannia ”.
Tous (avec force).-—Le second du “ Britannia ” | AYRTON Moi quiai pu m'’échapper des mains es tribus australiennes.
ROBERT.—Dont mon père et mon frère sont risonniers P
AYRTON.—QOui, Robert Grant.
GLENARVAN.—-Et vous les avez quittés ?
AYRTON.—-J] y a moins de trois mois.
ALFRED —Vivants, vivants, n'est-il pas vrai?
AYRTON.—QOui, Alfred Grant, vivants !
Tous.—Ah ! ah! | RoBErtT.-—Ah ! monsieur Ayrton ! C'est vous qui ous rendrez notre père et notre frère bien-aimé |
AYRTON.—kRobert Grant, que je retrouve notre capitaine, et je serai content.
GLENARVAN.—Voyons, parlez, Ayrton! Ditesnous bien ce que vous savez.
AYRrTON. —Milord, le ‘“ Britannia ”, après avoir fait une heureuse traversée jusqu’au cap Horn, a éprouvé une rude tempête qui l’a à demi désemparé. Il a fallu fuir à travers le Pacifique jusqu’à la côte australienne. Là, un nouveau coup de vent, un cyclone, lui a causé les plus graves ava ries, et il a été jeté sur les rochers, où il s’est totalement perdu.
PAGANEL.—Sur quelle partie de la côte australienne ?
AYRTON.—Sur la partie du sud, à deux cents milles de Melbourne. Plusieurs de nos malheureux compagnons ont péri dans le naufrage, mais le capitaine, son fils et moi, nous avons pu gagner la terre. Là, des Australiens appartenant aux tribus errantes, nous ont faits prisonniers, et nousont entraînés jusqu’à l'embouchure du Murray.
Dicx (bas à Forster). —- Bravo ! c’est là qu'est notre bande | ça
AYRTON.—Pendant six mois, nous avons cruellement souffert ; mais, par une heureuse chance dont notre capitaine et son fils n'ont pu profiter, j'ai pu m'échapper et gagner un bâtiment de passage qui m'a conduit ici, où j'attends pour être rapatrié.
GLENARVAN (serrant la main d'Ayrton).— Je me charge de vous. Venez à bord du ‘ Duncan ”, aidez-nous dans nos recherches, puisque vous connaissez le pays.
ROBFRT.— Oui, oui... monsieur Ayrton !
AYRTON. — J'allais vous le demander, milord.
Comme vous, je ne veux plus avoir de repos que
nous n’ayons retrouvé notre capitaine | GLENARVAN.—Enfin, Ayrton..… que nous conseillez vous de faire ?
AYRTON.-—Milord, le ‘ Duncan ” est-il en état de traverser le Pacifique ?
GLENARVAN.—Oui, et dès demain, il peut quitter Valparaiso. |
AYRTON.—Bien! Nous nous dirigerons sur l'Australie, et nous débarquerons à Melbourne. Dans ce port le ‘“ Duncan” atiendra jusqu'à ce qu'il reçoive l’ordre de venir nous rejoindre, tandis que nous irons à la recherche de la tribu australienne qui doit être campée sur les bords du Murray.
GLENARVAN.— Bien | tout est convenu; demain ous nous remettrons en route.
AYRTON (à Forster, à part).—Et dans un mois, e “Duncan” sera commandé par moi, Benoyce |
GLENARVAN. —Maintenant, Thalcave, vous nous vez servi de guide.pour traverser les Cordillières:; ous nous avez été d’un grand secours en toutes encontres, il me reste à vous remercier et à récmpenser vos services.
THALCAVE.—-Milord, je ne veux rien.
GLENARVAN. — Mais enfin.
THALCAVE. — Permettez que je vous accomagne jusqu'au moment où vous aurez retrouvé eux que vous cherchez.
GLENARVAN —Mais comment pourrai-je reconaître ce nouveau service?
THALcAvE.— Votre amitié.
AYRTON (à part). - De quoi se mêle-t-il ce sauage? (4 Thadeave.) Thalcave, je suis l'ami de us ici,
THALCAVE.— De tous ?... Non !
AYRTON.—Comment ?
THALCAVE (/e regardant en face).—Tu n'es pas
Je mien.
.MuLRAY (entrant et annonçant).—Un messager du gouverneur de Valparaiso demande à parler à milord.
GLENARVON —Qu'ilentre. Que peut-il nous vouloir P
AYRTON (à ses camarades).—J'ai réussi. Demain, pendant le tumulte de la fête, présentez-vous à bord et le ‘“ Duncan ” est à nous !
GLENARVAN. — À bientôt, Ayrton, à bientôt !
(Z2s sortent.)