CHAPITRE XIV Les Rapports de la Famille royale
AVEC le prince DE LuCINGE, LE BARON DE CnARETTE ET LEUR DESCENDANCE.
11 s'est élevé, ces dernières années, une rumeur légère d'abord, peu à peu grandie, et si persistante enfin, qu'il devient nécessaire qu'une fois pour toutes, elle soit démentie. Cette légende absolument étrangère, ai-je besoin de le dire, à la famille de Charette, dont l'honneur et la délicatesse sont sans tache et le nom glorieux au-dessus de tous soupçons, prétend que, entre le mariage de la comtesse de Yierzon et la chute de la monarchie légitime, des pièces de la plus haute importance, prouvant le mariage du duc de Berry et d'Amy Brown, auraient été dérobées dans les archives du château de la Contrie par des agents du roi Charles X. Malheureusement, ceux qui ont voulu propager cette indigne calomnie ignoraient que la restau-
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i-alioii du cliAloau tir hi (lonlric u'csl que de dalc rolativemonl rrconlc, v\ qnh celle (époque lo cliAleaii. l)orc('au de rilliislrc rlicl" vcndrcn, uTdait plus qu'une niiiie aussi inlïahilablc qu'inhabitée, dans les décombres de laquelle on n'aurait pu déposer des archives. Il ne fui reconstruit que vers 1835. Cette raison dispenserait d'en donner d'autres, mais il faut, en même temps, montrer aux auteurs anonymes de celle étrange fantaisie quelle en est l'invraisemblance et l'absurdité. Le baron de Gharette, entre 1827 et 1830, nouvellement titré et nommé pair de France, était comblé de faveurs par la royauté reconnaissante. Est-ce à un Gharette, ainsi honoré, qu'elle aurait fait pareille injure? Gertes, l'indélicatesse de pareils procédés aurait dû singulièrement refroidir le zèle et le dévouement du baron de Gharette pour la cause royaliste, et il eût été en droit de manifester hautement son indignation. Quelle est, au contraire, son attitude ? Lorsque éclate la Révolution de 1830, il suit fidèlement Gharles X sur la route de l'exil, et c'est dans les voitures mêmes du cortège que sa femme, qui vient d'être victime de cette indigne soustraction, accompagne jusqu'à Cherbourg la famille royale. L'année suivante, lors des événements de Vendée, il est des premiers à accourir pour préparer le
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soulèvement en laveur de M™" la duchesse de Herry, il se met à la tôte des paysans et témoigne d'un courage héroïque en maintes rencontres sur divers champs de bataille. Sont-ce là les actes dun homme viclimc d'un outrage récent, et une telle abnégation est-elle possible? Non, c'est une nouvelle fable, bâtie de toutes pièces, aussi malveillante que mal fondée, contre laquelle il est hors de doute que les membres actuels de la famille de Charette eussent été les premiers à protester avec indignation si elle était parvenue jusqu'à eux.
Après la mort du roi Charles X et de la duchesse d'Angoulème, MM. de Charette et de Lucinge continuèrent d'entretenir d'excellents rapports avec Mgr le comte de Chambord. Celui-ci leur témoigna toujours une affectueuse estime, mais en aucune circonstance il ne les traita en beaux-frères, pas plus qu'il ne donna jamais à M"^^^ de Lucinge et de Charette aucune prérogative qui pût laisser supposer qu'il les considérait comme ses sœurs légitimes. Un petit fait en donne la preuve. On sait combien, malgré ses habitudes de simplicité, le prince était resté fidèle aux formes de l'étiquette, et combien, à Frohsdorff, on l'observait avec exactitude. Chaque soir, les personnes admises au dîner se réunissaient dans un salon où l'on attendait debout et rangés en demi-cercle que
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Monseigneur et Madame eussent fait leur entrée. C'est par les antichambres cl les vestibules que les invités pénétraient dans cette piè'ce d'attente qui communiquait, par une autre porte, avec les appartements particuliers. Or, c'est par cette dernière issue qu'entraient dans le salon ses sœurs nées du second mariage de la duchesse de Berry avec le comte Lucchesi Palli, duc délia Grazia : la comtesse Zileri, la comtesse Conti et la princesse Massimo. La princesse de Lucinge et la baronne de Charette, au contraire, y pénétraient par l'extérieur avec les autres invités.
Les défenseurs du mariage ont cru devoir citer comme argument, à l'appui de leur thèse, une lettre de la duchesse de Berry à la comtesse d'Issoudun, oïj elle l'appelle : « Ma chère fille ». J'avoue humblement ne pas très bien comprendre comment le terme aflectueux employé par la princesse peut devenir une preuve du mariage du duc de Berry et d'Amy Brown; personne ne met en doute le dévouement et l'affection témoignés aux deux filles de son mari par la princesse, et même par les autres membres de la famille royale ; mais ni l'une ni l'autre ne songeaient certainement pas à se considérer comme ses belles-filles, et le ton cérémonieux des lettres qu'elles lui adressèrent jusqu'à sa mort le prouve surabondamment. Les for-
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mules en sont même singulièrement dôiérentcs. En voici qiiclt|ues-uncs : « Madame daignera-t-elle agréer les iiommages respectueux et les sentiments de reconnaissance de celle qui lui sera toujours profondément dévouée. » Ou encore : « Je dépose aux pieds de Madame Thommage de ma profonde reconnaissance et de mon entier dévouement, dont je lui renouvelle la respectueuse assurance. » Et toujours elles terminent par : « sa très humble et très obéissante servante ». Une plus grande sympathie existait du reste entre la baronne de Charette et la duchesse de Berry qu'entre celle-ci et la princesse de Lucinge. Les lettres de la première sont signées seulement Louise^ tandis que les autres, plus cérémonieuses, portent uniquement son nom et son titre sans prénom.
La princesse avait accepté, en outre, d'être la marraine d'Urbain de Charette, qui venait seul à Brunnsée, où il passait de longs mois et où il était élevé avec ses propres enfants, nés du second mariage.
Je ne crois pas qu'aucun des enfants de la princesse de Lucinge aient eu le même honneur. Autre détail caractéristique : Lors du mariage de Mgr le comte de Chambord, ce fut par des indifférents qu'elle en apprit la nouvelle officielle, et blessée d'avoir été traitée en étrangère, elle n'hésita pas
à se plaindre à Madame de n'en avoir 616 avis6e par aucun des membres de la famille royale. « Cette bien p6nible impression ne peut ellacer cependant, ajoutait-elle dans sa lettre, rint6rôtque je prends à cette circonstance. »
Tous ces petits d6tails, peu importants en euxmêmes lorsqu'ils sont isolés, ne prennent-ils pas, réunis les uns aux autres, un caractère tout difTérent et ne témoignent-ils pas d'une volonté bien arrêtée de ne donner en aucune circonstance, aux deux filles de M"' Brown, un rang officiel? Jamais, en aucun temps, la situation des deux jeunes filles n'avait été considérée comme régulière, et Vlntermédiaire a publié récemment deux pièces curieuses par les termes de leur rédaction. Elles émanent du comte de Nantouillet qui, comme on l'a vu^ s'était toujours occupe d'Amy Brown et de ses enfants d'une façon toute spéciale. Elles sont adressées au comte de Pastoret et devaient lui servir, sans doute, à la rédaction des lettres patentes octroyées par Louis XVIII : « Le comte de Nantouillet a l'honneur de faire ses compliments à M. le comte Pastoret, et de lui envoyer, par ordre de Monsieur, la note des noms de baptême des deux jeunes Anglaises dont Son Altesse Royale lui a parlé. Le comte de Nantouillet saisit cette occasion pour prier M. le comte Pastoret d'agréer
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-son complinicul sur la noiniiuitioii de M. le mar- -fjuis Je Pasloret à l'Académie française. « l*alais de l'Elysée, le 22 juin 1820. »
Suit la note :
Note des enfants de la dame lirown.
(.(. La mère : Amy lîrown, demeurant n" 14, rue <ies Mathurins ;
« La fille aînée : Charlotte-Marie- Augustine, lille de Charles-Ferdinand et d'Amy Brown, née à Londres, le 13 juillet 1808 ;
« La fille cadette : Louise-Marie-Gharlotte, fille •de Charles-Ferdinand et d'Amy Brown, née à Londres, le 29 décembre 1809. »
La princesse de Lucinge mourut le 13 juillet 1886, laissant cinq enfants qui ont eu, à leur tour, une nombreuse descendance :
L Charles-Marie de Faucigny, prince de Faucigny- Lucinge et Coligny, prince de Cystria, né en 1824, marié en premières noces à Françoise de Sesmaisons, dont cinq fils qui suivent, et en secondes noces, en 1903, à la vicomtesse de Janzé,-née Choiseul-Gouffier.
11. Ijouis-C.liarlcs-Hodolphe, né en 1<S2S, niaiir vn 18()0 à A manda de Mailly, dont un Mis, Aymon, né en 18(>2.