‹ Les enfants; le livre des mères (volume 2)Chapitre 25 sur 33 · LES JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

LES JEUNES FILLES

Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans.

Ton regard dit : Matin, et ton front dit : Printemps.

11 semble que ta main porte un lis invisible.

Don Juan te voit passer et murmure : « Impossible! »

Sois belle. Sois bénie, enfant, dans ta beauté.

La nature s'égaye'à toute ta clarté ;

Tu fais une lueur sous les arbres ; la guêpe

Touche ta joue en fleur de son aile de crêpe ;

La mouche à tes yeux vole ainsi qu'à des flambeaux;

Ton souffle est un encens qui monte au ciel. Lesbos

Et les marins d'Hydra, s'ils te voyaient sans voiles,

Te prendraient pour TAurore aux cheveux pleins d'étoiles.

i78 LES ENFANTS.

Les êtres de l'azur froncent leur pur sourcil, Quand Thomme, spectre obscur du mal et de l'exil. Ose approcher ton âme, aux rayons fiancée.

Soisl)elle. Tu te sens par l'ombre caressée, Un ange vient baiser ton pied quand il est nu. Et c'est ce qui te fait ton sourire ingénu.

Février 1843.

REGARD JETÉ DANS UliE MANSARDE.

L*église est vaste et haute. A ses clochers superbes L'ogive en fleur suspend ses trèfles et ses geii>es ;. Son portail resplendit, de sa rose pourvu ; Le soir fait fourmiller sous la voussure énorme Anges, vierges, 1^ ciel, Tenfer sombre et difforme, Tout un monde effrayant comme un rêve entrevu.

Mais ce n'est pas Téglise et ses voûtes sublimes.

Ses portes, se$ vitraux, ses lueurs, sea abJunes,

Sa façade et ses tours, qui fascinent mes yeux ;

Non ; c'est tout près, dans Tombre oit Tàme aime à descendre.

Cette chambre d*où sort un chant sonore et tendre, Posée au bord d'un toit comme un oiseau joyeux.

Oui, l'édifice est beau, mais cette chambre est douce. J'aime le chêne altier moins que le nid de mousse, J'aime le vent des prés plus que l'àpre ouragan ; Mon cœur, quand il se perd sur les vagues béantes, Préfère l'algue obscure aux falaises géantes, Et l'heureuse hirondelle au splendide Océan.

Frais réduit ! à travers une claire feuillée Sa fenêtre petite et comme émerveillée S'épanouit auprès du gothique portail.

Sa verte jalousie à trois clous accrochée, Par un bout s'échappant, par l'autre rattachée, S'ouvre coquettement comme un grand éventail.

Au dehors un beau lis, qu'un prestige environne, Emplit de sa racine et de sa fleur couronne — Tout près de la gouttière où dort un chat sournois ■ Un vase à forme étrange en porcelaine bleue

Où brille, avec des paons ouvrant leur large queue, Ce beau pays d'azur qu« rêvent les Chinois.

Et dans Tintérieur par moments luit et passe Une ombre, une figure, une fée, une grâce.

Jeune fille du peuple au chant plein de bonheur, Orpheline, dit-on, et seule en cet asile.

Mais qui parfois a l'air, tant son front est tranquille. De voir distinctement la face du Seigneur.

On sent, rien qu'à la voir, sa dignité profonde. De ce cœur sans limon nul vent n'a troublé l'onde. Ce tendre oiseau qui jase ignore l'oiseleur.

L'aile du papillon a toute sa poussière.

L'âme de l'humble vierge a toute sa lumière.

La perle de l'aurore est encor dans la fleur.

A l'obscure mansarde il semble que l'œil voie Aboutir doucement tout un monde de joie, La place, les passants, les enfants, leurs ébats. Les femmes sous l'église à pas lents disparues,

Les fronts épanouis par la chanson des rues, Mille rayons d'en haut, mille reflets» d'en bas.

Fille heureuse! autour d'elle, ainsi qu'autour d'un temple, Tout est modeste et doux, tout donne un bon exemple. L'abeille fait son miel, la fleur rit au ciel bleu, La tour répand de l'ombre, et, devant la fenêtre, Sans faute, chaque soir, pour obéir au maître. L'astre allume humblement sa couronne de feu.

Sur son beau col, empreint de virginité pure, Point d'altière dentelle ou de riche guipure ; Mais un simple mouchoir noué pudiquement.

Pas de perle à son front, mais aussi pas de ride, Mais un œil chaste et vif, mais un regard limpide. Où brille le regard, que sert le diamant?

Le matin, elle chante et puis elle travaille, Sérieuse, le§ pieds sur sa chaise de paille.

Cousant, taillant, brodant quelques dessins choisis; Et, tandis que, songeant à Dieu, simple et sans crainte,

Cette vierge accomplit sa tâche auguste et sainte, Le silence rêveur à sa porte est assis.

Ainsi, Seigneur, vos mains couvrent cette demeure. Dans cet asile obscur qu'aucun souci n'effleure, Rien qui ne soit sacré, rien qui ne soit charmant! Cette âme, en vous priant pour ceux dont la nef sombre Peut monter chaque soir vers vous sans faire d'ombre Dans la sérénité <le votre firmament!

Nul danger ! nul écueil ! ... — Si ! l'aspic est dans l'herbe !

Hélas ! hélas ! le ver est dans le fruit superbe !

Pour troubler une vie, il suffit d'un regard.

Le mal peut se montrer même aux clartés d'un cierge.

La curiosité qu'a l'esprit de la vierge

Fait une plaie au cœur de la femme plus tard.

Oh! la croix de ton père est là qui te regarde!

La croix du vieux soldat mort dans la vieille garde !

i84 LES ENFANTS.

Laisse-toi conseiller par elle, ange tenté, Laisse-toi conseiller, guider, sauver peut-être Par ce lis fraternel penché sur ta fenêtre, Qui mêle son parfum à ta virginité!

Par toute ombre qui passe en baissant la paupière !

Par les vieux saints rangés sous le portail de pierre !

Par la blanche colombe aux rapides adieux I

Par l'orgue ardent dont l'hymne en longs sanglots se brise!

Laisse-toi conseiller par la pensive église !

Laisse-toi conseiller par le ciel radieux !

Laisse-toi conseiller par l'aiguille ouvrière,

Présente à ton labeur, présente à ta prière.

Qui dit tout bas : « Travaille! » Oh ! crois-la ! Dieu, vois-tu,

Fit naître du travail, que l'insensé repousse,

Deux filles ; la vertu, qui fait la gaîté douce.

Et la gaîté, qui rend charmante la vertu !

Entends ces mille voix, d'amour accentuées.

Qui passent dans le vent, qui tombent des nuées.

Qui montent vaguement des seuils silencieux, Que la rosée apporte avec ses chastes gouttes, Que le chant des oiseaux te répète, et qui toutes Te disent à la fois : Sois pure sous les cieux!

Sois pure sous les cieux ! comme Tonde et Taurore, Comme le joyeux nid, comme la tour sonore.

Comme la gerbe blonde, amour du moissonneur, Comme l'astre incliné, comme la fleur penchante, Comme tout ce qui rit, comme tout ce qui chante, Comme tout ce qui dort dans la paix du Seigneur!

Sois calme. Le repos va du cœur au visage; La tranquillité fait la majesté du sage.

Sois joyeuse. La foi vit sans l'austérité ; Un des reflets du ciel, c'est le rire des femmes ; La joie est la chaleur qui jette dans les âmes Cette clarté d'en haut qu'on nomme Vérité.

La joie est pour l'esprit une riche ceinture. La joie adoucit tout dans l'immense nature.

Dieu sur les vieilles tours pose le nid charmant Et la broussaille en fleur qui luit dans l'herbe épaisse; Car la ruine même autour de sa tristesse A besoin de jeunesse et de rayonnement!

Sois bonne. La bonté contient les autres choses. Le Seigneur indulgent sur qui tu te reposes Compose de bonté le penseur fraternel.

La bonté, c'est le fond des natures au^stes.

D'une seule vertu Dieu fait le cœur des justes, Comme d'un seul saphir la coupole du ciel.

Ainsi, tu resteras, comme un lis, comme un cygne, Blanche entre les fronts purs marqués d'un divin signe ; Et tu seras de ceux qui, sans peur, sans ennuis, Des saintes actions amassant la richesse.

Rangent leur barque au port, leur vie à la sagesse. Et, priant tous les soirs, dorment toutes les nuits !

Juillet 1839.

HT

LAZZARA.

Comme elle court ! voyez : — par les poudreux sentiers, Par les gazons tout pleins de touffes d'églantiers,

Par les blés où le pavot brille, Par les chemins perdus, par les chemins frayés. Par les monts, par les bois, par les plaines, voyez

Comme elle court, la jeune fille !

Elle est grande, elle est svelte, et, quand, d'un pas joyeux, Sa corbeille de fleurs sur la tête, à nos yeux

Elle apparaît vive et folâtre, A voir sur son beau front s'arrondir ses bras blancs, On croirait voir de loin, dans nos temples croulants.

Une amphore aux anses d'albâtre.

Elle est jeune et rieuse, et chante sa chanson, Et, pieds nus, près dil lac, de buisson en buisson.

Poursuit les vertes demoiselles.

Elle lève sa robe et passe les ruisseaux.

Elle va, court, s'arrête et vole, et les oiseaux

Pour ses pieds donneraient leurs ailes.

Quand, le soir, pour la danse on va se réunir, A l'heure où l'on entend lentement revenir

Les grelots du troupeau qui bêle.

Sans chercher quels atours à ses traits conviendront, Elle arrive, et la fleur qu'elle attache à son front

Nous semble toujours la plus belle.

Mai I8t8.

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