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LES DEUX SOEURS

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tomba,

L'une pareille au cygne et l'autre à la colombe,

Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur!

Voyez , la grande sœur et la petite sœur

Sont assises au seuil du jardin, et sur elles

Un bouquet d'oeillets blancs aux longues tiges frêles,

Dans une urne de marbre agité par le vent, Se penche, et les regarde, immobile et vivant, Et frissonne dans l'ombre, et semble, au bord du vase, Un vol de papillons arrêté dans l'extase.

La Terrasse, près Enghien , juin 1842.

^eune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans»

Ton regard dit : Matin , et ton front dit : Printemps»

Il semble que ta main porte un lis invisible.

Don Juan te voit passer et murmure : « Impossible 1 r

Sois belle. Sois bénie, enfant, dans ta beauté.

La nature s'égaye à toute ta clarté;

Tu fais une lueur sous les arbres ; la guêpe

Touche ta joue en fleur de son aile de crèmt,

La mouche à tes yeux vole ainsi qu'à des flambeaux ;

Ton souffle est un encens qui monte au ciel. Lesbos

Et les marins d'Hyara , s'ils te voyaient sans voiles ,

Te prendraient pour l'Aurore aux cheveux pleins d'étoiles ,

Les êtres de l'azur froncent leur pur sourcil,

Quand l'homme, spectre obscur du mal et de l'exil,

Ose approcher ton âme , aux rayons fiancée.

Sois belle. Tu te sens par l'ombre caressée,

Un ange vient baiser ton pied quand il est nu ,

Et c'est ce qui te fait ton sourire ingénu.

Février 1843.

XXIÎ

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