SYPHILIS
« Les sujets hérédo-syphilitiques sont parfois remarquables par ce fait que tous les actes d'évolution organique et de croissance semblent chez eux ne s'accomplir que lentement et difficilement en restant même souvent incomplets. Ils grandissent doucement et ne se développent que d'une façon insuffisante plus ou moins inférieure à la moyenne normale. La virilité, chez eux, est lente à s'accentuer, leurs testicules restent longtemps petits ; les règles n'apparaissent qu'à dix-sept, dix huit ou vingt ans. De sorte que, par l'exiguïté de leur taille, par le retard général intervenu dans leur développement, quelquefois aussi par le rabougrissement de leur être, les sujets en question « trompent sur leur âge », comme on dit vulgairement, on les prend pour des enfants à l'âge où ce sont déjà des adolescents, voire des jeunes gens. »
Certains infantiles à attributs féminins sont des hérédo-syphilitiques; témoin le sujet que Hallopeau et Léri ont présenté à la Société de dermatologie {\), On constatait chez lui un développement considérable des seins, de l'obésité, une petitesse extrême du pénis et des testicules, et, d'autre part, des ulcérations qui donnent l'idée de syphilides et qui cèdent au traitement mercuriel et ioduré ; il a aussi des malformations dentaires.
Chez certains hérédo-syphilitiques, le retard du développement porte en même temps sur Tintelligence.
« Ils ont fait leurs dents tard, dit Fournier ; ils ont marché tard, ils n'ont grandi que lentement ; ils ont été en retard pour parler; ils n'ont appris à lire et à écrire — mais à lire plus spécialement encore — qu'avec une difficulté singulière. Toujours leur mémoire s'est montrée défectueuse, débile, paresseuse, infidèle. Ils deviennent de mauvais écoliers, inintelligents, mal doués, rebelles à la culture et au déve-
(1) Hallopbau et Léri. — Société de dermatologie, 9 nov. 1899.
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loppement, bornés en un mot, et constituant le type de ce qu'on appelle par euphémisme u des enfants arriérés ». Inutile d'ajouter que tels ils restent plus tard, avec des aptitudes intellectuelles très inférieures au niveau moyen ».
Bébé, le fameux Bébé, le nain du roi de Pologne Stanislas Leczinski, qui pesait 450 grammes à sa naissance et 9 livres et demie à quinze ans, était un hérédo-syphilitique. C'est du moins l'opinion de Fournier qui a constaté sur son crâne conservé au Muséum des lésions d'ostéome gommeux. Son développement intellectuel n'était pas moins défectueux que son développement physique; jamais il n'a pu apprendre à lire.
Kalz donne le caractère infantile de la parole (zézaie ment, remplacement du son R par le son L), comme un signe de présomption de syphilis héréditaire (i).
La syphilis dans le jeune âge a sur le développement de l'individu des effets absolument identiques à la syphilis héréditaire.
A la Société de dermatologie ^ daos la séance du 10 janvier 1895, Eudiitz a présenté un malade âgé de vingt-trois ans offrant tous les caractères de Tinfantilisme. Petit de taille, il est absolument imberbe : pas de poils au mentou, ni dans les aisselles, ni à la région punieune. Les organes génitaux sont complètement atrophiés, et les testicules réduits au volume d'un petit haricot. Ce malade qui avait été traité autrefois par Fournier pour des troubles cérébraux graves; a acquis la syphilis de sa mère, alors qu'il était âgé d'environ deux mois. Celle-ci avait été contaminée au sein par un nourrisson syphilitique qu'elle avait allaité pour se développer les mamelons. Ce malade qui présente en outre des altérations dentaires, montre bien que la syphilis acquise dans la première enfance peut déterminer les mêmes troubles dystrophiques que la syphilis héréditaire (2).