‹ Les enfants retardataires; arrêts de la croissance et troubles du développementChapitre 27 sur 35 · ÉTUDE ANTHROPOMÉTRIQUE ET RADIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE ANTHROPOMÉTRIQUE ET RADIOGRAPHIQUE

Gomme Ta fait remarquer Féré, « les descriptions de l'infantilisme, du féminisme, de l'hermaphrodisme, de l'androgynisme (j'ajouterai du juvénilisme et du sénilisme) se confondent par certains côtés. Leurs différents termes manquent de précision scientifique. C'est qu'en somme il n'y a pas de science sans mesures, et que les sujets en question n'ont jamais été l'objet de mensurations régulières. Les mesures anthropométriques sont capables d'ajouter un peu de précision aux différents termes dont nous venons de relever l'indécision (1) ».

Chacun des types normaux du genre humain, distingués selon le sexe et selon l'âge : enfant, jouvenceau, homme, femme, vieillard, a sa formule anthropométrique propre. Pour caractériser la forme extérieure d'un sujet donné, sa formule anthropométrique est nécessaire ; il y a anomalie du développement lorsque l'âge ou le sexe d'un sujet seront en désaccord avec sa formule anthropométrique. Il y a infantilisme quand un homme ou une femme ont la formule anthropométrique qui caractérise l'enfant au-dessous de douze ans, et juvénilisme quand ils possèdent une formule qui n'appartient normalement qu'aux jeunes gens (garçons ou filles), n'ayant pas encore terminé leur puberté. 11 y a masculisme, lorsqu'une femme reproduit la formule anthropométrique

(1) Féré. — Contribution à l'élude des équivoques des caractères sexuels accessoires. {Revue de médecine, 1893, p. 600.)

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de rhomme, féminisme quand Thomme reproduit la formule anthropométrique de la femme. On comprend qu'il peut y avoir gynécomastie sans féminisme, hermaphrodisme femelle sans masculisme; il peut y avoir aussi combinaison de ces états; il y a des femmes à barbe qui, au point de vue de leurs proportions, restent femmes. Ce n*est donc pas encore dans les caractères sexuels secondaires qu'il faut chercher la caractéristique des divers étals que nous étudions. L'anthropométrie seule permet de les préciser. Non seulement elle le permet, mais elle mesure encore le degré d'intensité du trouble du développement. Elle permettra de dire : tel sujet, à trente ans, a les proportions d'un jeune homme de quinze ans, ou d'un enfant de douze ans, etc.

L'observation de Delpeuch dont. nous avons donné plus haut un résumé (Voy. page 51) est un modèle parfait de cette façon de procéder.

Nous avons employé, dit-il, dans l'examen de notre malade, la méthode anthropométrique et voici les résultats qu'elle nous a donnés. La hauteur du corps assis, mesuré avec les précautions nécessaires, telles qu'elles sont formulées par Topinard, était de 0^,795 et n'était guère supérieure à la longueur des membres inférieurs. Le rapport de cette mesure, qui comprend le tronc et la tête réunis, à la taille entière, en d'autres termes l'indice du tronc, était 0,5015. Or si nous consultons le tableau dressé par Riccardi, dans Touvrage cité, nous y voyons que le nombre le plus voisin du nôtre répond aux â^es de treize et de quatorze ans. C'est à la veille de la puberté, chez la femme comme chez l'homme, que le corps a cette conformation dan-

fereuse, un tronc plus court relativement qu'à tout autre âge e la vie.

Une autre mesure, corrélative de la précédente et non moins probante qu'elle, c'est la mesure du périmètre thoracique ; elle est la meilleure marque de l'indépendance anatomique de la seconde enfance. En effet, pendant toute la durée de celle-ci et jusqu'à la puberté, c'est-à-dire de sept à seize ans, chez l'homme, le périmètre thoracique est, en moyenne, normalement inférieur à la demi-taille, et le rapport de ce périmètre à la taille entière, l'indice du thorax, descend au-dessous de 0,50 pendant cette longue période de la vie.

Chez Henriette M..., notre malade, le périmètre thoracique était de 74 centimètres seulement, l'indice du thorax était de 0«,466.

Le nombre qui se rapproche le plus du précédent, dans le tableau où Riccardi groupe les mesures absolues et les proportions relatives de la circonférence thoracique de la femme (1) aux divers âges, estO™,46l, et ce nombre, bien voisin du. nôtre, correspond à la quatorzième £[nnée.

Ainsi, tout nous ramène au même point. C'est vers l'âge de quatorze ans, c'est à la veille de la puberté que s'est arrêté l'organisme en voie de développement. Gela est vrai de l'architecture intime comme de la morphologie extérieure, comme des attributs physiologiques. L'ouverture cadavérique et Texamen direct des organes confirment à leur tour les enseigoements de la clinique et de Tanthropométrie.

Parmi les données anthropométriques qui caractérisent le jeune âge, il faut encore noter ce que les anthropologistes appellent l'indice brachial (rapport de Tavant-bras au bras (2). A la naissance, cet indice est de 80; avant la fin de la première année, il est seulement de 77 et c'est successivement pendant l'enfance et l'adolescence qu'il descend à des chiffres un peu inférieurs pour devenir, chez l'adulte, égal à 74 (chez le nègre 79).

Pour les caractères anthropométriques sexuels, les plus importants sont tirés de la comparaison des diamètres transversaux de la poitrine et du bassin.

Chez l'homme, le diamètre bi-huméral (de la limite externe d'une tète humérale à la partie correspondante du côté opposé) est plus grand d'un cinquième que le diamètre bi-trochantérien (39 et 31 centimètres en moyenne).

Chez la femme, il n'y a qu'une différence de un douzième (35 et 32).

Le diamètre bi-huméral de l'homme est donc plus grand que celui de la femme (39 et 35) ; c'est l'inverse pour le diamètre bi-trochantérien (31 et 32). En résumé l'homme a les épaules notablement plus larges

(ORiccARDi. — Circonferenza toracicaestatura, etc. Pavie, 1887.

(2) Pour la technique des mensurations anthropométriques, voyez Broca, Instructioîis anthropologiques générales^ Paris,

<[ue la femme, c'est le contraire pour les hanches. Un malade de Féré {\) réalisait à ce point de vue un type absolument féminin (2).

Les mesures précédentes sont prises sur le vivant. <]lelles des squelettes seraient aussi importantes à connaître, la faculté de les prendre directement n'est que bien rarement possible, mais la radiographie nous -donne la possibilité d'étudier l'état des os sur le vi vaut. Les caractères sexuels du squelette sont au reste dans toutes les anatomies classiques.

Un. point important à rechercher également par la radiographie est l'état des épiphyses. Selon que telle ou telle épiphyse n'est pas encore soudée à la diaphyse, on en déduit l'âge apparent du squelette.

Dans deux autopsies d'infantiles, nous avons pu, en étudiant quelques os par ce procédé, mesurer, pour ainsi dire, l'âge de leur squelette, très inférieur à celui de leur état civil.

Il est très intéressant de constater qu'il n'en est pas toujours ainsi. 11 y a des cas d'infantilisme dans les-

(() Féré. — Famille névropathique, p. 30O et 301, deux photographies.

(2) Les chiffres ci-dessus se rapportent à la race blanche. Les différences entre rhoociaie et la feoQme, entre l'adulte et l'enfant s^atténuent dans certaines races. Ce ne sont pas les races les plus inférieures où les caractères différentiels sont le moins accusés. Les Boschimanes, les Hottentotes ont des caractères sexuels ignorés des Européennes : la longueur excessive des grandes lèvres formant ce qu'on a appelé le tablier des ' Hottentotes, et le développement déniasses graisseuses fessiôres formant des protubérances exagérées. Ce sont les petites races brachycéphales, M incopies des îles Andaman, Négrilles de l'Afrique centrale, et, à un moindre de^ré, Negritos, Annamites, Japonais, chez qui on observe la persistance la plus grande des caractères infantiles chez Tadulte, et les moindres dissemblances entre l'homme et la femme. Chez les grands nègres, on retrouve cependant un certain nombre de caractères infantiles. L'indice brachial est élevé, ainsi que l'indice nasal, comme chez l'enfant. Cela explique en partie pourquoi Serres ne voulait voir dans le nèçre qu'un blanc frappé d'un arrêt de développement général. Mais, d'autre part, le nègre s'éloigne plus aue nous de l'enfant par son prognatisme. La façon de voir ae Serres est donc erronée.

quels le squelette a des proportions enfantines, mais elles sont définitives en ce sens que les soudures sont faites. L'ossification a suivi son cours alors que le développement a été arrêté. Dans l'observation de Delpeuch (infantilisme çt rétrécissement mitral), si instructive à tous les points de vue, les proportions du squelette sont celles que Ton trouve à quatorze ans, et cependant toutes les épiphyses sont soudées, même celle de l'extrémité interne de la clavicule qui ne se soude qu'à vingt-deux ans.

Il n'y avait aucune lésion de la thyroïde chez la malade de Delpeuch. Pour cet auteur, l'infantilisme dysthyroïdien se caractériserait par le parallélisme des retards du développement et de l'ossification. Il n'en serait plus de même dans l'infantilisme sans dysthyroïdie ; l'ossification continuerait malgré le retard du développement. Cette division schématique est tentante. Malheureusement, elle ne répond pas à tous les faits. Chez les deux infantiles que j'ai autopsiés, la soudure des épiphyses était retardée, l'un avait une thyroïde saine, chez l'autre elle était dégénérée et adénomateuse, comme l'a prouvé l'examen histologique.

Pour terminer, je donne la liste des mesures anthropométriques les plus importantes à prendre chez ces sujets.

Mesures à prendre à la toise,

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