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PASSAGE A TABAC

Monsieur, spriez-votis assez n/mahlcponr nouscxiilicjui'r, vec votre clarté Imbituelle (de rien, vous êtes trop iiidiil- 3nt !) ce que l'on entend à Pans par « Passar/e à (ahac ». 'y a peut-être là une amélioralion adminislratice dont noe ville profilerait .

Selon notre coutume, nous avons cherché cette explition auprès des gens compétents : successivement nous ons interrogé un éminenl confrère, qui fut jadis ingéeurdes pétuns, puis la buraliste de la Chaussée-d'Ani, et le président do In Snciété contre ral)usdn passage 'ilabac. Munis des préalables renseignements, nousnous «inmes ensuite transporté chez un haut fonctionnaire ît la police, que son amour pour la réclame et notre l^icrétion professionnelle nous interdisent de nommer. 1 nous reçut avec la particulière aménité qu'il réserve rdinaire aux coupables dont il espère obtenir les suimes aveux. Dès les premiers mots, il nous arrêta : ; Le passage à tabac •> :' Mais, cher ^lonsieur, cette pitume remonte à la plus haute antiquité ; tout porte ire qu'elle est antérieure à l'importation du tabac '•an Nicot.le même qui découvrit vers celte époque 'zetie de France et nous en enseigna l'usage. Par mal- . la période préhistorique nous est trop peu contour que nous puissions établir mieux que des coures ; toutefois je doute que l'homme des cavernes

ail ignoré coite réjouissance pcrreelionnéc de nos jour par riiomme-des-violons.

Une lecture attentive du Droit llomain vous démon trera qu'à Rome on passait déjà à tabac les esclaves qi avaient commis la faute de désirer un meilleur étj de choses ou seulement les denrées coloniales de lei| maître.

A Byzance, hs Autocrates avaient adopté comme dij traction quotidienne le spectacle de ces corrections qil le bienfait d'un régime démocratique a mis à portée dj moindres commissaires, que dis-jc ! des moindres bij gadiers.

Durant les Croisades, les preux passaient à tabac Sarrazins captifs. Car^ observez-le, ce sont toujours êtres inférieurs que Ton soumet à ce traitement ; piétons, les députés, les petits rentiers, les journalist| les esclaves et les barbares.

L'institution prospéra en Espagne, avec rinquisit.] en France, au temps des guerres de religion. Evoque je la Saint-Barthélémy ?

Sous Louis XIV, on dragonna. J'estime qu'il en futj même sous Louis XV et que les Andrieux de la RépuJ que n'ont rien à envier aux Sartines des Rois.

Mais la véritable, la plus précieuse transformation! passage à tabac date du jour où l'on institua l'immul parlementaire, ajoutant ainsi au plaisir de la tripoté| ragoût du fruit défendu.

— Curieuse anomalie ! insinuai-je. On dit : passh lahnr pour désigner l'action de contusionner son si blable, et fumer le càhimel de paix pour signifier qUei

— iir{ —

■(!onoilie avci' lui. Comment se peut-il que la même -nianée donne naissance à deux mélaphorcs aussi ditfé-

■liltiîS ■?

— Je l'ignore. Pourtant j"intei'prèle ainsi: Nous sa- ./ que les horticulteurs, lorsqu'ils veulent épuceronleurs rosiers, les exposent à la fumée de tabac ou badigeonnent à la nicotine.

i'.li bien ! les gardiens de la paix, ces grands rêveurs le- nuits étoilécs, ont imaginé d'appliquer la dénominaiMii ci-dessus aux corrections qu'ils inlligent. Selon eux, . contribuable est un rosier, le plus faible de la nature, liais c'est un rosier mal pensant ; les contraventions et es délits le rongent comme autant de pucerons malfaiaiits ; à force detorgnoles et de taloches, ils espèrent ifiicle débarrasser de ses mauvaises idées, et lui faire ai-ir le meilleur sens de la loi. Ils mettent les coups le poings sur les i du Code, et dessillent les yeux en les Hx'liant.

Hailleurs, on ne leur en tient pas rancune. Qui aime luen châtie bien. Suivant l'expression populaire, les serments de ville bottent le pulilic.

s braves serviteurs, ceux surtout qui ont le mono-

.'uie du tabac, vous ne sauriez croire avec quelle ditli-

ullé nous les recrutons. Nous n'allons pas, vous pen-

. prendre le premier venu. 11 nous faut des biceps

istes, des métacarpiens d'acier, des talons sans pré-

..<s; il nous faut descrânes mansardésquenullefadaise lumanitairene hante, de radieuses et simples âmessans Litre notion philosophique que le droit du plus fort ; ■' premier devoir de l'autorité étant de mépriser l'auto-

rite, le parfait passeur à tabac n'aura point souci d écharpes purement représentatives et impuissantes d vaut le casse tète français de l'exécutif.

Plus tard, ils obtiendront de l'avancement, nos bri diers. Ils seront inspecteurs, lorsque l'âge les aura pif vés de leur vigueur. Puis, qui sait ? On les utilis comme préfets à poigne, comme résidents, qui fer aimer et respecter notre pays comme ils auront fait dis aimer et respecter l'Administration. A moins qj leur vocation ne les entraine vers renseignement ; ils ront alors chefs d'institution. Les carrières libérales 1 seront ouvertes ; vous les verrez négriers ou chefs d" chestre, peut-être

Vous les jugez brutaux? Considérez, je vous prie,. vie qu'ils traînent. Ils ne peuvent pourtant pas toujo jouer la manille dans le clair-obscur malsain des post l'inaction leur pèse, ils attendent, impatients, le mom de se dérouiller les membres.

Soudain, l'occasion leur est offerte ; on leur amè un indiviau impartialementcueilli, au hasard, sur la v^ publique. Alors, suivant le rythme d'une pyrrhiqueci sacrée, en cadence, tels des sociétaires aux ballets Molière, et dans un ensemble parfait, les sergents de vi cognent, comme le nom l'indique, sur l'homme d'él tion. fût-ce un député, surtout si c'est un député.

Ici le dilemme se pose. Ou bien l'individu arrêté coupable de quelque méfait : alors il est juste de lui corder une petite avance d'hoirie sur le châtiment l'attend ; ou bien l'individu arrêté est innocent: alors i est juste de lui faire payer au préalable les excuses qu' conviendra de lui présenter tout à l'heure.

Pcnez. puisque vous voici, je vais vous douner la re-

^ontation de cette cérémonie. Je n'ai rien à refuser M\ journalistes. » Jacquicsçai. 11 sonna. Kntrèrontcinq billards superbes, sanglés dans leur tunique et lleurant

onne santé (il est faux que l'agent n'ait pas d'odeur), un signe de mon interlocuteur, ils s'avancèrent vers

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