CULS-DE-JATTE
Dans quelques jours, la magistrature de mon pays va condamner — peut-être — [un gaillard, célèbre dans le monde où l'on fdoule, et qui joint à sa qualité de voleur à la tire celle, moins banale, de cul-de-jatte.
Arrêté et conduit au commisariat de police de la Madeleine, Agostino (ce doux nom est le sien) fut trouvé porteur d'un magnifique chronomètre en or, «marquant l'heure, le jour, les phases de la lune », déclare avec admiration un naïf procès-verbal qui néglige de nous faire savoir si cette pièce d'horlogerie marque aussi le linge. Inutile d'ajouter que le sympathique cul-de-jatte. non content de la montre, n'avait pas négligé non plus la chaîne à faire. 0 Francisque !
C'est à propos de cet Agostino, expert à soulager les bourgeois vaniteux qui font montre de la leur, qu'un certain nombre de reporters, espoir de rAcadémio, ont rédigé sur ses coculs-de-jatte des renseignements d'un incontestable intérêt. D'après ces confrères bien informés, « il existerait à Levallois-Perret une véritable colonie de culs dc-jatte, presque tous originaires de laCatalogne ».
11 men coûte de rectifier les assertions de journaux amis, mais la vérité me force à déclarer que ces infirmes — originaires non de la Catalogne, mais de Cuba — habitent file de la Grande (Kud) .Tatte. C'est de là
que chaque matin, ils descendent sur Paris « à tuales jambes » dit le Temps « ventre à terre » rectifie un , autre.
Braves gens, d'ailleurs. Les filous sont rares chez ces incomplets qui. pour la plupart, jouissent d'une réputa- jjj tion d'honnêteté bien assise et parmi lesquels il serait ~" presque impossible de trouver un banquier ayant levé le pied.
En revanche M. Paullan,quiles a étudiés, les ditpleins d'une hauteur qu'on s'étonne de rencontrer chez eux. L'habitude de parcourir Paris en voiture leur a inspiré une morgue qui les rend insupportables aux mendiants moins près du sol. hidè irœ. Plus d'une fois, l'orgueilleux cul-de-jatte a blêmi dans son chariot sous cette apostrophe vengeresse : « Place aux honnêtes manchots (|ui va t'a pied ! »
Les lecteurs peuvent avoir une confiance absolue dans l'exactitude de ces détails. Je les tiens du cul-de-jalte l)arytonnant qui, chaque semaine, se gargarise sous ma fenêtre avec des lieder en vogue. 11 afTectionne particulièrement quelques strophes sans prétention dans lesquelles après avoir informé ses auditeurs que la couturière habite sur le devant, il ajoute avec beaucoup d'àpropos :
Moi j' resL" sur 1' derrière, C'est bien dillereul !