‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 67 sur 100 · III. — MATIÈRES SALINES A\EC MATIÈRES AZOTÉES · texte numérisé non relu

III. — MATIÈRES SALINES A\EC MATIÈRES AZOTÉES

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Paille et racines 16. G4

105 grains 4.44

Depuis cette époque j’ai beaucoup perfectionné mes expériences, d’abord en substituant aux pots de terre ordinaire des pots de biscuit de porcelaine, puis à ces derniers, des pots enduits de cire fondue. Dans ces nouvelles conditions, j’ai pu démontrer que la suppression des phosphates détermine la mort des plantes, et que l’absence de la potasse et de la magnésie se traduit par un abaissement de rendement supérieur à ceux que j’avais d’abord observés ; différences qui trouvent leur explication dans les exsudations minérales que laissent suinter les pots de terre ordinaire.

Mais ces perfectionnements, nés du progrès de la méthode d’expérimentation que j’avais d’abord suivie, ne changent rien d’essentiel au caractère de mes premiers résultats. Je remarque, au surplus, que ces modifications de détail ont été publiées dans les Comptes rendus de l’Académie, au fur et à mesure que je les ai observées. (Voyez notamment mon mémoire du 15 septembre 1858, tome XLVII, page 458.)

Il n’est donc pas exact d’assigner arbitrairement à mes travaux la date de 1865. Votre erreur sur ce point est-elle un acte involontaire né de l’insuffisance de vos informations? Dois-je y voir le résultat d’un parti pris? C’est à vous de me l’apprendre.

La date de 1865 se trouvant mise à néant par les témoignages que je viens d’invoquer, je passe à votre parallèle entre les travaux de M. Boussingault et les miens.

Avant de descendre dans le détail des questions, il y a un fait général sur lequel on ne saurait trop insister : c’est l’abîme qui sépare M. Boussingault de M. Ville. M. Boussingault a toujours défendu l’opinion que le fumier de ferme est le type par excellence des engrais et que, sans son secours, il n’y a pas de culture possible. M. Ville prétend, au contraire, que les engrais chimiques sont supérieurs au fumier de ferme ; il affirme qu’on peut cultiver indéfiniment à leur aide, et il fonde son opinion à cet égard sur les résultats qu’il obtient depuis vingt ans dans des sols artificiels

composés de matières inertes, résultats que la pratique du champ d’expériences de Vincennes a consacrés et étendus depuis six années.

Aux yeux de M. Ville, il paraît manifeste que du moment qu’une matière inerte, dont la fonction se borne au rôle passif d’un appui pour les racines des plantes, peut recevoir de l’addition de quelques produits chimiques un degré de fertilité qui l’élève au rang des meilleures terres, cet effet doit se continuer indéfiniment dans les sols naturels, parce que ces sols, enrichis par le détritus d'une partie des récoltes seront toujours mieux partagés que du sable calciné dans un four à porcelaine.

M. Boussingault ne nie pas seulement la supériorité des engrais chimiques, il va jusqu’à nier que la production végétale soit un problème accessible à nos moyens d’analyse, et qu’il soit possible de remonter aux lois qui en règlent les manifestations. Essayez de tirer des publications de M. Boussingault une théorie agricole. Vos efforts s’y épuiseront en vain. Jamais cette absence de doctrine n’a éclaté en traits plus saisissants que dans son dernier cours au Conservatoire des arts et métiers, publié dans la Revue des cours publics. Or, du moment que M. Boussingault n'a pas de doctrine, comment aurait-il pu concevoir un système d’expérimentation capable d’en édifier une? Vous me direz peut-être que ce ne sont là que des appréciations personnelles et par cela même fort contestables. J’admets pleinement la justesse de cette observation. Voici donc les dates et des faits.

Les trois propositions tirées par vous des mémoires de M. Boussingault se rapportent à trois dates, le 19 novembre 1855, le 11 mai 1857, le 23 novembre 1857. Ces trois dates correspondent aux trois mémoires que M. Boussingault a consacrés à la fonction des nitrates dans l’économie végétale.

19 novembre 1855. — Les nitrates sont assimilés par les végétaux et peuvent, comme source d’azote, remplacer avec avantage les sels ammoniacaux. (Comptes rendus de C Académie des sciences , tome XL1, page 845.)

11 mai 1857. — Le phosphate de chaux, les sels alcalins et terreux n’exercent une action favorable sur la végétation qu’à la corn dition d’être associés à une matière azotée. ( Comptes rendus de C Académie des sciences , tomeXLlV, page 950.)

25 novembre 1857. — Les matières azolées ne fonctionnent

comme engrais qu’avec le concours des phosphates. (Comptes rendus de V Académie des sciences , tome XLV, page 834.)

Ces citations sont nettes. — Que peut-on y répondre? Le voici :

Le 1 3 août 1 855 (remarquez que le premier mémoire de M . Roussingault est du 19 novembre 1855), M. Ville dépose à l’Académie une note sous pli cacheté dans laquelle il formule ces trois propositions :

1° Les nitrates sont assimilés par les végétaux. L’azote de ces sels devient partie constitutive de leurs tissus.

2° A proportion d’azote égale, les nitrates produisent plus d’effet que les sels ammoniacaux.

3° Méthode nouvelle pour doser les nitrates en présence des matières organiques, dont un rapport de l’Académie, lu le 14 avril 185G, a consacré les avantages et la nouveauté. Cette note, ouverte à la demande de l’auteur, a été insérée dans les Comptes rendus de C Académie, le 26 novembre 1855, tome XLI, page 85.

14 juillet 1856. — (un an avant 1857 !). Nouveau mémoire sur la fonction des nitrates, dans lequel il est dit expressément qu'un sol pourvu de tous les minéraux que la végétation réclame, devient, par l’addition du nitrate de potasse, l’équivalent d’un sol parfait.

( Comptes rendus de V Académie des sciences , tome XL11I, page 85.)

21 juillet 1856. — (un an avant 1857!). Lorsque les matières organiques se décomposent) elles perdent 30 pour 100 de leur azote de constitution à l’état d’azote gazeux, — fait qui, pour le dire en passant, est fondamental pour la théorie des engrais, et dont MM. Lauwes et Gilbert ont vérifié depuis l'exactitude.

22 septembre 1856. — (six mois avant le 11 mai 1857). Théorie générale et complète de l’assimilation des nitrates. A proportion égale d’azote, les nitrates produisent plus d’effet que les sels ammoniacaux et les matières animales. — Suivant la proportion de nitre que l’on ajoute au sol, les plantes puisent en partie de leur azote dans l’air ou ne lui en empruntent pas. ( Comptes rendus de V Académie des sciences, tome XLIII, page 612.)

6 juin 1857. — Exposition d’un plan d’expériences devant conduire à l’explication raisonnée du problème delà production végétale. (Leçon d'ouverture du cours de physique végétale déjà citée.)

31 août 1857. — Justification de ce plan par la publication des expériences qui y correspondent, lesquelles datent de 1856. (Opuscule in- 8°, de 160 pages , avec planches photographiées, chez Victor Masson, place de l’École-de-Médecine, en 1857.)

Pour mieux fixer renseignement qui ressort de ces témoignages, mettons en regard les trois dates auxquelles se circonscrit le débat :

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