‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 78 sur 100 · sans' potasse · texte numérisé non relu

sans' potasse

Ko 4 — sans matière azotée.

57 hect.

Guidé par ces indications, on employa l’année suivante, sur une

pièce de 20 hectares, un engrais composé de phosphate acide de chaux et de sulfate d’ammoniaque. Le rendement fut de 40 hectolitres à l’hectare. La deuxième récolte du champ d’expériences nous ayant indiqué que la terre était surabondamment pourvue de potasse, le même engrais fut employé de nouveau et on obtint cette fois une récolte de colza de 51 hectbl., quoique, par erreur, on eût réduit de moitié la dose de l’azote qui est la dominante de cette plante. Sur les betteraves, mêmes succès : bien que le semis du mois d’avril ait manqué et qu'on ait dû resemer en juin, sur une pièce de 10 hectares, le rendement a été de 51,000 kilogr. à l'hectare.

Pour moi, plus j’approfondis les questions agricoles, plus je m’applique à démêler le jeu des intérêts qui s’y rapportent, et plus je demeure convaincu que c’est par les champs d’expériences que se fera la révolution qui commence. Je convie donc les hommes de progrès qui doutent à entrer dans cette voie. La dépense est minime et l’effet d’un champ d'expériences est irrésistible. En face des contrastes qu’il révèle, les hommes pratiques sentent instinctivement qu’il y a là une puissance nouvelle jusqu’ici méconnue ou mal appliquée, ils comprennent qu’au lieu de ces engrais immondes, dont la composition n’a aucune fixité, il y a toutes sortes d’avantages pour eux à recourir à des produits sur lesquels le commerce ne peut ni exercer de fraude, ni prélever de profits usuraires ; dont l’emploi se prête avec une sûreté sans rivale à toutes les exigences de la culture et qui, des pratiques précaires de l’empirisme, la font entrer dans les voies plus sûres de la science.

Levasse à une autre critique, vous dites :

« Dans le chapitre Noies , à propos d'une comparaison avec l’engrais Krafft, M. Ville se permet d’affirmer, sans aucune preuve à l’appui, que, dans l’engrais Krafft comme dans tous les autres, un tiers environ de l’azote se perd à l’état gazeux, c’est-à-dire au détriment de l’acheteur; c'est grave. Tous les intérêts doivent être respectés. Oû est la preuve matérielle de ce fait? Qui l’a constaté? M. Ville n’en dit pas mot. La raison en est claire; il s’agissait d’arranger les choses au besoin de la circonstance, et le tout a été manipulé avec un sans-gêne édifiant. »

Il y a là une double erreur. D’abord la note dont il s’agit n’est pas de moi, et en second heu elle est parfaitement exacte.

Reportez-vous au tome XLIX des Annales de physique et de chimie, page 185, et vous trouverez dans un mémoire de M. Ville le fait que vous contestez, établi sur des preuves décisives; mais sachant d’avance que ce qui émane de M. Ville n’a pas le don de vous convaincre, je vous renverrai au tome XL1I, page 58, des Comptes rendus de V Académie des sciences , où vous trouverez le même fait reproduit par M. Reiset, dans les termes suivants :

« Les matières organiques en voie de décomposition lente ou de putréfaction déversent incessamment dans l’atmosphère un volume considérable d’azote. »

Trouverez-vous ces deux témoignages insuffisants? Je puis y joindre celui de M. Boussingault. Au tome II, page 555 de ses mémoires sur l’agronomie, vous pourrez lire :

« De nombreuses expériences ont été entreprises dans le but de déterminer s’il y a émission d’azote pendant la destruction des matières organiques azotées...

« Dans la plupart des cas, cette perte s'élève à 1/7 ou 1/8 de l’azote constituant de la matière; dans un cas elle s'est élevée à 40 pour 100. »

Cette observation est due à MM. Lawes et Gilberts.

J’arrive, monsieur, au point culminant de vos critiques, à l’un de vos arguments de prédilection : le fumier de ferme est, ditesvous, l’engrais type par excellence, l’engrais le plus elfîcace, le plus puissant, et le seul qui soit d’un effet sûr et durable.

« M. Ville oserait-il bien affirmer, dites-vous, qu’il est indifférent d’ajouter au §ol une matière organique azotée, ou d’imposer à la végétation un sel d’ammoniaque et surtout un sulfate?

« La culture normale, sans la participation des matières végétales, est une utopie, un songe creux, un rêve; ce n’est pas un progrès : c’est la ruine de l’avenir.

« M. Ville a eu la prétention d’en faire un système; mais il n’est guère parvenu qu’à un mélange de contradictions, qu’il est difficile d’expliquer.

« Le sulfate d’ammoniaque sera toujours un bon adjuvant des engrais, un excellent auxiliaire; mais quanta servir de base à des fumures, quelles qu’elles soient, comme matière azotée exclusivement, jamais! »

Laissons là, s’il vous plaît, les grands mots. De quoi s’agit- il? 11

s'agit de savoir deux choses : la première, si les engrais chimiques sont inférieurs ou supérieurs, comme puissance de production, au fumier, et si le sulfate d’ammoniaque est lui-même supérieur aux matières organiques. Sur ces deux points, ma réponse est aussi nette qu’explicite. Je dis que les engrais chimiques sont supérieurs au fumier, et que le sulfate d’ammoniaque l’emporte sur les matières azotées d’origine organique. J’ajoute que l’emploi du sulfate d’ammoniaque peut être continué indéfiniment et toujours avec succès. Voici mes preuves :

1° Le sulfate d’ammoniaque est supérieur aux matières organiques.

Depuis plusieurs années, j’ai institué des cultures parallèles dans lesquelles on emploie, d’un côté, du tourteau de colza comme matière azotée, et de l’autre du sulfate d’ammoniaque. Dans les deux cas on ajoute du phosphate de chaux, de la potasse et de la chaux aux mêmes doses, de façon que la différence ne porte que sur la nature de la matière azotée. Eh bien ! depuis trois ans, Davantage est toujours resté aux engrais où le sulfate d’ammoniaque et le nitrate rie soude représentaient l’élément azoté.

Ne voulant pas me servir, dans cette discussion, des résultats obtenus à Vincennes, j’emprunterai mes preuves à M. le marquis d’Havrincourt, chez qui a été faite l’année dernière une expérience de celte nature, dont voici les résultats :

N° 1. Betteraves

RENDEMENT A L’HECTARE

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