‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 93 sur 100 · M . PAÏEN. M. DE MATHAREL · texte numérisé non relu

M . PAÏEN. M. DE MATHAREL

(Aisne.) (l’üy-de-Dômc.) liectol. liectol.

Ainsi voilà quatre résultats obtenus sur quatre points différents de la France, toujours sur des terres détestables dont les rendements se confondent presque, tant leur expression est rapprochée.

Cela, dites-vous, ne prouve rien, absolument rien. Mais alors expliquez-nous pourquoi ces terres, réduites à leurs seules ressources, ne produisent rien, et pourquoi, avec des doses formidables de lumier, elles produisent si peu.

Si ma tâche devait se borner à une simple réfutation de vos critiques, je crois qu’aux yeux de toute personne impartiale elle serait complète; mais j’ai plus et mieux à faire.

Puisque la question de l’épuisement du sol a été soulevée devant les lecteurs du Journal de /’ agriculture, je dois l’envisager sous tous les aspects et la résoudre pour tous les cas possibles, après lui avoir rendu son véritable caractère. Je pose en principe qu’il est quelquefois d'une sage économie d’employer des engrais incomplets, et de prendre au sol, pendant un certain laps de temps, des éléments qu’on ne lui rend qu’incomplétement ou même qu’on ne lui rend pas du tout. Supposons, ce qui dans la pratique se présente fréquemment, une terre très-riche en potasse, mais dépourvue de phosphate de chaux et de matière azotée, comme il arrive pour les terres d’origine volcanique ou feldspathique. N’est-il pas évident que dans un terrain de cette nature, on peut puiser de la potasse pendant un certain nombre d’années sans être arrêté par la crainte de l’appauvrir?

Supposons un deuxième terrain moins favorisé que le premier, mais pourvu cependant d’assez de potasse pour quinze à vingt récoltes. Quel inconvénient verriez-vous à ne pas faire entrer dès l’origine la potasse dans la composition de l’engrais? Le bon sens, d’accord avec une économie bien comprise, prescrit, dans un cas pareil, d’exagérer la dose des agents qui manquent à la terre et de réduire au plus bas ou même de supprimer temporairement ceux qu’elle contient en excès. Mais ici, me dira-t-on, comment savoir avec certitude jusqu où on peut aller, et la limite exacte où il faut s’arrêter? A quel indice, à quel guide se confier pour utiliser le

surcroît de la richesse disponible présente, sans compromet tr l'avenir? Après ce que j’ai dit des champs d’expériences, les lecteurs du Journal de V agriculture ont déjà répondu à cette question. Us savent que le moyen est aussi facile que sûr, et qu’il suffit de quelques essais de culture, institués d’après les règles que j ai indiquées.

Je le répète donc, l'observation intelligente de la loi de restitution consiste quelquefois à l'exagérer et à l’enfreindre. A l'exagérer, en forçant les doses des agents qui manquent à la terre; à l'enfreindre, en s'abstenant temporairement de lui rendre ceux dont elle est surabondamment pourvue. Qu'importe qu'on n'arrive à l'équilibre réel et parfait qu’après deux, trois ou dix ans, si les éléments perdus pour le sol ne représentent qu’une fraction relativement minime de sa richesse initiale, et si le jour où la balance se solde par un excédant à l’égard de tous les minéraux indistinctement, la terre se trouve avoir acquis un stock très-considérable des éléments qui lui faisaient primitivement défaut? Bien loin d'être blâmable, cette manière de procéder est logique et conforme aux principes les plus élémentaires d’une économie bien comprise. Le blâme ne serait mérité que s’il y avait abus, mais l’abus n'est pas possible. Les champs d’analyses sont là comme des vedettes pour nous avertir. Je ne pourrais suivre toutes les conséquences de ce nouveau point de vue sans sortir du cadre de la question controversée. Je ne l’ai soulevée que pour montrer, par un exemple précis, le parti que la pratique est appelée à tirer des champs d'expériences et le sens vrai qu’il faut attacher à la loi de la restitution.

Ici, toutefois, il y aune remarque importante à faire. Lorsqu’on met la terre en perte, il faut procéder avec les plus grands ménagements, réduire au plus bas possible l’exportation des agents tirés de la réserve naturelle du sol. Sous ce rapport, les résidus de récoltes deviennent une ressource d'une valeur inappréciable. En laissant sur la terre les feuilles de betteraves, on réduit très-notablement la perte née de cette récolte. On concentre dans les couches superficielles du sol de la matière azotée d’une décomposition facile et des minéraux, de la potasse surtout, venus de£ couches profondes. Ce que la décomposition spontanée produit dans ce cas, il faut le demander d’autres fois à la combustion. Tout le monde sait que le colza est une plante très-épuisante. Pour atténuer cet inconvénient, il suffit de brûler sur place la paille et les siliques,

car la plus grande partie de la potasse est concentrée dans ces lerniers.

Avec l’engrais suivant :

Phosphate de chaux. .

Nitrate de potasse. .

Sulfate d’ammoniaque,

400 kilogr. à l’hectare

on peut facilement obtenir, pour peu que l’année soit favorable, un rendement de colza de 35 à 40 hectolitres à l’hectare. Fixons-le à 55 hectolitres. Si on faisait la balance par votre procédé, la terre se trouverait en perte de 12 kilogr. de potasse et de 88 kilogr. d’azote, alors que, d'après moi sa réserve d’azote n’a pas été entamée et qu’elle a gagné 77 kilogr. de potasse. Comment, en partant des mêmes données, peut-on être conduit à des conclusions si opposées? L’explication est très-simple. Dans vos calculs, vous ne tenez pas compte de l’azote que la plante a tiré de l’air, et vous confondez dans un même total la potasse de la paille, des siliques, et celle de la graine, alors que moi je n’ai égard qu’à cette dernière, attendu que je prescris de brûler sur place la paille et les siliques.

A ce point de vue je puis invoquer une expérience qui se poursuit depuis plusieurs années à la ferme de Choisy-le-Temple sur une pièce de 20 hectares et dont le succès ne s’est pas démenti depuis l’origine. Un petit champ d’expériences, antérieur d’une année à la grande application dont il s’agit, nous ayant appris que la terre était surabondamment pourvue de potasse, nous l’avons soumise à une culture alternante de colza et de froment Vavec un engrais composé de phosphate acide de chaux, de sulfate d’ammoniaque et de sulfate de chaux. Sous l’empire de ce régime on a obtenu des rendements très-élevés. Pour réduire autant que possible la perte de potasse que le sol éprouve, on a brûlé sur place les pailles et les siliques de colza.

Si on fixe le rendement à 55 hectolitres de graines, tant pour le blé qife pour le colza, et les rendements de la paille à 5,000 kilogr. pour le froment et à 7,000 kilogr. pour le colza, ce qui est correspondant en effet à la moyenne des deux récoltes, voici comment la culture se balance :

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